Lundi 8 avril 2019 :
Aujourd’hui, je dois m’occuper de mes papiers. Je dois faire certifier conformes les photocopies de mon visa, de mon passeport et de mes déclarations sur l’honneur, que j’ai faites récemment. Ces formalités administratives doivent normalement être faites à la mairie. Mais actuellement, la mairie est en grève. Les employés n’ont pas été payés depuis 10 mois, d’après ce qui est marqué sur leurs affiches. Il paraît que c’est assez courant ici…
Nous devons aller dans une autre mairie, dans une autre ville. Je pars avec Clémence. Elle aussi doit faire certifier conforme un document. Nous sommes accompagnés par Éric, un ami de la communauté, qui conduit la voiture. Le trajet se déroule sans encombre. À destination, nous allons faire les formalités administratives sans grandes difficultés. À la sortie des bureaux, nous avons les doigts marqués par l’encre rouge que nous avons utilisée pour donner nos empreintes.
Nous profitons du peu de temps qu’il nous reste pour faire un tour sur le marché. Ce dernier ressemble beaucoup à un marché en France. Mais il y a moins de choix et, de toute évidence, les vendeurs sont très pauvres. En tout cas, la majeure partie d’entre eux le sont. Éric est content de nous faire faire le tour du marché. Il nous achète 500 g de goyaves pour nous faire plaisir. C’est la première fois que je goûte ce fruit. Il est très savoureux. Je remercie Éric de sa gentillesse et nous continuons notre chemin. Je suis un peu gêné que ce soit Éric qui nous ait payé ces fruits. Mais je ne pouvais pas me les payer moi-même. Je n’ai pas encore de monnaie malgache. Après avoir fait le tour des petits vendeurs, nous essayons de trouver le marché aux zébus. Mais, il semble qu’il soit fermé aujourd’hui. Tant pis, ce sera peut-être pour une autre fois.
Nous retournons à la voiture et il est désormais temps de partir pour Antsirabe. C’est de nouveau la route, bondée de monde. Débordante de pousse-pousses et de taxis-brousse remplis à craquer, couverte de charrettes tractées par des zébus, quand elles ne sont pas tirées à la seule force des bras. Bref, c’est la cohue. Ici, j’ai toujours un peu peur que nous blessions quelqu’un sur la route, voire pire. Le danger est bien réel. À cause du manque de sécurité, il y a souvent des accidents et ils sont généralement très graves. Mais après une petite demi-heure à zigzaguer dans tous les sens, nous arrivons sans encombre à Antsirabe.
Avant de revenir à la maison de la communauté, nous prenons le temps de passer au bureau de change pour que je puisse avoir quelques devises malgaches. Nous nous arrêtons. J’essaie d’ouvrir la porte, comme à mon habitude. Mais tout à coup… CRAC ! La poignée me reste entre les mains. Je me confonds en excuses auprès d’Éric. Je ne pensais vraiment pas que je pouvais casser la poignée. Éric le prend très bien. Il me dit que ce n’est pas grave et que l’on s’en occupera plus tard.
Je change les euros que j’avais en poche contre l’équivalent en monnaie malgache. Pour un seul billet en euros, on me rend une liasse de billets en ariary. Ici, un euro vaut 4 000 ariarys. Je suis payé en coupure de 5 000 et 10 000.
Après cela, nous rentrons à la maison pour le repas. Il est midi.
Le repas se termine et, aujourd’hui encore, il y a du riz séché qui nous attend pour être rangé. Nous nous attelons à la tâche et, en tout, nous rentrons un peu plus d’une tonne de riz. Nous sommes une dizaine à y travailler et cela va assez vite.
L’après-midi, je la passe à la cuisine. Je n’ai pas encore débuté ma vraie mission à Madagascar. Celle-ci aura lieu à l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Apparemment, ils ont besoin de moi pour travailler à l’autofinancement de l’orphelinat. Normalement, si tout va bien, je commencerai jeudi. J’ai vraiment hâte. Mais je pense qu’il faut que je laisse les choses prendre leur temps, pour que je m’habitue au pays.
La préparation du dîner se passe bien. Ce soir, ce seront des carottes avec du riz et de la viande de zébus. Si vous vous demandez quelle est le goût de la viande de zébu ? Et bien… personnellement, je ne vois aucune différence avec le bœuf.
Je suis assez surpris, car, aujourd’hui, nous n’avons pas tellement de fumée à l’intérieur de la cuisine. J’essaierai de voir, à l’avenir, si je peux faire quelque chose pour ce problème de retour de fumée. Mais je pense qu’il me faudra revoir complètement la conception des cheminées.
