Voilà, nous y sommes, c’est la 22e semaine depuis mon arrivée à Madagascar. C’est la dernière semaine que je passe à Antsirabe. À partir du lundi deux septembre, j’irai à Tananarive. De là, mercredi matin je décollerai pour la France. Mais pour l’instant, c’est l’heure des au revoir. Au revoir aux Terreaux de l’espoir, et à Claire et Francisco qui m’ont si gentiment accueilli durant ces cinq derniers mois. Au revoir aux professeurs du collège Votsinapy, et tout particulièrement à Véronique, l’enseignante de français avec qui j’ai passé tant de temps. Au revoir aussi, et peut-être même surtout, aux élèves de l’école. Je ne sais pas si j’aurai la chance de les revoir un jour, mais j’espère qu’ils arriveront à passer leurs examens sans trop de difficultés.
Ce sera sûrement ma publication
la plus courte pour une semaine de temps passé dans ce beau pays. Mais qu’y
faire, mon cœur ne souhaite pas s’étendre en paroles inutiles. Les mots qu’il
me reste à prononcer ne sont pas pour ceux qui me lisent, mais pour ceux que je
quitte. Peut-être me faut-il, quelques heures durant, les garder encore comme
on garde un trésor jusqu’à leur dire enfin ce secret que je cache bien malgré
mon vouloir. Ces quelques mots qui pour moi semblent si sacrés je les ai gardés
trop longtemps sans jamais les donner. Aussi voudrais-je leur dire dans un
dernier instant ces quatre mots qui m’habite dès à présent : « Je vous ai
aimé ».
Ces deux derniers jours furent
particulièrement peu riches en événements. Lundi matin, je suis allé aux Terreaux
de l’espoir, comme à mon habitude, pour y travailler de mon mieux. Il ne me
reste que peu de temps à passer ici, et le projet que j’ai de creuser une
tranchée pour y planter des Titonias n’a pas encore débuté. Aussi, je m’y mets
avec ardeur. Le temps que j’y passe, malheureusement, ne me permet d’avancer
que de quelques mètres. Il reste encore bien du travail à accomplir, mais
j’espère consacrer plus de temps aux Terreaux de l’espoir la semaine prochaine.
Ainsi, peut-être arriverais-je au bout de mon projet.
Ce mardi après-midi, j’ai donné
un cours de français aux élèves de troisième de Votsinapy. Nous avons fait la
correction de l’examen blanc de la semaine passée. Il y a beaucoup de choses à
revoir, et je n’ai malheureusement pas le temps nécessaire pour permettre aux
élèves de progresser sur les différents points importants. J’espère seulement
que lorsque viendra l’examen leurs résultats seront meilleurs que ceux de la
semaine dernière. Beaucoup d’entre eux risquent d’être recalés si ce n’est pas
le cas. C’est malheureusement monnaie courante ici de voir des élèves avoir
trois, quatre ou cinq années de retard dans leurs études. J’aurais tant voulu
les aider davantage, mais le temps me manque.
Mercredi 21 août 2019 :
Aujourd’hui, Priscille et moi
fêtons notre départ. Pour moi, c’est assez surprenant, car je ne quitterais
Antsirabe que dans une dizaine de jours. Mais pour Priscille, c’est différent.
Demain sera son dernier jour ici. Alors, pour ne pas perdre de temps, nous
fêtons aussi mon départ.
Le matin, Priscille et moi
prenons le temps de préparer des gâteaux pour l’après-midi. À 16 heures, il
faut que tout soit prêt. Nous faisons un peu de rangement, et quelques
préparatifs pour que la fête soit belle. Je ne sais pas s’il y aura du monde,
et j’ai peur que nous en ayons un peu trop fait. Mais nous verrons bien.
Lorsqu’arrivent 16 heures
quelques Malgaches sont déjà présents. Des jeunes du quartier pour la plupart.
À 16h15, nous pouvons ouvrir la fête et accueillir tout le monde. Nous chantons
et dansons durant plus de deux heures. Les gens du voisinage arrivent les uns
après les autres. Ils sont plus d’une trentaine, finalement, à être venus nous
dire au revoir. J’en suis ravi. Priscille et moi prenons le temps de les
remercier chaudement de leur accueil et de toute la gentillesse dont ils ont
fait preuve à notre égard. Chacun d’entre nous reçoit en cadeau une très belle
chemise. Ce présent m’a particulièrement touché.
Mais les heures s’écoulent et le
soleil se couche. Nous devons maintenant nous quitter. Ce sont les derniers au
revoir pour Priscille. Demain sera son dernier jour ici, et elle n’aura pas le
temps de voir grand monde. Aussi, les derniers échanges sont assez poignants.
Chacun rentre chez soi. Nous
prenons notre repas et terminons cette belle soirée par un karaoké avec les
membres de la communauté.
Cette belle journée je ne suis
pas près de l’oublier de sitôt.
Jeudi 22 août 2019 :
Ce matin, dès l’aube, je me
prépare à partir pour les Terreaux de l’espoir. Bientôt, je devrais leur dire
au revoir. Cette seule idée me serre le cœur, mais que voulez-vous, je n’étais
ici que pour un temps seulement.
Mais pour l’instant, j’y vais
avec joie. La matinée entière, je continue à travailler à la tranchée que j’ai
commencée de creuser il y a quelques jours de cela. Je ne sais pas si
j’arriverai au bout avant de partir, mais je ferai de mon mieux. Le sol est dur
et mon Angady ne s’enfonce pas facilement. Cependant, à force d’efforts, je me
suis habitué aux mouvements de la manœuvre. Je vais déjà bien plus vite qu’à
mes débuts. Peut-être parviendrai-je au bout de ce travail…
Mais déjà, la matinée se termine.
Je rentre à la communauté du Chemin Neuf et y prends mon repas de midi. Après
cela, je prends un peu de repos bien mérité. Je n’ai pas l’habitude de travailler
physiquement et je trouve toujours cela un peu éprouvant. Je pense que c’est
une très bonne chose que je fasse du travail physique. À force de travail
intellectuel, j’en oublie ce que vit la majeure partie des hommes de notre
monde. C’est toujours utile de se recentrer sur ce qui est si naturel à
l’homme.
L’après-midi, je prépare le repas
pour la communauté. Aujourd’hui, ce sera un gratin de pâtes, et c’est moi qui
m’en charge. Il n’y a pas de lardons ici. Alors, j’ai commandé du lard. Mais il
semble que le boucher ne sache pas de quoi il s’agit. Il ne doit pas appeler
cette partie du porc de la même façon ici. Tant pis, je m’en retourne avec un
morceau de viande un peu gras à la maison. Je me débrouillerai avec. De retour
à la communauté, je fais de mon mieux pour la cuisine jusqu’à ce qu’arrive
l’heure du dîner. Mais, lorsque sonne sept heures nous avons le droit à une
petite surprise. Une famille de sept Malgaches vient d’arriver. Ils voudraient
que nous les logions pour la nuit et que nous leur servions à manger. Comme ce
sont des amis du père Henri, nous acceptons bien volontiers. Mais maintenant,
il nous faut préparer à manger pour sept personnes supplémentaires. Aussi, tout
le monde s’y met et en moins d’une heure un deuxième repas est prêt.
Les invités mangeront dans
l’appartement du premier étage. Et nous, comme à notre habitude, nous mangerons
dans la salle à manger au rez-de-chaussée.
En souvenir de ce moment, j’ai
pris une photo de mon gratin de pâtes.
Vendredi 23 août 2019 :
Je n’ai pas fait grand-chose
aujourd’hui, juste quelques petits travaux et un peu de cuisine. Cet
après-midi, alors que j’arrivais pour donner cours à Votsinapy, je me suis
aperçu que la cour de l’école était vide. Pas un enfant ni un professeur en
vue. Tout de même, après une petite minute d’attente, voici l’enseignante de
Français qui arrive. Elle se confond en excuses et m’explique que les élèves
ont mal compris ce qui leur avait été dit ce matin et que par conséquent ils ne
sont pas venus à l’école cet après-midi. Voilà qui devrait me surprendre, mais
après cinq mois passés à Madagascar j’avoue être habitué à ce genre de
déconvenue. Ici, j’apprends à remettre les choses à leur juste place, ce cours
est, d’abord et avant tout, important pour les élèves, mais pour moi-même cela
n’est pas essentiel.
Oui, ce n’est pas grave, mais
c’est tout de même bien dommage. Ici, il y a beaucoup de problèmes qui sont
graves. Souvent la vie des hommes est soumise aux caprices du destin. Alors, un
après-midi de cours qui n’aura pas lieu, ce n’est pas le bout du monde, même si
c’est gênant pour les élèves.
Samedi 24 août 2019 :
Encore une belle journée passée à
la cuisine. Oui, aujourd’hui c’est moi qui ai assuré la cuisine de la
communauté. Mais il n’y a rien d’extraordinaire à cela. En effet, nous ne
sommes plus très nombreux à la communauté depuis que, vendredi matin, beaucoup
de mes camarades nous ont quitté pour aller à Tananarive. Tout au plus, nous
étions deux pour le repas de midi et quatre pour celui du soir.
Alors, que dire du reste de ma
journée ? Rien de bien extraordinaire en somme. J’ai lu, je me suis reposé
et j’ai écrit pour moi-même. Un exercice qui m’est devenu, avec le temps, bien
agréable.
Dimanche 25 août 2019 :
Aujourd’hui, je n’ai pas
grand-chose de prévu. Simplement, Véronique, l’enseignante de Français du
collège Votsinapy, m’a invité au culte protestant de sa paroisse. Pour ceux qui
ne savent pas, un culte est, pour les protestants, l’équivalent d’une messe. J’ai
hâte de voir comment cela se passe chez eux. Je ne me suis jamais rendu dans
une église luthérienne.
À 9h45, je quitte la communauté.
D’après les indications que l’on m’a données, l’église ne devrait pas être très
loin. Je fais de mon mieux, et suis la route pavée que l’on m’a indiquée. Mais
déjà, 10 heures sonnent à mon téléphone. De toute évidence, l’église est
nettement plus loin que ce que j’avais prévu. Finalement, j’arriverai à
destination avec 10 minutes de retard. Ce n’est pas bien grave, mais c’est tout
de même dommage, car j’aurais souhaité être à l’heure. Pour moi qui suis
catholique, ne pas arriver à l’heure au culte m’apparaît comme une marque
d’irrespect. Mais Véronique, avec son habituelle simplicité, en rigole et
m’excuse bien volontiers.
