Douzième semaine à Madagascar

Lundi 17 juin 2019 :

Le jour se lève sur une nouvelle semaine à Madagascar. Le ciel est gris et il fait froid. Le temps est très changeant ici. Mais, ces derniers temps, la grisaille a dominé sur le soleil. Pas de quoi s’inquiéter cependant, il fait toujours bien plus beau qu’en France à l’arrivée de l’hiver.

Ce matin, je vais aux Terreaux de l’espoir. D’habitude, j’y consacre le lundi après-midi, mais en raison de la venue de Sylvain je m’y rends ce matin même. À mon arrivée, quelques gouttes d’eau me tombent sur la tête. C’est une surprise. Les dernières semaines ont été particulièrement sèches. Rien d’étonnant à cela, le mois de juin correspond au début de l’hiver à Madagascar. On appelle cette période la saison sèche. Je salue Francisco, et me prépare à accueillir Sylvain. Ce dernier arrive avec un peu de retard, faute d’avoir trouvé le chemin du premier coup. À son arrivée, il n’y a pas de temps à perdre. Sylvain souhaite faire une démonstration de sa méthode d’enrichissement des sols pour les pommiers de l’orphelinat. Alors, nous nous y mettons immédiatement. Bien évidemment, en une matinée nous n’avons pas le temps de réaliser cette méthode sur une grande surface. Mais nous avons pu faire la démonstration en totalité. L’exercice consiste à réaliser un substrat, en mélangeant la terre morte de surface avec des éléments propres à l’enrichir.

Sylvain a développé la méthode, en utilisant uniquement des moyens disponibles aisément dans les environs d’Antsirabe. Cette méthode est bien entendu parfaitement biologique, car les engrais chimiques sont trop chers pour la population. Sylvain m’a déjà montré les effets de sa méthode, et je sais que le résultat est particulièrement impressionnant. Mais aux terreaux de l’espoir, il y a une grande surface à traiter. Il ne va pas être facile de convaincre Francisco de mettre cette méthode en application, car il va falloir beaucoup de personnel supplémentaire.

Je n’ai pas vu le temps passer ce matin, et il est déjà midi passé lorsque je me rends compte de l’heure. Je dis au revoir à tout le monde, et remercie Sylvain de sa venue. Je sais qu’étant donnée l’avancement de la journée je n’aurai pas la messe aujourd’hui.

J’aurais pu rester toute la journée aux Terreaux de l’espoir, mais je n’aurais pas fait grand-chose de mon après-midi. Tandis qu’ici, à la communauté du Chemin Neuf, je peux m’atteler pleinement à la rédaction d’un document pour expliquer la méthode d’enrichissement des sols que j’ai vu ce matin. J’y consacre tout mon temps, et ne m’arrête qu’à l’heure de l’adoration. Lorsque le soir arrive, je suis satisfait du travail accompli. Cependant, le document n’est pas encore pleinement présentable, et il manque des informations. Il faudra que j’aille voir Sylvain pour le lui présenter, et recevoir son avis.

C’est la première fois depuis mon arrivée à Madagascar, que j’ai l’impression d’avancer dans ma mission aux Terreaux de l’espoir. Mais il me reste encore à convaincre Francisco des résultats obtenus par la méthode de Sylvain. Quoi qu’il en soit, c’est un nouveau défi que j’accepte avec joie.

Mardi 18 juin 2019 :

Comme chaque mardi, nous avons DESERT. Et ce matin, j’ai une tâche nouvelle. Compte tenu de la fin des cours à l’ESSVA, l’université voisine, j’ai demandé à la communauté une autre mission à accomplir. Après discussion avec Laure-Elise, nous nous sommes mis d’accord et je donnerai des cours au collège Votsinapy. C’est un établissement très proche de la communauté. Je n’aurai pas beaucoup de trajet à faire pour m’y rendre. À pied, il y en a pour à peine cinq minutes.

Alors, ce matin, je me rends à l’école pour rencontrer la directrice de l’établissement. Elle se montre particulièrement ravie de ma proposition, et me propose de débuter le cours dès cet après-midi. J’accepte avec joie. Je suis ravi de débuter les cours si vite, car je n’aurai pas l’occasion de donner beaucoup de cours d’ici la fin de l’année scolaire. Ma joie me ferait presque oublier de demander à quelle heure commenceront les cours. Mais un professeur, présent depuis le début de la discussion, me rappelle l’horaire juste avant que je quitte les lieux. Je commencerai à 15 heures cet après-midi.

Je rentre à la communauté, très heureux des nouvelles du matin, et termine ce temps de DESERT par un moment de prière.

Les heures passent et il est l’heure de me rendre à Votsinapy. À mon arrivée, les élèves sont encore en classe. Une enseignante sort m’accueillir, et m’explique que le cours n’est pas fini, et qu’il sera suivi par la récréation. Ce ne sera qu’après ce temps de détente, pour les élèves, que l’enseignement débutera.

J’attends avec impatience, et à 15h15 le cours débute enfin. Nous nous mettons d’accord sur la façon de procéder avec le professeur. N’ayant jamais assisté à un cours à Madagascar, je préfère être sur le retrait aujourd’hui, et me contenter d’aider pour les exercices. Je ne souhaite surtout pas mettre le professeur en porte-à-faux vis-à-vis de ses élèves. Ce serait particulièrement dommageable pour son enseignement.

Nous procédons ainsi durant près de deux heures. Les élèves sont ravis, et très joyeux de voir un Vazah dans leur classe. Ils sont plutôt calmes, et ne font pas trop de bruit. Mais certains discutent entre eux, comme partout. Où que l’on soit dans le monde, les élèves sont toujours les mêmes. Les enfants des hommes se ressemblent tous. Moi, je fais de mon mieux pour expliquer, étape par étape, la façon dont il faut procéder pour résoudre les exercices proposés par le professeur. Nous ne sommes pas trop de deux pour faire le tour des tables, et expliquer aux élèves. La plupart comprennent ce que je dis en français, mais certains éprouvent beaucoup de difficultés. Heureusement, les autres élèves traduisent pour ceux qui sont moins avancés dans ma langue natale.

Lorsque le cours s’achève, tous les élèves me disent au revoir avec un grand sourire aux lèvres. Je rends leur salut, et les remercie de leur travail.

Cela étant, je m’en retourne à la communauté.

Mercredi 19 juin 2019 :

Ce matin, j’ai eu la chance de profiter d’une douche chaude. Voilà plusieurs semaines que je n’avais pas eu ce plaisir. C’était bien agréable, mais je sais que cela ne pourra pas durer. En effet, nous avons eu la chance d’avoir une journée très ensoleillée hier. Mais les nuages vont revenir. Il en va ainsi de la saison sèche sur les hauts plateaux.

La matinée, je l’ai passée à trier le riz. Je commence à devenir compétent en la matière. Mais je suis toujours loin de la dextérité des Malgaches. Eux vont deux à trois fois plus vite que moi. Je ne suis pas certain de pouvoir les rattraper d’ici la fin de mon séjour. Mais ce n’est vraiment pas bien grave. Après tout, je ne suis pas venu pour devenir trieur de riz.

Lorsqu’arrive enfin le soutien scolaire, en début d’après-midi, je décide de faire à un cours de français. J’ai un peu réfléchi, et je pense encore changer ma méthode. Cette fois-ci, l’exercice sera plus difficile. Je donne neuf verbes aux élèves, et leur demande de constituer une phrase avec ces derniers. Ils doivent utiliser chacun des neuf pronoms de la langue française : je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils, elles. L’exercice est relativement laborieux, et lorsque nous passons enfin à la correction certains élèves n’ont pas encore fini. Tant pis, je ne peux pas tous les attendre, et de toute façon nous ne corrigeons pas toutes les phrases. Je demande à chaque élève de lire à haute voix la phrase qu’il a constituée. Puis, je lui demande de l’écrire au tableau. Enfin, nous procédons à la correction. J’avoue avoir été plutôt surpris. Les élèves se sont relativement bien débrouillés. Chacun a constitué des phrases suivant sa compétence. Chaque élève a pu présenter au tableau à peu près quatre phrases. Il y avait de nombreuses erreurs, mais les corriger était aussi le but de l’exercice.

La sonnerie retentit enfin, je dis au revoir aux élèves. Nous avons bien travaillé aujourd’hui, et je pense refaire cet exercice lors d’un prochain cours.

La journée s’est très bien passée, mais lors du repas du soir je me rends compte que mon nez commence à me chatouiller sérieusement. J’espère que je ne suis pas malade.

Jeudi 20 juin 2019 :

Effectivement, je suis malade. Mon nez coule à grosses gouttes, et j’ai la tête lourde. Mais cela ne m’empêchera pas de travailler. Aussi, je me force à sortir de mon lit. Je prends ma douche, m’habille, descends prendre mon petit déjeuner. Celui-ci sitôt consommé je me rends à l’office.

Quelques minutes plus tard, je m’en vais vers les Terreaux de l’espoir. Arrivé sur place, je discute avec Francisco pour connaître les actions futures que nous allons mettre en place. Suite à la venue de Sylvain, ce lundi, il m’est venu quelques idées. Aussi, nous avons beaucoup de choses à discuter. Mais, Francisco et moi sommes globalement d’accord. La priorité actuelle est de mettre en place un bon système d’irrigation pour la propriété. Francisco va devoir acheter des tuyaux.

La discussion ne s’éternise pas, et très vite je profite du temps qu’il me reste pour aller m’occuper des tomates de la serre. J’y travaille durant deux heures, jusqu’à ce que midi sonne.

Lorsque je rentre enfin à la Communauté du Chemin Neuf, je ne me sens pas très bien. Je n’aurais peut-être pas dû sortir ce matin, pour travailler, mais je pense qu’il était nécessaire de revoir Francisco après l’intervention de Sylvain. J’ai vraiment envie de mettre en place les méthodes de ce dernier, mais je pense que cela risque d’être difficile en raison de la quantité de main-d’œuvre nécessaire. Mais pour l’instant, je suis mort de fatigue. Le rhume me rend la tête lourde. Aussi, je profite du début de l’après-midi pour dormir quelques heures.

Bien que malade, je souhaite toujours travailler. Aussi, lorsque le service de l’après-midi débute je me porte volontaire pour préparer la salle à manger pour les étudiants. En effet, il y a quelques modifications à apporter. Ce week-end, nous accueillons un événement organisé par la communauté. C’est ce que nous appelons le week-end jeune. Nous allons accueillir environ 90 personnes sur deux jours. Alors, il faut commencer à préparer les locaux. Certains devant manger dans la salle à manger des étudiants, il est nécessaire de rajouter une table. Mais en conséquence, il faut tout déplacer, et tout nettoyer. On peut dire que les étudiants n’ont pas été très scrupuleux dans le ménage ces derniers temps. Mais qu’à cela ne tienne, c’est juste de la crasse à nettoyer. En quelques heures, tout est terminé. Satisfait du travail accompli, je m’en retourne vers la cuisine pour aider de mon mieux jusqu’à l’heure du dîner.

Vendredi 21 juin 2019 :

Ce vendredi a été une journée particulièrement pénible. À mon lever, mon rhume est encore plus fort que la veille au soir. J’éprouve une grande fatigue, et ne vois pas très bien comment faire pour travailler ce matin. Mais je souhaite participer à l’activité de la maison, alors je me propose comme chaque jour.

Sœur Adrienne donne une tâche très simple : il s’agit d’un peu d’organisation et de rangement pour préparer la venue des jeunes pour le week-end. Angela et Roselyne m’accompagneront dans la tâche. Nous rangeons la grande salle Victoire, préparons les salles pour les repas, et arrangeons les dortoirs du mieux que nous pouvons. Inutile de vous préciser qu’après cela je suis encore plus fatigué. Aussi, n’en pouvant plus, et alors qu’il reste encore un petit peu de travail, je retourne me coucher. Je resterai au lit jusqu’à ce que vienne l’heure du repas. Je n’irai pas à la messe aujourd’hui.

Le début de l’après-midi, je la passe encore à me reposer. Normalement, j’aurais dû sortir pour aller voir les familles des élèves du soutien scolaire. Mais je ne suis pas en état, il pleut abondamment à l’extérieur. Alors, pour ne pas aggraver mon état, je reste à la communauté.

Le temps passe, le soir arrive, j’ai bien du mal à sortir de ma torpeur, et à participer au repas. Mais je pense que cette journée de repos m’aura fait le plus grand bien.

Samedi 22 juin 2019 :

Je me sens déjà un peu mieux ce matin. J’ai plutôt bien récupéré cette nuit. J’ai hâte de débuter le soutien scolaire. Je me demande de quelle manière je vais m’y prendre aujourd’hui. J’ai déjà fait français ce mercredi, aussi, je pense qu’il serait bien d’enseigner autre chose. Peut-être des mathématiques, je n’en ai pas fait depuis longtemps avec mes élèves. Mais il faut que je fasse attention, les élèves du samedi matin ne sont pas toujours les mêmes que ceux du mercredi après-midi. Malheureusement, ils ne viennent pas régulièrement au cours. Si je veux que tous reçoivent un enseignement équilibré il me faut alterner régulièrement les cours.

Odon est avec moi pour l’enseignement, et les élèves sont sagement attablés devant moi. Nous échangeons quelques minutes, et décidons que nous ferons bel et bien des mathématiques aujourd’hui. Je me plonge dans les carnets de cours, et essaie de voir là où les élèves ont des difficultés. L’un des problèmes majeurs, pour l’ensemble des étudiants, est le calcul des fractions. Ils ont du mal à les additionner entre elles, à les multiplier ou les diviser. Je donne quelques exercices, qui me semblent simples, mais qui prennent beaucoup de temps à être réalisés. J’ai complètement oublié ce que c’était d’être en cinquième. À me remémorer mon enfance, je me souviens que moi aussi j’avais beaucoup de difficultés avec les calculs de fractions. Mais nous avançons doucement, et les élèves apprennent. Ils prennent l’habitude de faire ces calculs en répétant les opérations plusieurs fois. Bien sûr qu’en mathématiques il faut d’abord et avant tout comprendre, mais il est aussi indispensable de pratiquer. Sans la pratique il est impossible de fixer le cours, et les mécanismes cérébraux qui vont avec. Mais après 1h30 de cours, les élèves éprouvent beaucoup de difficultés à se concentrer sur les calculs. Je pense que deux heures d’enseignement de mathématiques sont un peu trop longues pour eux. J’essaie tout de même de faire quelques rappels de cours sur la géométrie des triangles, mais les élèves n’y sont vraiment pas. J’abandonne finalement, huit minutes avant la fin normale du cours, et les laisse partir. Il faudra que je pense à fractionner mon cours lorsque j’enseigne des mathématiques. De façon à ne pas faire que cela durant les deux heures d’enseignement.

L’après-midi voit l’ouverture du week-end jeune. De nombreuses personnes arrivent pour assister aux célébrations et aux enseignements. Pour ma part, je participe avec joie. Mais un des élèves du foyer, à qui j’avais promis de l’aide lorsqu’il en aurait besoin, vient me voir pour me dire qu’il a besoin de moi pour corriger son mémoire de troisième année. Je lui demande si la chose est vraiment urgente, et il me répond qu’il en aura besoin pour demain matin. Je trouve que c’est un peu gonflé de sa part, mais je ne lui en fais pas la remarque. Il a besoin d’aide, et je lui en avais promis. Alors, je me rends disponible. Je n’assisterai pas aux enseignements du soir, et corrigerai son mémoire à la place.

Lorsqu’arrive enfin l’heure du repas, je n’ai toujours pas fini ma correction. Il me restera un peu de travail pour demain matin, et comme je sais que l’étudiant ne sera pas levé de bonne heure, je me laisse le temps de ne finir que pour midi.

Dimanche 23 juin 2019 :

Je me lève de très bonne heure ce matin. Mon rhume n’est pas encore complètement remis et je n’arrive pas à dormir. Très vite, je me mets au travail. Je souhaite finir au plus tôt la correction du mémoire de cet étudiant. Je pense qu’il en aura vraiment besoin.

J’y consacre une bonne partie de la matinée. Et lorsque midi arrive, j’ai enfin terminé. Cependant, il y a encore bien des choses dont je souhaite discuter avec lui, car je ne comprends pas le sens de certaines phrases.

Alors que nous prenons tous notre repas, Odon vient me voir et me dit qu’il a un message pour moi de la part de cet étudiant. Ce dernier vient de partir pour Tananarive et ne reviendra que mardi matin. Je suis sous le choc. Pourquoi ne me l’a-t-il pas dit plutôt ? J’aurais pu prendre tout mon temps pour la correction, et j’aurais pu assister aux enseignements de ce matin. Mais non, il est parti comme un voleur sans rien me dire. En fait, ce travail n’était pas si urgent que cela. De mon côté, j’éprouve une vive colère dans mon cœur. Je ne sais que faire de cette colère. Et dans le fond, elle me dérange plus qu’autre chose. Alors, je la confie à mon Dieu, et fais un effort pour pardonner à cet étudiant. Il faudra tout de même que je lui explique que ce n’est pas une façon de faire.

Quoi qu’il en soit, son mémoire avait bien besoin d’une correction. Et je suis content de la lui avoir apportée.

Je consacre toute cet après-midi au repos et à la détente. J’espère que je récupérerai suffisamment pour être en forme cette semaine.

Mais le soir venu, et malgré la pose de l’après-midi, je ne me sens toujours pas reposé. Je crains que cette fatigue ne soit pas physique, mais morale. Il est possible que je désespère un peu trop du fait de ne pas voir les fruits de ma mission ici. J’essaie de rentrer en moi-même de confier cela à Dieu, je suis sûr qu’il m’entendra.

Onzième semaine à Madagascar

Lundi 10 juin 2019 :

Nous sommes lundi de Pentecôte, et à Madagascar c’est jour férié. Alors, je n’irai pas aux Terreaux de l’espoir aujourd’hui. Et pour toute la maison, c’est jour de repos. Aussi, nous avons prévu de faire une sortie ensemble.

Tout le monde s’est levé tard ce matin, nous avons pris du temps pour nous reposer. Mais dès notre lever, nous nous mettons tous à l’ouvrage. Nous préparons la nourriture pour le pique-nique de ce midi. Odon va chercher les salades tandis que Roch prépare la sauce. Pour ma part, je m’occupe des bouteilles d’eau. Et lorsque 10 heures arrivent, nous sommes enfin prêts pour le départ. C’est presque toute la maisonnée qui part en vadrouille. Laure-Elise, Odon, Roch, Roselyne, Jackson, Clémence, Toky et moi sommes de la partie.

Le ciel se couvre, et nous nous inquiétons qu’il ne pleuve aujourd’hui. Mais nous partons tout de même. Nous n’aurons, probablement, pas l’occasion d’aller nous balader de nouveau avant longtemps. Alors, tout le monde monte en voiture. La route n’est pas trop mauvaise, pour une route de Madagascar, et en seulement trois quarts d’heure nous arrivons à destination.

Le lieu de notre visite est bien connu de la communauté. Il s’agit d’une petite rivière, qui tombe en multiples chutes d’eau dans la région. Elle ressemble à un large torrent de montagne qui rebondit sur les rochers. Mais comme je manque de mots pour vous la décrire, et qu’une photo vaut mieux qu’un long discours, je vous propose d’admirer par vous-même.

Après avoir tenté de remonter le cours d’eau le plus loin possible, nous redescendons pour le repas. Nous nous sommes installés sur un gros rocher dans un détour du torrent. Là, entre les eaux qui se meuvent à l’infini, nous avons pris notre dîner. C’était vraiment magnifique. Et si reposant. Tout le monde était de bonne humeur, et lorsque le repas s’est enfin fini, nous avons continué par quelques jeux.

Ne souhaitant pas terminer là notre sortie, nous l’avons prolongée par une randonnée au travers des rizières. Nous avons grimpé et descendu sur collines pour admirer la vue, et avons cherché un chemin hors des sentiers battus.

Je n’ai rien à ajouter, concernant ce jour si magnifique, que de bénir une fois encore ces merveilles que le seigneur nous donne.

Mardi 11 juin 2019 :

Quel dommage qu’hier n’ai pu durer plus longtemps. J’aurais bien pris plaisir à quelques jours de repos, mais il me faut retourner au travail. Il y a beaucoup à faire.

Passer l’office du matin, je m’en vais travailler aux problèmes informatiques de la communauté. Je rédige un mail pour le service informatique de la maison-mère, qui se situe à Lyon. J’essaie de leur expliquer les deux problèmes que nous avons ici, avec le plus d’informations possible. Mais je ne suis pas tout à fait certain de fournir tous les éléments dont ils ont besoin. Il faudra une bonne partie de la matinée pour obtenir toutes les informations nécessaires à la rédaction de ce mail. Et cela fait, je retourne à la rédaction de mon blog, qui a pris quelques retards ces derniers jours.

Midi approche, et il me faut arrêter mes activités. Tant pis, je reprendrai plus tard. Et probablement pas aujourd’hui, car mon après-midi va être très occupé. En effet, n’ayant pu aller aux Terreaux de l’espoir hier, j’y vais cet après-midi. Aussi, le repas à peine terminé, je m’en vais à l’orphelinat.

La route est très encombrée. Il y a un grand nombre de charrettes tirées par des zébus qui ralentissent la circulation. Aussi, il me faudra près de trois quarts d’heure pour arriver à l’orphelinat. Mais comme j’étais partie de très bonne heure j’arrive tout de même en avance.

Une fois à destination, j’en profite pour discuter un peu avec Claire (la responsable administrative de l’orphelinat). Il n’y a pas grand-chose à dire aujourd’hui, mais en cours de conversation je me rends compte que j’ai oublié de faire quelque chose demandée par Claire. J’en éprouve beaucoup de honte. Pas question que cela se reproduise. Je note immédiatement la chose dans mon carnet pour ne pas oublier de la faire.

Francisco est très occupé, et n’a guère le temps de discuter avec moi, alors je prends le temps d’aller faire un tour à la bananeraie. Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis la dernière fois, et aucun travail n’a été entrepris. Francisco n’a pas eu le temps de s’en occuper. Les rares bananes qui poussent sont extrêmement petites. Et nombre de régimes ne portent aucune banane. Seule la fleur pousse, sans avoir de fruits. C’est une triste bananeraie. Je m’en retourne voir Francisco, en espérant qu’il sera davantage disponible. Et en effet, revenu au centre de l’exploitation, je le retrouve prêt à discuter. Nous échangeons sur la bananeraie, et Francisco me confirme qu’il compte entreprendre le travail nécessaire pour la remettre en état. Il faut simplement qu’il aille recruter des ouvriers agricoles pour cela. Je sens bien qu’il est complètement surchargé. Mais je ressens une douleur plus profonde en lui, probablement que le décès du père Henri l’a plus affecté que ce que je pensais. Il n’était pas comme cela lorsque je l’ai rencontré il y a deux mois.

Cela étant fait, je m’en retourne à la serre pour travailler. Il y a encore plusieurs rangées de pieds de tomates à arracher. Alors, j’y consacre le restant de mon après-midi. Je me fie à la lumière des rayons du soleil pour connaître l’heure qu’il est. Je commence à m’y habituer. Je ne porte pas ma montre sur moi, elle n’a plus de piles depuis plusieurs mois. Et je ne sors que rarement mon téléphone portable, car mes mains sont extrêmement sales à force de travail. Aussi, lorsque je décide enfin de partir, pour m’en retourner à la communauté du Chemin Neuf, il est six heures du soir.

J’arrive en retard pour la soirée de prière. Elle a débuté à 18 heures. Mais qu’importe le retard, le temps que je passe à chanter et prier, même si plus court que d’habitude, me fait le plus grand bien après cette journée de travail. Je me sens apaisé, et pense que je dormirai pour le mieux cette nuit.

Mercredi 12 juin 2019 :

La journée commence très bien. Priscille et moi avons été chargés de faire des pâtes pour le repas de ce midi. Je suis ravi, car nous n’avons pas souvent la chance d’en manger. Cela me rappelle un peu la France. Nous les accompagnerons de carottes, courgettes, haricots verts, oignons et gingembre. Nous y travaillons en y mettant tout notre cœur, et à 11 heures le plat est enfin prêt. Il ne restera plus qu’à réchauffer l’ensemble 10 minutes avant de prendre notre repas.

L’heure restante, avant que midi ne sonne, je la consacre à la recherche d’exercices de dessin industriel à proposer aux élèves de l’ESSVA. J’en trouve bien quelques-uns, mais ce sont vraiment des exercices pour débutants. Je commence à désespérer de trouver quelque chose de consistant pour des élèves plus avancés. Quoi qu’il en soit, lorsque le repas arrive, je ferme mon ordinateur et remets tous mes problèmes à plus tard.