Normalement, ce soir nous avons FRAT. Mais compte tenu de la fatigue générale, après ce week-end à accueillir les jeunes, nous aurons repos.
Mardi 9 avril 2019 :
Ce matin, j’ai DÉSERT. Pour ceux qui ne sont pas de la communauté, le DÉSERT c’est une demi-journée de temps consacré à Dieu par semaine. Durant ce temps, nous nous recueillons, nous prenons le temps de prier et de méditer. C’est un temps de paix très important pour la communauté. Ici, le DÉSERT a lieu tous les mardis.
À midi, je vais à la messe. Le prêtre de la communauté, père Blaise, est un tout petit peu en retard au début de la messe. Il était au téléphone avec un membre de sa famille. Ce dernier vient de lui annoncer que sa mère est actuellement inconsciente à l’hôpital. Nous prions tous pour elle, et nous espérons qu’elle se remettra sans difficulté. Malheureusement, après la messe, nous apprenons qu’elle vient de décéder. C’est la tristesse dans la communauté. Ici, tout le monde, ou presque, la connaissait. La mère de Blaise était une figure importante du renouveau charismatique à Madagascar. Beaucoup de personnes la pleureront.
Ce soudain décès va remettre en cause le planning de la semaine. Mais pour l’heure, nous suivons le programme établi. Je travaille à la cuisine, comme il était prévu. Ce soir, nous aurons riz, pommes de terre et viandes. On ne mange pas beaucoup de viande ici. C’est un produit de luxe et peu de personnes peuvent se permettre d’en acheter. À Madagascar, 95 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Même nous, dans la communauté, qui sommes plutôt riches pour le pays, nous ne nous permettons pas de manger de grandes quantités de viande.
Le soir arrive et, avec lui, les annonces pour la semaine à venir. Tout le monde ne pourra pas aller aux condoléances et à l’enterrement. La communauté n’en a pas les moyens. Nous ferons deux groupes. Le premier ira aux condoléances. Le second à l’enterrement. Pour ma part, je ne sais pas encore dans quel groupe je serai. Je ne sais même pas si je serai invité. En effet, je ne connais pas Blaise depuis bien longtemps, et encore moins sa mère. Il me semble légitime que ce soient les amis de longue date qui viennent en priorité.
Mercredi 10 avril 2019 :
Père Blaise étant absent, il n’y aura pas de messe aujourd’hui. Il a rejoint sa famille hier après-midi. Le groupe qui doit aller aux condoléances se prépare à partir à sept heures du matin. À 8h30, tout le monde est parti.
Il était prévu que j’aille à la rizière ce matin pour participer à la dernière récolte de riz de l’été. Mais avec tous ces événements, et comme presque tout le monde est parti pour les condoléances, il n’y aura pas de récolte de riz aujourd’hui. Elle aura probablement lieu samedi. Tant pis, je verrai la récolte du riz plus tard.
Comme il y a très peu de services à faire ce matin, je me retrouve encore en cuisine. Je passe une bonne partie de la matinée à trier le riz. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait couramment en France… Mais ici, c’est tous les jours. Trier le riz est une opération indispensable qui a deux objectifs. D’abord, retirer tous les grains dont la cosse n’a pas été retirée lors du décorticage. Ensuite, retirer les éventuelles graines d’autres plantes qui se seraient glissées parmi les grains de riz.

Après avoir trié le riz, je m’occupe des oignons et des tomates. Rien d’extraordinaire, mais c’est aussi cela la vie en communauté : faire toutes choses, grandes ou petites, avec amour.
