Quinzième semaine à Madagascar

Lundi 8 et mardi 9 juillet 2019 :

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi ces deux derniers jours. Lundi, à peine levé, j’ai participé à l’ameublement d’une nouvelle maison à Tananarive. La communauté s’est étendue sur la colline, au-dessus de la maison actuelle, par l’acquisition d’une belle propriété. Bientôt, nous pourrons accueillir bien plus de personnes.

Le reste de ce lundi fut consacré à divers rangements, préparation, et organisation à la suite du week-end.

Mardi, il était temps pour moi d’aller récupérer mon visa, et ma carte de résident. Nous sommes partis en bus, le matin d’assez bonne heure, pour le ministère des Affaires étrangères. La route, bien que toujours sinueuse, était bien moins encombrée de monde qu’à l’accoutumé. Et en moins d’une heure, nous sommes arrivés à destination. Pour moi, l’opération était assez simple, récupérer mon visa n’était qu’une formalité. Mais pour Priscille, la chose était plus délicate. Elle m’a accompagné pour procéder à l’extension de son visa. En effet, Madagascar a décidé de réduire le temps des visas touristiques de trois mois à deux mois. Cela pose beaucoup de problèmes à la communauté, notamment parce que nous n’étions pas au courant de cette modification. Il faudra près de deux heures à Priscille pour remplir ses formalités.

Mon visa en poche, je me suis dépêché de me rendre à la gare routière pour reprendre le bus. Je suis arrivé à 10h45, juste à temps pour l’enregistrement et le départ de 11 heures. L’enregistrement est le nom donné ici pour l’achat d’un billet.

Le trajet, bien qu’un peu chahutant, s’est très bien passé. Je commence à avoir l’habitude de cette route. En tout cas, je n’ai pas eu aussi peur qu’à l’accoutumé. Je commence à m’habituer à la façon de conduire des autochtones. J’espère qu’ils n’influenceront pas trop la façon dont je conduirai, une fois revenu en France. Ma vision de la sécurité a été sérieusement altérée par ces mois passés à Madagascar. Peut-être me faudra-t ’il un peu de temps pour me réhabituer à la France.

Arrivé à la communauté, j’ai immédiatement retrouvé mes marques. Sur le sol, dans la cour, était étendu du riz qu’on laissait sécher. Quelques personnes se dépêchaient pour le ramasser. Je me suis immédiatement proposé pour les aider. Cela étant fait, j’ai pris le temps de manger un morceau. Quel plaisir après toutes ces heures de route !

J’ai aidé comme j’ai pu, le restant de la journée, et le soir venant, j’ai participé à la dernière soirée de prière de l’année scolaire.   

Mercredi 10 et jeudi 11 juillet 2019 :

Vous avez sans doute remarqué que, depuis quelques jours déjà, je fais des narrations plus concises, ne mentionnant que les informations essentielles de la journée. En effet, je commence à être quelque peu fatigué de vous raconter à chaque fois les préparations des repas, et autres petits détails sans grande importance.

A partir de cette date commencent les vacances scolaires. Le démarrage de ces dernières s’étale sur plusieurs semaines sans que j’en ai compris la logique.

Ce mercredi était la dernière journée de soutien scolaire pour les enfants du quartier. Alors, plutôt que de faire cours, ce qui n’est pas essentiel en cette fin d’année, nous avons distribué des vêtements. Chacun des jeunes venait à son tour chercher un habit que la communauté lui donnait généreusement. Ils étaient tous très heureux de recevoir ces petits cadeaux, qui pour moi sont si peu, mais pour eux sont si grands. Je n’arrive toujours pas à me faire à la pauvreté ici, et je pense que c’est une bonne chose.

Ce jeudi matin, je suis allé assister à la soutenance de Zozotiny. C’est lui dont j’avais corrigé le mémoire il y a de cela quelques semaines. Je suis content d’en voir le résultat, et, après avoir vu les questions posées par les examinateurs, je me dis que j’ai bien fait de relire son travail. Quoi qu’il en soit, Zozotiny a reçu la note de 15/20 pour sa prestation. Le jury lui a tout de même demandé d’apporter quelques corrections à son mémoire. Et je compte bien l’aider en la matière.