Le repas est excellent, j’étais un peu inquiet pour les pâtes, mais elles ne semblent pas trop cuites. Priscille et moi sommes satisfaits de notre cuisine. Cela fait du bien de savoir qu’on a réussi quelque chose, même si c’est une toute petite chose.

À 14 heures, débute le soutien scolaire. Aujourd’hui encore, je vais leur donner un cours de français. J’emploie la même méthode que celle utilisée lors du cours précédent. Je suis très satisfait des résultats. Les élèves participent et apprennent les verbes, en même temps que leur usage, dans un contexte adapté à leur âge. Je pense utiliser cette méthode à plusieurs reprises, mais il me faudra aussi trouver un moyen d’être plus efficace pour l’enseignement oral. J’essaierai d’en discuter avec mes amis ici, afin d’avoir leur avis en la matière.

À 16 heures, le soutien scolaire prend fin. Je dis au revoir aux élèves, et m’en retourne à la maison. Sœur Adrienne ne manque pas d’imagination pour nous occuper. Roch et Odon sont envoyés au jardin, tandis que Priscille, Clémence et moi avons pour charge de couper les légumes. La cuisine est déjà bien avancée quand nous arrivons, et en moins d’une heure tout est fini. N’ayant plus rien à faire, j’en profite pour aller voir si Roch et Odon ont besoin d’aide. Mais eux aussi ont tôt fait de terminer leur tâche. Aussi, je m’en retourne à la maison et continue mes recherches sur Internet.

Lorsqu’arrive enfin le repas du soir, je n’ai toujours pas trouvé d’exercice satisfaisant pour mes élèves. J’aurais bien aimé pouvoir créer ce type d’exercice, mais ce n’est pas aussi simple. Ce que je cherche est assez compliqué. Je voudrais un système complexe, avec plusieurs pièces. Comme un moteur de voiture vu en coupe et vu sous plusieurs angles. Ce n’est pas quelque chose que je peux faire moi-même. Je ne dispose pas des logiciels nécessaires, et le temps me manque pour réaliser un tel dessin.

Du fait de ce petit échec, je me couche assez peu satisfait. J’espère que la journée de demain me permettra de résoudre ce problème.

Jeudi 13 juin 2019 :

Ce matin, je dois aller aux Terreaux de l’espoir. Mais alors que je prends mon petit-déjeuner, le père Gabriel me demande si je serais disponible pour quelque chose d’autre. Il a dans l’idée d’aller rencontrer un spécialiste de l’agriculture à Madagascar. Je comprends immédiatement que je pourrais en tirer un grand bénéfice pour ma mission aux Terreaux de l’espoir. J’accepte avec joie. Je prends tout de même le temps d’écrire un petit SMS à Claire pour lui expliquer que je ne viendrai que cet après-midi. Le retour ne se fait pas attendre, et Claire me dit que cela ne pose aucun problème. C’est donc la conscience tranquille que je me rends à cette formation pour approfondir mes connaissances des plantes à Madagascar.

Je me mets en route, et prends la ligne de bus numéro 11 pour me rendre à destination. Je suis très surpris du trajet emprunté par le bus. Alors qu’en voiture une petite quinzaine de minutes suffirait largement, il m’aura bien fallu une heure pour me rendre sur les lieux. À mon arrivée, je retrouve le père Gabriel, venu sur sa moto. L’ensemble lui donne une allure peu habituelle pour un prêtre.

Tous les deux réunis nous rentrons dans la propriété. C’est vraiment magnifique ici. Tout est en excellent état. Sylvain nous accueille le sourire au visage, c’est lui qui va nous donner cette petite formation sur l’agriculture à Antsirabe et dans ses environs. Je ne peux pas vous décrire dans le détail tout ce que j’ai appris ce matin-là, mais je peux vous assurer que ce fut extrêmement enrichissant. Je vois déjà le bénéfice que je pourrai en tirer pour l’exploitation des bananiers de Francisco. En effet, Sylvain m’a expliqué que les bananiers doivent être plantés dans des creux, car ils ont besoin d’énormément d’eau pour pouvoir pousser. Il m’a montré la façon dont il s’y prenait, et voici le résultat.

Les bananiers ont, de plus, besoin de beaucoup d’engrais pour prospérer, ou bien d’un sol naturellement très riche. À l’orphelinat, les bananiers sont plantés sur des buttes et l’on ne leur a donné aucun engrais. C’est exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire pour voir prospérer ces plantes. Jean touche deux mots à Sylvain, qui me fait remarquer qu’il viendra lundi aux Terreaux de l’espoir. Pour une surprise, c’est une surprise ! Sylvain connaît bien Francisco et Claire. Il doit déjà se rendre chez eux pour s’occuper des pommiers. Je note l’information dans un coin de ma tête. Il faudra que je sois aux Terreaux de l’espoir de bon matin lundi prochain.

Cette matinée ne m’a pas laissé le loisir de m’ennuyer. Et déjà, il est l’heure de rentrer à la communauté pour la messe. Mais avant de quitter les lieux, j’en profite pour vous laisser une petite photo d’un animal bien sympathique que j’ai rencontré ici.

Pour le retour, j’aurais bien aimé pouvoir rentrer sur la moto du père Gabriel, mais elle n’a pas de place pour passager. Tant pis, je prendrai le bus. Et en conséquence, je serai en retard pour la messe…

La routine de midi étant terminée, je file aux Terreaux de l’espoir. Là-bas, j’y retrouve Claire affairée à des tâches administratives. Je discute un peu avec elle de ce que j’ai appris ce matin. Elle se montre intéressée, mais me rappelle que la priorité initiale de Sylvain est de s’occuper des pommiers. Je la rassure immédiatement, je n’ai pas l’intention d’empiéter sur les travaux prévus. Mais, s’il reste un peu de temps à Sylvain en fin de matinée, j’aimerais lui montrer la bananeraie de l’orphelinat. Claire est tout à fait d’accord avec moi.

Je la remercie de m’avoir accordé un peu de temps, et je file travailler à la serre, où il reste encore beaucoup de travail sur les pieds de tomates. J’y consacre le restant de mon après-midi, et y mets tout mon cœur pour l’accomplir du mieux possible. Il y a toujours tant à faire sur cette terre, et si peu de temps pour l’accomplir.

Vendredi 14 juin 2019 :

Il commence à faire sérieusement froid à Madagascar. Oh… rien de comparable avec la France, mais comme nous n’avons pas de chauffage les matinées sont particulièrement fraîches dans la maison. Je mets toujours mon plus gros pull pour me couvrir. Et j’enlève ce dernier en cours de journée. D’ailleurs, la différence de température entre le soleil et l’ombre est particulièrement impressionnante. Je dirais que l’on ressent facilement de 10 à 15° d’écart. Et comme vous vous en doutez sûrement, chaque matin je me douche à l’eau froide. Les panneaux chauffants, sur le toit, ne chauffent plus suffisamment l’eau nécessaire à la maison. Mais je commence à m’y faire. En fait, il m’est beaucoup plus facile de m’habituer aux douches froides que je ne le pensais. Et puis, l’aspect positif, c’est que cela me réveille un grand coup chaque matin. Moi, après cette petite douche matinale, je me sens toujours d’attaque pour la journée.

Lorsque le temps de service arrive enfin, je descends avec les autres pour le lancement de la matinée. Nous nous retrouvons, comme à notre habitude, pour recevoir chacun nos missions et partager un petit instant de prière. Cela étant, il m’est demandé de trier le riz avec Odon. Cela faisait un certain temps que je n’avais pas trié le riz. Je suis très content d’être de nouveau affecté à cette tâche. J’apprécie ce travail méticuleux, et j’avoue que je le trouve très reposant. Me concentrer sur les grains de riz, et les petits cailloux, me permet d’oublier tous les soucis du quotidien.

Avec Odon, nous nous y attelons avec ardeur. Et trois heures plus tard, nous en voyons enfin le bout. Le temps restant, cette matinée, je le consacre à chercher des exercices pour le dessin industriel. Je n’ai pu en trouver pour cette semaine. J’en ai discuté avec Ezequiel, l’un des élèves de l’ESSVA. Il m’a expliqué que ce n’était pas bien grave, car il n’aurait de toute façon pas eu le temps de les travailler cette semaine. En effet, ayant leurs examens la semaine prochaine, ils n’avaient pas de temps à consacrer au dessin industriel. Mais, lui et ses camarades seront très heureux de résoudre ces exercices la semaine suivante.

La sonnerie retentit enfin. C’est l’heure de la messe.

Cette dernière terminée, et mon repas pris, j’en profite pour prendre un petit temps de repos dans ma chambre. Puis, le temps de service arrivant, je me lève et me prépare pour l’après-midi.

Aujourd’hui, nous reprenons la visite des familles. C’est une des activités principales de la communauté ici, avec le soutien scolaire. Les familles qui ont inscrit leurs enfants, pour les cours que nous donnons, reçoivent la visite de membres de la communauté de temps à autre. C’est une façon pour nous, de ne pas les laisser seuls dans la misère. Ces visites avaient été suspendues du fait des nombreux bouleversements qu’a connus la communauté récemment (notamment le décès du père Henri).

Pour cette mission, nous sommes répartis en trois groupes. Moi, je suis avec Roselyne et Odon. Les JETs sont répartis du mieux possible entre les différents groupes, afin que chacun ait au moins un Malgache avec lui. Moi, j’ai de la chance, ils sont deux avec moi.

Nous nous souhaitons tous bonne chance et partons chacun de notre côté. Roselyne, Odon et moi serpentons durant plus de 20 minutes dans les ruelles d’Antsirabe avant d’atteindre la première maison.

Mais ici, il me faut m’arrêter un peu dans mon récit. Je ne peux pas vraiment vous décrire ce que j’ai vu cet après-midi. C’est trop difficile. Je commence à m’habituer à la misère, ici sur les plateaux de Madagascar, mais aller voir les gens chez eux, et voir comment ils vivent, c’est bien plus difficile. La vie pour ce peuple est très dure. Et les familles que je rencontre ne sont pas des cas isolés. La plupart vivent dans des maisons de moins de 10 m². Leurs familles peuvent compter de quatre à dix personnes, et parfois plus encore. Ils ont déjà de la chance, quand le sol n’est pas en terre battue, et que leurs murs sont en pierre. Les toitures sont constituées de tôles fixées entre elles pour résister aux forts vents de la saison des pluies. Il n’y a pas toujours l’eau courante, et il est rare d’y trouver l’électricité. Les plafonds ne sont pas bien hauts. J’ai du mal à passer sous les portes. Mais pour la plupart des résidents, ce n’est pas un problème. Pourtant, malgré la misère matérielle qui règne ici les Malgaches sont toujours souriants et accueillants. L’une des femmes, touchée par notre venue, nous offre même une barre de chocolat à chacun. Cette fois, c’est moi qui suis touché. Ils n’ont presque rien et nous donne ce qu’ils n’ont que rarement la chance de manger. Je ne pleure pas, je n’ai pas de larme pour eux, à quoi cela leur servirait-il. Je vois des gens souriants qui ont juste besoin d’un geste d’humanité. D’un peu plus de présence peut-être. La plupart des habitants de ces maisons n’ont pas de travail régulier. Ils s’efforcent, autant qu’ils le peuvent, de subvenir aux besoins de leur famille en mendiant le travail qu’on daigne leur donner. Et moi, qui suis infiniment plus riche qu’eux, j’essaie juste de trouver les mots pour parler avec eux.

Finalement, ce seront trois familles que nous aurons visitées aujourd’hui. La dernière d’entre elles a dû, malheureusement, nous demander de partir un peu plus tôt que prévu. Elle était en train de faire du repassage pour une autre famille et ne pouvait pas délaisser son travail. Mais elle avait les larmes aux yeux lorsque nous sommes partis, et nous a chaudement remerciés de notre venue.

Le soir arrive, et je médite sur l’expérience de ce jour. Je ne peux rien écrire aujourd’hui. J’attendrai demain pour trouver les mots… (ce n’est que samedi que j’ai prie le temps d’écrire ces quelques lignes)

Samedi 15 juin 2019 :

Ce samedi, j’ai envie de faire très court. La journée a été relativement chargée, mais dans le fond, c’était surtout une journée de repos.

Ce matin, comme chaque samedi matin, nous avons soutien scolaire. Mais je ne ferai pas de français aujourd’hui. Je ne peux pas me contenter de leur enseigner cette matière, bien que ce soit celle où ils éprouvent le plus de difficultés. Alors, je leur donne un cours de physique. J’avoue que c’est une grande joie, pour moi, de pouvoir enseigner cette matière que j’ai tant aimée à l’école. Mais avant de plonger dans les exercices un peu complexes, je me demande s’ils maîtrisent les bases. Alors, choisissant de leur enseigner les circuits électriques, j’en profite pour vérifier s’ils comprennent les différentes représentations symboliques. Je leur demande, tout simplement, de donner le nom de chaque élément représenté au tableau. Si pour certains éléments il n’y a aucun problème, pour d’autres cela est beaucoup plus compliqué. J’ai bien fait de commencer par ce petit exercice. Il faut impérativement qu’ils maîtrisent les bases, avant de passer aux exercices suivants. Je continue, très progressivement, sur des exercices chaque fois un peu plus complexes. Et lorsque la fin du cours arrive enfin, j’ai pu leur faire réviser la totalité de leurs connaissances en matière d’électricité. Je suis très satisfait de l’enseignement que j’ai donné aujourd’hui, car je suis convaincu que les élèves ont progressé grâce à ce cours. J’avoue que je trouve cela exaltant de transmettre mes connaissances.

Le cours se termine à 10 heures, et je consacre les deux heures qui suivent à me détendre.

À 11h45, nous sommes invités à manger chez un couple de Français, qui sont venus avec l’association Fidesco. Tous les Français de la communauté sont invités. J’avoue que c’est très agréable de retrouver quelques Français ici, et de partager quelques minutes avec eux, pour échanger sur nos expériences à Madagascar.

Malheureusement, nous ne pouvons pas passer toute notre après-midi ici, nous avons des choses à préparer pour le repas du soir. Aussi, aux alentours de 16 heures, il nous faut partir. Mais je garderai longtemps un souvenir très agréable de l’accueil de ce jeune couple de Français.

La journée touche à sa fin, et le soleil s’efface progressivement derrière l’horizon lorsque j’écris ces quelques lignes. J’éprouve, comme très souvent, le désir de vous faire partager ce que je vois depuis la fenêtre de ma chambre lorsque j’écris les articles pour mon blog. Alors, je vous laisse apprécier la vue.

Dimanche 16 juin 2019 :

Quel plaisir, ce dimanche, d’aller me balader. Depuis plusieurs jours déjà, il est prévu que nous nous rendions au lac Tritriva (qui se prononce « Tchitchive »). C’est un lac situé dans le cratère d’un ancien volcan. La route est longue jusque-là, et elle est en très mauvais état. Si bien que les deux plus sportifs d’entre nous, qui ont décidé de venir en vélo, mettent pratiquement le même temps de trajet, alors que nous sommes venus en voiture.

Arrivées sur place, il nous faut négocier le prix d’entrée. Comme plusieurs d’entre nous sont des Vazah, ce n’est pas le même tarif. Mais grâce à l’aide d’Éric, un Malgache de la communauté, nous nous en tirons à un prix très raisonnable.

Pour voir le lac, un guide nous accompagne. Je me demande bien la raison de sa présence, car les explications qu’il donne sont vraiment très succinctes. Je pense qu’il est principalement là pour les touristes.

Arrivés en haut du cratère, nos yeux découvrent le lac en contrebas. Les abords du lac sont encerclés d’impressionnantes falaises surplombées d’une forêt de résineux. Tandis que l’eau du lac arbore de somptueux reflets Azur.

Il faut à peine trois quarts d’heure pour en faire le tour. Puis nous nous mettons à la recherche d’un endroit tranquille pour prendre notre repas. Après une petite marche, ce sera sur les hauteurs que nous nous implanterons pour prendre notre déjeuner. De là, nous avons une vue plongeante sur les plateaux environnants.

Le temps passe, il va être temps de partir. Nous faisons tout de même un dernier petit tour, cette fois-ci en montant sur la crête la plus élevée du volcan. Là-haut, on ne voit plus le cratère à cause de la pente du terrain. Mais on peut apprécier le paysage alentour.

Il est désormais temps de rentrer.

La voiture n’est pas bien loin, et y rentrer ne prend pas plus de 10 minutes. Mais le trajet du retour, bien que cette fois en descente, est presque aussi long que le trajet de l’aller.

J’ai très apprécié cette petite sortie, qui a beaucoup égayé ma journée. J’espère que j’aurai l’occasion de faire d’autres sorties de la sorte dans les prochains mois.

Chers amis, parents, parrains et marraines je ne sais pas ce que vous devenez en France, car je manque de vos nouvelles, mais je vous souhaite à tous tout le bonheur possible pour les prochaines semaines.

Dixième semaine à Madagascar

Lundi 3 juin 2019 :

Je crois que j’ai commis une erreur ce week-end. En effet, comme j’avais un peu de temps libre, j’en ai profité pour lire un certain nombre d’articles scientifiques sur divers sujets qui m’ont toujours intéressé. Or, ces articles étaient fort sujets à controverse. Depuis lors, mon esprit tourne dans tous les sens pour déterminer qui a raison. Cette discussion intérieure me met de très mauvaise humeur. J’éprouve de grandes difficultés à lâcher prise et à trouver le sommeil. Ainsi, n’en pouvant plus de rester au lit, je me lève et fais des recherches sur mon ordinateur. Il est à peine cinq heures du matin. Je n’aurai pas eu ma dose de sommeil quotidienne.

À six heures, je m’occupe du petit-déjeuner des étudiants. Puis, une fois l’office terminé, j’accompagne Jackson et Éric pour faire les courses au marché. Nous en avons pour une bonne partie de matinée, et, cela étant fait, nous nous en retournons à la communauté. Pour ma part, je profite de ce que nous passons à proximité d’un coiffeur, pour m’y arrêter. J’ai grandement besoin d’une coupe. Je suis heureux que Jackson soit présent, car il va pouvoir m’aider à exprimer mon besoin au coiffeur. Mais à peine suis-je entré dans le salon de coiffure, que le propriétaire m’adresse la parole en français. Il parle assez bien notre langue, et je me rends compte que je n’aurai pas besoin d’interprète.

En à peine 10 minutes, tout est terminé. Ici, on fait rarement un shampooing. Une simple coupe suffit.

Cela étant fait, nous nous en retournons à la communauté pour avoir notre messe, et notre repas.

L’après-midi venant, je retourne aux Terreaux de l’espoir. Claire et Francisco m’accueillent avec la même joie que d’habitude. Aujourd’hui, je n’ai pas à travailler à la serre, mais avec Francisco nous discutons durant plusieurs heures. Nous échangeons pour savoir comment installer les abreuvoirs pour vaches, lorsque nous les aurons reçus. J’en profite pour mettre une petite photo des cinq locataires dont nous souhaitons arranger la chambre.

Cela étant, nous étudions aussi la possibilité d’installer un étendoir à linge au plafond sous le préau. Actuellement, ce dernier est occupé par des étendoirs classiques. En conséquence, les linges suspendent pratiquement jusqu’au sol, et empêchent les enfants de jouer. Nous en discutons, et faisons plusieurs propositions de plans sur le papier. Il ne s’agira pas d’étendoirs classiques, ils ne sont pas assez grands pour les besoins de l’orphelinat.

Les heures s’écoulent, et il est bientôt temps de partir. Je dis au revoir à Francisco, et rentre à la communauté du chemin neuf.

Et lorsque le soir arrive enfin, je m’écroule de fatigue sur mon lit.

Mardi 4 juin 2019 :

J’ai perdu l’habitude d’écrire au jour le jour. Et à l’heure où j’écris mes souvenirs, de ce mardi 4 juin, nous sommes déjà le jeudi 6. J’aimerais vous raconter cette journée, comme je vous raconte chaque autre. Mais je dois me rendre à l’évidence, les souvenirs fuient mon esprit. Je ne sais plus ce que j’ai fait ce jour. D’habitude, je n’éprouve aucune difficulté à me rappeler mes activités sur les trois derniers jours. Mais aujourd’hui, ma mémoire ressemble à une grosse purée de nuages. Il me semble que le matin j’ai fait quelque chose d’important. Mais je n’arrive plus à me rappeler quoi. J’ai beau me souvenir que nous avions DESERT, ce matin-là, rien d’autre ne me vient à l’esprit.

Après tout, peut-être n’ai-je rien fait d’important ce jour-là. Il y a des journées, ici, où je n’ai vraiment pas l’impression d’être utile. J’essaie généralement de me rassurer. Au moins, je découvre ce que c’est que de vivre avec ce peuple. Mais enfin… il y a quelquefois où je me demande qu’est-ce que je leur apporte ?

Je suis ingénieur, mais ici cela ne sert pas à grand-chose. Ils auraient plus besoin d’un technicien, ou mieux encore, d’un mécanicien. Il y a toujours des choses à réparer, toujours des choses à faire. J’aimerais vous donner une petite idée de la qualité du matériel que l’on peut trouver à Madagascar. Si dans certains domaines on trouve tout ce que l’on veut, dans d’autres cela est beaucoup plus difficile. Je vous donnerai bien un petit exemple : « Je faisais des recherches sur Internet, dans l’espoir de trouver quelques machines à des prix abordables pour remplacer la pompe qui a été volée chez Francisco et Claire. Ce faisant, je suis tombé sur un site malgache comparable au Le Bon Coin. Il y avait bien une pompe en vente, mais ce modèle ne m’intéressait pas. Elle était équipée d’un moteur électrique, mais était beaucoup trop grosse et trop puissante pour nos besoins. Mais tout de même, le vendeur n’avait peur de rien. Il écrivait, tout simplement : groupe motopompe 50 ans très bon état. » Et moi je relisais : 50 ans très bon état… j’ai passé les six dernières années de ma vie dans la conception de moteurs électriques, et je peux vous dire qu’après 50 ans de bons et loyaux services ils ne sont pas en bon état…

Enfin bon, il y a des jours comme cela où je me demande pourquoi je suis venu ici. Mais les questions sont très vite remplacées par les nécessités du jour. Je n’ai pas vraiment le temps de me demander si je suis à ma place. Il y a tellement à faire. Peu importe que cela soit important ou non, peu importe que je fasse réellement usage de mes compétences d’ingénieur ou pas. Du moment que je suis avec eux et que je les sers de mon mieux.

Mercredi 5 juin 2019 :

Aujourd’hui, je vais à l’ESSVA. Je vais donner un Cours aux élèves de deuxième année de la filière électromécanique. Mais avant cela, je prends le temps de relire mon PowerPoint, et grand bien m’en a pris. En effet, ma relecture me permet de trouver quelques erreurs de frappe qui s’étaient glissées dans mes nombreux slides. Je continue ma vérification, mais après une petite heure il est urgent de partir pour l’université.

À neuf heures, j’ai rendez-vous avec Monsieur Romi. Ce dernier est le responsable de la matière dans laquelle j’enseigne. Je suis très heureux de le rencontrer pour la première fois, qui sera peut-être la dernière. Nous discutons de l’enseignement que je donne aux élèves, et de notre objectif de cours. J’apprends avec stupeur que l’année est déjà finie pour la classe à laquelle j’enseigne. Aussi, les cours que je leur donne relèvent plus du soutien scolaire que d’autres choses. Je suis surpris de ne l’apprendre que maintenant. J’aurais souhaité qu’on me le dise plus tôt. En conséquence, je vais aborder mes cours sous un angle différent. Je vais leur demander de quoi ils ont besoin pour les examens. Ils sont surement les mieux placés pour me parler de leurs faiblesses.

Après un petit quart d’heure de discussion, je salue Monsieur Romi, et le laisse retourner à son cours. Je suis très content de l’avoir rencontré. Il m’a donné une idée pour le cours de la semaine prochaine, mais je ne sais pas encore si je la mettrai en pratique. Quoi qu’il en soit, j’ai cours avec les élèves à 10 heures, et il n’est que 9h30. Je vais devoir attendre jusque-là.

Les élèves sont tous au rendez-vous à l’heure dite. Enfin… plus ou moins. Comme il ne s’agit plus vraiment de cours obligatoires, les élèves ne se sentent pas toujours obligés d’arriver à l’heure prévue. Mais ce n’est pas bien grave. Je les prends comme ils arrivent.