La cérémonie dure deux belles
heures durant lesquelles se succèdent les chants de louange et les actions de
grâce. Bien évidemment, le pasteur fait son homélie, à peu près au milieu de la
célébration, comme le curé a l’habitude de le faire dans nos paroisses. Je ne
me sens pas trop dépaysé. Après tout, en dehors de quelques différences
dogmatiques, nous célébrons le même Dieu.
Lorsque je sors enfin, Véronique
me fait faire un tour de son quartier. Après quelques minutes, elle s’arrête un
instant pour me montrer sa maison que l’on aperçoit en contrebas.
Elle m’invite à passer chez elle
demain après-midi. Je ferai de mon mieux pour être à l’heure au rendez-vous,
cette fois-ci.
Je la salue et la remercie de sa
gentillesse.
Pour rentrer à la communauté, je
prends le bus qui m’y mène en moins de 15 minutes. Mais malgré la célérité du
conducteur, je suis un peu en retard pour le repas.
L’après-midi se poursuit sans
autre événement particulier. Je profite du temps qui passe, de ces quelques
jours encore à Madagascar. Et dans mes heures de méditation, je me remémore le
culte de ce matin. Non, vraiment, je ne suis pas près de l’oublier.
Pour ce beau début de semaine, je
n’ai pas grand-chose à partager. Simplement, cet après-midi, en me rendant aux Terreaux
de l’espoir, et après beaucoup de discussions avec Francisco, j’ai pris la
décision de planter une haie pour protéger les bananiers lors de leur
croissance. En effet, le vent d’hiver est en grande partie responsable de la
mauvaise croissance des bananiers. J’aimerais vraiment finir cette tâche avant
mon retour en France qui s’approche à grands pas. Comme il était prévu, je
reviendrai le 4 septembre 2019. J’essaie de ne pas trop y penser en ce moment.
Je ne sais, d’ailleurs, pas que dire sur le sujet. Serai-je ravi ou serai-je
triste ? Je serai probablement les deux. De fait, les amitiés que j’ai liées
ici, avec les membres de la communauté et du voisinage, vont beaucoup me
manquer. Mais je serai heureux de retrouver mon pays. Cependant, ces réflexions
ne sont pas à l’ordre du jour. Aussi, mieux vaut les chasser et m’accorder un
bon repos.
Mardi 13 août 2019 :
Cette journée me fut
particulièrement exécrable. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis
tombé malade depuis mon arrivée à Madagascar. Mais cette fois-ci est
particulièrement douloureuse. Entre le mal de crâne et les douleurs
intestinales, je suis cloué au lit. Décidément la nourriture de Madagascar ne
me convient pas. Je passerai l’ensemble
de ma journée au lit et ne prendrai qu’un repas léger le soir venu.
Mercredi 14 août 2019 :
Aujourd’hui, je vais déjà
beaucoup mieux. Les maux de ventre ne se sont pas encore complètement dissipés,
mais la tête est désormais libérée. Aussi, je descends de bonne heure et prends
le temps de partager un petit déjeuner léger avec mes camarades.
C’est avec joie que je participe
à l’office du matin, je n’en avais pas eu l’occasion hier et cela me manquait.
Après cela, je prends mon temps de service pour la matinée. Aujourd’hui,
j’aiderai encore à la cuisine. Rien de bien extraordinaire, mais je préfère
largement cela à rester cloué au lit.
Le midi venant, je prends mon
repas avec tout le monde. Je me sens vraiment en forme et j’espère pouvoir
reprendre une activité normale cet après-midi. J’avais prévu, avec le père
Gabriel, d’aller à la prison aujourd’hui. Je n’y suis toujours pas allé depuis
mon arrivée à Madagascar. Je souhaitais pourtant réellement rencontrer les
prisonniers, mais l’occasion ne s’est jamais présentée. Alors, pas question de
la manquer cette fois-ci. Je quitte la maison communautaire à 13h30 et prends
le bus pour me rendre à la prison. Un Malgache m’avait indiqué le numéro du bus
qu’il me fallait. Mais ce dernier fait un large détour avant de se rendre au
lieu de ma destination. Il aurait mieux valu que je prenne un autre bus, et que
je finisse le trajet à pied. Mais tant pis, ce qui est fait est fait. J’arrive
avec un peu de retard devant le centre pénitentiaire. Le bâtiment n’a pas l’air
si mal, vu de l’extérieur, mais je me demande bien ce que je vais trouver
derrière ces portes de métal. Je n’ai jamais visité de prison, ni en France ni
ici, mais je n’éprouve aucune crainte à cette première rencontre. Il faut un
début à tout, et visiter les prisonniers ne me déplaît absolument pas.
Un garde m’aborde et me demande
pourquoi je suis ici. Je lui en explique la raison et il s’empresse de m’ouvrir
la porte. On ne me demande pas de justificatif complémentaire, et le père
Gabriel, qui est déjà dans les bâtiments, vient lui-même me chercher au poste
de garde. Ce dernier me remercie d’être venu, et m’entraîne à sa suite dans la
prison. Passé le sas de sécurité, j’entre dans la cour. Plusieurs centaines de
prisonniers sont là à attendre je ne sais quoi. Mais on expliquera bientôt
qu’ils viennent pour une distribution de nourriture. Moi, je suis quelque peu
secoué. Je ne saurais trop vous expliquer pourquoi, mais il règne ici une
ambiance très pesante. C’est assez étrange, de ressentir cela et de ne pas
pouvoir mettre le doigt sur ce qui en est la cause.
Quelque peu pressé, je suis
toujours le père Gabriel qui, contournant un grand bâtiment, me conduit jusqu’à
une petite salle qui lui sert pour ses cours. Tous les prisonniers, ici
présents, me saluent avec beaucoup d’amabilité. À première vue, rien ne les
distingue des autres malgaches. Et pour cause, ce sont des hommes comme les
autres. Ils ont juste fait de mauvais choix, et peut-être n’en sont-ils pas
tous entièrement responsables. Tous assis derrière leur petite table, ils
finissent de recevoir un enseignement sur le dernier chapitre du livre de
Jonas. Avec le peu de temps qu’il nous reste, j’ai tout juste l’occasion de
donner mon ressenti sur le dernier verset. Chacun s’exprime tour à tour et
partage ses opinions. Les échanges vont bon train, mais bientôt il faut
arrêter. Les enseignements théologiques ne durent pas tout l’après-midi.
Gabriel enseigne aussi le dessin
aux prisonniers. Et c’est maintenant l’heure venue de nous y adonner.
Malheureusement, il y a très peu de participants aujourd’hui. Seuls deux hommes
sont venus prendre cours avec nous. Je fais de mon mieux, pour dessiner comme
eux, et l’heure passant nous partageons le fruit de notre travail. Cependant, nous
devons déjà nous dire au revoir. Ce temps à la prison fut pour moi trop court.
J’aurais voulu partager davantage avec eux, et je ferai tout mon possible pour
les revoir avant mon départ.
Jeudi 15 août 2019 :
C’est par un magnifique soleil
que s’ouvre ce 15 août, où beaucoup d’entre nous fêtent l’Assomption de la
vierge Marie.
Ici, c’est un jour de congé pour
toute la nation. Aussi, toute la communauté a décidé de partir en balade pour
fêter l’occasion. Nous retournons à la colline que quelques-uns d’entre nous et
moi-même avions grimpée le week-end dernier. Et c’est avec joie que je suis le
mouvement général, et dès 11 heures, la messe dite, prend le temps de me
harnacher pour cette petite expédition.
Lorsque nous arrivons au pied de
la colline il est déjà midi passé. Alors, nous prenons le temps de pique-niquer
à l’ombre des arbres. Nous nous sommes installés sur le bord d’un terrain de
golf, avec l’accord des propriétaires bien évidemment. Pour ces derniers, la
journée n’est pas fériée. Bien au contraire, c’est une journée où ils peuvent
s’attendre à avoir du monde. Nous, nous nous régalons d’un repas partagé
ensemble et, après un petit temps de repos, décidons de nous mettre en route.
La montée n’est pas bien longue,
mais est très agréable. Çà et là, on peut entendre le chant des oiseaux, le
bruit du vent dans les arbres, et parfois, dans le lointain de la plaine,
quelques bruits étranges qu’on a bien du mal à identifier tant ils sont
déformés par la distance.
Arrivés au sommet, nous prenons
un petit temps de prière. Moi, je discute avec le père Pierre. C’est le nouveau
chef de la communauté à Madagascar. Il a débarqué d’avion il y a quelques
semaines à peine, et son arrivée à Antsirabe est encore plus récente. Je lui
partage mon ressenti sur mes derniers mois à Madagascar, mes expériences, mes
hauts et mes bas. Lui m’écoute attentivement, et prenant la parole à son tour
me donne de très bons conseils. C’est vrai qu’il est temps que je réfléchisse.
Maintenant, j’arrive au terme de mon séjour ici. Dans un peu moins de trois
semaines, je serai de retour en France.
Maintenant, nous devons
descendre. En moins d’une heure, nous sommes de retour à la voiture. Certains
veulent rester ici, et continuer à profiter de l’après-midi. Tandis que moi, je
préfère rentrer à la maison. J’ai bien des choses à faire avant de quitter ce
pays, et beaucoup d’entre elles nécessiteront encore bien du temps de travail.
Vendredi 16 août 2019 :
Ce vendredi matin, je n’ai rien
fait d’extraordinaire. Nous devions aller à la rizière, Laure-Elise et moi,
mais, faute de temps pour nous y rendre, je suis resté à la maison pour faire
du ménage.
L’après-midi venant, je suis
parti pour Votsinapy. La professeure de français m’avait demandé de passer pour
donner un cours. Tout du moins, c’est ce que j’avais compris. Mais arrivant sur
place, je constate que les élèves sont toujours en examen. En ce moment, ils
passent leurs devoirs d’Anglais. La professeure de français me reçoit très
aimablement. Elle est, de toute évidence, extrêmement ravie que je sois là.
