Quatorzième semaine à Madagascar

Lundi 1er juillet 2019 :

Je crois que je vais diminuer le volume de mes écrits. Ces dernières semaines, j’ai pris beaucoup de retard dans mes publications. J’éprouve beaucoup de fatigue, et j’ai été malade à plusieurs reprises. Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que les choses se passent pour le mieux actuellement. Mais je ne perds pas espoir, je suis certain que les choses vont s’améliorer.

Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose à raconter. Ce matin, j’ai aidé comme j’ai pu la communauté. Le week-end se terminant, nous avions quelques rangements à faire, et un peu de cuisine.

Lorsque vint l’après-midi, je partis pour les terreaux de l’espoir, comme à mon habitude. Sur le chemin, je réfléchis à ma mission. Il m’arrive d’éprouver des doutes quant à voir l’accomplissement de quoi que ce soit aux Terreaux de l’espoir. Depuis le temps que j’y passe, je n’ai rien pu améliorer de la situation. Je me contente d’y faire quelques travaux qu’un autre ouvrier malgache pourrait tout à fait faire à ma place. Et probablement qu’il les ferait mieux que moi, puisque je n’ai pas l’habitude de travailler la terre. Pour mettre en place quoi que ce soit, j’ai besoin de discuter avec Francisco et Claire. Il faut que nous nous mettions d’accord sur les projets d’avenir de l’orphelinat. J’ai l’impression qu’ils manquent de beaucoup de moyens, et qu’ils sont constamment surchargés par les problèmes du présent.

Lorsque j’arrive à l’orphelinat, il n’y a personne. Enfin personne… il ne faut rien exagérer. Simplement, Claire et Francisco sont absents. Or c’est eux que j’aurais souhaité voir en priorité. Mais n’y pouvant rien, je me résigne et m’en retourne travailler à la bananeraie. J’y consacre quelques heures, juste le temps nécessaire pour me planter une grosse écharde dans le pouce. J’ai encore fait preuve de mon adresse légendaire… Puis, après avoir pris le temps d’extraire cette écharde, je retourne à l’orphelinat pour voir si Claire et Francisco sont arrivés. En effet, Francisco est là. Nous passons plus d’une demi-heure à discuter. Je suis heureux de pouvoir mettre un peu les choses au clair avec lui, mais il faudra encore reprendre cette discussion. Pour l’instant, j’essaie de me focaliser sur l’un des points essentiels de ces derniers jours. Il nous faut améliorer l’irrigation des terres. Nous avons prévu d’acheter un gros tuyau pour amener l’eau jusqu’à l’extrémité du terrain. J’ai fait les mesures, mais c’est à Francisco d’acheter le tuyau. Je crains qu’il n’en ait pas le temps avant plusieurs semaines… Que voulez-vous, il faut apprendre à être patient ici.

Le soir venant, je retourne à la communauté. J’éprouve une légère irritation à la gorge, je m’inquiète légèrement de me voir tomber malade à nouveau. J’ai déjà été malade deux fois la semaine dernière, j’aimerais bien que cela ne se reproduise pas.

Mardi 2 juillet 2019 :

Ça n’a pas raté, je suis malade. Pas de chance, j’imagine. Ce week-end, beaucoup de gens étaient de passage à la communauté. J’ai sûrement attrapé quelques microbes à leur contact. Enfin bon… il me faut tout de même me lever de bonne heure.

À sept heures, commencent les cours pour les élèves du quartier. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a deux semaines, j’étais allé pour la première fois à Votsinapy. C’est un collège à proximité où j’avais enseigné la physique-chimie à une classe de cinquième. Je retournerai les voir cet après-midi, mais je dois d’abord donner un cours de français ce matin. Je ne suis pas vraiment en meilleure forme pour cela, mais je ferai avec. L’enseignante m’attend, elle est très heureuse de me recevoir. Nous échangeons un petit peu, sur les méthodes d’enseignement du français, et nous nous mettons au travail. Au début du cours, c’est elle qui propose des exercices. À la fin, c’est moi qui m’en charge. Elle est très contente, mais je pense avoir fini par un exercice un peu trop compliqué pour une classe de sixième.

Quoi qu’il en soit, à neuf heures je rentre à la communauté. Je suis dans un sale état à cause de mon rhume. Aussi, je profite de ce temps de DESERT pour me reposer. Je passerai le reste de la matinée au lit.

