Lundi 19 et mardi 20 août 2019 :
Ces deux derniers jours furent particulièrement peu riches en événements. Lundi matin, je suis allé aux Terreaux de l’espoir, comme à mon habitude, pour y travailler de mon mieux. Il ne me reste que peu de temps à passer ici, et le projet que j’ai de creuser une tranchée pour y planter des Titonias n’a pas encore débuté. Aussi, je m’y mets avec ardeur. Le temps que j’y passe, malheureusement, ne me permet d’avancer que de quelques mètres. Il reste encore bien du travail à accomplir, mais j’espère consacrer plus de temps aux Terreaux de l’espoir la semaine prochaine. Ainsi, peut-être arriverais-je au bout de mon projet.
Ce mardi après-midi, j’ai donné un cours de français aux élèves de troisième de Votsinapy. Nous avons fait la correction de l’examen blanc de la semaine passée. Il y a beaucoup de choses à revoir, et je n’ai malheureusement pas le temps nécessaire pour permettre aux élèves de progresser sur les différents points importants. J’espère seulement que lorsque viendra l’examen leurs résultats seront meilleurs que ceux de la semaine dernière. Beaucoup d’entre eux risquent d’être recalés si ce n’est pas le cas. C’est malheureusement monnaie courante ici de voir des élèves avoir trois, quatre ou cinq années de retard dans leurs études. J’aurais tant voulu les aider davantage, mais le temps me manque.
Mercredi 21 août 2019 :
Aujourd’hui, Priscille et moi fêtons notre départ. Pour moi, c’est assez surprenant, car je ne quitterais Antsirabe que dans une dizaine de jours. Mais pour Priscille, c’est différent. Demain sera son dernier jour ici. Alors, pour ne pas perdre de temps, nous fêtons aussi mon départ.
Le matin, Priscille et moi prenons le temps de préparer des gâteaux pour l’après-midi. À 16 heures, il faut que tout soit prêt. Nous faisons un peu de rangement, et quelques préparatifs pour que la fête soit belle. Je ne sais pas s’il y aura du monde, et j’ai peur que nous en ayons un peu trop fait. Mais nous verrons bien.
Lorsqu’arrivent 16 heures quelques Malgaches sont déjà présents. Des jeunes du quartier pour la plupart. À 16h15, nous pouvons ouvrir la fête et accueillir tout le monde. Nous chantons et dansons durant plus de deux heures. Les gens du voisinage arrivent les uns après les autres. Ils sont plus d’une trentaine, finalement, à être venus nous dire au revoir. J’en suis ravi. Priscille et moi prenons le temps de les remercier chaudement de leur accueil et de toute la gentillesse dont ils ont fait preuve à notre égard. Chacun d’entre nous reçoit en cadeau une très belle chemise. Ce présent m’a particulièrement touché.
Mais les heures s’écoulent et le soleil se couche. Nous devons maintenant nous quitter. Ce sont les derniers au revoir pour Priscille. Demain sera son dernier jour ici, et elle n’aura pas le temps de voir grand monde. Aussi, les derniers échanges sont assez poignants.
Chacun rentre chez soi. Nous prenons notre repas et terminons cette belle soirée par un karaoké avec les membres de la communauté.
Cette belle journée je ne suis pas près de l’oublier de sitôt.
Jeudi 22 août 2019 :
Ce matin, dès l’aube, je me prépare à partir pour les Terreaux de l’espoir. Bientôt, je devrais leur dire au revoir. Cette seule idée me serre le cœur, mais que voulez-vous, je n’étais ici que pour un temps seulement.
Mais pour l’instant, j’y vais avec joie. La matinée entière, je continue à travailler à la tranchée que j’ai commencée de creuser il y a quelques jours de cela. Je ne sais pas si j’arriverai au bout avant de partir, mais je ferai de mon mieux. Le sol est dur et mon Angady ne s’enfonce pas facilement. Cependant, à force d’efforts, je me suis habitué aux mouvements de la manœuvre. Je vais déjà bien plus vite qu’à mes débuts. Peut-être parviendrai-je au bout de ce travail…
Mais déjà, la matinée se termine. Je rentre à la communauté du Chemin Neuf et y prends mon repas de midi. Après cela, je prends un peu de repos bien mérité. Je n’ai pas l’habitude de travailler physiquement et je trouve toujours cela un peu éprouvant. Je pense que c’est une très bonne chose que je fasse du travail physique. À force de travail intellectuel, j’en oublie ce que vit la majeure partie des hommes de notre monde. C’est toujours utile de se recentrer sur ce qui est si naturel à l’homme.