Après le repas de midi, c’est soutien scolaire. Mais comme nous sommes seulement cinq, nous allons avoir beaucoup de mal à faire cours. D’autant que seulement trois d’entre nous parlent malgache. En effet, nous accueillons plus de 100 élèves pour le soutien scolaire. Ces élèves sont de presque tous les niveaux. Les plus jeunes sont en 12e (notre grande section de maternelle en France) alors que les plus âgés sont en 3e. Avec seulement cinq professeurs, nous n’allons pas pouvoir enseigner sur autant de niveaux à la fois. Il nous faut trouver une solution, car nous devons tout de même encadrer les élèves cet après-midi. Nous nous mettons rapidement d’accord pour faire des jeux avec les élèves. De toute façon, nous n’avons pas vraiment d’autre choix. Nous commençons par un épervier. Vous vous souvenez sûrement de ce jeu. Il est assez populaire en France. Si vous avez oublié voici un petit rappel des règles : Tout le monde est épervier, à l’exception d’une personne qui est chasseur ; les Eperviers doivent passer de l’autre côté du terrain de jeu tandis que le chasseur tente de les attraper ; au fur et à mesure du jeu les éperviers attrapés deviennent chasseurs et forment une longue chaîne pour attraper les éperviers, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul épervier. L’idée initiale de ce jeu nous a tous séduits, mais l’application s’est révélée laborieuse. Nous avions trop de joueurs sur un trop petit terrain. Les chasseurs sont rapidement devenus trop nombreux et les éperviers ont tenté de quitter le terrain pour les éviter. Moi, j’étais à l’écart, et je surveillais simplement au cas où il y aurait un problème. Et soudain, alors que les éperviers font une énième sortie, l’un des élèves dérape sur le sol. Son genou heurte violemment la terre et son torse s’affale contre le muret de pierre juste devant lui. Je vois l’accident se produire et je me précipite de mon mieux. Je zigzague entre les dizaines d’élèves qui arrivent de toutes parts depuis l’autre côté du terrain de jeu. Déjà, un autre élève essaie de relever son petit camarade qui vient de tomber. Le blessé semble ne pas avoir trop mal, mais je veux m’en assurer. J’arrive enfin près de lui et regarde sa jambe. Il a une vilaine écorchure, mais rien de bien grave. De toute évidence, il est courageux. Il a mal, mais ne se plaint pas. Il ne crie pas, ne verse pas de larme. Je lui fais signe de rester assis et je me dépêche d’aller voir Clémence. Je lui dis ce qu’il vient d’arriver, car elle n’a rien vu de là où elle était. Il faut désinfecter la plaie du petit. Clémence va s’en occuper. Elle sait où est l’infirmerie, ce qui n’est pas mon cas. Tout finit bien pour le petit. Finalement, bien plus de peur que de mal. Mais, j’avoue que je ne me suis pas senti très à l’aise. Voir un enfant se faire mal c’est pour moi une nouveauté et un choc. Je me suis aussi rendu compte que ne pas savoir où était l’infirmerie était quand même très problématique lorsque l’on assume des fonctions d’encadrement. Il faudra que je pense à demander ce type d’information à l’avenir.
En dehors de cet événement, le reste de l’après-midi se passe sans problème. Nous continuons avec quelques jeux, mais il y a vraiment trop d’élèves, et trop peu de place. Finalement, nous prenons la décision de faire monter les élèves dans la salle commune. Là, nous commençons à faire des danses tous ensemble. Nous chantons joyeusement. Nous envoyons les élèves en petits groupes faire des prestations. Tout le monde s’amuse.
Les aiguilles de l’horloge tournent à toute allure et déjà le soleil nous fait signe que la journée touche à sa fin. Il va être temps de renvoyer les élèves chez eux.
Tous les jeunes semblent très contents de l’après-midi qu’ils ont passé avec nous. Chacun rentre chez soi. Moi, après toute cette agitation, je prends le temps de lire un peu. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour lire ces derniers jours et ces quelques minutes de repos me procurent beaucoup de plaisir.
La journée se termine. Je repense à mes responsabilités d’encadrement des élèves. Je crains qu’à l’avenir il arrive un accident plus grave encore que celui d’aujourd’hui. Il faudra que j’en discute avec mes collègues pour savoir comment réagir face à des situations semblables.
Jeudi 11 avril 2019 :
Je me lève ce matin avec enthousiasme. En effet, aujourd’hui, je vais aller à l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Je vais enfin découvrir le lieu de ma première mission. Claire, la responsable administrative de l’orphelinat, vient me chercher en 4×4. Sur le trajet, elle en profite pour m’expliquer qu’il me faudra prendre le bus, ou venir en vélo, pour rejoindre l’orphelinat. Je ne sais pas encore si je prendrai l’une ou l’autre solution. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. En bus, je voyagerai avec le peuple et connaîtrai leur situation de tous les jours. En vélo, je connaîtrai ce que vit une autre partie de la population, car beaucoup de personnes utilisent ce moyen de transport. De plus, cela me fera faire du sport, mais il y aura moins de relations humaines. Je fais tourner cette réflexion quelques minutes dans ma tête puis, n’arrivant pas à me décider, je la remets à plus tard.