Je ne sais pas tellement pourquoi, mais avant que le cours ne commence réellement, j’ai pris le temps de regarder le cahier d’un des élèves. Je me rends compte qu’il maîtrise très bien toutes les notions du cours que je suis censé leur faire aujourd’hui. J’en discute rapidement avec eux. Ils sont tous comme moi très surpris, et me font remarquer qu’ils ne ressentent pas le besoin d’avoir un cours complémentaire sur le sujet. Mais ils aimeraient beaucoup que nous continuons ensemble les calculs de durée de vie de roulement que nous avions initiés à la précédente séance. Alors, je change mon fusil d’épaule. Je retourne à mon dernier cours, et leur fais faire des exercices de calcul de durée de vie de roulement. Heureusement que j’avais prévu des exercices supplémentaires que nous n’avions pas eu le temps de faire la dernière fois.

Après deux heures de cours, il est temps de dire au revoir aux élèves. Ceux-ci semblent assez heureux de l’enseignement d’aujourd’hui. Ils ont plus participé que d’habitude. J’en suis ravi.

De retour à la communauté, je prends mon repas. Il n’y a pas de temps à perdre, car dès 14 heures nous accueillons les élèves pour le soutien scolaire. Malheureusement, aujourd’hui encore, nous ne sommes pas très nombreux. Il n’y a pas assez d’élèves pour que nous fassions cours. Il faudrait réunir plus de quatre classes ensemble. Alors, à la place, nous préparons diverses activités pour les encadrer. Moi, je ne me sens pas très utile ici. Alors je descends et demande à sœur Adrienne s’il y a quelque chose à faire d’utile à la maison. Elle me dit que je peux commencer à préparer les carottes pour le repas du soir. Je m’attelle à la tâche avec plaisir. Cela me fait du bien de refaire un peu de travail manuel. Il y a vraiment beaucoup de carottes à éplucher, et je n’ai pas trop de trois heures de travail pour en venir à bout. Heureusement que je me suis porté volontaire pour cela, sans quoi nous n’aurions probablement pas eu beaucoup de carottes à manger ce soir. Car elles n’auraient pas été coupées à temps.

La journée se termine tranquillement, j’ai vraiment besoin de repos. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens vraiment très fatigué ces jours-ci. J’espère que l’avenir me permettra de comprendre l’origine de cet épuisement.

Jeudi 6 juin 2019 :

Le téléphone sonne avec insistance ce matin. Il a la même mélodie que chaque jour. Cette mélodie qui était si belle lorsque je l’ai choisie et qui m’est désormais devenue si désagréable. Car aujourd’hui, la fatigue m’écrase. J’ai encore très mal dormi, et je déploie beaucoup d’effort pour éteindre mon téléphone portable. C’est la première fois que je mets autant de temps à me lever.

Quoi qu’il en soit, je suis enfin debout. Je me lave et m’habille. Je descends à la salle commune pour prendre mon petit déjeuner et suis l’office avec attention. Après cela, il est temps de partir pour l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Il n’y a pas de temps à perdre, alors dès huit heures je suis déjà en route. Arrivé sur place, je cherche Claire et Francisco. Mais Francisco n’est pas présent, et Claire n’est pas disponible. Ce n’est pas bien grave, je sais ce qu’il me reste à faire. Je vais voir Narindra, le responsable de l’exploitation, et lui demande de me donner du travail pour la matinée.

Narindra m’emmène à la serre. Comme à notre habitude. Là, je découvre une autre étape de la culture des tomates sous serre. Nous sommes à l’étape où nous coupons les anciens pieds, avant de préparer la terre pour une nouvelle génération. Mais avant cela, je ramasse les tomates qui restent sur les plants. Puis, je dégrafe les bagues, qui tiennent les pieds de tomates debout. Ces derniers sont suspendus par des fils accrochés au plafond. Il reste encore à démêler ces fameux fils des pieds de tomates. Ceux-ci se sont emmêlés lors de leur croissance. Cette opération est particulièrement longue. Aussi, j’y consacre toute la matinée, et suis heureux de voir le travail accompli une fois midi arrivé. Oh… tout n’est pas fini. Mais je suis déjà satisfait de ce que j’ai pu faire ce matin. Pour moi, c’est tout ce qui compte aujourd’hui, car il me faut partir. Comme il faut bien que quelqu’un soit conscient de mon départ, et comme claire n’est pas disponible je salue Narindra après lui avoir décrit le travail accompli.

De retour au chemin neuf, je prends mon repas avec tout le monde. Mais je n’ai pas la tête à cela, je suis vraiment éreinté. J’ai failli faire un malaise en travaillant à la serre. J’ai des problèmes de circulations sanguines dans les jambes, et la fatigue n’y a rien arrangé. À la fin de mon service, chaque fois que je me levais j’étais à deux doigts de perdre l’équilibre.

Alors, mort de fatigue à mon retour, je m’allonge sur mon lit et profite de quelques heures de repos.

Je consacre l’après-midi à préparer mon cours de la semaine prochaine pour les étudiants de l’ESSVA. J’espère qu’ils en seront satisfaits. J’espère surtout que cela sera utile pour leurs examens de fin d’année.

Vendredi 7 juin 2019 :

Je n’ai que peu de temps, ce week-end, pour vous parler dans le détail du déroulement de mes journées. En effet, avec ce vendredi débute pour nous le week-end de la Pentecôte. C’est un temps très important pour notre communauté. Nous allons accueillir plus d’une centaine de personnes et nous avons, en conséquence, beaucoup de travail. Alors, je vous prie de m’excuser de la brièveté de mes propos.

Ce vendredi 7 juin, nous avons consacré la journée au ménage, à la cuisine, et à la préparation des différents dortoirs pour le rassemblement de la communauté en ce week-end de Pentecôte.

Alors que nous étions en plein repas, vers 13 heures, sont arrivés les premiers invités pour le week-end. Et avec eux, une nouvelle JET, Priscille a fait son arrivée. Elle est là pour trois mois, et retournera, probablement, en même temps que moi en France. Nous les accueillons tous avec joie et bienveillance. Mais bientôt, nous devons nous remettre au travail.

À 16 heures sont arrivés 10 Français. Ils viennent chaque année pour aider les associations des environs. Ce sont tous des étudiants en médecine.

Le travail se poursuit jusqu’au soir. Aucun événement particulier n’est venu perturber cette journée, en dehors des deux dont je vous ai parlé plus haut.

C’est toujours très riche humainement de faire de nouvelles rencontres. C’est quelque chose que j’apprécie particulièrement dans la communauté, car nous avons la chance d’accueillir de nombreuses personnes de passage.

Samedi 8 juin 2019 :

Bien que ce soit le week-end de Pentecôte, cela ne nous dispense pas de donner du soutien scolaire aux élèves. Alors, à 7h45, tout est prêt. Nous accueillons les élèves, comme à notre habitude, par des chants et des danses, pour les mettre en bonne condition pour l’enseignement.

J’ai, comme à mon habitude, la classe de cinquième. Mais aujourd’hui, après quelques discussions avec mes camarades, j’ai décidé de changer de méthode. J’enseigne toujours le français, mais un peu différemment. Je leur donne des phrases à trous, où il leur est demandé de compléter la fin des verbes. Cela me permet de pratiquer la conjugaison en plein contexte. Au passage, j’en profite pour leur expliquer les mots de vocabulaire qu’ils ne comprennent pas. Et si trop d’élèves n’arrivent pas à conjuguer un verbe, alors j’en profite pour donner un enseignement complet sur sa conjugaison. Le résultat : le cours est bien plus vivant, les élèves participent, je pratique le vocabulaire et la grammaire. Et moi-même, je suis, pour la première fois, très content du cours que j’ai donné.

Je tiens à préciser que j’ai trouvé cet exercice, dans les feuilles de cours que m’a données mon oncle Christian (si tu me lis, très cher oncle, sache que je tiens à te remercier énormément pour cela).

À 10 heures, les participants au week-end commencent à arriver. Ils viennent très souvent en famille et amènent leurs enfants avec eux. Alors, il faut bien du monde pour s’en occuper. Les autres jeunes de la communauté et moi sommes chargés de les encadrer. Mais au début de l’après-midi, je ne suis vraiment pas en état. J’ai besoin de repos et vais m’allonger dans ma chambre. Les autres m’excusent bien volontiers, ils me disent de revenir lorsque je serai en meilleure forme.

Ce n’est finalement qu’à l’heure du goûter que je redescendrai pour aider mes camarades. Nous continuons ainsi jusqu’à l’heure du repas.

Après ce dernier, nous sont proposées diverses activités pour la soirée. Mais moi, j’ai encore besoin de dormir. Alors ce soir, je retourne à mon lit pour y chercher le repos.

Dimanche 9 juin 2019 :

Aujourd’hui, c’est la Pentecôte. L’Esprit Saint est descendu sur les apôtres, et nous fêtons ce jour avec beaucoup de joie. Dès le matin, tout le monde est au travail. Certains installent l’estrade pour la messe de ce midi, qui se tiendra à l’extérieur, faute de place dans la grande chapelle, tandis que d’autres s’occupent des décorations. Pour ma part, je fais partie de ce deuxième groupe. Nous nous activons, et installons les ballons et les banderoles tout autour de la grande place. Dans peu de temps, débutera l’enseignement du père Blaise. Il faut que tout soit prêt à temps. Moi-même, j’aurais bien aimé assister à cet enseignement. Mais je suis pressé par d’autres activités plus urgentes. J’ai du retard dans la rédaction de mon blog, et j’aimerais continuer à préparer le cours pour les étudiants de l’ESSVA. Alors, il n’y aura pas d’enseignement pour moi aujourd’hui.

Au moment où j’arrête mes activités, l’enseignement du père Blaise se termine. Nous avons eu une perte de courant sur une partie de la matinée, mais tout est revenu dans l’ordre. Sauf dans la grande salle commune, là où précisément le père Blaise a donné son enseignement. L’absence de courant électrique a rendu le micro inutilisable. Je m’inquiète des causes de cette perte de courant et, après une brève enquête, je me rends compte que le disjoncteur de la salle commune est hors service. Nous en discutons avec le père Blaise, et nous décidons de connecter des rallonges entre deux bâtiments pour avoir de l’électricité. Nous y passons plus d’une demi-heure, et terminons juste à temps pour le début du groupe de prières.

Les heures s’écoulent et le repas arrive. Puis nous continuons avec la messe à 14 heures. Cette dernière, tout particulièrement belle, ne prendra fin qu’à 16h15.

Après tout ce temps passé ensemble, il nous faut nous dire au revoir et ranger tout le matériel. Une heure durant, nous nous activons de notre mieux pour mettre tout en ordre. J’éprouve énormément de joie à voir tout le monde se mettre à l’ouvrage et participer. Si seuls les encadrants avaient donné un coup de main, nous aurions eu beaucoup de mal à accueillir tout ce monde.

La soirée arrive, et pour la première fois depuis des semaines je vais passer une soirée à l’extérieur avec les étudiants et les autres jeunes JETs. Nous marchons jusqu’au centre-ville, et nous arrêtons dans un bar, pour profiter d’une bonne bière. La THB est la principale bière de Madagascar. Elle est fabriquée à Antsirabe par l’entreprise Star. Elle ne coûte pas très cher de notre point de vue, mais c’est assez conséquent pour les revenus locaux. Elle est assez bonne avec un arrière-goût de fumée. Tous les Français sont d’accord pour dire que c’est une bière de qualité. Mais pour ma part, je ne suis pas un grand amateur de bière. C’est surtout pour le plaisir d’être ensemble que je suis heureux d’être là, parmi mes frères et sœurs en humanité.

La soirée se termine dans la joie. Et nous rentrons tous à la communauté pour profiter d’une bonne nuit de sommeil.

Neuvième semaine à Madagascar

Lundi 27 mai 2019 :

Aujourd’hui, c’est le jour des élections à Madagascar. Le peuple se rassemble pour élire ses députés. Depuis plusieurs semaines déjà, nous entendons la propagande politique partout dans les rues. Vous êtes peut-être surpris de me voir parler de propagande. Mais ici, c’est le mot officiel. Les partis font leur propagande, pour être élus. Pour ceux qui ne le savent pas, le terme propagande était autrefois employé en France pour désigner ce que nous appelons aujourd’hui la communication. C’est après la Seconde Guerre mondiale, et l’usage qu’en ont fait les dictateurs européens, qu’il a pris une connotation péjorative.

Du fait des élections, la journée est fériée. Aussi, les enfants de l’orphelinat des Terreaux de l’espoir ne sont pas à l’école. Sachant cela, depuis une semaine, j’ai décidé de passer la journée entière avec eux.

Arrivant à l’orphelinat, je trouve les enfants affairés à différentes tâches pour les occuper. Certains font la cuisine, d’autres s’occupent de ranger du bois et d’autres encore font le ménage. Je discute brièvement avec l’équipe d’encadrement. Il se trouve qu’ils profitent de cette matinée pour clarifier nombre de points avec Claire et Francisco. Ils sont très heureux que je sois là de très bonne heure, car je vais pouvoir encadrer les enfants, le temps qu’ils aient fini.

J’accepte avec joie, et commence par m’occuper des enfants qui ramassent le bois. Il y a à peu près 5 ou 6 m³ de bois à rentrer sous le hangar. Mon aide ne sera pas de trop, car nombre d’entre eux sont très jeunes. Mais pour l’instant, ils n’ont pas encore vraiment commencé à ranger le bois. Ils profitent du beau temps, pour danser et chanter un peu avant de se mettre réellement à l’ouvrage. Je me présente rapidement, ils ne me connaissent pas encore. Certains d’entre eux m’ont déjà croisé, mais la plupart ne savent pas pourquoi je suis là. Je leur explique la raison de ma présence, et les assure que je vais les aider pour ramasser le bois. Ils semblent tous ravis. Alors, je commence par donner l’exemple en me mettant immédiatement au travail. Au début, tous les enfants ne travaillent pas. Mais après 10 bonnes minutes, personne ne reste à rien faire. Nous sommes une quinzaine, et le travail va assez vite. En moins de 45 minutes, nous venons à bout du tas de bois.

Cette opération terminée, je m’occupe d’aider les enfants qui sont à la cuisine. Une des animatrices s’est libérée pour s’occuper des plus jeunes enfants qui aidaient pour ranger le bois. Je fais de mon mieux pour travailler le plus vite possible, et permettre aux enfants d’aller jouer un peu. Je ne suis pas encore très à l’aise, je ne les connais pratiquement pas. J’essaie d’échanger quelques mots avec ceux présents à la découpe des tomates. Mais eux non plus ne sont pas très à l’aise avec moi. Ils parlent entre eux en malgache, et ne m’adressent pas la parole. Ce n’est pas bien grave, il faut laisser du temps pour que la confiance s’installe. Nous travaillons avec ardeur, et en moins d’une heure la cuisine est terminée. Tous les enfants peuvent désormais aller jouer.

Jusqu’à midi, je reste à observer que tout se passe bien. J’ai l’impression d’être surveillant à l’école. Bien qu’ici, tous les enfants ne sont pas rassemblés dans la même cour. Ils vagabondent à droite et à gauche, tout autour de l’orphelinat, et s’amusent entre eux. Je suis étonné de voir à quel point les enfants peuvent imaginer des jeux assez idiots, et potentiellement dangereux. Il faut les garder à l’œil pour qu’ils ne fassent pas de bêtise.

Le repas arrive, et je le partage avec tout le monde. La salle à manger n’est pas bien grande, et il y a beaucoup de bruit ici. Quelques souvenirs me reviennent doucement. Tout cela me rappelle le temps passé à la cantine à l’école. Là aussi, il y avait beaucoup de bruit, mais il y avait bien plus d’enfants. Ici non plus les enfants ne sont pas toujours calmes, mais je me souviens combien j’étais comme eux.

L’après-midi est plus simple, les enfants répètent le spectacle qu’ils ont prévu pour la kermesse de l’école. Cette dernière aura lieu ce samedi. Malheureusement, je ne pense pas être présent. J’aurais probablement beaucoup d’autres choses à faire. Quoi qu’il en soit, je peux admirer leur adresse, et leur dextérité. Certains dansent avec des cerceaux ou des bâtons, d’autres jonglent avec des balles, des boîtes, des cercles ou d’autres objets plus exotiques encore. Tout cela est très beau, et je pense qu’ils auront beaucoup de succès.

Moi, je surveille qu’un accident n’arrive pas. À plusieurs reprises, j’interviens sur de petits bobos sans grande importance. Mais j’interviens toujours prestement. Il ne faut pas prendre de risque. Et les petits ont si vite fait de se faire mal.

Il est presque l’heure du départ, et l’équipe d’animations et moi avons une petite idée. Je souhaite parler aux plus âgés d’entre eux de leur avenir. Ils vont bientôt commencer la vie active, et n’ont jamais tellement réfléchi à ce qu’ils voulaient faire, ou plus simplement à ce qu’ils pouvaient faire. Ils se mettent beaucoup de barrières, qui n’ont pas de raison d’être. Aussi, en leur donnant des exemples j’arrive petit à petit à leur faire comprendre qu’ils peuvent faire plus que ce qu’ils imaginent. Ils se voient souvent faire des métiers qu’ils ont déjà vu faire par des personnes de leur entourage. Mais c’est trop peu. Il faut qu’ils voient plus grand, plus loin. Ici, ils ont la possibilité de faire des études. Mais trop peu cherchent à en bénéficier.

Ils me remercient de cette intervention et de mon partage. Je crois que j’en ai touché plusieurs, c’est déjà ça. Mais d’ici quelques mois, il faudra sûrement que j’en reparle avec eux. Le temps efface souvent ce genre de souvenirs, si l’on n’insiste pas.

Mardi 28 mai 2019 :

Ce matin, je suis assez stressé. De 10 heures à 12 heures, je vais donner mon deuxième cours à l’université. J’ai beau être prêt, et savoir que je vais enseigner quelque chose que je maîtrise parfaitement, j’ai peur que mon cours soit mal compris par mes élèves. Mais de toute façon, stressé ou pas, il me faut enseigner.

Après l’office du matin, je profite du peu de temps que j’ai pour relire mon cours. Je suis surpris de trouver quelques fautes, et prends le temps de les corriger. Je travaille, et ne vois pas le temps passer. Heureusement, à 9h35, j’ai le sursaut d’esprit de regarder l’heure. Il est temps de partir. Je ferme mon ordinateur en quatrième vitesse, et descends les escaliers. Je salue mes camarades, et les préviens que je pars pour l’université. Après cinq minutes de marche, arrivé là-bas, je me mets en quête d’un câble HDMI. Je n’en ai pas, et il m’en faut impérativement un pour me connecter au rétroprojecteur. Ce n’est pas chose aisée, je vais d’un bureau à l’autre, rencontrant plusieurs professeurs, pour finir par revenir à l’intendance, ou l’on m’en donne enfin un. En fait, il n’y a qu’un seul câble HDMI dans toute l’université. Maintenant, je vais pouvoir débuter mon cours.

À mes élèves, j’enseigne les calculs de durée de vie de roulement. Ils buttent un peu sur les mathématiques. Je n’ai pas mis assez d’accent sur les exercices, et trop sur la théorie. Il faudra que je corrige cela, pour mon prochain enseignement.

Quoi qu’il en soit, le cours se passe bien. Mais, m’étant rendu compte des faiblesses de ce dernier, je demande au directeur de l’université si l’on peut reporter mon enseignement de demain à la semaine prochaine. Celui-ci accepte sans difficulté. Il est déjà très content de me voir donner des leçons.

À mon retour à la maison, je prends mon repas. On me questionne, rapidement, pour savoir si mon enseignement s’est bien déroulé. J’explique la situation, et ils semblent contents pour moi.

Heureusement pour moi, cet après-midi sera plus calme. Je vais faire de la cuisine et du ménage. Cela me reposera un peu, je suis très épuisé depuis ce week-end. Je pense que je m’inquiète trop, et n’arrive pas à lâcher prise. Peut-être que je ne prie pas assez.

Le soir arrive, et c’est avec plaisir que je retrouve la soirée de prière. Cette ambiance festive, où chacun chante et danse, repose profondément mon âme.

À ce temps de louange, suis le temps du repas. Et à ce dernier suit le temps du repos.

Mercredi 29 mai 2019 :

Nouveau jour, nouveau défi. Aujourd’hui, je suis chargé de régler les problèmes liés à la connexion Internet de la communauté. Nous avons récemment changé le routeur installé dans le foyer des étudiants, et il nous faut le configurer. Laure-Elise me fait très gentiment faire le tour de l’installation informatique. Il y a beaucoup de choses à retenir, aussi je prends des notes. Mais ce qu’elle me demande ne me semble pas au-dessus de mes capacités. À vrai dire, je pense même que ce sera assez simple. La configuration du routeur ne devrait pas prendre 10 minutes.

Aussi, c’est plein de confiance que je me rends, avec mon ordinateur, dans la salle informatique du foyer. J’essaie de me connecter au réseau, pour configurer le routeur, mais rien ne fonctionne. La connexion ne veut pas s’établir. Il me faudra près d’une heure, et avoir vérifié toute l’installation du réseau, pour enfin arriver à me connecter. Il y avait probablement un faux contact quelque part.

Ainsi, je peux enfin me connecter au routeur, mais là encore, je rencontre des difficultés. Il m’est impossible d’accéder au programme de configuration du routeur. Je ne vais pas entrer dans les détails, quelque peu techniques de cette fin de matinée, mais je n’arriverai finalement à configurer le routeur qu’à l’heure du repas. J’avoue que je me suis énervé une ou deux fois. L’informatique, malheureusement, cela énerve assez souvent. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi la solution est aussi compliquée. Quoi qu’il en soit, le mot de passe doit être changé tous les mois, et compte tenu de la complexité de la manœuvre il ne sera pas possible au communautaire de l’effectuer. Il va falloir que je trouve une solution.

Nous prenons le repas de midi en vitesse, car nous accueillons les élèves du soutien scolaire cet après-midi. Cette semaine est un peu spéciale, l’une des écoles n’est pas présente. Alors, nous passons l’après-midi à faire de l’évangélisation en leur faisant regarder un film en français.

Jeudi 30 mai 2019 :

Aujourd’hui rien. Enfin… presque rien. Je m’étais promis de ne pas commencer un article sur ma journée ainsi, mais je dois bien me rendre à l’évidence, je n’ai presque rien fait aujourd’hui. Oh… il y a bien eu ce repas au restaurant, ce midi, où nous avons fêté l’anniversaire de Blaise. D’ailleurs, ce dernier s’en va ce soir pour Tananarive avec sœur Laure-Elise. Nous serons sans prêtre pour les trois prochains jours.

Quant au repas, il fut délicieux. Pour ma part, j’avais pris du canard à la malgache. Je dois reconnaître que j’ai beaucoup apprécié ce plat. Mais pour en revenir à ce qui me préoccupe aujourd’hui, oui je n’ai rien fait. Comme nous sommes aujourd’hui le jour de l’Ascension, nous n’avions rien de réellement prévu. Pas même de service pour la maison. Aussi, j’en ai profité pour me distraire en lisant la majeure partie de la journée.

Mais, le soir arrivant, j’ai éprouvé une grande tristesse. Je viens de me rendre compte que dans le fond, je n’ai rien fait de ma journée. J’ai l’impression d’avoir passé une journée de vanité. Comme il m’arrivait souvent d’en passer à Nancy, quand j’étais seul dans mon appartement. Cela me fait prendre conscience, combien il m’est important de me sentir utile. Et que même dans les petites choses du quotidien, alors que je n’ai pas vraiment l’impression de faire grand-chose, je fais tout de même infiniment plus que lorsque je ne pense qu’à moi durant toute la journée.

Le soir arrive, il est temps de se coucher. J’espère que je retiendrai la leçon, et que je n’irai plus me coucher en ayant un tel sentiment d’inutilité.

Vendredi 31 mai 2019 :

Pas question de flemmarder aujourd’hui. Ce matin, bien qu’étonnamment fatigué, je me lève avec entrain. Je descends, prends mon petit-déjeuner en quatrième vitesse, et me rends à l’office. Je suis très heureux de pouvoir prier ce matin, mais je ne me sens vraiment pas très bien. Je ne comprends pas pourquoi je suis si fatigué. Lorsque je sors de l’office, je ressens l’appel impérieux de mes intestins. Je cours aux w.c., et m’exécute en un temps record. De toute évidence, j’ai la diarrhée.

Bien que n’allant pas très bien, je décide tout de même de me rendre aux Terreaux de l’espoir. Je n’y suis pas allé hier, parce que nous fêtions l’anniversaire de Blaise. Mais, il n’est pas question de me défiler aujourd’hui. Aussi, je prends mes affaires, et m’en vais d’un pas décidé vers l’arrêt de bus le plus proche.