Moi, je m’attends à faire surveillant pour cet examen. Mais en fait, l’enseignant
de français attend de moi que je lui donne une correction type de l’examen que
les élèves ont passé cette semaine. Je comprends mieux maintenant les raisons
de ma présence, et j’accepte avec joie sa requête.
Je m’exécute de mon mieux, mais
je suis très surpris, car le sujet est étonnamment difficile. Il y a beaucoup
de mots très techniques, et bien qu’ils ne me posent pas le moindre problème je
pense que les élèves ont dû trouver le sujet particulièrement ardu.
Une fois la correction du sujet
de Français accomplie, je m’attaque au sujet d’anglais que les élèves sont
justement en train de faire. Finalement, j’aurai fait les deux sujets durant
cet examen. Je vous avoue que cela me fait un petit peu sourire de repasser des
examens de ce niveau, mais la circonstance pour moi et pour les élèves est bien
différente. Il n’y a pour moi aucun enjeu à cet examen. Sauf peut-être, le
risque de blesser un peu mon amour-propre au cas où je viendrais à faire une
erreur. Mais à première vue, mon travail en est exempt.
La fin de l’examen approche, et
les derniers élèves rendent leur copie. Il est temps pour moi de dire au revoir
à la professeure de français, et de rentrer à la communauté du chemin neuf pour
y passer la nuit.
Samedi 17 août 2019 :
Voici une bonne journée de repos
et de détente.
Ce matin, j’ai encore un peu aidé
en faisant de la plomberie à la maison communautaire.
Le repas de midi terminé, je dis
au revoir au père Gabriel. Je ne le reverrai plus avant mon départ de
Madagascar. Durant ces quelques mois passés ensemble, j’avais lié avec lui une
belle amitié. La séparation est un peu difficile, mais que voulez-vous, la vie
est ainsi faite. Peut-être le recroiserai-je un jour ou l’autre.
L’après-midi, je l’ai consacré à
faire un peu de shopping. Je n’en ai que rarement eu l’occasion depuis mon
arrivée, et il me faut bien ramener quelques souvenirs de mon séjour ici. Pour
moi-même, j’achète du poivre noir. C’est une épice typique de Madagascar et il
a ici un goût bien plus savoureux qu’en France. Pour mes amis… mais cela est un
secret. Il me faut bien garder quelques surprises.
Dimanche 18 août 2019 :
Ce dimanche est un jour de repos.
Le matin, je le consacre à me détendre. Nous prenons, bien entendu, le temps
d’aller à la messe, avec sœur Laure-Elise, à la maison de retraite.
Cela étant fait, nous allons
prendre notre repas dans un restaurant que nous ne connaissons pas encore.
C’est une assez belle découverte, mais ce n’est pas le meilleur restaurant que
j’ai essayé ici du point de vue du rapport qualité-prix.
L’après-midi venant, nous allons
assister à un match de basket auquel participe une des enfants de notre
quartier. Je ne connais pas bien les règles de ce sport, mais le spectacle est
agréable. Johanna, la jeune fille pour laquelle nous sommes venus, fait de son
mieux. Mais malgré tous ses efforts, son équipe perd le match. Nous rentrons un
peu tristes à la communauté, mais ce n’est qu’un début pour Johanna. Elle ne
pratique intensément le basket que depuis quelques mois. Je suis sûr qu’elle
progressera très vite.
Quelques petits événements
viennent ponctuer le reste de l’après-midi jusqu’à l’arrivée de la soirée. Mais
dans l’ensemble, rien qui vaille la peine d’être conté. Les heures qui
s’égrènent je les passe à me reposer, à lire et à jouer avec mes camarades.
Lundi fut une journée assez
reposante. J’ai passé tout mon temps à compléter les recherches que j’avais
initiées jeudi et vendredi pour l’alimentation électrique de la rizière de la
communauté. Mais à la fin de la journée, mes conclusions étaient bien moins
optimistes que vendredi soir. Je n’avais pas encore chiffré le coût des
batteries pour l’installation. Or, il se trouve que c’est de loin le poste le
plus coûteux. Les batteries représentent, en effet, entre 70% et 80% du coût
global de l’installation. On ne peut pas dire que ce soit une bonne nouvelle.
Du fait, j’ai demandé un rendez-vous téléphonique avec la personne plus
compétente que je connais sur le sujet. Peut-être pourra-t-elle me guider vers
des solutions moins coûteuses…
Mardi matin, j’ai fait pour la
première fois des achats à Madagascar. Certains pour moi-même, et d’autres pour
offrir. Aussi, je n’en mettrais pas les photos ici… Rien de très extraordinaire
dans ces achats, mais des petits objets qui permettent aux hommes et femmes du
pays de vivre de leur travail. Je ne voulais rien acheter d’autre, rien qui
soit superficiel, rien qui ne soit utile, mais seulement encore un dernier
geste donné…
L’après-midi, j’ai enseigné à
Votsinapy. Les élèves ayant passé leurs examens de français la semaine
dernière, nous en avons fait la correction aujourd’hui. Enfin… je devrais
plutôt dire que nous avons débuté la correction. Il y a encore beaucoup à faire
et nous ne la finirons que vendredi. Les élèves manquent d’attention
aujourd’hui, mais comment le leur reprocher ? Tous les autres élèves de la
ville sont en vacances, alors qu’eux doivent encore travailler jusque septembre
pour leurs examens. En plus de cela, l’enseignement d’aujourd’hui n’était pas
comme les autres puisqu’il s’agissait d’une correction. Bref, de tout cela il
résultait une ambiance peu studieuse. Mais dans l’ensemble le cours s’est bien
passé. Je commence à m’habituer à ce travail, mais je doute pouvoir y trouver un
épanouissement pour ma vie entière…
Le soir venant, avec quelques
amis de la communauté, nous sommes allés prendre un repas dans une pizzeria en
centre-ville. C’était copieux, et très bon. Nous y avons passé deux heures et
ne regrettons pas d’être venus ici. Cela fait du bien de sortir de temps en
temps. Moi, je pense que j’avais bien besoin de me détendre et que cette sortie
m’a fait le plus grand bien.
Mercredi 7 et jeudi 8 août
2019 :
Deux belles journées de détente
pour moi. Enfin… presque. Dans les faits, je passe chacun de ces deux jours au
service de la mission Cana. Je me charge de l’intendance, et gère une partie
des repas de la communauté et des invités pour la cession. Cependant, il n’y a
pas de quoi en faire un plat, je n’ai pas grand-chose à faire durant ces deux
jours. Aussi, je profite de mon temps libre pour me reposer et lire un peu. Un
loisir que je n’avais guère eu le temps de pratiquer ces dernières semaines.
Vendredi 9 août 2019 :
Ce vendredi fut plus actif que
ces deux derniers jours. Le matin, je consacre quelque temps à la préparation
de mon cours de l’après-midi. En effet, je vais finir la correction du devoir
de Français de la semaine dernière devant les élèves. J’ai déjà préparé un
petit texte, mais je cherche la façon de le présenter. Je fais au mieux, et lorsque
midi arrive je pense être prêt.
N’ayant rien de bien important à
faire ce midi, nous avons prévu de sortir avec quelques Français arrivés à
Madagascar depuis peu. Nous profitons du temps que nous avons entre midi et
deux pour aller au restaurant. Ce dernier s’appelle « chez Jenny ».
Le repas est délicieux, mais pas très copieux. J’aurais vraiment aimé manger
davantage, mais heureusement pour moi nous avons la chance de profiter d’une
très belle vue durant notre repas. Alors pour moi, cela vaut largement la peine
d’être venu.
Déjà arrive l’heure de faire
cours. Je suis de retour à Votsinapy et les élèves m’attendent avec impatience.
Je craignais d’arriver en retard, faute d’avoir quitté le restaurant à temps, mais
en fait je suis juste à l’heure. Je commence le cours en terminant les
dernières questions qui n’avaient pas été traitées mardi dernier. Les élèves
hésitent un peu sur la dernière question, aussi je me charge de les aider. Mais
pas question de leur donner la réponse sans les faire réfléchir. Ils doivent y
arriver tout seuls. Compte tenu des mauvais résultats aux examens de la semaine
dernière, un nouvel examen va avoir lieu la semaine prochaine. J’aimerais
qu’ils comprennent leurs erreurs pour pouvoir progresser au plus vite.
Les questions de compréhension de
texte étant traitées, je m’attaque à la rédaction de l’expression écrite. Je
demande d’abord si l’un d’entre eux souhaite lire le texte qu’il a écrit le
jour de l’examen. Bien évidemment, aucun ne le souhaite… C’est dommage, je
crois que plusieurs d’entre eux seraient tout à fait intéressants à analyser.
Malheureusement, nous n’avons guère de temps, et les élèves ne se sentent
vraiment pas prêts à partager leur travail. Aussi, je donne pour exemple le
texte que j’ai préparé. Bien que j’aie essayé de faire simple, il y a un bon
nombre de mots que les élèves ne comprennent pas. Je me charge de leur
expliquer tout le nouveau vocabulaire. Je remarque que plusieurs d’entre eux ne
prennent pas de note sur ce dernier point. J’essaie de leur expliquer pourquoi
il est important de prendre des notes sur le vocabulaire. Malheureusement, je
ne suis pas sûr que la plupart d’entre eux souhaitent réellement progresser en
français. Oh… tous voudraient bien faire des progrès en français, mais rares
sont ceux qui sont prêts à travailler pour cela. Je me rappelle que moi-même,
j’aurais bien aimé progresser très rapidement en anglais lorsque j’étais au
collège. Mais, je n’étais pas prêt à y consacrer le temps nécessaire. C’est
probablement l’un des plus gros problèmes lorsque l’on enseigne. Savoir de quoi
les élèves ont réellement besoin, et ne pas pouvoir leur donner parce que cela
dépend presque uniquement d’eux. Enfin bon… peut-être que certains seront tout
de même touchés par mes propos.
Quoi qu’il en soit, le cours se
termine très bien. J’ai pu expliquer tout le vocabulaire méconnu et les raisons
de la structure de mon texte. J’ai pu leur donner des synonymes pour chaque mot
compliqué. Ainsi, ils ont pu prendre conscience qu’il n’était pas nécessaire de
connaître tous les mots complexes de la langue pour écrire le même texte.