L’après-midi, je vais à nouveau donner un cours de physique-chimie. La chose se passe pour le mieux, un peu comme la dernière fois, et j’aide les élèves dans leurs exercices. Les élèves sont assez  calmes, ils font juste un peu de bruit. Mais tout de même, pour une classe de 54 élèves on ne peut pas dire qu’ils soient très bruyants. D’ailleurs, il en était de même pour la classe de ce matin, avec ses 64 élèves. Le problème dans ce type de classe, ce n’est pas tellement de faire la discipline, c’est surtout de pouvoir consacrer du temps à chaque élève.

La journée se termine, je remercie bien les professeurs pour leur accueil. Ils sont tous très aimables, comme sont toujours les Malgaches. J’apprécie beaucoup la bienveillance qu’ils manifestent en tout temps à mon égard.

Le reste de la soirée, je la passe à me reposer. Mon rhume continue de me gêner, il me faudra plusieurs jours pour être pleinement remis.

Mercredi 3 juillet 2019 :

Encore une journée passée dans les bras de morphée. J’ai consacré presque toute la journée à me reposer. Seule la fin de l’après-midi fut un peu constructive. Me sentant légèrement mieux, à quatre heures de l’après-midi, je suis allé aux Terreaux de l’espoir. Claire m’avait demandé de passer pour voir un des jeunes de l’orphelinat, qui est en échec scolaire. Cela m’a pris à peu près deux heures. Je pense que c’était utile, et la discussion que j’ai eue ensuite avec Claire nous a permis de prendre certaines décisions pour le bien de cet enfant. J’espère que les choses s’amélioreront à l’avenir.

Jeudi 4 juillet 2019 :

Ce matin, je sens que je vais déjà un peu mieux. J’avance doucement vers la guérison, car ma tête me pèse de moins en moins. Mais je préfère attendre l’après-midi pour aller aux Terreaux de l’espoir. Aussi, j’aide de mon mieux la communauté. Il y a un peu de rangement à faire, puis je passe au triage du riz. L’opération est devenue habituelle pour moi, et je pense que bientôt je serai presque aussi efficace que les Malgaches pour ce faire.

Comme chaque jour, de nombreux élèves viennent prendre leur déjeuner à la communauté. On leur demande la somme modique de 50 ariarys, quand la préparation du repas coûte bien plus. Les 50 ariarys serviront pour payer les soins de santé des familles du quartier. Et moi dans tout cela, pour la première fois, je suis affairé au service du repas pour les enfants.

Ce n’est pas une opération désagréable, et avec Roch nous nous en acquittons sans peine. Mais cela dure longtemps. Nous ne pouvons assister à la messe de ce midi et devons attendre que tout le monde soit servi avant de prendre notre repas. Mais ce n’est vraiment pas bien grave. La joie sur le visage des enfants vaut largement ces petites peines.

Tout juste le repas finit, je passe un coup de balai dans la chapelle, avec deux femmes qui étaient volontaires pour m’aider. Puis, je me mets en route vers les Terreaux de l’espoir.

Arrivé sur place, je me mets immédiatement à l’œuvre sur les bananiers. Il faut retourner la terre qui entoure le pied de chaque bananier. Il y a des centaines de bananiers, et je suis tout seul avec mon Angady. Au rythme où je vais, il faudrait des semaines de travail. Je ne pourrai clairement pas y consacrer le temps nécessaire, j’espère que des ouvriers seront bientôt mis à cette opération.

Les derniers rayons du soleil commencent à effleurer le sommet de la toiture de l’orphelinat. Il est temps de rentrer. C’est fini pour ce jour. Et j’espère que la prochaine nuit de sommeil sera bien réparatrice.

Vendredi 5 juillet 2019 :

Cette journée est un peu spéciale. Ce matin, je pars de bonne heure pour Votsinapy. J’ai un cours de français à donner. Les troisièmes B ont besoin d’être préparés pour leur certificat d’études qu’ils passeront dans quelques semaines. Ils éprouvent beaucoup de difficultés avec la rédaction. Ils manquent de vocabulaire, et ont du mal à structurer leur récit.

Moi, je fais de mon mieux. Je leur donne quelques clés pour s’organiser, et apprendre du nouveau vocabulaire. Mais pour ce dernier, il est un peu tard. Je ne pourrai pas leur apprendre grand-chose en seulement quelques semaines. Mais pour ce qui est de la structure du récit, je pense que nous pouvons beaucoup progresser ensemble. L’exercice demandé me semble assez simple, mais il est en fait très compliqué lorsqu’effectué dans une langue étrangère. J’oublie parfois les difficultés que j’ai moi-même éprouvées avec la langue anglaise lorsque j’étais au collège. On ne peut vraiment pas dire que j’excellais dans cette matière… mais je suis ravi de voir à quel point j’ai progressé depuis. J’aimerais que ces élèves, eux aussi, ne désespèrent pas et continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ce n’est qu’en travaillant, qu’ils apprendront davantage. Il me faut réussir à maintenir ce goût pour le travail de la langue, et c’est sûrement là le plus difficile.