Le trajet se passe bien. Mais mon ventre me fait toujours souffrir. À l’arrivée à l’orphelinat, je discute très brièvement avec Claire, et m’en vais immédiatement aux toilettes. Mes intestins se tordent dans tous les sens. C’est dans cet état, fort désagréable, que je travaille toute la matinée à la serre. Rien d’extraordinaire à faire ce matin dans cette dernière, mais tout de même un peu de travail utile. Le gros avantage avec le travail manuel, c’est qu’on a le vif sentiment d’avancer dans ce que l’on fait. Je ne peux vraiment pas dire que j’ai le même sentiment avec le travail intellectuel.

Mais les aléas de mon état m’empêchent de profiter pleinement du moment.

Je dis au revoir à Claire, et rentre à la communauté du chemin neuf. Il est 12h50, quand j’arrive enfin. Tout le monde est attablé, et mange avec plaisir. On me fait une place, et m’invite à m’asseoir. Je me force très légèrement à manger, je n’ai pas très faim dans les circonstances actuelles. Mais je veux prendre du riz, je pense que cela pourra m’aider à arrêter la diarrhée. Fort heureusement, je n’ai pas à me forcer beaucoup pour manger aujourd’hui. Le repas est vraiment délicieux.

Ce dernier se terminant, je vais me reposer dans ma chambre avant de prendre mon temps de service, pour l’après-midi.

Une heure passe, et il est temps de me lever. Je descends rejoindre tout le monde à la cuisine. Nous allons préparer des poissons frits pour ce soir. Je me mets à l’écaillage, et extirpe les tripes de ces poissons. Il est très important de procéder à cette opération si l’on ne veut pas avoir un goût étrange dans la bouche durant le repas.

La cuisine se termine assez vite, et il est temps de passer à la deuxième partie du service. Rock, Odon et moi allons arroser le jardin. Ce n’est pas une entreprise très compliquée, et un seul d’entre nous aurait suffi. Mais nous apprécions de passer du temps ensemble, et discutons bien volontiers, jusqu’à voir le soleil passer derrière les montagnes qui bordent l’horizon.

Samedi 1er juin 2019 :

Ce matin, je ne me sens vraiment pas très bien. Malgré le long repos dont j’ai profité, j’éprouve une grande fatigue à mon réveil. J’ai toujours ces coliques qui me travaillent les intestins. Je ne sais pas vraiment ce que je vais pouvoir faire aujourd’hui. Il y a soutien scolaire ce matin, et n’étant vraiment pas dans mon état, je demande à mes camarades de m’excuser. Je m’en retourne vers mon lit, et y passe la majeure partie de ce début de journée.

Quelques heures plus tard, me sentant un peu mieux, je descends et demande ce que je peux faire pour aider. Les enfants sont déjà partis, et l’on a bien besoin d’un peu de ménage. J’accepte avec joie, et aide à nettoyer les salles de classe. En moins d’une demi-heure, tout est en ordre. Tables et chaises sont à leur place, tandis que la poussière et les détritus ont déserté les lieux. Je n’aurais pas fait grand-chose ce matin, mais je suis tout de même content d’avoir été utile.

À midi, nous avons messe, suivie du repas. Ce dernier est savoureux. Le prêtre, un Vazah qui est resté avec nous pour ce midi, nous le fait remarquer. Il me dit que nous avons bien de la chance de manger aussi bien à la communauté. Je pense qu’il a raison, et après tout, je suis assez rarement conscient de ce que j’ai. Je juge toujours par comparaison, et il est bon de me rappeler qu’ailleurs d’autres n’ont pas ma chance.

Après le repas, je passe l’après-midi à me détendre. Non que je n’aie pas de travail, mais je me sens assez peu en état de l’accomplir. Mon ventre me travaille toujours. Je me demande si les médicaments que je prends sont les bons. J’en profite pour descendre à l’armoire à pharmacie, et regarder la notice. J’ouvre délicatement la boîte, et déplie le petit papier sur lequel sont écrites les prescriptions d’emploi : « pour lutter contre la constipation ». Je tremble intérieurement, fait des yeux énormes, et sens monter en moi une flopée de jurons tout contre moi-même. Je n’arrive pas à croire que je me sois trompé de médicaments. Comment ai-je pu être aussi bête ? J’étais tellement certain qu’il s’agissait du bon médicament, que je n’ai pas pris le temps de vérifier la notice. Enfin bon, à ces premiers sentiments négatifs, suit un rire très naturel. Il vaut mieux ne pas trop se prendre au sérieux, et faire preuve d’un peu d’humilité. Il me suffit de passer au bon médicament, et tout devrait rentrer dans l’ordre d’ici quelques jours.

Le soir arrive, et avec lui l’adoration, suivie du repas. J’y revois avec plaisir Laure-Elise et Blaise qui viennent de rentrer de leur séjour à Tananarive. Nous rigolons tous de ma mésaventure, et espérons que je récupère au plus vite.

Dimanche 2 juin 2019 :

À mon lever du lit, je suis agréablement surpris. Mon ventre a cessé de me travailler. Les médicaments de la veille ont dû faire leur effet. Il faudra tout même que je pense à en reprendre, pour être certain qu’il n’y ait pas de rechute.

Nous allons fêter, ce midi, les 10 ans de sacerdoce de Blaise. Il y aura beaucoup de monde. Aussi, il y a beaucoup de choses à préparer. Je m’attelle à la cuisine, coupe plusieurs kilos de tomates et autant d’oignons. Je prépare les tables, et les chaises dans la salle commune au rez-de-jardin. Rock, Clémence et Odon sont tous à travailler avec moi. Nous n’avons pas trop de toute la matinée pour préparer la fête. Mais à 11h30, nous sommes enfin prêts. C’est le cœur plein de joie que je m’en vais à la messe. Je suis satisfait du travail accompli, et suis certain que tout se passera bien.

La messe est très agréable, Blaise fait plusieurs blagues durant son homélie. Cela me fait beaucoup rire. C’est toujours agréable qu’un prêtre mette un peu d’humour dans son prêche. Dommage que ce soit si rare.

La messe sitôt finie, nous nous rassemblons tous pour partager notre repas. Les plats sont prêts à être dégustés. Après un petit discours de Francisco, pour honorer les 10 ans de sacerdoce de Blaise, nous passons à table. Nous commençons par un copieux apéritif. Celui-ci est accompagné de nombreux alcools qui sont, pour la plupart, nouveaux pour moi. Ici, on a l’habitude de consommer beaucoup d’alcools arrangés. J’essaie plusieurs d’entre eux, et les trouve tous très bons. Mais très vite, il me faut arrêter. Je sens déjà que j’ai la tête lourde. Je pense que je suis assez sensible à l’alcool. Il ne m’en faut pas beaucoup pour me donner envie de dormir. Mais j’ai toujours les idées claires.

Après ces amuse-gueules, nous passons au cœur du repas, et en profitons durant plus de deux heures.

À ce délicieux repas succèdent quelques danses. Mais pour ma part, je suis très fatigué. Mes intestins recommencent à me jouer des tours. Je pense que j’ai trop mangé. Alors, je retourne dans ma chambre, prends un peu de temps pour vous raconter ma journée, et me repose jusqu’au soir.

C’est sur cette superbe journée, cette merveilleuse fête, que se termine cette neuvième semaine à Madagascar. J’espère que vous ne vous lasser pas de me lire, car sachez que moi je ne me lasse pas de vous écrire.

Huitième semaine à Madagascar

Lundi 20 mai 2019 :

Ce matin, si le levé fut très facile, j’ai éprouvé une grande difficulté à passer l’épreuve de la douche. J’avais pratiquement oublié qu’à Tananarive, nous n’avions pas d’eau chaude au lever du soleil. En tout cas, on peut dire que cela m’a réveillé. Je me demande si l’on finit par s’habituer aux douches froides de bon matin. Mais, je vous avoue, bien volontiers, que je n’ai pas envie de satisfaire à ma curiosité. Roch, le nouveau jet, s’est lui aussi levé de très bonne heure ce matin. Nous partageons notre petit déjeuner ensemble, car nous devons aller tous les deux au ministère des Affaires étrangères. Moi, pour y déposer ma demande de visa en bonne et due forme. Roch, parce qu’il y a eu une erreur sur la date de retour sur son visa. La dame de l’aéroport s’est trompée de douze jours sur le jour de son retour en France.

Il est sept heures, quand nous montons dans la voiture et quittons la communauté. Nous serpentons dans les innombrables ruelles de Tananarive. Montons et descendons assez de fois pour me retourner l’estomac. Mais je tiens le coup. On me dit que la ville est bâtie sur 11 collines, mais aujourd’hui, j’aurais plutôt parié sur une centaine.

Après une heure de route, et une autre heure de bouchon, nous arrivons enfin au ministère. L’endroit est assez austère, et je suis très surpris par l’état des bâtiments.

J’entre et me présente pour mon rendez-vous. Et à ma grande surprise, la personne qui devait me recevoir est absente aujourd’hui. J’avais normalement rendez-vous avec un membre de la direction du service des affaires étrangères. J’avoue ne pas très bien comprendre comment il a pu me donner rendez-vous un jour de congé. Mais c’est une erreur comme tout le monde peut en faire. Heureusement, une autre personne va me prendre à sa place. Il me faut simplement attendre une petite heure pour être reçu. Après cela, les formalités sont remplies en moins de trente minutes. On me demande de vérifier les informations administratives sur mon compte. Puis, on prend mes empreintes digitales et une photo de moi pour les archives. Mon dossier, enfin dument rempli, je peux quitter l’établissement.

Pour Roch, les choses sont plus compliquées. Étendre sa période de séjour à Madagascar risque de lui demander beaucoup de temps. Il lui faudra une dizaine de papiers administratifs pour prolonger son séjour de seulement deux semaines. Compte tenu des démarches nécessaires, il lui faudra, malheureusement, revenir dans quelques semaines pour faire sa demande.

Nous rentrons à la communauté, et arrivons pour le repas de midi.

Nous prenons un peu de repos, avant notre temps de service. Cette fois-ci, je m’occuperai de trier le riz avec Roch. Il est comme moi quand je suis arrivé, tout est nouveau pour lui. Alors, je lui montre comment il faut procéder. Ce n’est pas bien difficile, mais lui et moi sommes un peu trop scrupuleux, et nous n’avançons pas bien vite dans notre tâche. Lorsque le soleil se couche, nous n’avons fait que la moitié de ce qui était prévu. Mais ce n’est pas très grave, nous en avons fait bien assez pour aujourd’hui et demain. Nous apprendrons ensemble à être plus efficaces.

La journée va sur sa fin. À l’approche du coucher du soleil, Michou et Nadia nous annoncent le programme de la journée de demain. Pour arriver avant midi à Antsirabe, il nous faudra partir de très bonne heure. Ce n’est pas vraiment la meilleure nouvelle de la journée, vu l’heure qu’il est cela ne me laissera même pas huit heures de sommeil. Ce n’est pas bien grave, juste une petite difficulté de plus. Je suis content de voir, comment, en quelques mois, j’ai déjà beaucoup progressé sur ce point. J’arrive de plus en plus facilement, à ne pas voir les problèmes comme des obstacles, mais comme des passages à franchir. Je râle moins, mais je râle toujours. Je me demande si un jour j’arrêterai de râler. Si seulement je pouvais y parvenir, la vie serait tellement plus belle.

Mardi 21 mai 2019 :

Levé à cinq heures du matin, je me prépare pour le départ. Il me faut rejoindre la gare routière, et prendre le car de sept heures. Je prends ma douche en vitesse, me lave le visage, range toutes mes affaires et prends mon petit déjeuner. Il est 5h50 quand Roch, Modeste et moi rejoignons la voiture de Michou pour le départ. Il conduit habilement et évite, de nombreuses fois, des passants peu attentifs à la circulation. Bien qu’étant pressés, nous devons nous arrêter quelques minutes pour vérifier que l’un de nos pneus n’est pas crevé. Mais après une brève vérification, tout va bien. Aussi, nous repartons sur les chapeaux de roue. Il nous faut rattraper le temps perdu. Mais pas d’inquiétude, à cette heure-ci il n’y a presque aucun bouchon. La circulation dans Tananarive est excellente.

Il est 6h40, quand nous arrivons enfin à la gare routière. Nous disons au revoir à Michou et Modeste. Ils nous souhaitent le meilleur pour notre mission JET. Nous les remercions humblement.

À sept heures, le taxi-brousse démarre. Le trajet est beaucoup moins pénible que la dernière fois. Ce taxi brousse à des sièges avec un dossier bien plus élevé. Cette fois-ci, les appui-têtes ne me rentrent pas dans les épaules. Et au moins, je ne m’ennuie pas. Avec Roch, nous passons la majeure partie de notre trajet à discuter. On ne peut pas vraiment dire que nous respectons le silence du DESERT du mardi matin.

En à peine quatre heures, nous sommes arrivés à Antsirabe. Nous prenons le bus pour rejoindre la communauté. Il est à peine 11 heures lorsque nous arrivons enfin à destination. Sœur Adrienne nous reçoit très aimablement. Je montre à Roch sa chambre et lui fait faire, très rapidement, le tour de la maison.

Nous avons à peine le temps de profiter de quelques minutes d’adoration, avant le repas de midi. Puis, je me remets au travail. Il me faut finir de préparer mon cours sur les calculs de durée de vie de roulements. Alors, j’y consacre tout l’après-midi. Au passage, j’en ai profité pour prévenir le directeur de l’université que je ne serai pas disponible avant vendredi.

Lorsque le soir arrive, j’ai pratiquement fini de préparer mon cours. Il me reste à corriger la grammaire et l’orthographe, et à rédiger quelques exercices pour les élèves.

Mercredi 22 mai 2019 :  CE NIVEAU

La journée commence bien. Sœur Adrienne, la responsable de la maison, me laisse terminer la préparation de mon enseignement. Je la remercie chaleureusement, et me remets à l’ouvrage.

Il ne me faut pas beaucoup de temps, pour corriger la grammaire et l’orthographe. Par contre, la préparation des exercices est beaucoup plus laborieuse que ce que j’aurais cru. Rédiger des équations sur un PowerPoint demande beaucoup de temps. Lorsque la matinée s’achève enfin, je n’ai pas encore tout à fait fini. Qu’à cela ne tienne, je terminerai ce soir.

J’assiste à la messe, et prends mon repas avec empressement. Cet après-midi, nous débutons le soutien scolaire à 14 heures. Je profite du peu de temps de pause pour finir de rédiger mes exercices. Mais déjà, la cloche sonne. Je dois aller rejoindre les autres membres de la communauté pour le soutien scolaire.

Aujourd’hui, nous n’avons qu’une centaine d’élèves. Comme à notre habitude, nous les accueillons en leur demandant de se laver les mains. Puis, nous chantons avec eux et nous dansons. Moi, je fais de mon mieux, et je danse comme chacun. Mais je me sens vraiment ridicule. Si vous voyiez les danses que nous faisons avec les enfants, vous rigoleriez bien. Mais je ne danse pas pour moi, je danse pour eux. Pour leur donner de la joie, et qu’eux aussi n’aient pas honte de danser.

Après ces quelques minutes de détente, les élèves sont répartis par classe et l’enseignement commence. Aujourd’hui, je suis avec Odon et Roch. Ce dernier ne sait pas très bien comment se déroule le soutien scolaire. Odon lui explique, du mieux qu’il peut, et nous essayons de nous répartir les tâches. Après discussion, nous décidons de faire de la physique. Alors, comme je suis le plus calé sur le sujet, c’est moi qui donnerai les explications. Roch parcourt l’ensemble du cahier de cours, et cherche les points à aborder pour faire réviser les élèves. Grâce à lui, je ne perds pas de temps en recherche entre deux explications. Odon, comme à son habitude, se charge de la traduction. Et ce n’est pas un luxe aujourd’hui. Les élèves ne sont qu’en sixième, et ils apprennent déjà des notions de physique assez complexes. Tous les mots du cours sont en français. Roch est très surpris qu’on demande à ces enfants d’apprendre tant de nouvelles notions en français, alors que les bases de la langue sont encore mal maîtrisées. Je suis comme lui, je pense qu’il serait plus utile aux élèves de pratiquer le français avant de voir des notions aussi complexes. Mais ce n’est pas moi qui fais le programme. Au passage, j’en profite pour faire le plus d’explications de Français possible. Par exemple : comme nous voyons les circuits électriques, j’en profite pour donner l’explication du mot « circuit », de façon générale et pas uniquement dans le cadre du courant électrique. Je procède ainsi chaque fois que c’est possible. Les élèves sont assez attentifs, mais ils ne participent pas beaucoup aujourd’hui. Le manque de maîtrise du français se fait clairement sentir.

Nous continuons ainsi durant deux heures, après quoi nous nous rendons tous à la chapelle pour prier et chanter ensemble. Cela ne dure pas très longtemps, mais tous les enfants semblent heureux d’être là. Ici, je n’ai pas l’impression qu’il faut beaucoup pousser les élèves pour qu’ils aillent à l’école. Je crois que chacun est conscient de l’utilité de cette dernière. Et pour beaucoup d’entre eux, rester à la maison signifie probablement travailler. Alors, de toute façon, il vaut mieux qu’ils soient avec nous.

L’après-midi se termine, mais il me reste encore un peu de temps avant le repas du soir. Je le mets à profit pour terminer la préparation de mon cours. Je pense être prêt pour vendredi, si jamais le directeur de la filière me le demande.

Jeudi 23 mai 2019 :

Ce matin, je dois préparer le petit déjeuner des étudiants. Alors, je me lève à 5h30. Je me douche et m’habille en vitesse. Cela étant fait, je prépare tout ce qu’il faut pour le petit déjeuner. Beurre, sucre, confiture, eau chaude et pain. À 6h10, tout est prêt. Les étudiants n’arrivant qu’à 6h30, je pense avoir vu un peu large au niveau du temps. La prochaine fois, je pourrai me lever à 5h40.

Après l’office du matin, et le petit déjeuner, je pars pour l’orphelinat des terreaux de l’espoir. Cette fois-ci, j’y vais pour toute la journée. Je pense que cela m’aidera à être plus efficace dans mon travail.

Arrivé à destination, je prends le temps de discuter avec Claire. Elle me confie qu’il faudrait s’occuper de la plantation de bananiers. Il semble qu’ils ne donnent vraiment pas grand-chose. J’accepte avec joie, et vais voir ce qui se passe.

Au bout du terrain, il y a une centaine de pieds de bananiers entourés de hautes herbes. La zone semble laissée à l’abandon. J’arpente, précautionneusement, les allées qui séparent les bananiers. La plupart d’entre eux ne portent pas le moindre signe d’un début de régime de bananes. Mais il y en a, tout de même quelques-uns, qui ont donné du fruit. Les bananes sont petites, et encore toutes vertes, c’est une variété de bananes naines. Mais je me demande pourquoi la majeure partie des bananiers n’ont rien donné. Le sol n’est probablement pas mauvais pour faire pousser des bananes. Aussi, je pense que le problème ne vient pas de là. Il y a probablement eu un manque d’entretien de cette pépinière, et peut-être aussi un manque d’arrosage. Il faudra que je consacre un peu de temps à étudier la culture des bananes, afin de mieux comprendre l’origine du problème.

Mon inspection effectuée, je retourne voir Narindra, pour voir ce que je peux faire pour aider. Je le cherche quelques minutes, avant de le trouver enfin dans l’une des serres. Il m’accueille avec le sourire, comme à son habitude, et je lui rends la pareille. Nous discutons un peu, pour lister tout ce qu’il y a à faire. Ils sont en train de s’occuper des pieds de tomates. Ils en ont déjà coupé quatre rangées, qu’il nous faut remplacer par de nouveaux pieds. Cela va prendre plusieurs jours, et pour l’instant il serait bien de dégager la zone, car tous les plants, une fois coupés, ont été laissés en place. Je vais m’occuper de cela. J’entasse les pieds de tomates par brassée. Puis, je les transporte jusqu’à une fosse pour les y jeter. La matinée se terminant, je n’ai même pas pu venir à bout de ce travail.

Francisco n’est pas là aujourd’hui, mais Claire m’accueille bien volontiers chez elle pour prendre mon repas. Je la remercie très aimablement de son accueil. Elle est seule à la maison, avec son fils, qui n’a pas deux ans. Ce dernier met beaucoup d’animation à notre repas. Vous savez surement, comment les tout petits réclament beaucoup d’attention…

L’après-midi, je retourne à la serre, et je termine mon travail de déblayage. Cela étant fait, je ramasse de petits tuyaux qui sont sur le sol, et qui nous servent à alimenter au goutte-à-goutte les plants de tomates. C’est un système qui vient de France. En fait, toute la serre vient de France. À Madagascar, personne ne fabrique ce type d’équipement. C’est une grande chance, pour l’orphelinat, de posséder un appareillage aussi perfectionné. Quoi qu’il en soit, ces petits tuyaux doivent être nettoyés et désinfectés. Je me mets au travail avec ardeur, et y consacre le restant de mon après-midi.

Le soir venant, je fais mon compte rendu à Claire, et lui dis au revoir.

Je rentre à la communauté pour la nuit. M’étant levé de si bonne heure, j’ai bien besoin de repos. Encore quelques minutes passées sur mon lit et j’accueille le sommeil comme une grâce.

Vendredi 24 mai 2019 :

À mon lever du lit, je n’ai pas la tête à travailler. Cette dernière me semble sur le point d’éclater, et mon ventre fait de multiples caprices. Alors, sitôt sorti du lit, je me précipite aux toilettes. J’espère que ce n’est rien de grave. J’ai déjà été malade il y a quelques semaines, et je n’ai pas envie que cela recommence.

Hier soir, j’ai reçu un mail du directeur de l’université. Il semblait ravi. En effet, j’ai accepté sa demande de donner un cours mardi prochain. Mais, il souhaite que je donne un cours supplémentaire mercredi. Cet enseignement sera sur les différents types de transmission mécanique. C’est dans mes cordes, mais cela va me faire beaucoup de travail ce week-end. J’ai hésité à refuser, mais je pense que c’est un bon défi à relever. Alors, je me mets à l’ouvrage.

Je passe donc la matinée à faire des recherches sur Internet, allant de mon ordinateur aux toilettes les plus proches avec une triste régularité. Je ne vais vraiment pas bien…

Lorsque midi arrive, je n’ai aucun appétit. J’aimerais bien m’excuser et quitter la table. Mais comme nous recevons des invités, je fais bonne figure.

Le repas terminé, je pars me coucher sans autre explication à mes camarades. En fait, je n’ai même pas pensé à les prévenir que j’allai dormir un peu. Je ne prends pas même le temps de mettre mon réveil en marche. Je crois que j’ai besoin de rester au lit un bon moment.

Il est quatre heures passées, quand je me réveille enfin. La majeure partie de cet après-midi est derrière moi, et je n’ai presque plus mal au ventre et à la tête. Le problème n’était probablement que passager, mais j’ai tout de même eu raison de me reposer.

Je prends le temps d’expliquer la situation à la maîtresse de maison, qui me comprend très bien et me dit qu’il vaut mieux que je retourne me reposer pour être pleinement rétabli. Mais moi, j’estime avoir vraiment trop de travail pour prolonger mon repos.

Je retourne à la préparation de mon cours, et m’y consacre jusqu’à l’heure du repas. J’aurais bien voulu continuer mon travail après ce dernier. Mais il faut me rendre à l’évidence, je ne suis vraiment pas en état. Aussi, plutôt que de faire des bêtises, je retourne dans mon lit me nourrir des rêves qui passent.

Samedi 25 mai 2019 :

Les contrées oniriques s’estompent, et je retourne au monde réel. Il me faut me motiver pour me lever ce matin. Mais je n’ai mal ni au ventre ni à la tête. Mais alors pourquoi est-ce que j’ai tant de difficultés à me lever ? Ah… oui… je me souviens… j’ai soutien scolaire ce matin, et je vais passer le reste de mon week-end à préparer mes cours. On ne peut pas vraiment dire que je trouve tout cela très motivant… Tant pis, on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut.

Lorsqu’arrive huit heures, nous accueillons les élèves pour le soutien scolaire. Aujourd’hui, j’aurais les cinquièmes. Ils sont très sages, mais ne manifestent pas beaucoup d’enthousiasme. J’aimerais tellement avoir plus d’interaction avec eux. Peut-être que le problème vient de la façon dont je m’y prends. Rock, qui enseigne de l’autre côté de la classe aux sixièmes, ne semble pas avoir les mêmes difficultés. Il n’enseigne pas du tout de même façon que moi. Je pense que je suis trop « scolaire ». Il faudra que j’en discute avec lui, pour voir ses méthodes et devenir un meilleur enseignant. Mais pour l’instant, je continue comme je peux.

