Lundi 12 août 2019 :
Pour ce beau début de semaine, je n’ai pas grand-chose à partager. Simplement, cet après-midi, en me rendant aux Terreaux de l’espoir, et après beaucoup de discussions avec Francisco, j’ai pris la décision de planter une haie pour protéger les bananiers lors de leur croissance. En effet, le vent d’hiver est en grande partie responsable de la mauvaise croissance des bananiers. J’aimerais vraiment finir cette tâche avant mon retour en France qui s’approche à grands pas. Comme il était prévu, je reviendrai le 4 septembre 2019. J’essaie de ne pas trop y penser en ce moment. Je ne sais, d’ailleurs, pas que dire sur le sujet. Serai-je ravi ou serai-je triste ? Je serai probablement les deux. De fait, les amitiés que j’ai liées ici, avec les membres de la communauté et du voisinage, vont beaucoup me manquer. Mais je serai heureux de retrouver mon pays. Cependant, ces réflexions ne sont pas à l’ordre du jour. Aussi, mieux vaut les chasser et m’accorder un bon repos.
Mardi 13 août 2019 :
Cette journée me fut particulièrement exécrable. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis tombé malade depuis mon arrivée à Madagascar. Mais cette fois-ci est particulièrement douloureuse. Entre le mal de crâne et les douleurs intestinales, je suis cloué au lit. Décidément la nourriture de Madagascar ne me convient pas. Je passerai l’ensemble de ma journée au lit et ne prendrai qu’un repas léger le soir venu.
Mercredi 14 août 2019 :
Aujourd’hui, je vais déjà beaucoup mieux. Les maux de ventre ne se sont pas encore complètement dissipés, mais la tête est désormais libérée. Aussi, je descends de bonne heure et prends le temps de partager un petit déjeuner léger avec mes camarades.
C’est avec joie que je participe à l’office du matin, je n’en avais pas eu l’occasion hier et cela me manquait. Après cela, je prends mon temps de service pour la matinée. Aujourd’hui, j’aiderai encore à la cuisine. Rien de bien extraordinaire, mais je préfère largement cela à rester cloué au lit.
Le midi venant, je prends mon repas avec tout le monde. Je me sens vraiment en forme et j’espère pouvoir reprendre une activité normale cet après-midi. J’avais prévu, avec le père Gabriel, d’aller à la prison aujourd’hui. Je n’y suis toujours pas allé depuis mon arrivée à Madagascar. Je souhaitais pourtant réellement rencontrer les prisonniers, mais l’occasion ne s’est jamais présentée. Alors, pas question de la manquer cette fois-ci. Je quitte la maison communautaire à 13h30 et prends le bus pour me rendre à la prison. Un Malgache m’avait indiqué le numéro du bus qu’il me fallait. Mais ce dernier fait un large détour avant de se rendre au lieu de ma destination. Il aurait mieux valu que je prenne un autre bus, et que je finisse le trajet à pied. Mais tant pis, ce qui est fait est fait. J’arrive avec un peu de retard devant le centre pénitentiaire. Le bâtiment n’a pas l’air si mal, vu de l’extérieur, mais je me demande bien ce que je vais trouver derrière ces portes de métal. Je n’ai jamais visité de prison, ni en France ni ici, mais je n’éprouve aucune crainte à cette première rencontre. Il faut un début à tout, et visiter les prisonniers ne me déplaît absolument pas.
Un garde m’aborde et me demande pourquoi je suis ici. Je lui en explique la raison et il s’empresse de m’ouvrir la porte. On ne me demande pas de justificatif complémentaire, et le père Gabriel, qui est déjà dans les bâtiments, vient lui-même me chercher au poste de garde. Ce dernier me remercie d’être venu, et m’entraîne à sa suite dans la prison. Passé le sas de sécurité, j’entre dans la cour. Plusieurs centaines de prisonniers sont là à attendre je ne sais quoi. Mais on expliquera bientôt qu’ils viennent pour une distribution de nourriture. Moi, je suis quelque peu secoué. Je ne saurais trop vous expliquer pourquoi, mais il règne ici une ambiance très pesante. C’est assez étrange, de ressentir cela et de ne pas pouvoir mettre le doigt sur ce qui en est la cause.