J’espère que cela les aidera, mais le mieux serait pour moi de leur faire faire
des expressions écrites à chacun. Ainsi, je pourrais les corriger
personnellement dans leurs propres difficultés. Mais avec une caisse de 60
élèves, je n’ai vraiment pas le temps.
Réfléchissant à comment je
pourrais améliorer mon cours pour la prochaine fois, je dis au revoir aux
élèves. J’espère que le résultat des examens de la semaine prochaine sera bien
meilleur.
Samedi 10 août 2019 :
Ce matin, j’ai de nouveau
participé à la cuisine pour la communauté. Et cet après-midi, je suis sorti
avec Priscille et deux autres malgaches pour faire quelques courses.
De fait, Priscille a acheté un
lambahoany (un tissu que l’on enroule autour de la taille comme un pagne),
Roselyne un joli chapeau, et moi j’ai fait comme elle. Après cela, nous avons
marché un peu et pris le temps d’acheter une glace. Je vous laisse admirer la
photo.
Dimanche 11 août 2019 :
Ce dimanche, nous avons pris la
décision d’aller nous promener avec le père Gabriel et Priscille. Alors, dès le
début de la journée, nous nous préparons à partir. Comme le père Gabriel doit
célébrer une messe dans un couvent, au sud d’Antsirabe, nous l’accompagnons
avec la R5 de la communauté. Arrivés sur place, nous nous inquiétons d’une
légère odeur au niveau du moteur. Nous descendons et, après avoir salué tout le
monde, nous faisons une rapide inspection de la voiture. Et bien entendu, nous
constatons qu’il n’y a plus de liquide de refroidissement. Alors, pendant que
le père commence à prier avec le reste de l’assemblée, Priscille et moi
essayons de réparer la panne. Une des durites du système de refroidissement à
une fuite. Nous la colmatons du mieux que nous pouvons en déplaçant les
colliers et en les resserrant au maximum. Nous remettons du liquide de
refroidissement (de l’eau pour être plus précis, car à Madagascar seuls les
très riches utilisent du liquide de refroidissement). Je démarre le moteur de
la voiture et fais tourner un petit peu. La première fuite semble être
colmatée, mais une deuxième fait son apparition. Nous procédons de même pour
réparer la deuxième fuite, et lançons à nouveau le moteur. La deuxième fuite
semble être réparée, mais une troisième vient vite calmer notre joie… une fois
ces dernières réparées, c’est la première réparation qui semble céder. Cela
commence à devenir vraiment pénible, mais un Malgache de la communauté vient
nous aider. Il nous propose une chambre à air pour colmater la première fuite.
Nous l’acceptons avec joie, et tentons cette méthode de réparation.
Pendant ce temps, la messe a déjà
commencé. Et Priscille et moi arrivons un petit peu en retard. Ce fut une belle
messe. Et lorsque nous devons partir, les religieux du couvent nous proposent
de rester manger avec eux. Nous devons cependant décliner, afin de pouvoir
réaliser le projet qui nous tenait à cœur aujourd’hui.
Avant le départ, nous revoyons un
peu l’état de la voiture et des réparations effectuées avec le père Gabriel.
Nous apportons quelques retouches complémentaires, et prenons la voiture pour
Antsirabe.
Arrivés en ville, nous prenons le
temps d’un bon repas au restaurant « chez Billy ». C’est la deuxième
fois que je viens ici, et les plats sont vraiment délicieux et abondants.
Après cela, nous nous rendons
chez Éric, un ami de la communauté, chez qui nous laissons la voiture de peur
qu’elle ne nous claque entre les doigts. Par chance, ce dernier habite juste à
côté de la colline sur laquelle nous comptons grimper cet après-midi.
Trois de ses enfants ont décidé
de nous accompagner pour la marche. Lorsque nous grimpons, nous prenons le
temps de réciter un chapelet, tantôt en Français, tantôt en Malgache. Et
lorsque nous arrivons enfin en haut de la colline, nous avons le plaisir
d’apprécier le paysage et de réciter une prière à Marie.
Sur ces beaux instants se finit
ma semaine à Madagascar.
Ce lundi, la journée fut bien
remplie. Me levant d’assez bonne heure, je passe un coup de fil à l’association
des sécheurs de fruits de Madagascar. Mais malheureusement, personne ne me
répond. Je pense qu’ils doivent être très occupés, mais cela me gêne tout de
même un peu. N’hésitant pas bien longtemps, je prends la décision de me rendre
sur place. Je sais bien qu’ainsi, je risque d’être dans la même situation que
la semaine dernière, ne trouvant personne pour me recevoir. Mais qu’importe,
j’ai déjà trop patienté.
Je prends le bus pour me rendre
sur place. Quarante-cinq minutes sont nécessaires pour arriver à destination.
Ici, prendre le bus est à peu près deux fois plus rapide que de faire le trajet
à pied. Ce n’est pas une performance extraordinaire, mais c’est tout de même
très appréciable. Les bus ne sont pour rien dans les ralentissements du trajet,
c’est l’état de la chaussée et de la circulation qui crée des difficultés.
Enfin bon, depuis quatre mois que je suis ici, je me suis fait à ces petits
désagréments.
J’aimerais bien sonner à la
porte, mais il n’y a pas de sonnette, aussi j’entre dans les locaux. Je salue
la première personne que je rencontre, et lui explique mon problème. Elle me
reçoit très chaleureusement, et me rassure très vite en me disant que la
responsable de la transformation des produits agricoles est présente
aujourd’hui. Ouf, je ne suis pas venu pour rien. Je vais enfin pouvoir la
rencontrer.
Nous discutons tous les deux,
durant près d’une heure. J’apprends très vite que la commercialisation des
fruits séchés n’est pas extraordinaire à Madagascar. Il vaut mieux compter sur
le commerce international pour cela. Il y a trop peu de débouchés ici. C’est
assez embarrassant, mais peut-être pourrons-nous trouver un arrangement avec
l’association pour le commerce international. Quoi qu’il en soit, le reste de
la conversation est beaucoup plus intéressant. L’association est prête à
acheter une partie de la production des Terreaux de l’espoir. Tant dans le
domaine des produits agricoles que des produits laitiers. Voilà un nouveau
débouché potentiel pour l’association. J’en discuterai cet après-midi avec
Claire pour voir si elle peut être intéressée.
Nous finissons par nous dire au
revoir, car nous avons fait le tour de la question. Une heure plus tard, je
suis de retour à la communauté. Il me reste encore un peu de temps avant midi,
alors je le consacre à aider comme je peux.
L’après-midi, je me rends aux
Terreaux de l’espoir. Je parle durant plusieurs heures avec Claire de tout ce
que j’ai fait, vu et discuté ce matin. Elle n’est que modérément intéressée.
Dans l’état actuel, les Terreaux de l’espoir n’ont pas de difficultés à écouler
leurs stocks. Je lui parle de la possibilité d’augmenter la production, puisque
nous aurions de nouveaux acheteurs potentiels. Mais elle m’explique
qu’actuellement il n’est pas possible d’augmenter la production. Alors nous
faisons le tour du sujet. Je pose diverses questions, et au bout d’un moment un
problème revient en boucle. Nous n’avons pas l’infrastructure pour l’irrigation
nécessaire à l’augmentation de la production pour la zone agricole. J’aurais
aimé le savoir plutôt, mais voici que le constat est fait. Pour moi, il n’est
pas question d’en rester là. Je vais étudier diverses solutions pour remédier à
ce problème.
Je dis au revoir à Claire, car
est venu pour moi le temps de rentrer à la communauté. Déjà, le soleil se
couche à l’horizon. Je n’aurais plus le temps de faire grand-chose ce soir.
Mardi 30 et mercredi 31
juillet 2019 :
Peu de choses méritent d’être
racontées pour ces deux derniers jours. Simplement, alors que je me rendais à
Votsinapy pour donner un cours de français, je suis tombé nez à nez avec
l’enseignante de la matière. Elle s’est confondue en excuses, car en fait, il
n’y a pas de cours cette semaine à l’école. Les élèves sont en examens blancs
et aucun des enseignements que je devais donner n’aura lieu. Je suis assez
surpris, mais je commence à en avoir l’habitude. Depuis que je suis arrivé ici,
plus de la moitié des rendez-vous qui m’avaient été posés par des Malgaches se
sont retrouvés annulés à la dernière minute. Généralement, c’est en me rendant
sur place que je découvrais qu’ils étaient partis faire autre chose sans m’en
avertir. J’avoue avoir eu quelques difficultés sur ce point à mes débuts. Mais,
comme je suis ici en tant que bénévole, je n’ai pas de pression. Par
conséquent, la chose m’a toujours été assez supportable même si j’apprécierais
qu’il en soit autrement.
Qu’importe, en ce jour j’ai eu la
chance de pouvoir discuter un peu avec les élèves et j’ai même pris quelques
photos avec eux.
Jeudi 1er août 2019
:
Je n’ai pas souvent eu l’occasion
d’être aussi satisfait de ma journée depuis que je suis arrivé à Madagascar.
Aujourd’hui, j’ai eu beaucoup de choses à faire, mais je ne souhaite pas
m’étendre sur le sujet. Aussi, je ne serai pas bien long.
Depuis maintenant quelques
semaines, je suis informé du projet de la communauté du Chemin Neuf de mettre
l’électricité dans les bâtiments de la rizière. Là-bas, une famille vit déjà
sans avoir accès à ce qui nous semble si naturel en France. Il faut savoir qu’à
Madagascar 75 % de la population n’a pas accès à l’électricité. Et parmi ceux
qui y ont accès, la plupart n’ont qu’une lampe ou deux pour éclairer leur habitation.
Aussi, il y a beaucoup à faire. Et de mon côté, j’étudie la possibilité d’une
alimentation par panneaux photovoltaïques. Alors, j’y ai consacré toute la
journée. Et maintenant que le soir arrive, je me rends compte qu’il me reste
encore beaucoup à faire. Mais, j’ai déjà fait le tour d’une bonne partie de la
question.