Après 2h30 de cours, j’en ai enfin terminé. Ce sera tout pour ce matin. Les élèves semblent satisfaits. Moi-même, j’estime m’être assez bien débrouillé, pour un cours que je n’avais pas pu préparer. Heureusement que l’enseignante était avec moi pour faire la traduction en malgache lorsqu’il y avait des incompréhensions avec les élèves. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans elle.

Je rentre à la communauté, et assiste à la messe. Après cette dernière, nous filons tous au restaurant. Clémence, repart pour la France dans quelques jours. Elle a fini son temps de service à Madagascar. Aussi, nous avons décidé de fêter cela en mangeant une pizza au restaurant. Ici, on commande les pizzas au mètre. Et c’est ainsi qu’elles arrivent sur la table :

Après 1h15, d’un excellent repas, nous retournons au Chemin Neuf. Moi, sitôt arrivé, je file à Votsinapy. J’ai un deuxième cours à donner cet après-midi, cette fois-ci avec les troisièmes A. C’est exactement le même enseignement que ce matin. Tous les troisièmes passent le brevet cette année, et ils doivent être prêts.

Les heures passent, et bientôt je dois rentrer à la communauté. Je suis satisfait de ma journée. J’ai pu faire tout ce que je souhaitais, ou presque, et nous avons pu avoir un excellent repas ce midi. Qu’aurais-je pu vouloir de plus ?

Samedi 6 et dimanche 7 juillet 2019 :

Ce week-end fut particulièrement intense. Samedi matin, parti pour Tananarive, avec huit autres personnes de la communauté du Chemin Neuf, je ne m’attendais pas à passer un si bon week-end. Bien qu’encore assez malade, espérant pouvoir trouver un peu de repos à la capitale, je n’avais pas pris la mesure de l’activité des prochains jours. Dès notre arrivée sur place, nous fûmes mis au travail pour préparer l’accueil d’un groupe de jeunes pour le week-end. Il y avait deux groupes distincts. Les jeunes de 14 à 18 ans, qui étaient sous notre responsabilité, et les 18 à 30 ans qui étaient sous la responsabilité des communautaires. Le thème du week-end : « la famille ». Ces jeunes avaient bien besoin de discuter, de refaire le point, et de pouvoir trouver un nouvel équilibre dans leur vie familiale. Chacun avait ses difficultés, et nous avons fait de notre mieux pour les écouter. Mais nous ne pouvons pas trouver les solutions à leur place. Ils doivent trouver un terrain de discussion avec leurs parents. C’était tout le thème du week-end, et je pense qu’il fut atteint.

Pour ma part, j’ai donné le meilleur de moi-même, comme à chaque fois, vous le savez bien, et je pense avoir beaucoup reçu ces derniers jours. Ma grâce à moi, ce sera sûrement d’avoir compris, qu’en tout temps, quelles que soient les difficultés et les personnes, il me fallait choisir d’aimer. C’est si beau, et si reposant pour mon âme, que j’y ai trouvé la paix pour ces deux derniers jours.

Le week-end a continué sur son élan initial, et nous avons passé de belles heures de prière tous ensemble. Puis, tous ravis de ces instants de communion, nous avons fini sur une grande messe, le dimanche midi. Nous nous sommes tous dit au revoir, et tous les participants au week-end nous ont quittés.

Le soir, nous avons assisté aux huitièmes de finale de la coupe d’Afrique de football. Madagascar affrontait la République démocratique du Congo pour les huitièmes de finale. Et c’est Madagascar qui a gagné. C’est l’allégresse ici. Les Malgaches n’avaient jamais participé à la coupe d’Afrique de football. Non pas que les Malgaches ne sont pas bons en foot, simplement que leur gouvernement n’avait jamais dépensé l’argent nécessaire pour passer les matchs de qualification. Le nouveau président, élu depuis décembre, n’a pas hésité à mettre l’argent sur la table. Ici, tout le monde espère voir Madagascar aller le plus loin possible dans cette compétition, et qui sait, peut-être, gagner la coupe.

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