Vendredi 12 et samedi 13 juillet 2019 :

Vendredi encore, j’ai donné deux cours de français dans la journée. Le premier, le matin, se tenait de neuf heures à douze heures. Tandis que le second fut de quatorze heures à dix-sept heures. Les élèves étaient très attentifs, sauf durant les 30 dernières minutes où j’ai senti une diminution de leur concentration. Je ne peux pas leur en vouloir, ces cours furent assez longs pour eux. J’aimerais pouvoir aider de mon mieux avant qu’ils ne passent leurs examens en septembre.

La plupart des élèves, de la majorité des écoles, ont déjà fini leurs enseignements de l’année. Certaines écoles ont commencé les cours beaucoup plus tard que les autres. Votsinapy, l’école dans laquelle j’ai donné cours il y a deux semaines, fait partie de ces dernières. Les élèves de troisième, auxquels j’enseigne, passeront le brevet en septembre. Je trouve cela assez curieux, car ils ne passeront pas le même examen que leurs collègues, qui le passent en ce moment même.

Samedi, nous avons commencé à préparer les locaux pour accueillir des jeunes en colonie de vacances. Nous les recevons cette semaine. Une trentaine de Français et plusieurs centaines de Malgaches sont attendus. Il y a bien du travail à faire et j’aide de mon mieux une bonne partie de la journée.

L’après-midi, je prends le temps d’aller voir Claire et Francisco aux Terreaux de l’espoir. Arrivé sur place, je les trouve prêts à partir pour le centre-ville. Je n’aurais que quelques minutes pour discuter avec eux. Je prends tout de même le temps de leur remettre un document que je viens de recevoir par la poste. C’est un magazine publicitaire présentant du matériel pour des animaux d’élevage. Je ne pense pas que les terreaux de l’espoir auront les moyens de s’en procurer, mais cela peut leur donner de bonnes idées d’amélioration pour la ferme.

Je rentre à la communauté du chemin neuf, et arrive juste à temps pour assister à la messe. Encore une fois, c’est une messe exceptionnelle. Aujourd’hui, nous avons plusieurs premières communions. Et comme à leur habitude, les Malgaches sont particulièrement bien habillés pour la fête.

Les heures s’écoulent, et le repas du soir arrive. Je m’assieds à table, comme à mon habitude, et ai le plaisir de découvrir le plat principal. Aujourd’hui, nous avons du crabe à manger. C’est exceptionnel, car les crabes ne se pêchent que sur la côte, et il est très difficile de s’en procurer au cœur de Madagascar. C’est une amie de la communauté qui vient de les ramener dans sa voiture. Je ne suis pas près d’oublier ce délicieux repas.

Dimanche 14 juillet 2019 :

Ce matin, beaucoup de travail en perspective. Il faut préparer l’ensemble des dortoirs pour recevoir les Français et les Malgaches qui viennent pour la colonie. Roselyne et Zozotiny m’accompagnent dans la tâche. Tous les trois ensembles, nous nettoyons et préparons les dortoirs avec beaucoup de zèle. Mais la tâche est considérable pour seulement trois personnes. À cause de cela, nous ratons la messe de ce midi. J’avoue ne pas en être ravi, mais j’estime que la priorité est de bien recevoir nos invités.

Après quelques heures de travail, nous prenons une pause bien méritée pour avaler notre repas. Puis nous reprenons le travail avec ardeur. Si bien que, lorsque sonne trois heures de l’après-midi, les dortoirs sont enfin prêts. Nous pouvons désormais nous détendre, et profiter des quelques heures restant avant l’arrivée de la colonie.

C’est seulement à 17h40 que ces derniers arrivent enfin. Pas de problème pour l’accueil, mais les Français et les Malgaches sont assez distants les uns des autres. Ils ne se connaissent pas et sont tous très timides. À l’exception des encadrants, ils sont tous très jeunes. Ce sont des lycéens qui viennent de Paris et de Lyon. Enfin… je dis des lycéens, mais devrait plutôt dire des lycéennes. À l’exception de quatre d’entre eux, les 26 autres sont des filles.

Ils sont tous très fatigués, et beaucoup parmi eux sont malades. Il semble qu’ils ont mal digéré un des repas de la veille. Pas question de maintenir la veillée de ce soir. Les jeunes ne sont vraiment pas en état. Nous nous contenterons de la messe, et d’un bon repas partagé ensemble.

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