Vendredi 2 août 2019 :
Ce matin, j’ai de nouveau
consacré mon temps à l’étude de la solution pour mettre l’électricité à la
rizière. J’y vois un peu plus clair maintenant, et je pense que la chose sera
tout à fait faisable. Elle devrait même être rentable. Mais il faudra plusieurs
années pour amortir l’investissement.
De ces deux derniers jours, je
n’ai pas grand-chose à raconter. Le temps a filé à l’ombre de quelques
activités bien peu propices à la narration. Un peu de travail pour la
communauté, beaucoup de temps de détente. Voilà le résumé de ce doux week-end.
C’est au cours de ce week-end que
la communauté a fêté mon anniversaire.
Et j’ai beau chercher, mais ne
trouve pas, à dire plus beau qu’un simple merci, pour ces derniers moments.
J’ai un projet, depuis quelque
temps déjà, de voir si le séchage des fruits pourrait être une opportunité
viable pour le développement des Terreaux de l’espoir. Et, par une curieuse
coïncidence, j’ai appris qu’au sud d’Antsirabe une association s’est justement
développée sur le sujet. Aussi, aujourd’hui, j’ai pris la décision d’aller les
rencontrer.
Je me presse un peu, et supporte
les 45 minutes de bus, qui me mènent à destination, sans trop de difficultés.
Je marche encore un peu, le terminus du bus n’étant pas juste à côté de
l’association, et arrive enfin à destination. J’arrive à l’accueil, et discute
avec la personne de garde. J’apprends bien vite qu’aucun des responsables n’est
présent aujourd’hui. Ils ne reviendront que demain. Dommage pour moi, mais je
commence à avoir l’habitude. À Madagascar, on se déplace souvent sans avoir
passé un coup de fil, les gens du pays n’étant guère joignables.
Je reprends le bus en sens
inverse et reviens juste à temps pour la messe.
L’après-midi est consacré à la
détente.
Mardi 23 juillet 2019 :
Je me sens en pleine forme.
Une fois encore, certain de
trouver quelqu’un pour m’accueillir, je retourne à l’association des sécheurs
de fruits. Mais une fois sur place, pas moyen de trouver qui que ce soit. Après
quelques recherches, je rencontre enfin quelques personnes travaillant dans un
des bâtiments à l’écart. Je leur demande s’ils savent où trouver les
responsables de l’association et ils me répondent que ces derniers ne seront
pas ici avant vendredi. J’éprouve une certaine lassitude, ce n’est pas la
première fois que l’on me donne de mauvais renseignements quant aux allées et
venues du personnel à Madagascar. Généralement, les gens qui en parlent n’en
savent absolument rien. Mais pourquoi alors leur faut-il impérativement me
donner une réponse ? La question me trotte dans la tête durant plus d’une
heure après mon retour à la communauté. Aussi, n’en pouvant plus, je me confie
au père Gabriel. Lui m’explique très brièvement que les Malgaches ont assez
peur des blancs. Nous les impressionnons bien malgré nous. Ce n’est pas facile
d’établir des relations de confiance dans un contexte si tendu.
Les heures passent et je me
calme. Cet après-midi, je vais aller aux terreaux de l’espoir. Sur place, j’ai
découvert un bien agréable spectacle. Le terrain est dégagé de toutes ses
herbes folles. Les trous pour les arbres fruitiers sont creusés. Les bananiers
ont été travaillés et leur sol retourné. Bref… tout va pour le mieux.
Mais je ne vois aucune trace de
Claire et Francisco. Je les cherche un peu, avant de me souvenir qu’ils sont en
vacances cette semaine. Ils m’en avaient parlé avant de partir. Il n’y a pas de
quoi s’affoler. Je reviendrai la semaine prochaine.
Je rentre à la communauté après
avoir passé en revue l’ensemble du travail accompli. Je n’espérais pas voir
tant de travail réalisé en si peu de temps.
Cet après-midi m’a beaucoup ravi.
Je ne peux dire ma joie devant l’avancement des travaux aux Terreaux de
l’espoir. Reste à appliquer la méthode d’enrichissement des sols dont je vous
avais parlé il y a quelques semaines et tout sera prêt pour plusieurs années.
Mercredi 24 et jeudi 25
juillet 2019 :
Sur ces deux derniers jours, je
n’ai pas grand-chose à dire. Je pourrais bien parler de petites choses sans
grande importance. Comme les repas que j’ai préparés, les petits services que
j’ai rendus, mais tout cela, je ne souhaite plus tellement en parler. En fait,
ces derniers jours pour moi furent des moments de repos. Me contentant de faire
des services au sein de la communauté j’ai apprécié le temps qui passait sans
me soucier de l’avenir.
Je pense que j’en avais bien
besoin. Et de toute façon, très bientôt, les activités vont reprendre avec
beaucoup d’intensité.
Vendredi 26 juillet 2019 :
Ce vendredi déjà, le travail
reprend. Dès le matin, je consacre une petite heure à mettre en forme deux
lettres que j’envoie à des amies en France. J’espère qu’elles les recevront
bientôt, car cela fait bien longtemps que je ne leur ai pas écrit bien que le
leur ayant promis.
À neuf heures, je suis à Votsinapy pour donner un cours de
français. Les élèves m’accueillent avec le sourire, et je le leur rends bien
volontiers. C’est toujours un régal de venir enseigner ici, les Malgaches sont
si gentils. Mais à ma grande tristesse, aucun d’entre eux n’a fait l’exercice
que je leur avais donné il y a deux semaines. C’est très difficile d’obtenir un
travail régulier des élèves à Madagascar. En fait, c’est déjà assez difficile
en France, mais je pense que la situation familiale n’aide vraiment pas ici.
Qu’à cela ne tienne ! Ils ont simplement besoin que je leur fasse cours
aujourd’hui. Alors je fais de mon mieux pour les aider. Mon cours d’aujourd’hui
porte sur la structure de la lettre en français. Nous réalisons un exemple type
de rédaction, tous ensemble, durant 2h30. Les élèves sont attentifs et
participent un peu. J’ai vraiment du mal à les faire parler. Ils sont vraiment
très timides. Beaucoup d’entre eux disent ne pas avoir d’idée, mais dans le
fond je sais que c’est simplement la peur qui les empêche de parler.
Le cours se termine et il est
temps pour moi de dire au revoir aux élèves. Je reviendrai l’après-midi pour
donner un cours similaire à la classe voisine.
De retour à la communauté,
j’assiste à la messe, et mange avec appétit le repas qui m’est donné. Je prends
un peu de temps pour parler avec mes camarades. J’ai bien besoin de faire une
petite pause avant de reprendre les cours. Mais déjà, 14 heures sonnent. Il est
temps d’aller enseigner.
Je donne aux élèves le même cours
que celui donné ce matin à l’autre classe. Les élèves sont un peu moins
attentifs cette fois-ci. Mon cours est le dernier de la semaine et je pense
qu’ils ont hâte de partir en week-end. Ils ont du mal à se concentrer, et
moi-même j’éprouve quelques difficultés à leur faire cours. Donner le même
enseignement, deux fois dans la journée, me fait prendre conscience des lacunes
du matin. Alors, j’en profite pour progresser et leur faire un cours de
meilleure qualité.
La journée se termine et les cours
avec elle. Je salue bien aimablement les élèves à mon tour et quitte la salle
pour rentrer à la communauté.
Le soir venant, j’accompagne le
père Gabriel pour un sacrement qu’il doit donner. Éric, un membre de la
communauté, a un cousin alité à l’hôpital. Nous allons lui donner le sacrement
des malades. Il en a grand besoin. Il a subi cinq massages cardiaques en deux
jours. Sa vie est en danger et nous prions tous pour le voir rester parmi nous.
Lorsque nous arrivons à son
chevet, il semble n’être pas trop mal étant donné son état. Le père Gabriel
discute un peu avec lui puis lui administre le sacrement des malades. Moi, je
suis là et je prie. Je me sens bien faible à aider cet homme. C’est souvent
comme cela quand on fait face à la maladie. Et c’est probablement pourquoi elle
nous retire tant d’espoir. Face à elle, nous sommes faibles, impuissants,
maladroits en gestes comme en paroles. Mais le plus important pour les
personnes souffrantes est sûrement de rester présent à leurs côtés.
Samedi 27 et dimanche 28
juillet 2019 :
Deux belles journées de repos.
Samedi, j’ai même eu la maison pour moi tout seul durant pratiquement huit
heures. J’ai pu me détendre, trier quelques-unes de mes photos, et lire un peu.
De fait, je relis la semaine que je viens de passer. De toute évidence, il y a
eu très peu d’activités ces derniers temps. Non pas que cela me déplaise,
j’avais bien besoin d’un peu de repos, j’espère seulement que cela ne durera
pas.
Demain matin, j’ai prévu d’aller
voir l’association qui sèche les fruits. J’espère qu’ils seront là pour me
recevoir. Je n’aimerais pas avoir à réitérer les expériences de lundi et mardi.
Maintenant que j’y pense, il serait tout de même plus prudent que je les appelle,
demain matin, avant de partir chez eux. J’espère que cela se passera bien,
j’attends beaucoup de cette rencontre. Peut-être un peu trop d’ailleurs, mais
que voulez-vous, après quatre mois passés ici j’espère vraiment arriver à faire
quelque chose d’utile pour les Terreaux de l’espoir. Claire et Francisco sont
tellement gentils, et les enfants de l’orphelinat ont tellement besoin d’aide.
Dans l’état actuel, le plus difficile pour eux est de trouver des débouchés
pour les jeunes adultes. Peut-être arriverai-je à créer un nouveau poste de
travail pour l’un d’entre eux.
Cette nouvelle semaine va être
centrée sur la colonie de vacances que nous accueillons. Les Français qui sont
arrivés hier sont encore assez malades. Certains, qui n’avaient développé aucun
symptôme jusqu’à présent, commencent à manifester les premiers malaises. Nous
pensons qu’ils ont tous été victimes d’une intoxication alimentaire. Mais rien
de très grave, tous se remettent petit à petit.
Ce jour, nous avons fait
connaissance, et commencé à organiser la colonie de vacances. Nous avons tous
été répartis en groupe, et nous aurons la charge de différentes classes
d’enfants durant le reste de la semaine. Moi, je serai avec les CM1.