Quelque peu pressé, je suis toujours le père Gabriel qui, contournant un grand bâtiment, me conduit jusqu’à une petite salle qui lui sert pour ses cours. Tous les prisonniers, ici présents, me saluent avec beaucoup d’amabilité. À première vue, rien ne les distingue des autres malgaches. Et pour cause, ce sont des hommes comme les autres. Ils ont juste fait de mauvais choix, et peut-être n’en sont-ils pas tous entièrement responsables. Tous assis derrière leur petite table, ils finissent de recevoir un enseignement sur le dernier chapitre du livre de Jonas. Avec le peu de temps qu’il nous reste, j’ai tout juste l’occasion de donner mon ressenti sur le dernier verset. Chacun s’exprime tour à tour et partage ses opinions. Les échanges vont bon train, mais bientôt il faut arrêter. Les enseignements théologiques ne durent pas tout l’après-midi.
Gabriel enseigne aussi le dessin aux prisonniers. Et c’est maintenant l’heure venue de nous y adonner. Malheureusement, il y a très peu de participants aujourd’hui. Seuls deux hommes sont venus prendre cours avec nous. Je fais de mon mieux, pour dessiner comme eux, et l’heure passant nous partageons le fruit de notre travail. Cependant, nous devons déjà nous dire au revoir. Ce temps à la prison fut pour moi trop court. J’aurais voulu partager davantage avec eux, et je ferai tout mon possible pour les revoir avant mon départ.
Jeudi 15 août 2019 :
C’est par un magnifique soleil que s’ouvre ce 15 août, où beaucoup d’entre nous fêtent l’Assomption de la vierge Marie.
Ici, c’est un jour de congé pour toute la nation. Aussi, toute la communauté a décidé de partir en balade pour fêter l’occasion. Nous retournons à la colline que quelques-uns d’entre nous et moi-même avions grimpée le week-end dernier. Et c’est avec joie que je suis le mouvement général, et dès 11 heures, la messe dite, prend le temps de me harnacher pour cette petite expédition.
Lorsque nous arrivons au pied de la colline il est déjà midi passé. Alors, nous prenons le temps de pique-niquer à l’ombre des arbres. Nous nous sommes installés sur le bord d’un terrain de golf, avec l’accord des propriétaires bien évidemment. Pour ces derniers, la journée n’est pas fériée. Bien au contraire, c’est une journée où ils peuvent s’attendre à avoir du monde. Nous, nous nous régalons d’un repas partagé ensemble et, après un petit temps de repos, décidons de nous mettre en route.
La montée n’est pas bien longue, mais est très agréable. Çà et là, on peut entendre le chant des oiseaux, le bruit du vent dans les arbres, et parfois, dans le lointain de la plaine, quelques bruits étranges qu’on a bien du mal à identifier tant ils sont déformés par la distance.

Arrivés au sommet, nous prenons un petit temps de prière. Moi, je discute avec le père Pierre. C’est le nouveau chef de la communauté à Madagascar. Il a débarqué d’avion il y a quelques semaines à peine, et son arrivée à Antsirabe est encore plus récente. Je lui partage mon ressenti sur mes derniers mois à Madagascar, mes expériences, mes hauts et mes bas. Lui m’écoute attentivement, et prenant la parole à son tour me donne de très bons conseils. C’est vrai qu’il est temps que je réfléchisse. Maintenant, j’arrive au terme de mon séjour ici. Dans un peu moins de trois semaines, je serai de retour en France.
Maintenant, nous devons descendre. En moins d’une heure, nous sommes de retour à la voiture. Certains veulent rester ici, et continuer à profiter de l’après-midi. Tandis que moi, je préfère rentrer à la maison. J’ai bien des choses à faire avant de quitter ce pays, et beaucoup d’entre elles nécessiteront encore bien du temps de travail.
