Dix septième semaine à Madagascar

Lundi 22 juillet 2019 :

J’ai un projet, depuis quelque temps déjà, de voir si le séchage des fruits pourrait être une opportunité viable pour le développement des Terreaux de l’espoir. Et, par une curieuse coïncidence, j’ai appris qu’au sud d’Antsirabe une association s’est justement développée sur le sujet. Aussi, aujourd’hui, j’ai pris la décision d’aller les rencontrer.

Je me presse un peu, et supporte les 45 minutes de bus, qui me mènent à destination, sans trop de difficultés. Je marche encore un peu, le terminus du bus n’étant pas juste à côté de l’association, et arrive enfin à destination. J’arrive à l’accueil, et discute avec la personne de garde. J’apprends bien vite qu’aucun des responsables n’est présent aujourd’hui. Ils ne reviendront que demain. Dommage pour moi, mais je commence à avoir l’habitude. À Madagascar, on se déplace souvent sans avoir passé un coup de fil, les gens du pays n’étant guère joignables.

Je reprends le bus en sens inverse et reviens juste à temps pour la messe.

L’après-midi est consacré à la détente.

Mardi 23 juillet 2019 :

Je me sens en pleine forme.

Une fois encore, certain de trouver quelqu’un pour m’accueillir, je retourne à l’association des sécheurs de fruits. Mais une fois sur place, pas moyen de trouver qui que ce soit. Après quelques recherches, je rencontre enfin quelques personnes travaillant dans un des bâtiments à l’écart. Je leur demande s’ils savent où trouver les responsables de l’association et ils me répondent que ces derniers ne seront pas ici avant vendredi. J’éprouve une certaine lassitude, ce n’est pas la première fois que l’on me donne de mauvais renseignements quant aux allées et venues du personnel à Madagascar. Généralement, les gens qui en parlent n’en savent absolument rien. Mais pourquoi alors leur faut-il impérativement me donner une réponse ? La question me trotte dans la tête durant plus d’une heure après mon retour à la communauté. Aussi, n’en pouvant plus, je me confie au père Gabriel. Lui m’explique très brièvement que les Malgaches ont assez peur des blancs. Nous les impressionnons bien malgré nous. Ce n’est pas facile d’établir des relations de confiance dans un contexte si tendu.

Les heures passent et je me calme. Cet après-midi, je vais aller aux terreaux de l’espoir. Sur place, j’ai découvert un bien agréable spectacle. Le terrain est dégagé de toutes ses herbes folles. Les trous pour les arbres fruitiers sont creusés. Les bananiers ont été travaillés et leur sol retourné. Bref… tout va pour le mieux.

Mais je ne vois aucune trace de Claire et Francisco. Je les cherche un peu, avant de me souvenir qu’ils sont en vacances cette semaine. Ils m’en avaient parlé avant de partir. Il n’y a pas de quoi s’affoler. Je reviendrai la semaine prochaine.

Je rentre à la communauté après avoir passé en revue l’ensemble du travail accompli. Je n’espérais pas voir tant de travail réalisé en si peu de temps.

Cet après-midi m’a beaucoup ravi. Je ne peux dire ma joie devant l’avancement des travaux aux Terreaux de l’espoir. Reste à appliquer la méthode d’enrichissement des sols dont je vous avais parlé il y a quelques semaines et tout sera prêt pour plusieurs années.

Mercredi 24 et jeudi 25 juillet 2019 :

Sur ces deux derniers jours, je n’ai pas grand-chose à dire. Je pourrais bien parler de petites choses sans grande importance. Comme les repas que j’ai préparés, les petits services que j’ai rendus, mais tout cela, je ne souhaite plus tellement en parler. En fait, ces derniers jours pour moi furent des moments de repos. Me contentant de faire des services au sein de la communauté j’ai apprécié le temps qui passait sans me soucier de l’avenir.

Je pense que j’en avais bien besoin. Et de toute façon, très bientôt, les activités vont reprendre avec beaucoup d’intensité.

Vendredi 26 juillet 2019 :

Ce vendredi déjà, le travail reprend. Dès le matin, je consacre une petite heure à mettre en forme deux lettres que j’envoie à des amies en France. J’espère qu’elles les recevront bientôt, car cela fait bien longtemps que je ne leur ai pas écrit bien que le leur ayant promis.