Le trajet continu et nous finissons par sortir de la route goudronnée pour prendre un chemin de terre. Il est en très mauvais état. La saison des pluies, cumulée aux nombreux camions qui prennent cette voie, ont fait de ce chemin de terre un nid à ornières. À chaque mètre nous montons et descendons de près de 20 cm. Claire avance prudemment avec son 4×4. Les 200 m que dure la voie me semblent interminables. Et dire que ça va être comme ça chaque semaine… mais bon, il y a des routes encore bien pires à Madagascar. Et au moins, ici, avec le peu de monde qu’il y a, on ne risque pas d’écraser quelqu’un.
Enfin, nous arrivons à l’orphelinat. Dès mon arrivée je suis très surpris par la qualité des locaux. L’orphelinat est vraiment en très bon état. Ici, on a la chance de bénéficier de beaucoup de financement venant de l’étranger. Tout particulièrement de la Réunion. Ce n’est pas très étonnant quand on sait que l’orphelinat des Terreaux de l’espoir est tenu par une association réunionnaise.
Je suis tout heureux de rencontrer les membres de l’association et les employés sur place. Claire me présente à ses enfants et me fait faire le tour de la propriété. Elle me montre les locaux où vivent les orphelins. Je suis surpris. Il n’y a personne dans les locaux. J’en demande l’explication à Claire qui me répond tout naturellement qu’ils sont actuellement à l’école. Suis-je bête ? Nous sommes jeudi et il est 10 heures du matin, bien sûr que les enfants sont à l’école. À quoi pouvais-je bien penser ?
Le tour de la propriété continue. Claire me fait visiter les dortoirs, la bibliothèque, la salle pour la transformation du lait, la cuisine et la boulangerie. Après cela, c’est au tour de Francisco, le mari de Claire, de me faire visiter la ferme. Nous faisons le tour des installations. Nous commençons par les poules. Elles sont réparties en deux lots, celles qui sont pour la viande et celles qui sont là pour pondre. Il y a des poules de tout âge parmi celles qui sont faites pour la viande. Tandis que les poules pondeuses sont toutes du même âge. Il y a plus de 600 poules ici. En plus de ces deux lots de poules, il y a une petite basse-cour qui contient dindons, oies, canards et poules en liberté. Ça, c’est pour la consommation de l’orphelinat me dit Francisco. Ensuite, je visite l’étable des vaches. Ce sont toutes des vaches laitières, mais elles ne sont pas nombreuses. Seulement cinq vaches vivent ici. Francisco m’explique que les vaches sont traites à la main. C’est assez laborieux et Francisco réfléchit à l’achat d’une machine à traire des vaches. Nous prenons le temps de parler un peu à propos de ces beaux animaux. Puis, nous nous dirigeons vers les cultures. Francisco me fait faire le tour des champs et des serres. Francisco est très fier de ses serres. Il y cultive des tomates, environ 10 tonnes par an. Il m’explique les enjeux de l’exploitation agricole. Il me parle de ses différentes idées pour l’avenir. De mon côté, Je réfléchis à tout cela. Mon travail, ici, consistera à améliorer l’autofinancement de l’orphelinat. Et cela passera essentiellement par l’amélioration des rendements de la ferme. Il me faudra prendre du temps pour y réfléchir.
La matinée se termine et je dis au revoir à Claire et Francisco. Il me faut rentrer à la Communauté du chemin neuf pour le repas de midi.
L’après-midi, je vais remplir des papiers administratifs à la gendarmerie. Il me faut faire une fiche 33. C’est un papier pour me déclarer en tant que résidant dans le pays. Le commissaire nous reçoit très aimablement et signe les documents sans difficulté. La fiche 33 me servira à la Préfecture la semaine prochaine.
Après cette formalité administrative, nous allons faire un tour à Socota. C’est une des plus grosses entreprises de la ville. Elle fait dans l’agroalimentaire et envoie des conserves de légumes à l’international. Mais aujourd’hui, ils nous ont demandé de venir. Il semble qu’ils aient un surplus de haricots verts et de poireaux. Alors, plutôt que de les jeter, et bien que la loi ne les y oblige en rien, ils décident de les offrir à différentes associations caritatives de la ville. Nous faisons partie des heureux élus et acceptons avec joie. Ce seront 46 kg de poireaux, et plus de 50 kg de haricots verts, que nous rapporterons aujourd’hui. Cela va nous permettre de nourrir beaucoup de monde, et notamment des gens du voisinage.
À notre retour à la communauté, tout le monde est heureux de nous voir avec toute cette nourriture.
Le soir arrive et il reste encore quelques petites choses à faire avant la fin de la journée. Je m’applique à les faire avec joie, malgré la fatigue de la journée.