Vendredi 16 août 2019 :
Ce vendredi matin, je n’ai rien fait d’extraordinaire. Nous devions aller à la rizière, Laure-Elise et moi, mais, faute de temps pour nous y rendre, je suis resté à la maison pour faire du ménage.
L’après-midi venant, je suis parti pour Votsinapy. La professeure de français m’avait demandé de passer pour donner un cours. Tout du moins, c’est ce que j’avais compris. Mais arrivant sur place, je constate que les élèves sont toujours en examen. En ce moment, ils passent leurs devoirs d’Anglais. La professeure de français me reçoit très aimablement. Elle est, de toute évidence, extrêmement ravie que je sois là. Moi, je m’attends à faire surveillant pour cet examen. Mais en fait, l’enseignant de français attend de moi que je lui donne une correction type de l’examen que les élèves ont passé cette semaine. Je comprends mieux maintenant les raisons de ma présence, et j’accepte avec joie sa requête.
Je m’exécute de mon mieux, mais je suis très surpris, car le sujet est étonnamment difficile. Il y a beaucoup de mots très techniques, et bien qu’ils ne me posent pas le moindre problème je pense que les élèves ont dû trouver le sujet particulièrement ardu.
Une fois la correction du sujet de Français accomplie, je m’attaque au sujet d’anglais que les élèves sont justement en train de faire. Finalement, j’aurai fait les deux sujets durant cet examen. Je vous avoue que cela me fait un petit peu sourire de repasser des examens de ce niveau, mais la circonstance pour moi et pour les élèves est bien différente. Il n’y a pour moi aucun enjeu à cet examen. Sauf peut-être, le risque de blesser un peu mon amour-propre au cas où je viendrais à faire une erreur. Mais à première vue, mon travail en est exempt.
La fin de l’examen approche, et les derniers élèves rendent leur copie. Il est temps pour moi de dire au revoir à la professeure de français, et de rentrer à la communauté du chemin neuf pour y passer la nuit.
Samedi 17 août 2019 :
Voici une bonne journée de repos et de détente.
Ce matin, j’ai encore un peu aidé en faisant de la plomberie à la maison communautaire.
Le repas de midi terminé, je dis au revoir au père Gabriel. Je ne le reverrai plus avant mon départ de Madagascar. Durant ces quelques mois passés ensemble, j’avais lié avec lui une belle amitié. La séparation est un peu difficile, mais que voulez-vous, la vie est ainsi faite. Peut-être le recroiserai-je un jour ou l’autre.

L’après-midi, je l’ai consacré à faire un peu de shopping. Je n’en ai que rarement eu l’occasion depuis mon arrivée, et il me faut bien ramener quelques souvenirs de mon séjour ici. Pour moi-même, j’achète du poivre noir. C’est une épice typique de Madagascar et il a ici un goût bien plus savoureux qu’en France. Pour mes amis… mais cela est un secret. Il me faut bien garder quelques surprises.
Dimanche 18 août 2019 :
Ce dimanche est un jour de repos. Le matin, je le consacre à me détendre. Nous prenons, bien entendu, le temps d’aller à la messe, avec sœur Laure-Elise, à la maison de retraite.
Cela étant fait, nous allons prendre notre repas dans un restaurant que nous ne connaissons pas encore. C’est une assez belle découverte, mais ce n’est pas le meilleur restaurant que j’ai essayé ici du point de vue du rapport qualité-prix.
L’après-midi venant, nous allons assister à un match de basket auquel participe une des enfants de notre quartier. Je ne connais pas bien les règles de ce sport, mais le spectacle est agréable. Johanna, la jeune fille pour laquelle nous sommes venus, fait de son mieux. Mais malgré tous ses efforts, son équipe perd le match. Nous rentrons un peu tristes à la communauté, mais ce n’est qu’un début pour Johanna. Elle ne pratique intensément le basket que depuis quelques mois. Je suis sûr qu’elle progressera très vite.
Quelques petits événements viennent ponctuer le reste de l’après-midi jusqu’à l’arrivée de la soirée. Mais dans l’ensemble, rien qui vaille la peine d’être conté. Les heures qui s’égrènent je les passe à me reposer, à lire et à jouer avec mes camarades.