À neuf heures, je suis à Votsinapy pour donner un cours de français. Les élèves m’accueillent avec le sourire, et je le leur rends bien volontiers. C’est toujours un régal de venir enseigner ici, les Malgaches sont si gentils. Mais à ma grande tristesse, aucun d’entre eux n’a fait l’exercice que je leur avais donné il y a deux semaines. C’est très difficile d’obtenir un travail régulier des élèves à Madagascar. En fait, c’est déjà assez difficile en France, mais je pense que la situation familiale n’aide vraiment pas ici. Qu’à cela ne tienne ! Ils ont simplement besoin que je leur fasse cours aujourd’hui. Alors je fais de mon mieux pour les aider. Mon cours d’aujourd’hui porte sur la structure de la lettre en français. Nous réalisons un exemple type de rédaction, tous ensemble, durant 2h30. Les élèves sont attentifs et participent un peu. J’ai vraiment du mal à les faire parler. Ils sont vraiment très timides. Beaucoup d’entre eux disent ne pas avoir d’idée, mais dans le fond je sais que c’est simplement la peur qui les empêche de parler.

Le cours se termine et il est temps pour moi de dire au revoir aux élèves. Je reviendrai l’après-midi pour donner un cours similaire à la classe voisine.

De retour à la communauté, j’assiste à la messe, et mange avec appétit le repas qui m’est donné. Je prends un peu de temps pour parler avec mes camarades. J’ai bien besoin de faire une petite pause avant de reprendre les cours. Mais déjà, 14 heures sonnent. Il est temps d’aller enseigner.

Je donne aux élèves le même cours que celui donné ce matin à l’autre classe. Les élèves sont un peu moins attentifs cette fois-ci. Mon cours est le dernier de la semaine et je pense qu’ils ont hâte de partir en week-end. Ils ont du mal à se concentrer, et moi-même j’éprouve quelques difficultés à leur faire cours. Donner le même enseignement, deux fois dans la journée, me fait prendre conscience des lacunes du matin. Alors, j’en profite pour progresser et leur faire un cours de meilleure qualité.

La journée se termine et les cours avec elle. Je salue bien aimablement les élèves à mon tour et quitte la salle pour rentrer à la communauté.

Le soir venant, j’accompagne le père Gabriel pour un sacrement qu’il doit donner. Éric, un membre de la communauté, a un cousin alité à l’hôpital. Nous allons lui donner le sacrement des malades. Il en a grand besoin. Il a subi cinq massages cardiaques en deux jours. Sa vie est en danger et nous prions tous pour le voir rester parmi nous.

Lorsque nous arrivons à son chevet, il semble n’être pas trop mal étant donné son état. Le père Gabriel discute un peu avec lui puis lui administre le sacrement des malades. Moi, je suis là et je prie. Je me sens bien faible à aider cet homme. C’est souvent comme cela quand on fait face à la maladie. Et c’est probablement pourquoi elle nous retire tant d’espoir. Face à elle, nous sommes faibles, impuissants, maladroits en gestes comme en paroles. Mais le plus important pour les personnes souffrantes est sûrement de rester présent à leurs côtés.

Samedi 27 et dimanche 28 juillet 2019 :

Deux belles journées de repos. Samedi, j’ai même eu la maison pour moi tout seul durant pratiquement huit heures. J’ai pu me détendre, trier quelques-unes de mes photos, et lire un peu. De fait, je relis la semaine que je viens de passer. De toute évidence, il y a eu très peu d’activités ces derniers temps. Non pas que cela me déplaise, j’avais bien besoin d’un peu de repos, j’espère seulement que cela ne durera pas.

Demain matin, j’ai prévu d’aller voir l’association qui sèche les fruits. J’espère qu’ils seront là pour me recevoir. Je n’aimerais pas avoir à réitérer les expériences de lundi et mardi. Maintenant que j’y pense, il serait tout de même plus prudent que je les appelle, demain matin, avant de partir chez eux. J’espère que cela se passera bien, j’attends beaucoup de cette rencontre. Peut-être un peu trop d’ailleurs, mais que voulez-vous, après quatre mois passés ici j’espère vraiment arriver à faire quelque chose d’utile pour les Terreaux de l’espoir. Claire et Francisco sont tellement gentils, et les enfants de l’orphelinat ont tellement besoin d’aide. Dans l’état actuel, le plus difficile pour eux est de trouver des débouchés pour les jeunes adultes. Peut-être arriverai-je à créer un nouveau poste de travail pour l’un d’entre eux.

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