Le soleil se couche enfin à l’horizon et le ciel prend des couleurs sublimes. Je reste un instant à contempler le spectacle de la nature dans tout son éclat. C’est si beau.

Vendredi 12 avril 2019 :
Aujourd’hui, c’est l’enterrement de la mère de Blaise. Comme je m’y attendais, je ne suis pas convié. Je ne suis pas un proche de la famille et il n’y a pas vraiment beaucoup de place dans les voitures. Aujourd’hui encore, nous serons peu nombreux à la maison.
La matinée, nous la passons à préparer les poireaux et à équeuter les haricots verts que nous avons reçus hier. Il y avait tellement de légumes que nous avons fini bien plus tard que d’habitude.
Je prends mon repas et je profite de la pause de midi pour faire une petite sieste. Je suis assez fatigué et j’ai besoin de récupérer.
Le début de l’après-midi je le passe à aider comme je peux. Arrivé cinq heures, je vais acheter du crédit pour mon téléphone en ville. Nous sortons avec Clémence et Odon, un des stagiaires de la communauté. Nous avons vite fait de trouver un revendeur pour acheter des crédits pour mon forfait téléphonique. Nous profitons qu’il fait encore jour pour faire un petit tour dans la ville. Nous rencontrons plusieurs enfants du soutien scolaire. Ils ne me connaissent pas encore très bien alors ils ne me saluent pas. Mais tous disent bonjour à Clémence. Je me dis que, peut-être, dans trois mois ils me salueront mois aussi.
Il se fait tard. Il est temps de rentrer. Sur le chemin du retour nous rencontrons quelques jeunes qui jouent au baby-foot. Immédiatement, Clémence se fait interpeller par l’un d’entre eux. De toute évidence, il la connaît. Il l’invite à faire une partie de baby-foot en pleine rue. Clémence accepte avec joie et joue quelques minutes avec eux. Mais bientôt, la lumière déclinante du soleil ne permet plus de voir la balle. Il n’y a pas d’éclairage électrique dans cette ruelle. Après tout, c’est juste un chemin de terre ici… Et de toute façon, il n’y a pas beaucoup d’éclairage public à Antsirabe. Il nous faut partir. Nous disons au revoir aux jeunes, en regrettant de ne pas pouvoir rester plus longtemps, et rentrons finalement à la communauté.
Les minutes s’écoulent et bientôt il fait nuit noire. Ici, bien que nous sommes dans une ville de plus de 300 000 habitants, on voit distinctement les étoiles du ciel. Il fait encore assez bon à cette période de l’année malgré l’heure tardive. Je prends le temps d’apprécier l’instant. Mais, bientôt, la cloche retentit. Il est temps de passer à table, et de se préparer pour une nouvelle journée.
Samedi 13 avril 2019 :
Des puces, voilà ce que c’est ! Fichu parasite ! Depuis quatre jours déjà, j’ai des petits boutons qui apparaissent partout. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait de piqûres de moustiques. Mais je vois très peu de moustiques dans les environs. Et franchement, cela ne ressemble pas tellement à des piqûres de moustiques. Alors j’en ai discuté avec Laure-Élise, une religieuse de la communauté. Nous pensons qu’il doit s’agir de piqûres de puces. Aussi, ce matin c’est le grand nettoyage. Tous les vêtements partent à la machine à laver. Les draps et couvertures sont mis dehors sur l’herbe. Et je passe le matelas et le coussin de mon lit à la bombe insecticide. J’espère que ces petits parasites ne reviendront pas pour m’embêter. Ce n’est pas que cela est insupportable, mais tout de même, c’est assez pénible. Je comprends un peu mieux ce que vivent les enfants du voisinage. Eux, ont des puces et des poux à longueur de temps.
Une fois la lessive finie, je l’étends sur l’herbe pour la faire sécher. Au soleil, il ne faut que quelques heures pour que tout soit sec.

Mon service de la matinée je le passe à couper les poireaux que nous avons préparés hier. Nous profitons du fait que nous avons beaucoup trop de poireaux pour nous-mêmes pour en donner aux femmes du voisinage. Ça fait toujours du bien de partager.
L’après-midi arrive et avec elle le temps de faire la cuisine. Avec Odon, nous avions prévu de préparer un plat à base de mouton. Mais Jackson, un autre membre de la communauté, n’a pas trouvé de mouton ce matin. Nous n’avons que de la viande de zébu. Alors, nous adaptons un peu la recette et espérons que ce sera délicieux.