Puisque je me suis aperçu que mes élèves maîtrisaient les verbes du premier et deuxième groupe, je m’attelle à ceux du troisième groupe. Nous en avons pour toute la matinée, mais je vois bien que certains élèves sont moins investis que d’autres. Je ne sais pas encore comment m’y prendre avec eux. J’ai tant de progrès à faire.

À 10 heures, la cloche retentit enfin. Il est temps de dire au revoir aux élèves. Je les remercie de leur attention, j’essaie de leur donner quelques petits conseils pour travailler chez eux. Mais malheureusement, je me doute que pour beaucoup d’entre eux c’est chose impossible. La plupart n’ont même pas de quoi s’acheter du papier pour écrire. Quand on ne l’a pas vu, on a du mal à s’imaginer la misère qui règne ici.

Normalement, je devrais me mettre au service pour le reste de la matinée. Mais j’en suis dispensé, car j’ai des cours à préparer. Je travaille sans m’arrêter, si ce n’est pour le repas de midi, et je reprends immédiatement après, jusque 17 heures. J’ai besoin d’une pause, après une semaine de travail, je commence à ressentir une sérieuse fatigue intellectuelle. Or, j’ai besoin de mon cerveau pour pouvoir structurer mon cours. Tant pis, je finirai demain matin. Je profite du temps qu’il me reste avant le repas, pour me détendre un peu. Et lorsque celui-ci arrive enfin, je savoure le délicieux plat que nous ont préparé Clémence et Roch.

Dimanche 26 mai 2019 :

Aujourd’hui, pas question de traîner au lit. La matinée commence sur les chapeaux de roue. Je me lève, prends un petit déjeuner rapide, et me mets immédiatement à la tâche. Il me faut finir mon cours ce matin. Je n’aurai pas de temps à lui consacrer en début de semaine.

Alors je travaille de mon mieux. Je rassemble le résultat de mes recherches de ces derniers jours, et je passe tout par écrit. J’ai décidé de diviser mon cours en plusieurs PowerPoints. L’ensemble de mon travail dépasse la centaine de slides. Je ne les présenterai surement pas tous. Lorsqu’arrive enfin la messe, j’ai terminé la préparation de mon cours. Enfin ! Je vais pouvoir me reposer.

Me reposer… peut-être pas. Je ne vous en ai peut-être jamais parlé, mais je consacre toujours une partie importante de mon dimanche après-midi, à relire mes écrits de la semaine. Ce n’est pas que cela m’enchante, mais il faut le faire. Heureusement, avec le temps et la pratique, écrire me prend de moins en moins de temps. Aujourd’hui, je n’y aurai pas consacré plus d’une heure et demie.

Cette semaine se termine sur ce week-end, plutôt chargé. Je vous laisse en souvenir, cette photo, prise aujourd’hui, depuis ma chambre.

Septième semaine à Madagascar

Lundi 13 mai 2019 :

Une nouvelle semaine débute à Madagascar. Elle s’annonce superbe, comme toutes les autres jusqu’à présent. Mais j’avoue avoir beaucoup de difficultés à me faire au climat des hauts plateaux. Ici, nous sommes à plus de 1500 m d’altitude. Alors, bien qu’il fasse soleil tous les jours, il fait souvent très frais. Et le matin, il fait souvent si froid qu’il m’est difficile de sortir de mon lit. En effet, nous n’avons pas de chauffage ici. Aussi, en plein jour il fait très bon, mais à la nuit tombée la maison se rafraîchit. Je pense que l’hiver risque d’être difficile. Mais, je laisse cette pensée pour plus tard. Alors, tant bien que mal, je me lève et vais me doucher. Heureusement, nous avons encore de l’eau chaude. Cela me fait beaucoup de bien, et je trouve dans cette douche matinale la vigueur nécessaire pour démarrer cette journée.

Je descends pour prendre mon petit déjeuner et assister à l’office du matin. Cela me fait toujours du bien de prier. Et ces temps-ci, la communauté en a grand besoin. Le départ du père Henri laisse un grand vide, et une douleur toujours palpable dans le cœur des gens. Chacun fait comme il peut, mais on sent bien que les caractères sont ébranlés. Les Malgaches manifestent assez peu leurs émotions. Mais quand la douleur se fait grande, eux aussi montrent des signes de changement. Alors moi, je fais ce que je peux pour consoler. Parfois un mot, parfois un sourire, et souvent un silence fraternel.

Après avoir assisté à l’office du matin, je prends petit déjeuner. Puis, c’est le moment de prendre mon service. Aujourd’hui, je suis affecté au nettoyage des toiles d’araignées. Je passe une tête de loup dans toute la maison, et balaie tous les sols. J’y consacre toute la matinée.

À la messe succède le repas de midi. Après ce dernier, je vais à l’ESSVA pour rencontrer le directeur de l’université et savoir s’il a eu des retours sur mon exposé de vendredi. En quelques minutes, je rejoins l’université. Mais à ma grande surprise, les élèves ne sont pas présents. Ils sont partis pour une journée d’étude à l’extérieur. Je me présente tout de même au directeur de l’université pour lui faire part de mes questions. Il est très touché de ma venue, et m’assure qu’il me tiendra informé, le cas échéant, par mail.

Aussitôt cet entretien terminé, je fonce au terreau de l’espoir. J’ai déjà perdu beaucoup de temps cet après-midi. Je vais être en retard. Mais cela ne dérange pas Claire et Francisco, les responsables de l’orphelinat. Ils m’accueillent avec joie et ne font aucun commentaire sur l’heure d’arrivé. La relation au travail est vraiment très différente ici. Mais peut-être agissent-ils ainsi parce que je suis bénévole ?

Francisco a reçu, il y a deux semaines, des lits d’hôpitaux par un container venant de la réunion. Il doit en préparer deux pour demain, car un dispensaire en a besoin. Malheureusement, les lits d’hôpitaux sont arrivés en pièces détachées et il faut les remonter. Et de plus, plusieurs moteurs ne sont plus en état de marche. Soit, parce qu’il n’y a pas la télécommande correspondante. Soit, parce que le moteur électrique est définitivement fichu. Aussi, tout cet après-midi, je la passe à aider Francisco à rendre opérationnels les différents lits d’hôpitaux. Mais c’est tout de même malheureux :  plusieurs des lits d’hôpitaux sont bons à jeter à la poubelle. Francisco est triste, il me partage ses difficultés. Souvent, lui et son épouse ont l’impression de servir de poubelle. On leur envoie du matériel, mais on ne vérifie pas s’il fonctionne correctement. On se dit souvent que là-bas, à Madagascar, les gens sont débrouillards et pourront réparer les choses. Mais si l’on peut relativement facilement se débrouiller pour tout ce qui est métallique, il n’est généralement pas possible de réparer du matériel électronique. Il n’y a pas les équipements nécessaires ici.

En effet, c’est bien dommage d’avoir tant de lits d’hôpitaux non fonctionnels. Mais après un après-midi à faire des réparations, nous avons tout de même trois lits d’hôpitaux qui sont prêts pour le dispensaire. C’est 1 de plus que ce qui était demandé. Alors, pour aujourd’hui, cela ira.

À six heures arrive le dernier bus. Je le prends sans hésiter pour rentrer à la communauté. J’ai juste eu le temps de dire au revoir à Claire et Francisco. J’espère qu’ils ne seront pas trop dégoûtés par les problèmes avec les lits d’hôpitaux.

Mardi 14 mai 2019 :

Le mardi est probablement la journée la plus calme de toute la semaine. Chaque fois, le temps de DESERT nous accorde un repos bien agréable. Et comme à l’accoutumée, ce mardi ne fait pas exception. Je peux me lever plus tard ce matin, et passer plus de temps à me reposer.

À 8h30, il y a l’office. Normalement, à neuf heures je prends le temps de prier un peu. Mais pas aujourd’hui. J’ai promis à un élève du foyer de regarder son mémoire. Il est en fin de troisième année d’études à l’ESSVA. Je l’attends, comme convenu, à la bibliothèque. Il a un peu de retard. Mais cela m’importe peu. J’ai beaucoup de plaisir à le voir arriver.

Nous discutons durant 1h30 sur son mémoire. Je prends le temps de corriger les fautes de tournures de phrases, ainsi que les fautes d’orthographe et de grammaire que je vois. Il y en a beaucoup, ce n’est pas très étonnant. C’est un Malgache qui rédige, et je ne peux pas m’attendre à ce qu’il n’y ait pas de fautes de français. Quoi qu’il en soit, je suis très surpris par la qualité globale de son écrit. En fait, il écrit beaucoup mieux français qu’il ne le parle.

À 11 heures, nous nous disons au revoir. Je l’assure que je l’aiderai à avancer quand il en aura besoin. Pour moi, il est temps d’aller à l’adoration.

À midi, nous avons notre repas. Comme à l’accoutumée, ce dernier est pris en silence. C’est très reposant, et je pense que toute la communauté en a grand besoin.

L’après-midi, je participe à la découpe du bois, et travaille un peu en cuisine. Mais tout cela n’est pas bien long. En quelques heures, tout est fini, et il me reste tout de même plus d’une heure avant la fin de la journée de travail. Je profite du temps dont je dispose pour écrire un peu, lire, et faire des recherches sur Internet.

Il est difficile de trouver des informations sur Madagascar par Internet. La majeure partie des sites, qui y sont consacrés, s’occupent de tourisme. Les informations techniques, notamment sur l’agriculture, se font rares. Il faudra, probablement, que je retourne à l’ASJA pour avoir des informations concrètes. Je cherche notamment à savoir s’il est possible de faire faire des analyses de sol ici. Tant pis pour les recherches, au moins je ne reste pas à rien faire.

Ce soir, nous avons la messe. Normalement, nous devrions l’avoir le midi. Mais, père Blaise n’étant pas disponible, elle a été reportée à ce soir.

Mercredi 15 mai 2019 :

Il est de ces jours où je ne trouve rien à vous dire. Ces journées, qui sont tellement banales, que l’on aimerait bien noter, comme Louis XVI en son temps : « aujourd’hui rien ». Et pourtant, je prends la plume. Non parce que j’ai quelque chose à dire, mais parce que, dans le fond, il n’existe pas de journée sans importance. Alors je cherche ce qui mérite d’être écrit.

Nos ancêtres, eux, écrivaient sur les faits de leur temps les grands actes des puissants. On trouve encore, dans ces textes du passé : les actes de loi, les actes de guerre, les témoignages des grandes fêtes et tout autre fait sortant du commun. À voir tout cela, je me rends bien compte que nos ancêtres écrivaient le témoignage de la marche du monde. Mais de la vie de l’homme commun, qu’écrivait-ils ? On trouve difficilement, dans leurs écrits, des traces de la vie de chaque jour. Si bien qu’il est difficile aux historiens de savoir comment vivaient nos ancêtres. C’est comme si la vie de l’homme ne méritait pas d’être racontée. Mais qu’est-ce que la vie du monde, sans la vie de l’homme ? L’histoire d’un sourire ne vaut-elle pas mieux que l’histoire d’une guerre ? Mon cœur balance. J’ai trop souvent l’impression que l’homme s’acharne à ruminer ses malheurs. Mais que fait-il du bonheur ? Si vite il est passé, si vite il oublie. Perdu à jamais dans les flots de l’histoire.

Alors, bien que ne sachant quoi dire, j’écris. Non pas ce qui mérite d’être écrit, car je ne sais ce qui mérite d’être écrit, mais parce que j’ai fait serment de raconter ma vie de chaque jour ici. Afin de ne pas vous laisser sans nouvelles de moi.

Ce matin, me lever est vraiment difficile. J’éprouve une grande fatigue ces temps-ci. Je pense que je manque vraiment de sommeil. J’ai beau me dire qu’il faut me reposer, j’ai du mal à m’y forcer. Je me demande souvent si les autres ont cette difficulté. Il m’a toujours été difficile de dormir. Mon sommeil n’est guère réparateur et je n’en connais pas la cause. Mais l’office est à sept heures, alors, en forme ou pas, il faut me lever.

À 8h30, je débute mon service. Il y a du bois à couper. J’aide Jackson, comme je le peux, dans cette tâche. Nous avons des quantités de longues bûches, savamment empilées, sous un hangar. Il nous faut les couper en petits morceaux, pour les faire entrer dans les poils pour la cuisson. Heureusement, nous n’utilisons ni hache ni scie. Nous avons une machine pour cela. Couper le bois fait beaucoup de poussières, alors il nous faut nous équiper pour nous protéger le visage, afin de ne pas en respirer. Moi, je me charge de faire passer le bois à Jackson. Mais très vite, il me dit qu’il se débrouillera tout seul pour la suite. C’est vrai que je ne suis pas très utile ici. Alors, je m’en vais à la cuisine et j’aide à couper les légumes pour le repas du midi. Je travaille ainsi, jusqu’à ce que retentisse la sonnerie qui nous appelle à la messe.

Comme à notre habitude, elle est suivie du repas de midi. Nous mangeons tous à notre faim. Il est rare que je n’aie pas assez à manger ici. Sauf le mardi, qui est jour du DESERT. Mais cela fait partie intégrante de ce temps de prière.

Quoi qu’il en soit, l’après-midi arrive, et avec elle un nouveau temps de service. Normalement, nous devrions avoir soutien scolaire. Mais avec le décès du père Henri, et tout ce qu’il y a à préparer pour ce week-end, le soutien scolaire a été annulé. Je me contenterai de couper des légumes tout l’après-midi.

Le soir arrive et nous nous retrouvons pour partager un bon repas. J’aimerais éprouver de la fierté pour avoir participé à la préparation du repas, mais ce n’est pas le cas. Je ne comprends pas pourquoi quand je fais quelque chose pour les autres, je n’en éprouve que rarement de la satisfaction. Je repense souvent aux raisons de ma venue ici. Je voulais, entre autres, donner du sens à ma vie. Mais je n’ai pas l’impression d’en trouver beaucoup actuellement. Peut-être que je me trompe de but. Père Blaise, lui, m’appelle simplement à me laisser pénétrer par la vie de tous les jours ici. Tout est utile, dit-il, qu’on le voie ou pas.

Jeudi 16 mai 2019 :

J’ai demandé, hier, au père Blaise, si nous pouvions aller aujourd’hui à la rizière. Bien que j’aie déjà passé plus de six semaines ici, je n’ai toujours pas vu la rizière de la communauté. J’aimerais vraiment la voir. Père Blaise avait l’air ravi que je lui en fasse la demande. Je ne l’avais jamais vu avec un aussi grand sourire. Il est fils d’agriculteurs, et s’occuper de la rizière lui plaît beaucoup. Je pense qu’il est ravi de voir quelqu’un d’autre s’y intéresser.

Nous partons d’assez bonne heure et nous prenons la voiture, car la rizière est assez loin. Il nous faut presque une demi-heure pour nous rendre sur place. À mon arrivée, je découvre qu’il n’y a pas que du riz sur place. Ici, quand on parle de rizières, c’est un peu comme quand on parle de fermes en France. Il y a des vaches, des cochons, des lapins, des poules, un large potager et enfin la rizière à proprement parler. Père Blaise est ravi de me montrer tout cela. Il rayonne intérieurement. Je ne lui connaissais pas une telle joie. Il m’explique tout ce qu’il y a à savoir sur l’élevage et la culture des légumes ici. Il me présente les enjeux, et les difficultés. Je discute avec lui longuement sur le sujet.

Puis il nous faut partir. Nous devons acheter des plants de pommes de terre pour le potager. Nous faisons le tour des marchés des environs, mais nous ne trouvons pas de plants de pommes de terre en suffisamment grande quantité. Nous sommes arrivés trop tard, tous les vendeurs se sont déjà séparés du gros de leurs stocks.

Finalement, après plus d’une heure de recherche infructueuse, nous trouvons un fournisseur. Mais, ce dernier ne pourra nous livrer que lundi. C’est déjà bien, nous aurions pu ne rien trouver du tout.

Nous rentrons à la communauté, et arrivons à temps pour la messe de midi.

L’après-midi, je la passe encore à la cuisine. Il y a bien des choses à préparer. Mais moi, comme à mon habitude, je coupe les légumes. C’est à peu près tout ce que je peux faire ici. Je suis parfois triste de ne pas pouvoir me rendre plus utile, mais ce n’est pas à moi de mesurer l’utilité de mes actes. Moi, je dois juste apprendre à y mettre le plus d’amour possible. Et Dieu pourvoira au reste.

Vendredi 17 mai 2019 :

Aujourd’hui, nous allons accueillir beaucoup de monde pour la cérémonie d’enterrement du père Henri. Cette dernière se tient en France, à l’abbaye des Dombes. Elle aura lieu samedi, à 15 heures. Cependant, vous imaginez bien que tous les Malgaches ne peuvent pas se rendre en France, pour assister à la cérémonie. Alors, nous allons organiser une célébration à la même heure, samedi. En conséquence, nous avons beaucoup de travail, pour accueillir tant de monde. Mais moi, j’en suis dispensé. J’ai reçu hier soir, un mail du directeur de l’ESSVA me demandant, si je le voulais bien, de donner un nouveau cours, cette fois-ci sur le calcul de durée de vie des roulements. Ce cours aurait lieu mardi, ou mercredi prochain. Malheureusement, il me faut décliner cette demande. Ou tout du moins, la reporter. En effet, je ne serai pas là dimanche, lundi et mardi. Il me faut me rendre à Tananarive pour remettre mon dossier au ministère, pour ma demande de visa. Je n’aurais pas le temps de préparer le cours.

Mais, j’ai tout de même expliqué la situation à la responsable de la maison. Elle m’a dit que la maison pouvait se débrouiller sans moi, et que ma priorité était de travailler sur mon prochain cours. Alors, j’y consacre toute la journée. Je fais des recherches sur Internet, et prépare mon PowerPoint. C’est fou le travail que cela peut demander de préparer un cours. Je ne compte plus les fois où je me suis relu, changeant de multiples fois la structure de mon enseignement afin qu’elle soit le plus claire possible. Que faut-il aborder en premier ? Comment faut-il l’aborder ? Est-il nécessaire que je mette un petit exercice à la fin de chaque partie ou pas ? Oui, je crois que sur ce dernier point c’est indispensable. Cela obligera les élèves à participer, et à rester présents tout au long du cours.

Le soir arrivant, je suis assez content du travail accompli, mais il me reste encore beaucoup à faire pour que mon cours soit vraiment digne de ce nom. Je verrais bien si je peux y consacrer du temps ce week-end.

Compte tenu des circonstances, ce soir nous avons une veillée funèbre pour le père Henri. C’est la première fois que j’assiste à une veillée funèbre. C’est très beau. Je me laisse bercer par les chants, et j’écoute attentivement les témoignages de ces hommes et femmes qui l’ont connu. Il y a des moments, où tout ce que l’on peut faire, c’est d’être présent avec ses frères et sœurs.

Après deux heures de veillée funèbre, on propose à ceux qui le souhaitent de rester, et aux autres de retourner dormir. Je fais partie de ceux qui choisissent la deuxième option. Je tombe littéralement de sommeil. J’ai même failli m’endormir à deux reprises durant la veillée. Alors, je m’en retourne dans ma chambre pour retrouver le repos de la nuit.

Samedi 18 mai 2019 :

Encore une belle journée qui s’annonce à Madagascar. Le ciel est dégagé jusqu’à l’horizon, pas le moindre nuage en vue. À sept heures, nous devrions avoir le petit déjeuner, mais il y a beaucoup de retardataires. Nombre de participants ont préféré profiter de ce samedi matin pour dormir quelques heures de plus. La veillée funèbre a été très longue.

Le petit déjeuner est très simple : café et pain sec. Pour ma part, c’est insuffisant pour un petit déjeuner, mais je fais avec. J’ai déjà perdu un peu de poids à Madagascar, et cela me va très bien. Je ne suis pas très étonné que les Malgaches ne soient pas bien gros.

La matinée est consacrée au repos, à la détente, et à la préparation du repas de ce midi. Père Blaise a acheté un zébu vivant pour l’occasion. Il vient juste d’être abattu. Une dizaine de personnes s’affaire à le dépecer en contrebas, juste à côté du potager. De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois la carcasse de l’animal. C’est la première fois que je vois un animal en train d’être dépecer. On ne peut vraiment pas dire que ce soit beau. Mais ce sera très nourrissant. En tout, il y en aura pour plus de 120 kg de viande.

Arrive enfin le repas de midi. Pour ce dernier, nous nous installons tous dans l’herbe. Enfin… presque tous. Certains, plus rapides que les autres, ont réussi à trouver de la place sur le muret de la grande cour. Il y a vraiment beaucoup de monde à nourrir. Plus d’une centaine de personnes sont rassemblées. Peut-être même que nous dépassons les 200 personnes.

À 14 heures, c’est enfin l’heure de la messe. La célébration est magnifique. Il n’y avait pas assez de place pour tout le monde dans la chapelle. Aussi, nous avons préféré la faire en plein air.

La célébration débute par une petite biographie du père Henri. J’écoute attentivement, c’est très instructif. C’était vraiment un homme remarquable. Peu de personnes pourront dire avoir une vie aussi remplie le jour de leur mort. Je rends grâce au seigneur de m’avoir permis de connaître cet homme en ce monde.

Il est 16 heures quand se termine la cérémonie. Désormais, afin d’être en communion de prière avec la cérémonie qui se tient en France, chacun peut, s’il le souhaite, suivre la retransmission audiovisuelle en direct. La communauté a prévu plusieurs salles à cet effet.

Les personnes assemblées prient et chantent durant des heures. Nous suivons la retransmission avec beaucoup d’attention. C’est l’heure du recueillement pour chacun.

Le soleil se couche à l’horizon, mais la cérémonie n’est pas encore finie. Encore deux petites heures et le père Henri sera définitivement enterré à l’abbaye des Dombes.

Il est presque 20 heures lorsque la cérémonie se termine enfin. Nous avons vécu aujourd’hui un après-midi entier de prière. Aucun de nous n’est près de l’oublier de sitôt.

Dimanche 19 mai 2019 :

Pour moi, comme vous le savez, c’est aujourd’hui le jour du départ pour Tananarive. Mais à mon grand regret, je ne connais pas l’heure de départ prévu. Enfin… à supposer qu’il y ait quoi que ce soit de prévu. Je ne suis pas très confiant, sur l’organisation ici. En conséquence, j’ai pris mes précautions. Je me suis débrouillé pour être prêt avant sept heures, afin d’être certain de ne pas rater le départ. Mais j’avais de la marge. À sept heures, presque personne n’avait fini de prendre le petit déjeuner. Finalement, nous ne partirons pas avant 8h30 du matin. Je me dois de vous faire des excuses pour avoir médit de l’organisation. Tout était très bien préparé. Il fallait simplement savoir à qui poser la question. Et comme j’ai interrogé une dizaine de personnes, sans recevoir de réponse, j’avais fini par douter de l’organisation. Cela m’apprendra à faire davantage confiance. Tout du moins je l’espère.

Le trajet se passe bien. En tout cas, il se passe mieux que lorsque je suis venu à Antsirabe depuis Tananarive. Je n’ai pratiquement pas peur. Il y a bien eu des moments où j’ai cru que nous allions écraser un passant. Mais à la dernière seconde, manœuvrant habilement, le chauffeur a évité la catastrophe. Il s’en est fallu de peu. Mais les conducteurs malgaches ont l’habitude. Après trois bonnes heures de route, nous arrivons enfin à Tananarive. Il est presque l’heure du repas. Et après avoir salué toute la maisonnée, je passe enfin à table.

Je profite de ce dimanche après-midi pour me reposer, j’en ai bien besoin. Je lis un peu pour me détendre. Je profite du beau temps qu’il fait pour respirer l’air pur sur la terrasse. Cela fait du bien de se reposer de la semaine. Dans quelques heures, nous accueillerons le nouveau JET (jeune à l’étranger, comme moi) qui arrive depuis la France. Il vient là pour un court séjour de deux mois et demi. C’est ce que l’on appelle un mini JET.

Je lis sur mon lit, et je découvre avec joie le livre que mes parents m’ont offert sur John Henry Newman, quand on frappe à la porte. Je me lève et vais ouvrir. Michou est là, avec le nouveau JET à ses côtés. Ce dernier s’appelle Roch. Il partagera ma chambre aujourd’hui et demain, avant que nous rentrions mardi, à Antsirabe. Je fais visiter les environs à Roch. Puis, nous discutons ensemble jusqu’à l’heure de l’office du soir.