Les préparatifs continuent
jusqu’au soir. Et à 22h30 prend fin la dernière réunion d’information de la
journée.
Mardi 16 juillet 2019 :
Aujourd’hui commencent les choses
sérieuses. Pas question de lambiner. Petit déjeuner à sept heures, départ pour
l’école publique primaire à 7h30, et début de l’animation à huit heures. Car,
je le précise : la colonie se déroule dans les locaux de l’école publique
primaire qui nous prête ses bâtiments.
Ce matin, nous faisons
connaissance avec les enfants dont nous avons la charge. Moi, je commence à
être habitué à l’apparence des Malgaches. Mais pour les Françaises et les
Français qui m’accompagnent, c’est une surprise de voir à quel point les
Malgaches font plus jeune que leur âge.
Nous commençons par des chants et
danses. Je dois assurer l’animation de la colonie, et faire jouer les
enfants durant des heures. Nous faisons des dessins, du coloriage, des
scoubidous et des bracelets en laine. Les enfants semblent apprécier ces
distractions.
L’après-midi venu, il est temps
de passer à des activités plus sportives. Je propose de faire un foot, car
plusieurs enfants m’en ont demandé la permission. Tout le monde est ravi, même
les filles. Alors, nous faisons un match, avec deux équipes de 20 joueurs. Et
compte tenu de la petitesse du terrain, je vous assure que cela fait de belles
mêlées. L’arbitre fait de son mieux pour que tout se passe bien, et aucun problème
majeur ne survient.
Les heures s’écoulent et bientôt
nous devons rentrer. Il n’est que 15 heures de l’après-midi lorsque nous
mettons fin à la colonie de vacances pour la journée. Je n’étais pas au courant
du détail de l’organisation, et je pensais que notre animation durerait
jusqu’au soir. Mais il n’en est rien. Déjà, nous rentrons à la communauté pour
le goûter de 16 heures.
Mercredi 17 et jeudi 18
juillet 2019 :
Les journées se suivent et se
ressemblent, sans pour autant être les mêmes.
Ce mercredi 17, nous avions
beaucoup de travail en perspective. J’ai participé activement à la colonie de
vacances, en donnant tout mon temps aux enfants et à leur encadrement. Les
enfants jouaient allègrement. Comme tous les enfants, ils ne nettoyaient pas
leur terrain de jeux et ne se respectaient pas beaucoup ayant tendance à se
bagarrer. Ils sont pareils sous toutes les latitudes. Mais la journée fut
belle.
Il nous avait été demandé, à
partir de ce jour, de ne plus encadrer les élèves. Seuls les jeunes Français et
les jeunes Malgaches encadreraient désormais les enfants de la colonie. Nous,
nous resterons en retrait, et nous nous contenterons d’être des référents en
cas de problème. Pour moi, c’était assez dur à supporter au début, mais j’ai
fait avec. Au cours de la journée, n’ayant rien de mieux à faire, je me suis
mis à ramasser tous les papiers qui traînaient çà et là. J’ai pris le temps de
nettoyer les classes, et de tout remettre à leur juste place. Ce qui m’a le
plus étonné c’est que, me voyant faire ainsi, les élèves se sont naturellement
mis à faire de même. Ils m’ont aidé à ramasser les papiers dans la cour, et à
nettoyer les classes. J’ai vraiment que l’on peut réellement diriger des
personnes par l’exemple. Ce ne sont que des enfants. Ils ont encore tout à
apprendre.
Il faut rentrer à la communauté.
Cette belle journée de jeudi s’est terminée par un temps de réconciliation, où
nous avons pu tous prier ensemble. Parmi les jeunes Français, beaucoup ne sont
pas pratiquants, ou même croyants. C’est assez difficile pour eux de se
retrouver dans une communauté chrétienne, avec tous ces offices et ces
célébrations. J’espère pour eux que malgré les difficultés, ils passent un
merveilleux séjour.
Vendredi 19 et samedi 20
juillet 2019 :
Vendredi fut une journée tout à
fait pareille à jeudi. Lever à la même heure que d’habitude, et départ pour
l’école primaire publique dans la foulée. Arrivé sur place, chants, danses et
jeux toute la journée.
Ce n’était pas une journée très intéressante,
pas plus que ne sera finalement la journée de samedi. En tout cas pour moi.
Mais les enfants sont toujours heureux de nous voir. Il semble que nous leur
apportons beaucoup de joie.
Pour ma part, je me suis contenté
de faire de la surveillance ces deux derniers jours. Le samedi, d’ailleurs, fut
un jour un peu différent. Nous avions organisé une kermesse pour ce dernier
jour de colonie de vacances. Le matin, nous avons organisé une messe en plein
air. Tandis que l’après-midi, les encadrants avaient prévu des jeux pour tous
les élèves.
Le soir venu, nous avons fait nos
adieux à tous les élèves, dont beaucoup manifestaient, par des pleurs intenses,
le regret de nous voir partir.
Le soleil s’enfonce une dernière
fois derrière l’horizon, et je pense avec joie que je vais pouvoir aller
retrouver mon lit. Mais, une petite surprise m’attend. Une des jeunes
Françaises, ainsi qu’une des jeunes Malgaches, qui étaient venues encadrer la
colonie semblent nous avoir faussé compagnie. Il est 22h00 et elles ne sont pas
dans leurs dortoirs respectifs. Tout le monde est en alerte, et nous les
cherchons partout. Ce ne sera qu’après 2h30 d’intense recherche que nous les
retrouverons. En fait, elles n’avaient pas quitté la propriété. Elles étaient
simplement cachées pour pouvoir discuter tranquillement entre filles.
Malheureusement pour elles les conséquences sont assez graves. D’après ce que
j’ai compris, la jeune Malgache va être renvoyée dans sa famille, et il est
probable qu’il en soit de même pour la jeune Française. C’est bien dommage que
nous en soyons arrivés là.
Moi, je vais me coucher et espère
ne pas trop souffrir du manque de sommeil pour demain.
Dimanche 21 juillet 2019 :
Aujourd’hui, c’est le jour du
grand départ pour les Français qui sont ici depuis une semaine. Aussi, tout le
monde se prépare dès le matin. À 10 heures, tout doit être prêt. Chacun fait de
son mieux, mais je sens poser comme un voile de fatigue sur chaque homme et
chaque femme ici présents. Moi, je suis éreinté. Je n’ai que très peu dormi la
nuit dernière. J’essaierai de faire de mon mieux, pour me reposer les prochains
jours, mais pas aujourd’hui. Je souhaite profiter des dernières heures qu’il me
reste avec chacun.
Alors, plutôt que d’aller à la
messe de 10 heures, j’accompagne les Français pour aller voir le marché des
pierres. Ce n’est pas très loin de la communauté, mais comme nous sommes
dimanche un seul stand est ouvert. En fait, normalement aucun stand ne devrait
être ouvert. Mais une amie gemmologue, Charlotte, a demandé spécifiquement à
une dame d’ouvrir ce dimanche. C’est en effet le seul jour que nous ayons de
disponible cette semaine. Alors, tout le monde s’y retrouve. La commerçante
fait de bonnes affaires et les Français sont heureux.
Après cela, nous allons au
restaurant « Chez Billy ». Le propriétaire est un Malgache marié à
une Française. Les plats proposés sur la carte sont un mélange de nourriture
malgache et de nourriture de notre bonne vieille France. Moi, je choisis un
steak de zébu au bleu d’Auvergne. J’avoue avoir éprouvé beaucoup de plaisir à
retrouver des saveurs de mon pays. Je ne suis pourtant pas bien difficile pour
ce qui est de la nourriture, mais le fromage me manque ici. Ce repas est un peu
pour moi comme une « madeleine de Proust ».
Le temps passe, et déjà nous
devons rentrer à la communauté pour nous dire au revoir. Roch, un Français qui
est arrivé depuis deux mois et demi à la communauté, s’en va aujourd’hui. C’est
la dernière fois que je le vois. J’avoue qu’il va beaucoup me manquer, son
amitié m’était devenue très chère. Enfin bon… ainsi va la vie, et il y aura
d’autres jours comme celui-ci. Il ne faut pas que je m’en fasse, peut-être le
reverrai-je un jour.
À 14h30, tout le monde est parti.
Après ces départs, j’essaie de me
reposer l’après-midi durant.
Une nouvelle semaine vient de prendre
fin dans ce beau pays.
Je n’ai pas eu beaucoup de temps
pour moi ces deux derniers jours. Lundi, à peine levé, j’ai participé à
l’ameublement d’une nouvelle maison à Tananarive. La communauté s’est étendue
sur la colline, au-dessus de la maison actuelle, par l’acquisition d’une belle
propriété. Bientôt, nous pourrons accueillir bien plus de personnes.
Le reste de ce lundi fut consacré
à divers rangements, préparation, et organisation à la suite du week-end.
Mardi, il était temps pour moi d’aller
récupérer mon visa, et ma carte de résident. Nous sommes partis en bus, le
matin d’assez bonne heure, pour le ministère des Affaires étrangères. La route,
bien que toujours sinueuse, était bien moins encombrée de monde qu’à l’accoutumé.
Et en moins d’une heure, nous sommes arrivés à destination. Pour moi,
l’opération était assez simple, récupérer mon visa n’était qu’une formalité.
Mais pour Priscille, la chose était plus délicate. Elle m’a accompagné pour
procéder à l’extension de son visa. En effet, Madagascar a décidé de réduire le
temps des visas touristiques de trois mois à deux mois. Cela pose beaucoup de
problèmes à la communauté, notamment parce que nous n’étions pas au courant de
cette modification. Il faudra près de deux heures à Priscille pour remplir ses
formalités.
Mon visa en poche, je me suis
dépêché de me rendre à la gare routière pour reprendre le bus. Je suis arrivé à
10h45, juste à temps pour l’enregistrement et le départ de 11 heures.
L’enregistrement est le nom donné ici pour l’achat d’un billet.
Le trajet, bien qu’un peu
chahutant, s’est très bien passé. Je commence à avoir l’habitude de cette
route. En tout cas, je n’ai pas eu aussi peur qu’à l’accoutumé. Je commence à
m’habituer à la façon de conduire des autochtones. J’espère qu’ils
n’influenceront pas trop la façon dont je conduirai, une fois revenu en France.