L’après-midi, je prépare le repas pour la communauté. Aujourd’hui, ce sera un gratin de pâtes, et c’est moi qui m’en charge. Il n’y a pas de lardons ici. Alors, j’ai commandé du lard. Mais il semble que le boucher ne sache pas de quoi il s’agit. Il ne doit pas appeler cette partie du porc de la même façon ici. Tant pis, je m’en retourne avec un morceau de viande un peu gras à la maison. Je me débrouillerai avec. De retour à la communauté, je fais de mon mieux pour la cuisine jusqu’à ce qu’arrive l’heure du dîner. Mais, lorsque sonne sept heures nous avons le droit à une petite surprise. Une famille de sept Malgaches vient d’arriver. Ils voudraient que nous les logions pour la nuit et que nous leur servions à manger. Comme ce sont des amis du père Henri, nous acceptons bien volontiers. Mais maintenant, il nous faut préparer à manger pour sept personnes supplémentaires. Aussi, tout le monde s’y met et en moins d’une heure un deuxième repas est prêt.
Les invités mangeront dans l’appartement du premier étage. Et nous, comme à notre habitude, nous mangerons dans la salle à manger au rez-de-chaussée.
En souvenir de ce moment, j’ai pris une photo de mon gratin de pâtes.

Vendredi 23 août 2019 :
Je n’ai pas fait grand-chose aujourd’hui, juste quelques petits travaux et un peu de cuisine. Cet après-midi, alors que j’arrivais pour donner cours à Votsinapy, je me suis aperçu que la cour de l’école était vide. Pas un enfant ni un professeur en vue. Tout de même, après une petite minute d’attente, voici l’enseignante de Français qui arrive. Elle se confond en excuses et m’explique que les élèves ont mal compris ce qui leur avait été dit ce matin et que par conséquent ils ne sont pas venus à l’école cet après-midi. Voilà qui devrait me surprendre, mais après cinq mois passés à Madagascar j’avoue être habitué à ce genre de déconvenue. Ici, j’apprends à remettre les choses à leur juste place, ce cours est, d’abord et avant tout, important pour les élèves, mais pour moi-même cela n’est pas essentiel.
Oui, ce n’est pas grave, mais c’est tout de même bien dommage. Ici, il y a beaucoup de problèmes qui sont graves. Souvent la vie des hommes est soumise aux caprices du destin. Alors, un après-midi de cours qui n’aura pas lieu, ce n’est pas le bout du monde, même si c’est gênant pour les élèves.
Samedi 24 août 2019 :
Encore une belle journée passée à la cuisine. Oui, aujourd’hui c’est moi qui ai assuré la cuisine de la communauté. Mais il n’y a rien d’extraordinaire à cela. En effet, nous ne sommes plus très nombreux à la communauté depuis que, vendredi matin, beaucoup de mes camarades nous ont quitté pour aller à Tananarive. Tout au plus, nous étions deux pour le repas de midi et quatre pour celui du soir.
Alors, que dire du reste de ma journée ? Rien de bien extraordinaire en somme. J’ai lu, je me suis reposé et j’ai écrit pour moi-même. Un exercice qui m’est devenu, avec le temps, bien agréable.
Dimanche 25 août 2019 :
Aujourd’hui, je n’ai pas grand-chose de prévu. Simplement, Véronique, l’enseignante de Français du collège Votsinapy, m’a invité au culte protestant de sa paroisse. Pour ceux qui ne savent pas, un culte est, pour les protestants, l’équivalent d’une messe. J’ai hâte de voir comment cela se passe chez eux. Je ne me suis jamais rendu dans une église luthérienne.
À 9h45, je quitte la communauté. D’après les indications que l’on m’a données, l’église ne devrait pas être très loin. Je fais de mon mieux, et suis la route pavée que l’on m’a indiquée. Mais déjà, 10 heures sonnent à mon téléphone. De toute évidence, l’église est nettement plus loin que ce que j’avais prévu. Finalement, j’arriverai à destination avec 10 minutes de retard. Ce n’est pas bien grave, mais c’est tout de même dommage, car j’aurais souhaité être à l’heure. Pour moi qui suis catholique, ne pas arriver à l’heure au culte m’apparaît comme une marque d’irrespect. Mais Véronique, avec son habituelle simplicité, en rigole et m’excuse bien volontiers.
La cérémonie dure deux belles heures durant lesquelles se succèdent les chants de louange et les actions de grâce. Bien évidemment, le pasteur fait son homélie, à peu près au milieu de la célébration, comme le curé a l’habitude de le faire dans nos paroisses. Je ne me sens pas trop dépaysé. Après tout, en dehors de quelques différences dogmatiques, nous célébrons le même Dieu.
Lorsque je sors enfin, Véronique me fait faire un tour de son quartier. Après quelques minutes, elle s’arrête un instant pour me montrer sa maison que l’on aperçoit en contrebas.

Elle m’invite à passer chez elle demain après-midi. Je ferai de mon mieux pour être à l’heure au rendez-vous, cette fois-ci.
Je la salue et la remercie de sa gentillesse.
Pour rentrer à la communauté, je prends le bus qui m’y mène en moins de 15 minutes. Mais malgré la célérité du conducteur, je suis un peu en retard pour le repas.
L’après-midi se poursuit sans autre événement particulier. Je profite du temps qui passe, de ces quelques jours encore à Madagascar. Et dans mes heures de méditation, je me remémore le culte de ce matin. Non, vraiment, je ne suis pas près de l’oublier.