C’est sur cette rencontre que se termine la semaine. Elle fut bien riche en enseignements, et tous les événements récents m’ont permis de mieux entrer dans la vie à Madagascar. Cette vie faite de relations humaines, si riches et si fortes. Je commence enfin à me faire au pays. Désormais, je ne souffre plus de l’éloignement d’avec la France. Cette patrie qui est si chère à mon cœur.

Quand je te reviendrai, douce France, je t’aimerai plus qu’au jour de mon départ. Car si je t’ai quitté, ce n’est que pour mieux te revenir, plus fort et plus apte à te servir.

Sixième semaine à Madagascar

Lundi 6 mai 2019 :

M’étant très bien reposé ce week-end, je démarre cette semaine avec beaucoup d’entrain. Mais, me présentant pour prendre mon service du matin, la responsable de la maison me rétorque que je suis libre pour la matinée. Bien… ce n’était pas tout à fait ce que j’avais prévu. Mais quoi qu’il en soit, je ne vais pas rester sans rien faire. Alors, je mets à profit ce temps pour faire du ménage, des recherches sur Internet, et pratiquer le malgache.

La journée se poursuit normalement. À midi, nous avons la messe, suivie du repas.

L’après-midi, je vais aux Terreaux de l’espoir. Arrivé sur place, je rencontre des jeunes qui sont venus depuis la Réunion. Ils sont là pour faire un stage. Ils sont très sympathiques, mais je n’ai pas beaucoup de temps à leur consacrer pour l’instant. Il me faut voir Francisco pour savoir ce que je dois faire aujourd’hui. Après quelques minutes de recherche, je trouve Francisco chez lui. Il n’a pas encore mangé. Nous prenons le temps de discuter quelques minutes. Il n’y a pas beaucoup de travail aujourd’hui. Mais je peux tout de même aider à la serre. Il y a des tomates à ramasser, et le responsable de la serre est en vacances. Alors, je me mets à la tâche avec plaisir. Cela me fait beaucoup de bien de faire un peu de travail physique. Mais je suis surpris, c’est assez difficile de travailler dans une serre. Il y fait vraiment très chaud. Je ne bouge pas énormément, et pourtant je transpire comme si j’avais couru sur des kilomètres. Je ne suis pas seul à ramasser les tomates. Avec moi, il y a Narindra, le responsable de l’exploitation agricole. Il parle assez bien français, et tout en travaillant nous discutons. Il est vraiment très gentil avec moi. Il m’explique tout ce que je dois faire et comment le faire sans énoncer le moindre reproche quand je fais une erreur.

Au bout de quelques heures, nous en avons fini avec les tomates. Je retourne voir Francisco, qui est en train de récupérer le miel d’une des deux ruches de l’orphelinat. Il est vrai que j’avais oublié de vous en parler, il y a deux ruches ici. Elles servent principalement pour la consommation de l’orphelinat. Cependant, une partie du miel est tout de même vendue à l’extérieur. C’est la première fois que j’assiste à une récolte de miel. Il y a des abeilles partout. C’est assez impressionnant. La récupération du miel terminé Francisco m’en donne un peu à goûter. Il est délicieux. Je remercie chaleureusement Francisco et retourne voir les jeunes qui sont venus depuis la Réunion. Nous discutons un peu, et déjà le bus qui ramène les enfants de l’école arrive. Il est déjà six heures du soir. Je n’ai pas vu le temps passer cette après-midi. Il fait déjà presque nuit. Je salue Claire et Francisco, et profite du bus qui vient d’arriver pour rentrer en centre-ville.

Arrivé à la communauté, il est déjà l’heure du repas. Après ce dernier, nous devrions avoir un temps de FRAT. Mais pas cette semaine. Ce n’est pas bien grave, cette journée a déjà été bien remplie.

Mardi 7 mai 2019 :

Comme tous les mardis, nous avons DESERT ce matin. Je profite de ce temps pour prier et me reposer. Mais, ce matin, en plus du désert, j’ai rendez-vous à l’ESSVA pour savoir si je pourrai y donner des cours. Je m’y rends vers 9h30. Monsieur Nelson, le directeur de l’établissement, me reçoit très chaleureusement. Il me présente le directeur de la filière électromécanique. Nous discutons un petit quart d’heure, et à peine ai-je terminé de me présenter que l’on me propose de donner un cours. En fait, on me propose de commencer par un exposé. Vendredi matin, je donnerai mon premier enseignement à l’université. Mais je n’en connais pas encore le contenu. Ce dernier ne me sera donné que demain matin. Pour tout vous dire, je suis très inquiet. Je ne me sens pas très à l’aise à l’idée d’enseigner à l’université. Mais, comme je suis aussi ici pour affronter mes craintes, et prendre un peu plus confiance en moi, je me lance avec plaisir, et Dieu pourvoira.

Après cet entretien, je rentre à la communauté et profite des quelques heures qu’il me reste pour prier. Cela me fait beaucoup de bien de prier. J’en ai vraiment besoin ici. La misère de ce peuple pèse sur mon cœur. Alors, je trouve ma consolation dans mon Dieu.

Comme tous les mardis, le désert se termine avec un repas très simple : des nouilles chinoises. C’est chaque fois le même repas. Et pour tout vous dire, le mardi midi je ne mange pas à ma faim. Mais cela est très important pour le temps de DESERT.

Le DESERT se termine et l’après-midi commence. Aujourd’hui, je serai en cuisine. J’aime bien préparer le repas, mais c’est toujours très difficile de supporter la fumée du feu de bois. Je ne peux malheureusement pas y faire grand-chose. Il faudrait complètement refaire les cheminées. Et nous manquons d’argent pour faire ces travaux. Je prends mon mal en patience. J’essaie de relativiser. Il y a bien des personnes qui vivent cela tous les jours ici. Moi, ce n’est que de temps en temps.

La nuit est déjà tombée lorsque sonne 18 heures. C’est l’heure du groupe de prière du mardi. Nous nous rendons tous à la chapelle et chantons avec allégresse. Les chants ici, sont presque toujours accompagnés de danse. Cela me fait du bien, et je découvre une autre façon de prier.

Mercredi 8 mai 2019 :

Ce matin, je retourne à l’ESSVA pour prendre connaissance du contenu de l’exposé que je vais faire vendredi. Arrivé à l’université, monsieur Nelson me reçoit très chaleureusement. Il est assis à son bureau. Ce dernier ne fait pas plus d’un mètre de large. À bien y réfléchir, la pièce est très simple pour un directeur d’université. Monsieur Nelson n’a même pas la chance d’être seul dans son bureau. D’autres personnes travaillent dans la même pièce. Heureusement, c’est très silencieux. L’ambiance a l’air assez studieuse ici.

Le responsable de l’université m’offre une chaise et me propose de m’asseoir. Je ne suis pas fatigué, mais j’accepte bien volontiers. En quelques minutes, il m’explique ce qu’il attend de moi. Il s’agit de préparer un exposé sur les moteurs électriques. Il veut que je présente, aux élèves de deuxième année, le fonctionnement des moteurs électriques, leur montage, leurs différentes pièces, et que j’indique les différents types de problèmes que l’on peut rencontrer. Je suis aux anges. C’est tout à fait dans mes cordes. Mais, cela va me demander pas mal de temps pour préparer cet exposé. Je remets cette question à plus tard, et salue très aimablement monsieur Nelson.

De retour à la communauté, je prends mon temps de service. Je fais le ménage pour préparer les salles de classe pour cette après-midi. Puis, je vais au potager, où l’on a bien besoin d’aide pour retirer toutes les mauvaises herbes.

Midi sonne, c’est l’heure de la messe.

L’après-midi arrive, et avec elle débute le soutien scolaire. Aujourd’hui, encore une fois, j’ai les cinquièmes et sixièmes. Mais cette fois-ci, nous allons faire des mathématiques. C’est très différent du cours de français dont je commence à avoir l’habitude. Lorsque je donne des cours de français, il me suffit de faire quelques exercices, et comme ils sont à peu près tous du même niveau, ils finissent presque tous en même temps. Mais pour les mathématiques, les niveaux sont très variables. Les trois filles du premier rang n’ont aucune difficulté avec la géométrie, ou le calcul. J’ai beau leur donner des exercices, elles les finissent en quelques minutes. Alors, voyant qu’elles n’ont aucun problème en mathématique, je leur demande dans quelle matière elles ont des difficultés. Elles me répondent que c’est le français le plus dur. Alors, je leur donne des verbes à conjuguer. Pour les autres membres de la classe, les exercices de mathématiques sont beaucoup plus laborieux. J’ai commencé par quelques exercices de géométrie simple : Les angles de deux droites qui se coupent, la géométrie des triangles, et quelques calculs de fractions. La plupart font des erreurs. À chaque fois, il me faut expliquer longuement pour que les élèves comprennent. Cela exige beaucoup de concentration, car je dois passer en permanence d’un élève à un autre sans perdre le fil de mes explications. Heureusement, cela ne me dérange pas de me répéter. Mais très vite, voyant que certaines notions ne sont pas acquises pour l’ensemble de la classe, je donne des explications au tableau pour que tous apprennent.

Le soutien scolaire se poursuit ainsi durant deux heures. Je suis très content de ce cours de mathématiques, qui m’a permis de faire quelque chose de différent de ces cinq dernières semaines. J’ai pris beaucoup de plaisir à enseigner les mathématiques. J’ai toujours aimé cette matière, car elle suit des règles logiques et systémiques.

Il est cinq heures quand nous arrêtons les cours. Il me reste encore un peu de temps, alors je le mets à profit pour préparer mon exposé sur les moteurs électriques. Je n’ai aucun support de cours. Il faut que je m’en crée un. Je me rends vite compte que cela est beaucoup plus compliqué que prévu. Je vais avoir beaucoup à faire pour préparer ce cours.

Les heures passent et le repas arrive. Lorsqu’arrive le dessert, j’ai une petite surprise avec ma banane. Je vous laisse admirer.

Dès que le repas est terminé, je cours me remettre à l’ouvrage. Je prépare un PowerPoint pour les élèves. Il me faut trouver de nombreuses photos pour illustrer mes propos. Heureusement que je suis compétent pour parler des moteurs électriques. Je ne sais pas comment j’aurais fait pour me préparer si j’avais eu un sujet sur lequel j’étais moins compétent. Quoi qu’il en soit, je n’arrête de travailler qu’à 10 heures du soir. Malgré le temps que j’y ai consacré, il me reste encore beaucoup à faire pour que ce cours soit complet.

Jeudi 9 mai 2019 :

Comme chaque jeudi, je dois aller aux Terreaux de l’espoir. Ma mission m’y oblige. Mais, comme vous le savez sûrement, j’avais prévu de passer la journée entière à l’orphelinat. Cependant, j’ai vraiment trop à faire pour préparer mon cours de demain. Alors, cette après-midi, je rentrerai à la communauté du chemin neuf pour travailler mon exposé.

Les trajets en bus, que je prends pour aller aux terreaux de l’espoir, sont devenus une véritable routine. Mais aujourd’hui, j’ai une nouvelle petite surprise. Il y a, dans chaque minibus, 22 places. Mais, en rabattant les sièges complémentaires entre les rangées, on peut atteindre 27 places. Enfin… ça, c’est quand il y a des sièges rabattables. Mais aujourd’hui, je découvre qu’il n’est pas nécessaire qu’il y ait des sièges rabattables. Dans le minibus où je me trouve, on met des planches entre deux sièges pour que les passagers s’assoient dessus. J’ai la fesse droite qui repose à moitié sur une planche de bois durant la majeure partie de transport. Je ne me plains pas. Je vous assure qu’ici on apprend vraiment à ne pas se plaindre. La vie me paraît tellement dure pour les hommes et femmes, ici, que j’apprend à ne pas me plaindre.

Arrivé à l’orphelinat, je me mets au travail. Je vais à la serre et je taille les plants de tomates. Il faut les débarrasser des gousses superflues pour donner toute la force possible aux tomates. C’est un travail laborieux, et assez difficile pour le dos. Je passe la majeure partie de mon temps accroupi. Un employé de la ferme me demande s’il peut prendre une photo avec moi.

Après quelques heures, j’arrête mon travail avec de sérieuses douleurs dans les lombaires. Heureusement que je ne fais pas cela tous les jours. Il faudra, tout de même, que je prévois un peu plus de sport pour me préparer à ce type de travaux physiques.

De retour à la communauté, je peux assister à la messe. Demain, et les jours suivants, nous n’aurons pas de messe à la chapelle de la communauté. Père Blaise, retourne à Tananarive pour assister à une réunion des aumôniers de Madagascar. Il nous faudra faire sans lui.

L’après-midi, je la consacre tout entière à travailler mon exposé pour demain. J’espère que les élèves seront heureux de celui-ci. Je réalise à quel point un élève ne se rends pas compte du temps que peut passer un professeur à préparer son cours. C’est bien utile de prendre conscience de la difficulté du travail des autres.

À 19 heures, j’ai enfin terminé. Il me reste bien quelques corrections orthographiques à faire, mais rien qui ne peut attendre demain matin. Et heureusement, car ce soir nous avons groupe de prière pour le père Henri. C’est le prêtre qui s’est occupé de moi pour me faire venir à Madagascar. Je lui dois d’avoir reçu mon visa pour Madagascar récemment. Sans lui, je serai probablement toujours coincé en France. Père Henri est actuellement à l’hôpital, en France, entre la vie et la mort. Il n’arrive pas à se remettre de l’opération qu’il vient de subir. Alors, toute la communauté s’est réunie pour prier pour son prompt rétablissement.

Vendredi 10 mai 2019 :

Comme presque tous les jours, la journée débute par un office. Je chante avec beaucoup de joie. Les chants malgaches débordent d’allégresse. C’est un vrai plaisir de suivre les célébrations ici.

Après ce temps de prière, je prends mon petit-déjeuner. 1h30 sont nécessaires pour finir de préparer mon exposé. Ce n’est pas du luxe, il y a vraiment beaucoup de choses à corriger. Mais je suis assez content du résultat final.

À 9h30, je pars pour l’université. Mon exposé n’est qu’à 10 heures, mais je préfère être en avance. Et, j’ai bien raison. Il y a bien un projecteur dans la salle de cours, mais il n’y a pas de câble HDMI. Seul est présent un câble VGA, et je n’ai pas le port adapté sur mon ordinateur. Il nous faut bien 20 minutes pour trouver un câble HDMI à l’université. Mais étant arrivé très en avance, je peux, finalement, commencer le cours sans trop de retard.

L’enseignement se passe assez bien, mais les élèves ne me posent aucune question. Il est très difficile de les faire participer. Je me souviens qu’en France, c’était également assez dur de nous faire participer. Mais, je ne me souviens pas que c’était aussi difficile qu’ici. Alors, je m’inquiète. Serait-ce à cause de moi ? Mon cours est-il réellement intéressant ? Ces questions m’embrouillent la tête. Elles ne sont pas propices à améliorer le cours. Alors, je les remets à plus tard. Je me contente de faire de mon mieux, et espère que cela ira.

Ces deux heures ont filé à toute allure. Le temps passe beaucoup plus vite que ce à quoi je m’attendais. Mais, je suis très satisfait du résultat général du cours. Je suis tout particulièrement heureux de ma maîtrise du temps. L’exposé que j’avais préparé dure précisément deux heures. C’est toujours un exercice assez délicat de maîtriser son temps de parole.

Le cours se terminant, je demande aux élèves s’ils ont des questions. Ils n’en ont aucune. Je m’attendais tout même à en avoir quelques-unes. Je suis sûr que certains passages de mon cours n’étaient pas très clairs pour eux. Tant pis, on ne peut pas toujours avoir la satisfaction de recevoir des autres ce que l’on attend d’eux. À la sortie du cours, je prends le temps de saluer chaque élève individuellement. C’est important de leur montrer que je les respecte. J’aurais probablement l’occasion de leur donner d’autres enseignements.

Je rentre à la Communauté du Chemin Neuf. Il est l’heure du repas.

L’après-midi, je travaille à la cuisine. Rien de très extraordinaire, mais c’est bien la première fois que je prépare du poisson frit. Enfin… ce n’est pas moi qui vais le faire frire. Moi, je me contente de l’écailler et de l’évider. C’est Angela, qui est beaucoup plus compétente que moi, qui est chargée de faire frire les poissons. Elle s’y prend très bien. En moins d’une heure, tous les poissons sont cuits.

Le soir arrive, et à 18 heures nous avons adoration. Dès le début de l’adoration, sœur Laure-Elise vient nous annoncer que le père Henri est en train de vivre ses dernières heures. Plusieurs personnes se mettent à pleurer dans la salle. C’est la tristesse dans la communauté. Alors, nous accompagnons ce moment en prolongeant le temps de l’adoration jusque tard dans la soirée. C’est une façon, pour nous, d’être présent auprès du père Henri pour ses derniers instants parmi nous.

Pour moi, qui connaissais très peu le père Henri, la douleur est beaucoup moins grande. Je ne l’avais vu que trois ou quatre fois. Je suis bien obligé de reconnaître que je ne sens pas mon cœur particulièrement étreint à l’idée de son décès tout proche. Je crois fermement qu’il ira auprès de l’éternel et que nous nous reverrons un jour. Mais ce qui me retourne le cœur, c’est de voir toutes ces personnes si profondément affectées par la perte d’un être si cher. Pour beaucoup d’entre elles, le père Henri était comme un père. Alors, moi aussi je pleure. Je pleure sur la souffrance de mes frères et sœurs. Je pleure, parce que je vois combien ils l’aimaient. Je pleure, car les mots ne suffisent plus à exprimer ma peine.

Samedi 11 mai 2019 :

Normalement, nous devrions avoir soutien scolaire ce matin. Mais compte tenu des événements récents, plusieurs personnes ne sont pas en état d’assurer l’enseignement aux élèves. Alors, il n’y aura pas de soutien scolaire aujourd’hui. Comme il n’est pas possible de prévenir les élèves, nous les recevons et les rassemblons pour un temps de prière. Le soutien scolaire n’existerait pas sans le père Henri. Alors, nous pensons qu’il est bon que les élèves prennent un temps de recueillement. Et de plus, nous ne pouvons pas simplement les renvoyer chez eux en leur fermant la porte au nez.

À 11 heures, nous avons la messe. Il n’a pas fallu bien longtemps pour trouver un prêtre remplaçant le père Blaise. Etant donné les circonstances, l’église d’Antsirabe s’est rendue disponible pour nous aider. Oh… ce n’est peut-être pas grand-chose pour le diocèse, mais sans ce prêtre, nous ne pourrions avoir de messe en ce jour.

L’après-midi arrivant, nous devons penser au repas du soir. Je travaille avec Clémence à faire des pizzas. Nous devons en préparer pour 10 personnes. Clémence fait la pâte, alors que je fais la sauce tomate. J’ai un peu peur de rater ma sauce. Je n’ai jamais fait de sauce tomate. Mais Clémence me rassure. Alors je me mets à la tâche, je vais faire de mon mieux. Après une heure de préparation, et 20 minutes de cuisson, la sauce tomate est enfin prête. Je suis très satisfait du résultat. Clémence aussi a fini de faire sa partie. Alors nous étalons la pâte. Mais nous avons mal estimé les proportions. Il y a beaucoup trop de pâte par rapport à la quantité de sauce tomate. Qu’à cela ne tienne, les poivrons et la moutarde feront le reste.

Il nous faut presque toute l’après-midi pour préparer les pizzas. Et quand vient enfin l’heure du repas, nous sommes ravis de pouvoir passer à la dégustation. Tout le monde trouve la pizza délicieuse. C’est un succès, et je suis enchanté.

Dimanche 12 mai 2019 :

Beaucoup de personnes vont venir aujourd’hui. Elles sont là pour présenter leurs condoléances à la communauté. Alors, nous employons cette matinée à préparer de quoi les accueillir. Nous travaillons principalement au repas de ce midi. Il doit y en avoir pour tout le monde. Il y a beaucoup de carottes à couper et j’y participe activement. Une fois cela fini, je passe à la mise en place des parasols, des chaises, et des tables.

Je n’ai pas le loisir de m’ennuyer, et déjà sonne l’heure de la messe. Étant dans ma chambre, à l’heure de l’appel, je dois me précipiter pour ne pas être en retard. Heureusement, quand j’arrive, le prêtre n’est pas encore là. Je ne vais rien manquer de la célébration.

C’est une très belle messe. Tout le monde chante. Ici, tout le monde chante toujours. Lorsque la messe se termine, et que je prends enfin le temps de regarder mon téléphone, je constate qu’il est déjà 13h45. La messe a duré plus de 1h40. Je suis très étonné. Je n’ai pas vu le temps passer.

L’après-midi est plus calme, je prends le temps de me reposer, et de lire. Je ne fais rien d’extraordinaire, mais comme disait mon grand-père : « pour se reposer il faut s’ennuyer ». Alors, je m’ennuie, et je laisse le temps au temps.

Cinquième semaine à Madagascar

Mes très chers amis, comme vous avez pu le constater, je n’ai rien publié depuis plusieurs semaines sur mon blog. Rassurez-vous, il ne m’est rien arrivé de fâcheux, et je n’ai pas abandonné mon projet d’article quotidien. Simplement, mes parents étaient indisponibles ces dernières semaines. Or, c’est à eux que je dois de vous fournir des articles sans trop de fautes… Sachant que beaucoup d’entre vous sont sensibles au respect de la langue française je ne me suis senti la force de faire une publication, sans avoir été relu au préalable.

Les articles des trois dernières semaines vont donc être très bientôt mis en ligne.

Je vous souhaite, à tous, une excellente lecture.

Lundi 29 avril 2019 :

Père Blaise est revenu à la communauté. Vous vous souvenez sûrement de lui. C’est le prêtre qui a perdu sa mère récemment. Il devra repartir chez lui, cet après-midi, pour aller chercher son père. Ce dernier se morfond de la perte de son épouse. J’espère que Blaise arrivera à le convaincre de venir passer cinq jours à la communauté.

Pour ma part, toute ma matinée est consacrée à faire des recherches sur l’agriculture à Madagascar, et je passe l’après-midi à l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Je discute avec le responsable de l’exploitation sur le projet de plantation d’ananas. C’est un projet très intéressant, mais je ne suis pas absolument certain que les ananas poussent sur les hauts plateaux, à plus de 1500 m d’altitude. Nous allons devoir sagement réfléchir à la question. Comme Francisco et Claire sont absents, j’en profite pour aller faire un tour à l’ASJA, l’université la plus proche, pour voir si je peux avoir accès à la bibliothèque. Il me faut une bonne vingtaine de minutes pour rejoindre l’université. Arrivé là-bas, le concierge me fait faire le tour des bâtiments et me montre bien volontiers la bibliothèque. C’est une très belle université. On y trouve tout ce qu’il faut. Pour ma part, je constate que je pourrais trouver ici les livres qui m’intéressent. Cependant, il se fait tard, et la bibliothèque va bientôt fermer. Alors, je salue la bibliothécaire, et rentre à la communauté du Chemin Neuf.

Avec le bus, il ne faut qu’une petite demi-heure pour rentrer à la communauté. Arrivé là, je me rends compte qu’il y a encore eu une coupure de courant. Mais ce n’est pas comme d’habitude. Normalement, ce style de coupure de courant ne se produit que par temps d’orage. Mais là, c’est nouveau. C’est bien la sixième coupure de courant depuis ce matin, et il n’y a pas l’ombre d’un nuage dans le ciel. En fait, ce sont les plombs qui n’arrêtent pas de sauter. Je fais le tour des compteurs électriques pour essayer de voir ce qui ne fonctionne pas. Deux compteurs semblent avoir disjoncté. Le compteur principal, à l’entrée de la communauté, et le compteur de la maison communautaire. J’essaie de les redémarrer, à plusieurs reprises, mais les plombs sautent constamment.

Je suis à deux doigts de me résigner, quand je vois Éric qui me fait des signes de la main. Il pense avoir la solution au problème de coupure de courant. Il y a actuellement des travaux, qui dégagent énormément de poussières, dans une des pièces du foyer étudiant. Pour me convaincre, il m’amène dans la pièce et me montre l’étendue des dégâts. On vient d’abattre un mur. Des quantités de fils électriques trainent sur le sol, et ce dernier est recouvert de plus d’un centimètre de poussière. Cela pourrait expliquer que le compteur général saute constamment ; cependant, je ne comprends pas pourquoi le disjoncteur de la maison communautaire saute lui aussi. Cela impliquerait que notre compteur soit relié à cette pièce, qui est dans un bâtiment séparé. Mais… comme les coupures de courant ont commencé avec les travaux, il est possible qu’il y ait un lien. Pour ne pas perdre de temps, j’aimerais m’occuper immédiatement du problème de poussière, mais il est déjà très tard. Alors, Éric et moi remettons cela à demain.