Ma vision de la sécurité a été sérieusement altérée par ces mois passés à Madagascar.
Peut-être me faudra-t ’il un peu de temps pour me réhabituer à la France.
Arrivé à la communauté, j’ai
immédiatement retrouvé mes marques. Sur le sol, dans la cour, était étendu du
riz qu’on laissait sécher. Quelques personnes se dépêchaient pour le ramasser.
Je me suis immédiatement proposé pour les aider. Cela étant fait, j’ai pris le temps
de manger un morceau. Quel plaisir après toutes ces heures de route !
J’ai aidé comme j’ai pu, le
restant de la journée, et le soir venant, j’ai participé à la dernière soirée
de prière de l’année scolaire.
Mercredi 10 et jeudi 11
juillet 2019 :
Vous avez sans doute remarqué que,
depuis quelques jours déjà, je fais des narrations plus concises, ne
mentionnant que les informations essentielles de la journée. En effet, je
commence à être quelque peu fatigué de vous raconter à chaque fois les préparations
des repas, et autres petits détails sans grande importance.
A partir de cette date commencent
les vacances scolaires. Le démarrage de ces dernières s’étale sur plusieurs
semaines sans que j’en ai compris la logique.
Ce mercredi était la dernière
journée de soutien scolaire pour les enfants du quartier. Alors, plutôt que de
faire cours, ce qui n’est pas essentiel en cette fin d’année, nous avons
distribué des vêtements. Chacun des jeunes venait à son tour chercher
un habit que la communauté lui donnait généreusement. Ils étaient tous très
heureux de recevoir ces petits cadeaux, qui pour moi sont si peu, mais pour eux
sont si grands. Je n’arrive toujours pas à me faire à la pauvreté ici, et
je pense que c’est une bonne chose.
Ce jeudi matin, je suis allé
assister à la soutenance de Zozotiny. C’est lui dont j’avais corrigé le mémoire
il y a de cela quelques semaines. Je suis content d’en voir le résultat, et,
après avoir vu les questions posées par les examinateurs, je me dis que j’ai
bien fait de relire son travail. Quoi qu’il en soit, Zozotiny a reçu la note de
15/20 pour sa prestation. Le jury lui a tout de même demandé d’apporter
quelques corrections à son mémoire. Et je compte bien l’aider en la matière.
Vendredi 12 et samedi 13
juillet 2019 :
Vendredi encore, j’ai donné deux
cours de français dans la journée. Le premier, le matin, se tenait de neuf
heures à douze heures. Tandis que le second fut de quatorze heures à dix-sept
heures. Les élèves étaient très attentifs, sauf durant les 30 dernières minutes
où j’ai senti une diminution de leur concentration. Je ne peux pas leur en
vouloir, ces cours furent assez longs pour eux. J’aimerais pouvoir aider de mon
mieux avant qu’ils ne passent leurs examens en septembre.
La plupart des élèves, de la majorité des
écoles, ont déjà fini leurs enseignements de l’année. Certaines écoles ont
commencé les cours beaucoup plus tard que les autres. Votsinapy, l’école dans
laquelle j’ai donné cours il y a deux semaines, fait partie de ces dernières.
Les élèves de troisième, auxquels j’enseigne, passeront le brevet en septembre.
Je trouve cela assez curieux, car ils ne passeront pas le même examen que leurs
collègues, qui le passent en ce moment même.
Samedi, nous avons commencé à
préparer les locaux pour accueillir des jeunes en colonie de vacances. Nous les
recevons cette semaine. Une trentaine de Français et plusieurs centaines de
Malgaches sont attendus. Il y a bien du travail à faire et j’aide de mon mieux
une bonne partie de la journée.
L’après-midi, je prends le temps
d’aller voir Claire et Francisco aux Terreaux de l’espoir. Arrivé sur place, je
les trouve prêts à partir pour le centre-ville. Je n’aurais que quelques
minutes pour discuter avec eux. Je prends tout de même le temps de leur
remettre un document que je viens de recevoir par la poste. C’est un magazine
publicitaire présentant du matériel pour des animaux d’élevage. Je ne pense pas
que les terreaux de l’espoir auront les moyens de s’en procurer, mais cela peut
leur donner de bonnes idées d’amélioration pour la ferme.
Je rentre à la communauté du
chemin neuf, et arrive juste à temps pour assister à la messe. Encore une fois,
c’est une messe exceptionnelle. Aujourd’hui, nous avons plusieurs premières
communions. Et comme à leur habitude, les Malgaches sont particulièrement bien
habillés pour la fête.
Les heures s’écoulent, et le
repas du soir arrive. Je m’assieds à table, comme à mon habitude, et ai le
plaisir de découvrir le plat principal. Aujourd’hui, nous avons du crabe à
manger. C’est exceptionnel, car les crabes ne se pêchent que sur la côte, et il
est très difficile de s’en procurer au cœur de Madagascar. C’est une amie de la
communauté qui vient de les ramener dans sa voiture. Je ne suis pas près
d’oublier ce délicieux repas.
Dimanche 14 juillet 2019 :
Ce matin, beaucoup de travail en
perspective. Il faut préparer l’ensemble des dortoirs pour recevoir les
Français et les Malgaches qui viennent pour la colonie. Roselyne et Zozotiny m’accompagnent
dans la tâche. Tous les trois ensembles, nous nettoyons et préparons les
dortoirs avec beaucoup de zèle. Mais la tâche est considérable pour seulement
trois personnes. À cause de cela, nous ratons la messe de ce midi. J’avoue ne
pas en être ravi, mais j’estime que la priorité est de bien recevoir nos
invités.
Après quelques heures de travail,
nous prenons une pause bien méritée pour avaler notre repas. Puis nous
reprenons le travail avec ardeur. Si bien que, lorsque sonne trois heures de
l’après-midi, les dortoirs sont enfin prêts. Nous pouvons désormais nous
détendre, et profiter des quelques heures restant avant l’arrivée de la
colonie.
C’est seulement à 17h40 que ces
derniers arrivent enfin. Pas de problème pour l’accueil, mais les Français et
les Malgaches sont assez distants les uns des autres. Ils ne se connaissent pas
et sont tous très timides. À l’exception des encadrants, ils sont tous très
jeunes. Ce sont des lycéens qui viennent de Paris et de Lyon. Enfin… je dis des
lycéens, mais devrait plutôt dire des lycéennes. À l’exception de quatre
d’entre eux, les 26 autres sont des filles.
Ils sont tous très fatigués, et beaucoup parmi eux sont malades. Il semble qu’ils ont mal digéré un des repas de la veille. Pas question de maintenir la veillée de ce soir. Les jeunes ne sont vraiment pas en état. Nous nous contenterons de la messe, et d’un bon repas partagé ensemble.
Je crois que je vais diminuer le
volume de mes écrits. Ces dernières semaines, j’ai pris beaucoup de retard dans
mes publications. J’éprouve beaucoup de fatigue, et j’ai été malade à plusieurs
reprises. Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que les choses se passent pour
le mieux actuellement. Mais je ne perds pas espoir, je suis certain que les
choses vont s’améliorer.
Aujourd’hui, il n’y a pas
grand-chose à raconter. Ce matin, j’ai aidé comme j’ai pu la communauté. Le
week-end se terminant, nous avions quelques rangements à faire, et un peu de
cuisine.
Lorsque vint l’après-midi, je
partis pour les terreaux de l’espoir, comme à mon habitude. Sur le chemin, je
réfléchis à ma mission. Il m’arrive d’éprouver des doutes quant à voir
l’accomplissement de quoi que ce soit aux Terreaux de l’espoir. Depuis le temps
que j’y passe, je n’ai rien pu améliorer de la situation. Je me contente d’y
faire quelques travaux qu’un autre ouvrier malgache pourrait tout à fait faire
à ma place. Et probablement qu’il les ferait mieux que moi, puisque je n’ai pas
l’habitude de travailler la terre. Pour mettre en place quoi que ce soit, j’ai
besoin de discuter avec Francisco et Claire. Il faut que nous nous mettions
d’accord sur les projets d’avenir de l’orphelinat. J’ai l’impression qu’ils
manquent de beaucoup de moyens, et qu’ils sont constamment surchargés par les
problèmes du présent.
Lorsque j’arrive à l’orphelinat,
il n’y a personne. Enfin personne… il ne faut rien exagérer. Simplement, Claire
et Francisco sont absents. Or c’est eux que j’aurais souhaité voir en priorité.
Mais n’y pouvant rien, je me résigne et m’en retourne travailler à la
bananeraie. J’y consacre quelques heures, juste le temps nécessaire pour me
planter une grosse écharde dans le pouce. J’ai encore fait preuve de mon
adresse légendaire… Puis, après avoir pris le temps d’extraire cette écharde,
je retourne à l’orphelinat pour voir si Claire et Francisco sont arrivés. En
effet, Francisco est là. Nous passons plus d’une demi-heure à discuter. Je suis
heureux de pouvoir mettre un peu les choses au clair avec lui, mais il faudra
encore reprendre cette discussion. Pour l’instant, j’essaie de me focaliser sur
l’un des points essentiels de ces derniers jours. Il nous faut améliorer
l’irrigation des terres. Nous avons prévu d’acheter un gros tuyau pour amener
l’eau jusqu’à l’extrémité du terrain. J’ai fait les mesures, mais c’est à
Francisco d’acheter le tuyau. Je crains qu’il n’en ait pas le temps avant
plusieurs semaines… Que voulez-vous, il faut apprendre à être patient ici.
Le soir venant, je retourne à la
communauté. J’éprouve une légère irritation à la gorge, je m’inquiète
légèrement de me voir tomber malade à nouveau. J’ai déjà été malade deux fois
la semaine dernière, j’aimerais bien que cela ne se reproduise pas.
Mardi 2 juillet 2019 :
Ça n’a pas raté, je suis malade.
Pas de chance, j’imagine. Ce week-end, beaucoup de gens étaient de passage à la
communauté. J’ai sûrement attrapé quelques microbes à leur contact. Enfin bon…
il me faut tout de même me lever de bonne heure.