Après la cuisine, je retourne m’occuper des puces. Ici, pour les éloigner, on utilise un répulsif naturel : l’eucalyptus. Je fais bouillir de l’eau. J’y mets quelques feuilles d’eucalyptus avec leurs branches. Je laisse le tout reposer durant quelques minutes. Puis, je répands l’infusion sur le sol de ma chambre. J’astique avec la serpillière histoire que l’ensemble soit propre et que l’infusion d’eucalyptus aille bien jusque dans les coins. Désormais, les puces devraient me laisser tranquille.
La cloche sonne, on nous appelle à table. Je descends dans la salle à manger et m’assieds avec les autres. La table est déjà prête. Je goutte enfin le plat que nous avons préparé cette après-midi. En effet, c’est vraiment délicieux. Tout le monde se demande d’où vient la recette, si elle est française ou malgache. Mais je dirais que ce fut un mélange des deux.
Dimanche 14 avril 2019 :
Aujourd’hui, c’est la fête des rameaux. Mais ici, il n’y a pas de buis. Alors, nous coupons quelques branches aux buissons du jardin avant d’aller à la messe. Avec Laure-Elise nous marchons durant 20 bonnes minutes pour aller à la messe de huit heures. Nous avons choisi cette messe, car c’est la seule en français. Cela me fera du bien d’avoir une messe dans une langue que je peux comprendre. L’église est pleine à craquer et certaines personnes sont obligées de rester debout. Je souris légèrement. On ne peut pas vraiment dire que cela se passe ainsi en France. Généralement nous avons toujours beaucoup de place, même au premier rang…
Au moins, je ne suis pas dépaysé. Cette messe ressemble trait pour trait à une messe française, bien qu’elle soit célébrée par un prêtre malgache. Mais très honnêtement, je regrette l’allégresse des chants Malgaches. Je sens qu’il me sera difficile de me réhabituer aux messes françaises une fois de retour dans mon pays.
Après un peu plus d’une heure, la messe se termine. Nous disons au revoir à tout le monde et rentrons à la communauté.
L’après-midi arrive et je ne sais pas trop ce que je vais faire maintenant. Peut-être me reposer ? Peut-être aller me balader un petit peu ? Ah ! Si ! je me souviens. J’ai quelque chose que je dois faire impérativement. Demain, je dois aller à la préfecture pour faire des démarches administratives. Je commence à en avoir sérieusement ras le bol de tous ces papiers, mais il me faut absolument les faire. Alors, je passe le début de l’après-midi avec Laure-Elise pour m’organiser. Nous trions les documents pour être sûrs de tout avoir pour demain. Certains doivent être photocopiés. D’autres sont manquants et il nous faudra les donner plus tard à la préfecture. J’espère que la préfecture comprendra et sera patiente. Laure-Elise m’est d’une grande aide pour ce travail. Il me faut encore remplir quelques documents et ce sera fini. Je pourrai enfin profiter de mon dimanche.
Mais alors que je viens juste de finir mes papiers, et que je peux souffler un peu, un flash lumineux vient éclairer la pièce où je me trouve. Je regarde autour de moi et me demande ce qu’il se passe. Peut-être avons-nous eu une nouvelle coupure de courant ? Peut-être quelqu’un est-il entré dans la pièce et a joué avec l’interrupteur ? Mais la réponse ne tarde pas à venir. Un puissant bruit sourd et rocailleux parvient à mes oreilles. C’est le tonnerre ! Suivi de près par le bruit de milliers de gouttes d’eau qui viennent s’écraser contre la fenêtre. Et comme si le ciel voulait donner raison à ma première interrogation, voilà la coupure de courant qui arrive… Elle durera encore durant plus d’une heure. Je regarde par la fenêtre et lâche un soupir. C’est raté pour sortir cet après-midi.
Le week-end touche à sa fin. Demain commence une nouvelle semaine et ma deuxième journée aux Terreaux de l’espoir. Je m’endors sereinement en repensant à ma journée passée.
Conclusion de cette deuxième semaine :
Chers parrains, parents et amis. Comme vous le voyez, j’ai conservé le style de la première semaine. Les quelques rares retours que j’ai eus étaient très positifs. Alors je pense que je vais continuer comme cela. À y regarder de plus près mon blog manque cruellement de photos… J’essaierai de régler ce problème dans mes prochains articles.
N’hésitez pas à me laisser des commentaires.
Je vous remercie encore de votre soutien.
À la semaine prochaine.