Mardi 30 avril 2019 :

Ce matin, nous avons DESERT. Ce n’est donc pas le moment de faire les réparations électriques. J’en profite pour aller faire un tour à la bibliothèque de l’ASJA. Je fouille un peu dans les différents livres sur l’agriculture, ce qui me permet d’en trouver un très intéressant sur les différentes cultures des hauts plateaux de Madagascar. Je profite de la fin de la matinée pour prendre des notes avant de rentrer à la communauté. Elles me seront utiles plus tard.

Cet après-midi, je suis au service. Je suis chargé de faire la cuisine. Ce soir, nous aurons : carottes, pommes de terre, courgettes et chouchoutes. Ces dernières sont des sortes de courgettes, mais plus grosses, et leur goût est plus doux. Les chouchoutes sont délicieuses, mais les éplucher est un véritable calvaire. Elles sont couvertes de petits piquants et je regrette de ne pas avoir un gant épais pour les saisir.

Avant la fin de la journée, je prends le temps d’aller faire du nettoyage dans la pièce en travaux. Je m’assure que les câbles électriques ne trainent plus dans la poussière, et qu’ils sont tous bien protégés. Je passe un bon coup de balai et j’espère que cela suffira. En effet, quand je remets le compteur en route tout se passe pour le mieux. Il ne disjoncte plus. J’espère que le problème est définitivement réglé.

Mercredi 1er mai 2019 :

À mon réveil, je veux allumer la lumière. Mais, malgré mon insistance sur le bouton, rien ne se passe. Les plombs ont encore sauté. Je descends pour voir ce qu’il s’est passé, et rencontre sur mon chemin le père Blaise. Il vient de trouver la solution à notre problème de courant. Il semble que La bouilloire de la cuisine aurait un gros problème électrique. Rien à voir avec les travaux entrepris dans le bâtiment voisin. Désormais, il ne faudra plus brancher cette bouilloire.

Sitôt le problème électrique réglé, une nouvelle difficulté apparait. Nous n’avons plus Internet. Notre routeur est désormais hors service. Père Blaise vient d’en commander un depuis la France, mais il mettra beaucoup de temps pour arriver. Nous allons rester sans internet durant un certain temps.

Les heures passent et le temps du service arrive. Ce matin, j’irai faire du rangement et préparer les salles de classe. Avec Odon et Angela, nous nous attelons à la tâche. Nous nettoyons le sol, rangeons les tables, déplaçons les bancs, et mettons en place les différentes affaires pour les salles de classe. Désormais, nous pouvons de nouveau accueillir les élèves qui arriveront la semaine prochaine.

L’après-midi arrive et Odon a besoin de mon aide. Son frère, Gaston, a fait la liste de tout ce dont il avait besoin pour son élevage de porcs. Il souhaite me rencontrer de nouveau. C’est avec plaisir que je retourne voir Gaston chez lui. Nous discutons, et je me rends compte que l’affaire semble un peu moins rentable qu’il n’y paraissait initialement. Il y a encore quelques points à éclaircir, notamment quelle race de porcs acheter. Je demande à Gaston de prendre le temps d’éclaircir les dernières zones d’ombre de son projet. Entretemps, je me chargerai d’aller voir les banques pour connaître les types de crédit auquel Gaston est éligible.

15h30, je viens de dire au revoir à Gaston. Avec Odon, nous allons en centre-ville faire le tour des banques. Mais bien évidemment, elles sont toutes fermées aujourd’hui. Et oui, ici aussi c’est la fête du Travail… youpiiii… Enfin bon, j’aurais pu y penser. Cette promenade aura au moins eu l’intérêt de me faire marcher. Quoi qu’il en soit, il est maintenant temps de rentrer à la communauté du Chemin neuf. Je retournerai voir les banques demain.

Jeudi 2 mai 2019 :

Il fait de plus en plus frais le matin. Désormais, il me faut sortir avec un pull au lever du jour. Mais, pour l’instant, cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense que je m’habituerai sans difficulté au froid. Mais il est assez surprenant qu’il fasse si froid le matin et si chaud en cours de journée.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui c’est jeudi. Et, comme tous les jeudis matin, je vais aux Terreaux de l’espoir. Je prends le bus pour me rendre à l’orphelinat. C’est devenu une vraie routine de prendre le bus, mais je ne connais pas encore tout le réseau de la ville.

À l’orphelinat, je rencontre Claire et Francisco. Je prends le temps de discuter avec ce dernier sur mes recherches sur internet, tout particulièrement sur les plans d’ananas. Francisco est très content de mes recherches. Mais pour l’instant, il y a plus urgent. Une douzaine de jeunes arrive de la Réunion aujourd’hui, pour aider Claire et Francisco. Ils vont faire du carrelage durant les deux prochaines semaines. Ce matin, nous préparons les locaux pour les accueillir. Les chambres sont déjà faites, mais il reste pas mal de choses à ranger et la table à préparer. Francisco a, de plus, besoin de mon aide pour changer une lampe et l’applique murale qui va avec. Je m’attèle à la tâche et fais de mon mieux. Mais nous avons à peine fini cela qu’il est déjà midi. Il me faut quitter l’orphelinat et dire au revoir à Claire et Francisco. Décidément, ces demi-journées sont vraiment trop courtes pour pouvoir travailler convenablement. Je vais demander à la communauté du Chemin neuf si je peux prolonger mon temps de travail à l’orphelinat, pour faire des journées entières.

L’après-midi, je dois aller voir les banques. J’en ai repéré une, hier, qui s’appelle Micro Cred. J’imagine qu’elle fait des microcrédits… alors, c’est la première banque que je visite. Il y a beaucoup de monde attend à l’intérieur. Je fais la queue, comme chacun, et les heures passent… l’attente me semble interminable. Mais qu’importe, il me faut ces informations. Gaston en a impérativement besoin. Une jeune femme finit par m’appeler, mon tour arrive enfin. J’explique la raison de ma présence, et demande des informations sur les différents types de crédit proposés par la banque. Je me rends vite compte que pour Gaston, nous avons vu un peu trop grand… La banque demande de beaucoup de garanties. J’aurais dû m’y attendre. Or, Gaston ne dispose pas de garanties suffisantes dans l’état actuel des choses. Il peut quand même envisager un crédit salarié. C’est pour le moment la meilleure option. Je me demande si les autres banques sont aussi exigeantes. À mon avis, c’est probablement le cas. Je remercie très aimablement la femme qui m’a donné toutes ces informations. Je lui souhaite une excellente journée, avant de me retirer. Il me reste moins d’une heure avant de devoir rentrer à la communauté du Chemin neuf. Je la mets à profit pour essayer de rencontrer d’autres banques. Cependant, il est très tard, et la plupart des banques sont fermées. La BNI est tout de même ouverte. Je leur pose les mêmes questions. Il semble que ce soit la même chose que pour Micro Cred. Je ne vais pas m’attarder plus longtemps. Et de toute façon, les dernières banques sont en train de fermer pour la nuit. Alors, relativement déçu de ces quelques visites, je rentre à la communauté. Il va me falloir expliquer cela Odon et Gaston.

Vendredi 3 mai 2019 :

Ce matin, je dois faire des courses. Il me faut impérativement de nouvelles chaussures. Celles que j’ai achetées avant de partir à Madagascar sont complètement fichues. Elles étaient, de toute évidence, de très mauvaise qualité. Alors, espérant trouver chaussure à mon pied, j’accompagne Jackson faire le marché.

Jackson est très gentil, il prend vraiment à cœur de trouver de nouvelles chaussures pour moi. Sur le chemin du marché, nous nous arrêtons de nombreuses fois pour voir divers marchands de chaussures. Ici, la plupart des chaussures en vente ont déjà été utilisées. Ce sont des chaussures d’occasion… un concept que je ne croyais pas possible. Mais ici, c’est monnaie courante. Je n’ai pas l’habitude de porter les chaussures de quelqu’un d’autre. Je prends sur moi, et essaie les paires de chaussures qu’on me présente. Mais aucune ne me convient, mes pieds sont beaucoup trop grands. Je fais du 45-46 et les plus grandes chaussures s’arrêtent à 44. Aussi, nous continuons notre route jusqu’au marché en espérant trouver notre bonheur là-bas.

Arrivé au marché, un homme s’approche de la voiture et commence à discuter avec Jackson. C’est notre porteur. Il va faire les courses à notre place pendant que, nous cherchons de nouvelles chaussures pour moi. Je ne savais pas qu’il y avait des gens faisant ce type de métier à Madagascar. J’avais bien vu des porteurs, mais je n’imaginais pas qu’il était possible de leur confier de l’argent pour faire les courses à votre place. Enfin bon, il faut quand même avoir une grande confiance pour confier ce travail à quelqu’un. Il pourrait simplement partir avec l’argent… Quoi qu’il en soit, cela va beaucoup m’aider. Grâce à lui, j’aurais tout mon temps pour chercher des chaussures avec Jackson.

J’entre dans le marché. C’est un véritable labyrinthe. On trouve de tout ici, des légumes, de la viande, des poissons, des chaussures, des vêtements, des jouets, des objets de toutes sortes.… Mais moi, j’ai beau chercher, je ne trouve aucune chaussure à ma pointure… Alors, Jackson et moi pensons qu’il est temps d’essayer des magasins de meilleure qualité. Nous finissons rapidement les courses et retrouvons notre porteur au parking.

Nous reprenons la voiture et sur le chemin du retour nous nous arrêtons dans un magasin qui s’appelle Aigle d’or. Ils font de très belles chaussures, mais au même prix qu’en. Tant pis, je ne suis pas là pour faire des affaires, je suis là pour ne pas avoir mal aux pieds. J’essaie la seule paire à ma taille dans le magasin. Elle me va parfaitement bien. Et je la trouve très confortable. En tout cas, beaucoup plus confortable que toutes celles que j’ai essayées jusqu’à présent. Si je commence à avoir mal aux pieds, mon séjour à Madagascar risque d’être extrêmement pénible. Il me faut de bonnes chaussures. Aussi, je les achète sans hésitation.

De retour à la communauté, j’apprends que c’est Odon et moi sommes chargés de préparer la messe. Nous devons sélectionner les chants et préparer la lecture des textes. En une demi-heure, tout est prêt. Et heureusement, car déjà midi sonne. C’est le début de la messe.

Le temps passe et l’après-midi arrive. On me charge de faire la cuisine. En deux heures, tout est prêt pour le soir. Alors, je profite des dernières heures de l’après-midi pour me reposer un peu.

Le dîner arrive et tout le monde est content de voir arriver la fin de semaine. Demain, le soutien scolaire reprend. Je me couche de bonne heure pour être au mieux de ma forme pour les élèves.

Samedi 4 mai 2019 :

Je me lève tôt ce matin. Je prends quelques minutes pour apprécier le temps qu’il fait. Le ciel est dégagé. Il y a très peu de nuages à l’horizon. C’est une belle journée qui s’annonce à Antsirabe. la température a beau être de plus en plus fraîche, le temps est splendide presque tous les jours. Aujourd’hui, cela va faire une semaine que nous n’avons pas eu d’orage, et je ne vais pas m’en plaindre.

La cloche retentit, il est huit heures, les élèves arrivent pour le soutien scolaire. Ils prennent le temps de se laver les mains. C’est une obligation avant d’entrer en salle de classe. Puis, ils se mettent tous en rang devant la grande salle commune. Nous profitons de leur rassemblement pour débuter la journée par quelques chants. C’est pour les mettre de bonne humeur et leur permettre de mieux travailler.

Chacun prend sa classe avec lui. Odon et moi, nous avons les sixièmes et les cinquièmes. Nous montons dans la grande salle commune où trois classes ont été réparties. Nous avons le petit coin à gauche, avec un tableau et quelques craies. Aujourd’hui encore, je vais faire de la conjugaison. Comme ils sont un peu plus âgés que les élèves vu la dernière fois, ils n’ont aucune difficulté avec les verbes du premier groupe. Mais ils ne maîtrisent toujours pas les verbes du deuxième et troisième groupe. Alors, ce sont ces verbes que je décide d’étudier, aujourd’hui, avec eux.

Deux heures plus tard, nous arrêtons la classe. Les élèves étaient très calmes. Je suis content du cours d’aujourd’hui. Mais je devrai travailler davantage mes cours avant de les donner. Je crains d’avoir fait une erreur sur la conjugaison d’un des verbes. Tant pis, rien ne sert de se lamenter, il faudra simplement faire mieux la prochaine fois.

Nous passons le reste de la matinée à cuisiner pour le repas de midi.

Les heures passent et je n’ai pas le temps de me reposer. Odon a besoin de moi. Je dois aller voir son frère Gaston pour lui expliquer le résultat de mes recherches en matière de crédit. Mais avant cela, il me faut faire quelques courses. Je repasse au marché pour acheter du dentifrice et du shampooing. Le trajet, jusqu’au marché, me demande bien une demi-heure. Arrivé là, je suis assez surpris, le shampooing et le dentifrice sont assez chers. Certes, cela ne coûte que la moitié de ce que j’aurais payé en France, mais pour un Malgache, cela me semble hors de prix. Je pense qu’ils doivent monter les prix spécialement pour moi, qui suis vazaha (étranger). Ce n’est pas bien grave, j’ai largement assez d’argent pour payer, mais je vais devoir apprendre à négocier. Pour l’instant, je ne maîtrise pas assez la langue malgache pour me le permettre. Mais j’espère y arriver d’ici un mois. Entre le déplacement, et la recherche des produits au marché, deux bonnes heures se sont écoulées pour faire les courses. Il est désormais temps d’aller voir Gaston chez lui.

Je retourne dans les petites rues de terre qui mène chez Gaston. Je commence à connaître le chemin. Aujourd’hui, il n’y a pas grand monde dans les rues. Chacun semble être rentré chez soi pour profiter du week-end. J’essaie de ne pas trop penser à la misère que je vois autour de moi. C’est assez dur d’être ici et de ne pouvoir aider tout le monde. Quoi qu’il en soit, après quelques minutes, j’arrive enfin chez Gaston. Il me reçoit très aimablement avec son épouse. Nous discutons durant plusieurs heures sur les différents types de crédits disponibles. Bien évidemment, Gaston ne peut fournir aucune garantie aux banques. Même le crédit salarié semble ne pas être possible. Il va falloir essayer de trouver une banque proposant des crédits sans garanties… je ne suis pas certain de trouver cela ici. Mais je vais tout de même essayer. Je crois que Gaston en a vraiment besoin. Son épouse et lui ont deux enfants en bas âge. J’aimerais qu’ils puissent grandir dans de bonnes conditions. Je ne peux pas aider tout le monde, mais peut-être qu’eux je peux les aider.

Le soleil commence à baisser à l’horizon, il est temps de rentrer. Je salue Gaston, et son épouse, et leur promets de revenir avec des nouvelles. Qu’elles soient bonnes ou qu’elles soient mauvaises.

De retour à la communauté, je me rends compte que cette journée m’a beaucoup fatigué. Je ferai tout mon possible pour me reposer dimanche.

Dimanche 5 mai 2019 :

Aujourd’hui, c’est décidé, je me repose. Alors, je n’ai pas grand-chose à raconter. Je flemmarde quelques heures dans mon lit, je lis un bon livre, et il est déjà l’heure de la messe.

Je me lève et me dépêche de me laver et m’habiller. Je cours pour ne pas être en retard à la messe. J’arrive juste à temps, la messe commence. Aujourd’hui, nous avons un baptême. C’est jour de fête ! Après la messe, nous nous retrouvons tous dans la grande salle commune pour partager notre repas. Nous sommes plus de 50 personnes. Mes voisins de table ne parlent pas très bien français, alors j’ai beaucoup de mal à communiquer. J’arrive tout de même à prendre un selfie avec l’un d’entre eux.

Ils sont tous ravis de voir mon téléphone et me posent beaucoup de questions à son sujet. Ils me demandent combien je l’ai payé… cela me gêne un peu de répondre à cette question. Mais qu’importe, pour leur faire plaisir je leur réponds. Ils sont très surpris du prix et me disent que c’est beaucoup trop cher. C’est vrai qu’aucun d’entre eux n’est capable de se payer un téléphone portable à ce prix… Ils aiment beaucoup parler de téléphone portable, et de nouvelles technologies. En fait, c’est comme chez nous. Sauf qu’ici, rares sont ceux qui peuvent s’en payer.

Le repas terminé, tout le monde danse. Alors, moi aussi je danse… mais pas très bien. Je profite de quelques minutes de pause pour discuter avec le nouveau baptisé. Il est très content de voir un vazaha à son baptême. Il est comme tous les Malgaches, il aime beaucoup voir et discuter avec les étrangers. Les Malgaches sont vraiment très accueillants, du moment qu’on leur témoigne du respect.

Les danses se terminent et tout le monde se dit au revoir. Moi, je vais profiter de l’après-midi pour continuer à me détendre. Je prends mon ordinateur et décide d’appeler un ami avec qui je n’ai pas discuté depuis très longtemps. Nous parlons quelques heures puis nous nous séparons. Cette discussion m’a fait beaucoup de bien.

Je termine l’après-midi en lisant un peu, puis il est temps d’aller manger. La journée a été bonne et j’ai réussi à me reposer. Pour la première fois depuis que je suis arrivé à Madagascar, j’ai l’impression d’avoir atteint mon objectif de la journée. Il faut dire que l’objectif de ce jour n’était pas bien difficile à atteindre…

Quatrième semaine à Madagascar

Lundi 22 avril 2019 :

C’est une mauvaise journée qui s’annonce. Je suis encore plus malade qu’hier. Je passe la matinée à me reposer, en espérant aller mieux cet après-midi.

À midi, je prends mon repas avec tout le monde, mais je suis complètement dans le brouillard. Je suis obligé de faire répéter ce que l’on me dit deux ou trois fois pour comprendre. Tout le monde est très gentil avec moi et fait de son mieux pour m’aider.

L’après-midi, je me force à travailler un peu. Je fais des recherches sur Internet sur la rotation des cultures. En France, c’est une chose basique dans le domaine agricole. Cependant, la rotation des cultures n’est que rarement pratiquée à Madagascar. Je fais de mon mieux pour chercher des informations sur Internet, mais je ne suis pas vraiment en état de réfléchir. Et j’ai encore plus de mal à assimiler des connaissances. Il faudra que je revienne sur ce sujet plus tard.

Le soir arrive et je me couche de bonne heure. J’espère aller mieux demain.

Mardi 23 avril 2019 :

Aujourd’hui, c’est décidé, je me repose. Hier, j’ai essayé de travailler un peu l’après-midi, mais je pense que c’était une très mauvaise idée. Je me sens encore plus malade aujourd’hui, et j’ai bien besoin de rester au lit.

Je n’ai pas grand-chose à raconter pour ce jour. En effet, vous décrire une journée passée dans mon lit ne me semble pas la plus intéressante des distractions. Je me demande tout de même comment j’ai bien pu faire pour attraper ce rhume, alors qu’ici c’est l’été. Enfin bon… ce n’est pas très important. L’important, c’est que je m’en remette le plus vite possible.

Le soir arrive et avec lui le dîner. Je mange avec tout le monde et Yvonne me propose de me préparer une inhalation ainsi qu’une infusion. J’accepte avec joie, je pense que cela me fera beaucoup de bien.

J’ai terminé le repas et attends un peu à l’écart, pour ne pas contaminer tout le monde. Yvonne arrive bientôt avec un gros faitout qu’elle pose sur la chaise juste devant moi. C’est pour mon inhalation. Je fais de grands yeux. Ici, on ne plaisante pas avec les inhalations. Je me dis qu’un simple bol aurait suffi. Mais bon, à Madagascar fais comme les Malgaches…

Je mets ma tête sous les draps et respire à pleins poumons. Le faitout a une inertie colossale et la chaleur dégagée est à la limite du supportable. Je fais quelques efforts pour garder la tête le plus longtemps possible sous les draps et inhaler le plus de vapeurs d’eucalyptus possible. Puis, après quelques minutes, j’arrête l’inhalation.

Yvonne revient bientôt avec un grand sourire. Elle m’apporte une infusion de gingembre et de miel. J’accepte, très gentiment, le breuvage. Et j’en prends immédiatement quelques gorgées. C’est très bon, mais cela me brûle la gorge. Je crois qu’elle a un petit peu forcé sur le gingembre… mais je pense que cette infusion me fera beaucoup de bien.

Mercredi 24 avril 2019 :

Aujourd’hui, je me sens déjà mieux. Je ne suis pas encore complètement rétabli, mais je sens déjà une nette amélioration. Je sais que je dois encore me reposer le plus possible. Mais, je dois impérativement apporter les derniers papiers à la préfecture.

À 10 heures, je pars avec Jean Bosco. Nous prenons le bus pour gagner du temps. Mais, erreur, ce n’était pas la bonne ligne de bus ! Nous perdons ainsi beaucoup de temps. Quand nous arrivons enfin à la préfecture je me rends compte que j’ai oublié mes papiers à la communauté. Quel imbécile ! C’est moi tout craché ! Tant pis, il me faudra revenir cet après-midi. Pour l’instant, il faut rentrer à la communauté. Nous décidons de revenir à pied, ça me fera du bien de marcher un peu. Arrivés à la communauté, après 50 minutes de marche, il est l’heure du repas.

En début d’après-midi, je prends 1h30 pour dormir. Après cela, je décide de retourner à la préfecture. Avec mes papiers cette fois-ci. Jean Bosco désire m’accompagner, et j’accepte avec joie. À trois heures, nous sommes partis. Nous prenons à nouveau le bus, mais cette fois-ci nous faisons attention à prendre la bonne ligne. À cette heure-ci, les bus sont complètement surchargés. Nous nous serrons les uns contre les autres. Déjà que les bus malgaches n’offrent pas de sièges à ma mesure… je n’ai vraiment pas beaucoup de place. Heureusement, cela ne dure pas bien longtemps. En 15 minutes, nous sommes rendus à destination.

Je rentre dans la préfecture pour donner les derniers papiers nécessaires. Mais, curieusement, on me demande encore une dernière petite modification. Pourquoi lorsque vous demandez à une personne de la fonction publique ce qu’il faut faire, il n’y en a pas deux qui vous répondent la même chose ? Enfin bon, je m’exécute bien volontiers. En moins de 10 minutes, tout est réglé et nous pouvons rentrer à la communauté.

La fin de l’après-midi, je la passe avec Jean Bosco. Il a vraiment besoin de discuter. Demain, il part pour retourner dans sa famille. Il souhaite prendre du temps pour réfléchir sur sa vie et son avenir. Je fais de mon mieux pour l’aider et espère qu’il trouvera sa voie. Ici, il nous manquera.

Ce soir encore, je me couche tôt. Je prévois 10 heures de sommeil. J’espère que cela me permettra de me remettre complètement de mon rhume.

Jeudi 25 avril 2019 :

Cette nuit, j’ai dormi comme un loir. Je ne me souviens pas avoir rêvé, je sens que le sommeil a été très réparateur. Je suis en pleine forme. Mon rhume n’est pas encore complètement parti, mais je me sens plein d’énergie pour travailler.

Mais d’abord, c’est petits déjeuner. Aujourd’hui, Clémence et Héloïse ont fait des crêpes pour tout le monde. Dieu les bénisse ! Je prends deux crêpes que je sucre et mange avec appétit. Elles sont délicieuses. Elles me rappellent un peu la France. Ce n’est pas courant d’avoir ce type de petit déjeuner ici. Généralement, nous avons la chance d’avoir une sorte de pain que l’on mange avec du beurre et de la confiture. Mais c’est uniquement parce qu’il y a des Français ici. Les Malgaches, eux, prennent du riz au petit déjeuner.

L’heure tourne et le temps du service arrive. Normalement, je devrais aller à l’orphelinat ce matin. Mais, compte tenu du fait que je ne souhaite pas aggraver mon état, et que je désire finir de récupérer, je décide de rester à la communauté et de travailler sur ordinateur. Je commence par faire un plan de l’exploitation agricole. En effet, ils n’ont pas de plan pour leur domaine. Je me demande bien comment font-ils pour s’organiser. Mais, c’est vrai qu’avec seulement 2 ha de terres ils peuvent peut-être se débrouiller à l’instinct. Mais moi, j’ai vraiment besoin d’un plan. Avec ce dernier, il me sera plus facile de réfléchir sur les projets d’avenir des différentes cultures et de définir leur lieu d’implantation. Je m’attelle à la tâche. J’utilise Google Maps, pour prendre les mesures, et je redessine l’ensemble au propre, en noir et blanc. Je suis assez content du résultat. Mais il me faudra en discuter avec Claire et Francisco pour être sûr que je n’ai pas fait d’erreur. Après avoir fini le plan, il me reste une bonne heure avant le repas de midi. Je prends le temps pour faire des recherches sur les abreuvoirs automatiques pour les vaches. J’en avais déjà faites plusieurs, et les recherches d’aujourd’hui me confirment qu’il n’y a vraiment pas de tels abreuvoirs pour bovins, à Madagascar. Il va falloir les faire venir de l’étranger, probablement de France.