À sept heures, commencent les
cours pour les élèves du quartier. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais
il y a deux semaines, j’étais allé pour la première fois à Votsinapy. C’est un
collège à proximité où j’avais enseigné la physique-chimie à une classe de
cinquième. Je retournerai les voir cet après-midi, mais je dois d’abord donner
un cours de français ce matin. Je ne suis pas vraiment en meilleure forme pour
cela, mais je ferai avec. L’enseignante m’attend, elle est très heureuse de me
recevoir. Nous échangeons un petit peu, sur les méthodes d’enseignement du
français, et nous nous mettons au travail. Au début du cours, c’est elle qui
propose des exercices. À la fin, c’est moi qui m’en charge. Elle est très
contente, mais je pense avoir fini par un exercice un peu trop compliqué pour
une classe de sixième.
Quoi qu’il en soit, à neuf heures
je rentre à la communauté. Je suis dans un sale état à cause de mon rhume.
Aussi, je profite de ce temps de DESERT pour me reposer. Je passerai le reste
de la matinée au lit.
L’après-midi, je vais à nouveau
donner un cours de physique-chimie. La chose se passe pour le mieux, un peu
comme la dernière fois, et j’aide les élèves dans leurs exercices. Les élèves
sont assez calmes, ils font juste un peu
de bruit. Mais tout de même, pour une classe de 54 élèves on ne peut pas dire
qu’ils soient très bruyants. D’ailleurs, il en était de même pour la classe de
ce matin, avec ses 64 élèves. Le problème dans ce type de classe, ce n’est pas tellement
de faire la discipline, c’est surtout de pouvoir consacrer du temps à chaque
élève.
La journée se termine, je
remercie bien les professeurs pour leur accueil. Ils sont tous très aimables,
comme sont toujours les Malgaches. J’apprécie beaucoup la bienveillance qu’ils
manifestent en tout temps à mon égard.
Le reste de la soirée, je la
passe à me reposer. Mon rhume continue de me gêner, il me faudra plusieurs
jours pour être pleinement remis.
Mercredi 3 juillet 2019 :
Encore une journée passée dans les
bras de morphée. J’ai consacré presque toute la journée à me reposer. Seule la
fin de l’après-midi fut un peu constructive. Me sentant légèrement mieux, à
quatre heures de l’après-midi, je suis allé aux Terreaux de l’espoir. Claire
m’avait demandé de passer pour voir un des jeunes de l’orphelinat, qui est en
échec scolaire. Cela m’a pris à peu près deux heures. Je pense que c’était
utile, et la discussion que j’ai eue ensuite avec Claire nous a permis de
prendre certaines décisions pour le bien de cet enfant. J’espère que les choses
s’amélioreront à l’avenir.
Jeudi 4 juillet 2019 :
Ce matin, je sens que je vais
déjà un peu mieux. J’avance doucement vers la guérison, car ma tête me pèse de
moins en moins. Mais je préfère attendre l’après-midi pour aller aux Terreaux
de l’espoir. Aussi, j’aide de mon mieux la communauté. Il y a un peu de
rangement à faire, puis je passe au triage du riz. L’opération est devenue
habituelle pour moi, et je pense que bientôt je serai presque aussi efficace
que les Malgaches pour ce faire.
Comme chaque jour, de nombreux
élèves viennent prendre leur déjeuner à la communauté. On leur demande la somme
modique de 50 ariarys, quand la préparation du repas coûte bien plus. Les 50
ariarys serviront pour payer les soins de santé des familles du quartier. Et
moi dans tout cela, pour la première fois, je suis affairé au service du repas
pour les enfants.
Ce n’est pas une opération
désagréable, et avec Roch nous nous en acquittons sans peine. Mais cela dure
longtemps. Nous ne pouvons assister à la messe de ce midi et devons attendre
que tout le monde soit servi avant de prendre notre repas. Mais ce n’est
vraiment pas bien grave. La joie sur le visage des enfants vaut largement ces
petites peines.
Tout juste le repas finit, je
passe un coup de balai dans la chapelle, avec deux femmes qui étaient
volontaires pour m’aider. Puis, je me mets en route vers les Terreaux de
l’espoir.
Arrivé sur place, je me mets
immédiatement à l’œuvre sur les bananiers. Il faut retourner la terre qui
entoure le pied de chaque bananier. Il y a des centaines de bananiers, et je
suis tout seul avec mon Angady. Au rythme où je vais, il faudrait des semaines
de travail. Je ne pourrai clairement pas y consacrer le temps nécessaire,
j’espère que des ouvriers seront bientôt mis à cette opération.
Les derniers rayons du soleil
commencent à effleurer le sommet de la toiture de l’orphelinat. Il est temps de
rentrer. C’est fini pour ce jour. Et j’espère que la prochaine nuit de sommeil
sera bien réparatrice.
Vendredi 5 juillet 2019 :
Cette journée est un peu
spéciale. Ce matin, je pars de bonne heure pour Votsinapy. J’ai un cours de
français à donner. Les troisièmes B ont besoin d’être préparés pour leur
certificat d’études qu’ils passeront dans quelques semaines. Ils éprouvent
beaucoup de difficultés avec la rédaction. Ils manquent de vocabulaire, et ont
du mal à structurer leur récit.
Moi, je fais de mon mieux. Je
leur donne quelques clés pour s’organiser, et apprendre du nouveau vocabulaire.
Mais pour ce dernier, il est un peu tard. Je ne pourrai pas leur apprendre
grand-chose en seulement quelques semaines. Mais pour ce qui est de la
structure du récit, je pense que nous pouvons beaucoup progresser ensemble.
L’exercice demandé me semble assez simple, mais il est en fait très compliqué
lorsqu’effectué dans une langue étrangère. J’oublie parfois les difficultés que
j’ai moi-même éprouvées avec la langue anglaise lorsque j’étais au collège. On
ne peut vraiment pas dire que j’excellais dans cette matière… mais je suis ravi
de voir à quel point j’ai progressé depuis. J’aimerais que ces élèves, eux
aussi, ne désespèrent pas et continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ce
n’est qu’en travaillant, qu’ils apprendront davantage. Il me faut réussir à
maintenir ce goût pour le travail de la langue, et c’est sûrement là le plus
difficile.
Après 2h30 de cours, j’en ai
enfin terminé. Ce sera tout pour ce matin. Les élèves semblent satisfaits.
Moi-même, j’estime m’être assez bien débrouillé, pour un cours que je n’avais
pas pu préparer. Heureusement que l’enseignante était avec moi pour faire la
traduction en malgache lorsqu’il y avait des incompréhensions avec les élèves.
Je ne sais pas comment j’aurais fait sans elle.
Je rentre à la communauté, et
assiste à la messe. Après cette dernière, nous filons tous au restaurant.
Clémence, repart pour la France dans quelques jours. Elle a fini son temps de
service à Madagascar. Aussi, nous avons décidé de fêter cela en mangeant une
pizza au restaurant. Ici, on commande les pizzas au mètre. Et c’est ainsi
qu’elles arrivent sur la table :
Après 1h15, d’un excellent repas,
nous retournons au Chemin Neuf. Moi, sitôt arrivé, je file à Votsinapy. J’ai un
deuxième cours à donner cet après-midi, cette fois-ci avec les troisièmes A.
C’est exactement le même enseignement que ce matin. Tous les troisièmes passent
le brevet cette année, et ils doivent être prêts.
Les heures passent, et bientôt je
dois rentrer à la communauté. Je suis satisfait de ma journée. J’ai pu faire
tout ce que je souhaitais, ou presque, et nous avons pu avoir un excellent
repas ce midi. Qu’aurais-je pu vouloir de plus ?
Samedi 6 et dimanche 7 juillet
2019 :
Ce week-end fut particulièrement
intense. Samedi matin, parti pour Tananarive, avec huit autres personnes de la
communauté du Chemin Neuf, je ne m’attendais pas à passer un si bon week-end.
Bien qu’encore assez malade, espérant pouvoir trouver un peu de repos à la
capitale, je n’avais pas pris la mesure de l’activité des prochains jours. Dès
notre arrivée sur place, nous fûmes mis au travail pour préparer l’accueil d’un
groupe de jeunes pour le week-end. Il y avait deux groupes distincts. Les
jeunes de 14 à 18 ans, qui étaient sous notre responsabilité, et les 18 à 30
ans qui étaient sous la responsabilité des communautaires. Le thème du week-end
: « la famille ». Ces jeunes avaient bien besoin de discuter, de refaire le
point, et de pouvoir trouver un nouvel équilibre dans leur vie familiale.
Chacun avait ses difficultés, et nous avons fait de notre mieux pour les écouter.
Mais nous ne pouvons pas trouver les solutions à leur place. Ils doivent
trouver un terrain de discussion avec leurs parents. C’était tout le thème du
week-end, et je pense qu’il fut atteint.
Pour ma part, j’ai donné le
meilleur de moi-même, comme à chaque fois, vous le savez bien, et je pense
avoir beaucoup reçu ces derniers jours. Ma grâce à moi, ce sera sûrement
d’avoir compris, qu’en tout temps, quelles que soient les difficultés et les
personnes, il me fallait choisir d’aimer. C’est si beau, et si reposant pour
mon âme, que j’y ai trouvé la paix pour ces deux derniers jours.
Le week-end a continué sur son
élan initial, et nous avons passé de belles heures de prière tous ensemble.
Puis, tous ravis de ces instants de communion, nous avons fini sur une grande
messe, le dimanche midi. Nous nous sommes tous dit au revoir, et tous les
participants au week-end nous ont quittés.
Le soir, nous avons assisté aux
huitièmes de finale de la coupe d’Afrique de football. Madagascar affrontait la
République démocratique du Congo pour les huitièmes de finale. Et c’est
Madagascar qui a gagné. C’est l’allégresse ici. Les Malgaches n’avaient jamais
participé à la coupe d’Afrique de football. Non pas que les Malgaches ne sont
pas bons en foot, simplement que leur gouvernement n’avait jamais dépensé
l’argent nécessaire pour passer les matchs de qualification. Le nouveau
président, élu depuis décembre, n’a pas hésité à mettre l’argent sur la table.
Ici, tout le monde espère voir Madagascar aller le plus loin possible dans
cette compétition, et qui sait, peut-être, gagner la coupe.