Midi sonne et nous allons manger tous ensemble. Seules Clémence et Héloïse sont absentes, car elles sont allées manger chez Éric, un membre de la communauté qui habite dans le quartier.

Après le repas, je suis très fatigué et décide d’aller dormir un peu. Une heure et demie plus tard, je me réveille. Je crois que j’ai vraiment besoin de dormir. Je pense que mon rhume me fatigue encore un peu.

Je reprends mes recherches l’après-midi. Je ne vais pas entrer dans le détail, car je ne suis pas certain de pouvoir parler de tout ce que je fais pour les Terreaux de l’espoir. Mais je fais des recherches sur divers fruits et légumes de Madagascar, leur méthode de culture, leur lieu d’implantation, etc.…

Le soir arrive, et avec lui le dîner. Tout le monde est là. Claire et Héloïse ont pris le temps de préparer des cookies dont elles sont très fières. Je les goute bien volontiers. En effet, ils sont délicieux.

Ce soir encore je suis très fatigué. Je me couche avec bonheur en espérant que mon rhume sera définitivement terminé demain.

Vendredi 26 avril 2019 :

Je n’ai pas grand-chose à raconter pour ce jour. J’étais allé à la préfecture mercredi. Mais, aujourd’hui, un doute m’habite. Je ne suis pas certain d’avoir reçu tous les papiers et de savoir ce qu’il faut faire avec. Alors, ce matin, je retourne à la préfecture pour leur demander des informations. Je ne suis pas encore très à l’aise avec les trajets de bus. Il n’y a pas de carte, ici, indiquant ces derniers. Aussi, afin d’éviter de me perdre, je décide de me rendre à la préfecture à pied.

Arrivé à destination, les employés de la préfecture me confirment que j’ai bien tous les documents nécessaires et que je dois les envoyer au ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, à Tananarive. Ayant reçu les informations souhaitées je rentre à la communauté.

Je profite du reste de la matinée pour faire des recherches sur Internet toujours sur le même sujet qu’hier.

Après le repas, je pars pour l’ESSVA. C’est l’université juste à côté de la communauté. J’ai rendez-vous avec le directeur de la filière électromécanique pour voir avec lui si je peux donner des cours. Mais arrivé sur place, on m’informe que le directeur de la filière est absent. Il fait actuellement une sortie avec ses élèves. Je suis très déçu. Mais, de toute façon, il me faudra faire avec. Je prends le numéro du directeur auprès de la secrétaire. Comme cela, je pourrai le contacter personnellement et prendre rendez-vous en bonne et due forme. Cela m’évitera, à l’avenir, de me retrouver tout seul à mon entretien…

Je rentre à la communauté et passe le reste de ma journée à faire des recherches sur les différentes cultures possibles à Madagascar.

Samedi 27 avril 2019 :

Ce matin, j’apprends que demain nous allons célébrer un mariage ici, dans la maison de la communauté. Nous allons tous faire de notre mieux pour préparer les lieux. Angéla, Odon et Moi préparons la chapelle. Je remets les rideaux en place, je prépare la décoration, et tous ensemble nous nettoyons le sol. Apparemment, nous serons plus de 200 pour ce mariage. Cela va faire beaucoup de monde, surtout quand on sait que les mariés sont pauvres. Enfin bon, ici c’est comme cela, on célèbre la vie chaque fois que l’on peut, même si cela coûte beaucoup d’argent.

L’après-midi, je vais voir le frère d’Odon. Cela fait plus d’une semaine qu’il souhaite me rencontrer, mais étant malade je n’ai pu le voir plus tôt. Il n’habite pas très loin, alors je m’y rends à pied accompagné d’Odon. Les rues sont étroites et faites de chemins de terre. C’est vraiment très pauvre par ici. Nous sommes toujours en ville lorsque Odon m’amène devant un petit portail par lequel il me fait entrer. Je suis dans la cour de la maison. Celle-ci est assez spacieuse, mais la maison est très petite. J’entre dans une petite pièce au rez-de-chaussée qui doit faire 2,50 m sur 2,50 m. C’est là que vit le frère d’Odon avec sa femme et leur unique enfant. J’aimerais vous dire que c’est simple ici, mais non, c’est pauvre. Le frère d’Odon est professeur, il gagne plus que le salaire moyen. Et pourtant, c’est ici qu’il vit. Pour compléter ses fins de mois, il élève des cochons. Deux cochons pour être exact. Ils sont à l’extérieur, dans un petit enclos juste pour eux. Le frère d’Odon s’appelle Gaston. Lorsque des Français viennent passer du temps avec la communauté, Gaston demande à son frère de les amener chez lui. Ainsi, il peut améliorer son français en le parlant un peu avec nous. Il fait cela, car il est professeur de français. En plus, il enseigne l’histoire, la géographie, les sciences et vie de la terre, et la philosophie. Sur les trois établissements dans lesquels il enseigne, seuls deux le paient actuellement. Il espère que le troisième lui paiera les mois en retard bientôt.

Mais moi, je suis surtout touché par la pauvreté ici. Alors, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment l’on pourrait améliorer cet élevage de cochons. Je lui pose beaucoup de questions sur le sujet. Il manque cruellement d’informations. Je ne suis pas sûr qu’il ait jamais essayé de calculer pour savoir si un tel élevage était rentable. Je vais faire de mon mieux pour l’encadrer et voir si nous pouvons obtenir un crédit pour agrandir sa porcherie.

Les heures passent et il est temps de nous quitter. Je dis au revoir à Gaston et le remercie chaleureusement de son accueil.

Rencontrer Gaston m’a profondément ému. C’est un homme travailleur qui fait tout ce qu’il peut pour améliorer sa. Je ferai tout mon possible pour l’aider.

Dimanche 28 avril 2019 :

Je prends tout mon temps pour me réveiller ce matin, je n’ai vraiment pas envie de sortir de mon lit. J’aimerais bien prendre le temps de me reposer, de paresser un petit peu. Mais non, il faut se lever. Car ce dimanche est jour de fête. Aujourd’hui, nous célébrons le mariage de Roland et Sarah. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est en plus le dimanche de la miséricorde. C’est un dimanche spécial pour les catholiques du monde entier. Alors, pour que tout aille pour le mieux, tout le monde s’active.

À 10h30, les préparatifs sont faits et l’on peut commencer la messe. Elle ne se terminera qu’après deux belles heures de célébration.

À la messe, succèdent les chants de joie, et le repas. Cela va être une magnifique journée.

Tout le monde mange dans la grande salle et discute. Le repas va durer trois heures. Et à cinq heures il est temps pour tout le monde de se dire au revoir.

Troisième semaine à Madagascar

Il commence à m’être difficile de trouver des choses à raconter. De fait, ce qui, au début, était vraiment spécial, finit par devenir normal. Je m’habitue à la culture et la manière de vivre du pays. Il y a encore beaucoup de choses qui me surprennent. Mais de manière générale, ce qui m’apparaissait au début exceptionnel commence à devenir routinier.

Mais je prends tout de même le temps d’écrire. L’exercice me semble toujours important. Alors, comme je continue à vouloir vous narrer mes journées ici, à Madagascar, je continue bien volontiers mes articles.

Lundi 15 avril 2019 :

Comme prévu, je vais à la préfecture ce matin. Je prends le Starex, une voiture de la communauté, avec Laure-Elise. En chemin, nous faisons quelques courses au supermarché le plus proche. Je suis assez surpris. Le supermarché, bien que beaucoup plus petit qu’en France, propose vraiment de tout. On y trouve, d’ailleurs, quelques grandes marques françaises. Mais pour les produits que l’on trouve en Europe, c’est le même prix que chez nous, voire plus cher encore.

À la préfecture, je dépose mes papiers pour l’inscription au registre des étrangers. Comme je l’ai fait remarquer dans mon article précédent, il me manque un document. Je leur propose de le ramener jeudi. Ils acceptent sans difficulté.

La matinée est déjà finie. Les démarches administratives ont pris beaucoup de temps. À Madagascar, tout prend du temps. Il va me falloir apprendre à être patient.

Début de l’après-midi et départ pour l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Vous vous souvenez sûrement que j’avais évoqué deux possibilités pour me rendre aux Terreaux de l’espoir. La première était le bus et la seconde était le vélo. La semaine dernière, je ne m’étais pas décidé, mais c’est désormais chose faite. Je prendrai le bus.

Je me rends à pied jusqu’à l’arrêt de bus. Je sais que je dois prendre le bus numéro 11 et je sais dans quel sens. Mais je ne sais pas exactement comment cela se passe. J’essaie de discuter avec les Malgaches qui sont présents. Ils ne parlent pas très bien français. La discussion est laborieuse, mais je finis plus ou moins par les comprendre. Ils me confirment que je suis bel et bien au bon endroit et que j’attends le bon bus.

Le bus arrive. En France, on appellerait cela un minibus, mais ici c’est bel et bien un bus. Il y a toujours deux personnes par bus. Un conducteur et un caissier. Le caissier se trouve à l’arrière du bus, c’est par là que je monte. Je paye les 400 ARI qui sont nécessaires pour le trajet. Cela ne fait que 0,10 €, mais c’est déjà beaucoup d’argent pour la population. Pour ce que l’on peut appeler un « SMIC » cela représente 10 % du salaire journalier. Tout le monde ne peut pas se déplacer en bus. J’ai l’impression que cela surprend beaucoup les gens de voir un vazaha (un étranger) monter dans un bus malgache. D’habitude, les vazaha utilisent des voitures, ou plutôt des 4×4.

La route n’est pas mauvaise ici. C’est une des routes les mieux entretenues que j’ai vues jusqu’à présent. Je n’ai pas encore beaucoup de points de repère et ne suis pas certain de reconnaître l’endroit où je dois descendre. Mais, j’ai de la chance. Apparemment je dois simplement descendre au terminus. Nous arrivons en vue d’une petite gargote à côté de laquelle attendent deux autres bus. Aucun doute possible, c’est bien là où je dois descendre. Je reconnais les champs à côté de moi. Il va me falloir les traverser pour me rendre à l’orphelinat.

Il me faut encore 15 bonnes minutes de marche pour rejoindre les Terreaux de l’espoir. À mon arrivée, je discute un peu avec Francisco. Il me présente au responsable de l’exploitation agricole. J’ai beaucoup de questions à poser. Je prends des notes, elles me seront utiles plus tard. Je passe près de deux heures à récolter des informations sur la ferme, les vaches, les poules. Comment sont vendus les produits ? Comment sont-ils empaquetés ? Où sont-ils vendus ? Etc.…

La discussion avec le responsable de l’exploitation a duré un certain temps et il ne me reste déjà plus beaucoup de temps à passer dans l’orphelinat. Il est temps d’aller voir Claire, la responsable administrative de l’exploitation. Nous discutons des problématiques financières de l’orphelinat. J’essaierai de voir ce qu’il est possible de faire de ce côté.

Il est temps de rentrer, et Claire a justement besoin de raccompagner un des jeunes de l’orphelinat en centre-ville. Alors, sans hésitation, je monte avec elle. En moins de 15 minutes, je rentre ainsi à la Communauté du chemin neuf.

La soirée se passe normalement. Nous avons repas, suivi de FRAT. Je ne peux pas vous parler de ce qui se dit durant la FRAT. Il est important que cela reste privé.

Mardi 16 avril 2019 :

Ce matin, je ne sais pas vraiment pourquoi, quand je me suis levé, j’ai commencé par regarder les informations sur mon téléphone portable. Ce n’est pas dans mes habitudes. Et c’est là que j’ai découvert, stupéfait, comme tout le monde, j’imagine, les images de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flamme. Vous imaginez mon choc, alors que nous sommes aujourd’hui le deuxième jour de la semaine sainte. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes humaines. Je ne suis pas vraiment inquiet pour la cathédrale. Je sais que nous la reconstruirons.

Je pense encore aux images de l’incendie quand je vais à la cathédrale d’Antsirabe, pour la messe du matin. La messe débute à 9h00. Mais, nous sommes arrivés avec une bonne demi-heure d’avance pour être sûrs d’avoir des places. En effet, en moins de 15 minutes la cathédrale est complètement remplie. À 9h07, la cérémonie commence. Elle ne se terminera qu’à 11h30. Ce fut une très belle cérémonie.

L’après-midi, rien d’exceptionnel. On a besoin de moi à la maison, alors je fais le ménage. Il faut ranger et nettoyer les classes des enfants. Je m’y attelle avec Angéla, une stagiaire de la communauté. Après avoir nettoyé les salles de classe, nous passons à la bibliothèque. Puis nous rangeons et nettoyons la grande salle commune.

Mercredi 17 avril 2019 :

Aujourd’hui, rien de spécial n’est prévu. Ce matin, ce sera ménage avec Angéla et Jean Bosco, deux jeunes de la communauté. Jean Bosco se prépare à être prêtre. Dans peu de temps, il sera diacre. Tous ensemble nous nettoyons les sanitaires, les vitres de la chapelle et le sol de la chapelle. Mais avant que nous en ayons fini, Laure-Elise m’appelle parce que je dois rencontrer le directeur de l’ESSVA. Cette dernière est une université qui se situe juste à côté de la maison de la communauté. En tant qu’ingénieur, il m’est possible de donner des cours à l’université. Et il est courant que les jeunes au service de la communauté, qui en ont les capacités, donnent des cours à l’université.

La rencontre dure une petite heure durant laquelle le directeur de l’ESSVA me présente le cursus des premières années. Je suis assez surpris, le cursus est très similaire au système français. En fait, il est calqué dessus. Comme c’est actuellement les vacances, le responsable de la filière qui pourrait m’intéresser n’est pas là actuellement. Je le rencontrerai vendredi 26 avril, à la rentrée scolaire.

L’après-midi, je suis de nouveau à la cuisine. Un nouvel orage éclate. Il est plus fort que tous ceux que j’ai connus à Madagascar. Il y a beaucoup d’orages ces temps-ci. C’est parce que c’est la saison des pluies. Elle devrait durer jusque juin. Je ne suis pas près de voir les orages s’arrêter…

J’aurais voulu pouvoir apprécier le coucher de soleil ce soir, mais l’orage bat toujours son plein. Les coupures d’électricité se succèdent les unes aux autres. Cela commence à devenir une routine.

Ce soir, nous accueillons de nombreuses personnes de la communauté qui viennent pour la retraite pascale. Ces cinq prochains jours vont être très chargés. Désormais, mais juste pour la durée du week-end, je ne serai plus seul dans ma chambre.

La journée se termine sur un bon repas où je découvre avec stupeur les oranges du coin. Je vous laisse admirer la couleur…

Jeudi 18 avril 2019 :

Vous vous souvenez peut-être, vous avoir dit que je devais retourner aujourd’hui à la préfecture pour déposer un document. Mais malheureusement, ce document n’est pas encore arrivé. Alors, ce matin, je retourne aux Terreaux de l’espoir. Je discute avec le responsable, et j’essaie de faire une liste claire de toutes les actions que je dois entreprendre. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire.

Après deux bonnes heures sur place, je suis surpris de voir arriver Charlotte. Je l’avais rencontrée lors du trail, il y a de cela une dizaine de jours. Elle est accompagnée par une personne qui m’est inconnue. Nous nous saluons très aimablement. J’apprends que j’ai affaire au directeur de l’ASJA. C’est une autre université, plus loin sur la nationale 7. C’est une université réputée dans le pays. Elle a l’avantage d’être particulièrement abordable, avec des tarifs d’inscription très intéressants. Elle est tenue par des religieux. Nous prenons le temps de discuter tous ensemble. J’en profite pour demander s’il me sera possible de passer à l’ASJA pour discuter avec des professeurs spécialistes en agriculture. Le directeur accepte bien volontiers. Il faudra que je les appelle pour prendre rendez-vous.

L’heure tourne et déjà il me faut rentrer pour le repas de midi.

Après avoir mangé, je participe au dernier ramassage de riz séché de la saison. Il n’y en a pas beaucoup aujourd’hui, car c’est la dernière récolte. À peine 600 kg de riz. J’en profite pour faire une photo, je pense que c’est la dernière fois que je peux participer au stockage du riz.

L’après-midi, nous nous préparons pour le week-end pascal. Nous avons beaucoup de travail. En effet, nous serons plus d’une centaine ce week-end. Il faut faire rentrer tout le monde dans les bâtiments. Alors, comme tout le monde est logé à la même enseigne, je ne serai pas seul dans ma chambre. Je profite du temps qu’il me reste pour faire les derniers préparatifs. Puis, nous accueillons les retraitants qui viennent pour le week-end.

Le soir se rapproche, c’est l’heure du repas. Mais, ce soir, c’est particulier. Nous commençons par une messe tous attablés autour d’une grande table centrale (c’est pour célébrer la scène). La célébration est superbe, les chants sont beaux, l’assemblée est enthousiaste et tout se passe sans accrocs. Arrive enfin le lavement des pieds. J’ai déjà participé à d’autres lavements des pieds. D’habitude, le prêtre lave les pieds de quelques fidèles. Mais aujourd’hui, nous allons tous nous laver les pieds les uns aux autres. C’est un magnifique moment qui m’émeut beaucoup. Quand vient mon tour, je ne sais pas trop comment me comporter. Je suis venu pour donner tout ce que je peux à ce peuple et voici que c’est ce peuple qui me lave les pieds. Je ne connais pas la personne qui me lave les pieds, et elle non plus ne me connaît pas. Mais c’est un très beau moment. Après cela, c’est mon tour de lui laver les pieds. Je fais de mon mieux, c’est la première fois que je fais cela. Je suis assez ému. Je crois que je n’oublierai pas cette expérience de sitôt.

La messe se termine et nous partageons enfin ce repas tant attendu. Afin de pleinement célébrer la Scène, nous mangeons autour de la table où nous avions dit la messe.

Ce fut vraiment une très belle soirée qui m’a beaucoup réchauffé le cœur. Je ne regrette pas les instants passés ici.

Je n’ai pas beaucoup de temps durant la retraite pascale pour vous écrire tout ce qui se passe. Je serai donc plus concis qu’à mon habitude sur les prochains jours.

Vendredi 19 avril 2019 :

La journée est rythmée par l’office, la messe et le chemin de croix. Ce dernier, le chemin de croix, est un moment particulièrement touchant. Aux différentes stations ont été prévues différentes actions pour mieux nous faire entrer dans la passion du Christ. L’acte qui m’a probablement le plus touché fut d’avoir à écrire sur un petit bout de papier les noms des personnes pour lesquelles je voulais prier en cet instant. Nous avons écrit ces intentions de prière à la première station du chemin de croix. Et arrivés à la 11e station, nous avons brûlé ces petits bouts de papier. Pour moi, ce fut un geste très significatif. J’ai pu, ainsi, porter dans mon cœur chaque personne pour qui je voulais prier pendant ce chemin de croix.

Samedi 20 avril 2019 :

Comme à notre habitude, la matinée débute avec un office. Il est tout de suite suivie d’un temps de chant, de louange et d’enseignement.

Ensuite, nous avons un temps de prière personnelle où chacun peut se retrouver face à Dieu pour méditer sur la mort du Christ. Pour nous, les catholiques, ce jour est un jour de deuil. C’est le jour où Jésus est prisonnier de la mort. Demain, il ressuscitera.

Alors, ce midi, nous partageons un repas en silence. Chacun fait de son mieux, pour ne pas gêner son frère, ou sa sœur, dans ce temps de cœur à cœur avec Dieu.

Les temps de prière, de partage et d’enseignement se succèdent sans interruption.

C’est le temps de la réconciliation. Autrefois, on appelait cela la confession. Cela faisait un certain temps que je ne m’étais pas confessé et j’en avais grandement besoin. J’ai souvent tendance à repousser la date de la confession. Je ne sais pas pourquoi, après tout, à chaque fois, j’en sors très heureux.

Les heures passent et la veillée pascale approche. Il fait nuit noire quand nous débutons la veillée autour du feu pascale. Un instant assez magique, comme chaque année.

La soirée fut magnifique. Je suis très surpris de voir que les catéchumènes, qui vont être baptisés aujourd’hui, sont habillés en robes et en costumes de mariés. Pour moi, c’est assez original. Mais c’est surtout très beau.

La veillée se termine. Nous chantons et dansons, durant une bonne demi-heure, juste après la fin de la messe. Tout le monde est joyeux. Tout le monde s’amuse. Et l’on voudrait bien que cela dure encore. Mais il est temps d’aller dormir.

Dimanche 21 avril 2019 :

Ce matin, je me lève avec mal à la tête. J’ai le nez qui commence à couler. Je crois que j’ai attrapé un petit rhume. J’espère qu’il ne durera pas bien longtemps.

La matinée est similaire à celle d’hier. Un office à 7h30, suivi du petit déjeuner, puis d’un temps de louanges et d’enseignement. J’ai beaucoup aimé l’enseignement de ce jour. C’est Laure-Elise qui s’en est chargée et son intervention m’a beaucoup touché. Je ressens une grande paix dans mon cœur. Je ne regrette pas ce week-end pascal.

Ce midi, nous avons messe, comme chaque dimanche. Elle est suivie du repas, que nous partageons dans l’herbe, à l’extérieur de la chapelle. Tout le monde discute. Tout le monde profite du temps magnifique que nous avons aujourd’hui.

Il est 15 heures, et il est temps de dire au revoir à tous les retraitants. Chacun retourne chez soi, après ces trois jours passés ensemble.

Après le départ de tout le monde, nous discutons avec Clémence pour aller en centre-ville et profiter de la fête. Or, je ne vous ai pas dit. Oui, il y a la fête en centre-ville. La fête de la bière ! C’est comme cela que l’on fête Pâques ici.

À 16h30, nous partons pour la foire. Nous y allons à pied, car nous accompagnons six petites filles du voisinage et nous ne pouvons pas payer le bus pour tout le monde. Il nous faut une petite demi-heure pour joindre le centre-ville. Arrivés sur place, c’est la cohue. Nous nous serrons les uns contre les autres. Nous essayons de louvoyer à l’intérieur de la marée humaine qui se presse autour de nous. La foire ressemble un peu à ce que l’on peut voir en France. Mais il n’y a aucun manège aussi perfectionné que chez nous. Les filles veulent tout de même faire un tour de roue, comme nous leur avions promis. Je cherche lesdits manèges. Je m’attends à trouver de grandes roues. Mais voilà que je tombe sur une série de petites roues, de 8 m de diamètre environ, qui ont à peu près la même structure que les grandes roues que l’on peut trouver en France. C’est cela que les filles veulent faire. Les roues sont entassées les unes à côté des autres. Elles tournent beaucoup plus vite que les grandes roues que nous avons en France. Mais ce qui m’étonne le plus ce n’est pas cela. C’est que… voyez-vous… elles ne sont pas mises en branle par un moteur d’aucune sorte. C’est à la seule force des bras qu’on les fait tourner. Trois, quatre ou cinq hommes s’affairent à mettre en mouvement ces grands objets. Plusieurs hommes sont en bas à tirer sur la structure, alors qu’un autre a grimpé sur une échelle et s’est positionné au milieu de la roue. Il appuie avec ses pieds, et ses mains, sur les rayons de la roue pour démarrer le mouvement. Et soudain, leste comme un cabri, il saute légèrement, marche sur un rayon, et saisit à deux mains le cadre extérieur de la roue. À 5 m au-dessus du sol il cherche à faire contrepoids. Il se laisse suspendre pour que la roue tourne aussi vite que possible. Je suis éberlué. Je sais bien qu’ici la notion de sécurité n’est pas la même qu’en France. Mais là, j’avoue que j’aurais eu du mal à le croire si je ne l’avais pas vu. Je me demande s’il y a souvent des accidents avec ces roues. Enfin, quoi qu’il en soit, et pour le temps que j’ai passé dans cette foire, il n’y a pas eu d’accidents.

Après ce tour de manège, il est déjà très tard. Il nous faut rentrer.

Trois quarts d’heure plus tard nous sommes de retour à la communauté. Je me sens très fatigué. J’ai toujours mal à la tête. Je crois que mon rhume ne fait que commencer…