Septième semaine à Madagascar

Lundi 13 mai 2019 :

Une nouvelle semaine débute à Madagascar. Elle s’annonce superbe, comme toutes les autres jusqu’à présent. Mais j’avoue avoir beaucoup de difficultés à me faire au climat des hauts plateaux. Ici, nous sommes à plus de 1500 m d’altitude. Alors, bien qu’il fasse soleil tous les jours, il fait souvent très frais. Et le matin, il fait souvent si froid qu’il m’est difficile de sortir de mon lit. En effet, nous n’avons pas de chauffage ici. Aussi, en plein jour il fait très bon, mais à la nuit tombée la maison se rafraîchit. Je pense que l’hiver risque d’être difficile. Mais, je laisse cette pensée pour plus tard. Alors, tant bien que mal, je me lève et vais me doucher. Heureusement, nous avons encore de l’eau chaude. Cela me fait beaucoup de bien, et je trouve dans cette douche matinale la vigueur nécessaire pour démarrer cette journée.

Je descends pour prendre mon petit déjeuner et assister à l’office du matin. Cela me fait toujours du bien de prier. Et ces temps-ci, la communauté en a grand besoin. Le départ du père Henri laisse un grand vide, et une douleur toujours palpable dans le cœur des gens. Chacun fait comme il peut, mais on sent bien que les caractères sont ébranlés. Les Malgaches manifestent assez peu leurs émotions. Mais quand la douleur se fait grande, eux aussi montrent des signes de changement. Alors moi, je fais ce que je peux pour consoler. Parfois un mot, parfois un sourire, et souvent un silence fraternel.

Après avoir assisté à l’office du matin, je prends petit déjeuner. Puis, c’est le moment de prendre mon service. Aujourd’hui, je suis affecté au nettoyage des toiles d’araignées. Je passe une tête de loup dans toute la maison, et balaie tous les sols. J’y consacre toute la matinée.

À la messe succède le repas de midi. Après ce dernier, je vais à l’ESSVA pour rencontrer le directeur de l’université et savoir s’il a eu des retours sur mon exposé de vendredi. En quelques minutes, je rejoins l’université. Mais à ma grande surprise, les élèves ne sont pas présents. Ils sont partis pour une journée d’étude à l’extérieur. Je me présente tout de même au directeur de l’université pour lui faire part de mes questions. Il est très touché de ma venue, et m’assure qu’il me tiendra informé, le cas échéant, par mail.

Aussitôt cet entretien terminé, je fonce au terreau de l’espoir. J’ai déjà perdu beaucoup de temps cet après-midi. Je vais être en retard. Mais cela ne dérange pas Claire et Francisco, les responsables de l’orphelinat. Ils m’accueillent avec joie et ne font aucun commentaire sur l’heure d’arrivé. La relation au travail est vraiment très différente ici. Mais peut-être agissent-ils ainsi parce que je suis bénévole ?

Francisco a reçu, il y a deux semaines, des lits d’hôpitaux par un container venant de la réunion. Il doit en préparer deux pour demain, car un dispensaire en a besoin. Malheureusement, les lits d’hôpitaux sont arrivés en pièces détachées et il faut les remonter. Et de plus, plusieurs moteurs ne sont plus en état de marche. Soit, parce qu’il n’y a pas la télécommande correspondante. Soit, parce que le moteur électrique est définitivement fichu. Aussi, tout cet après-midi, je la passe à aider Francisco à rendre opérationnels les différents lits d’hôpitaux. Mais c’est tout de même malheureux :  plusieurs des lits d’hôpitaux sont bons à jeter à la poubelle. Francisco est triste, il me partage ses difficultés. Souvent, lui et son épouse ont l’impression de servir de poubelle. On leur envoie du matériel, mais on ne vérifie pas s’il fonctionne correctement. On se dit souvent que là-bas, à Madagascar, les gens sont débrouillards et pourront réparer les choses. Mais si l’on peut relativement facilement se débrouiller pour tout ce qui est métallique, il n’est généralement pas possible de réparer du matériel électronique. Il n’y a pas les équipements nécessaires ici.

En effet, c’est bien dommage d’avoir tant de lits d’hôpitaux non fonctionnels. Mais après un après-midi à faire des réparations, nous avons tout de même trois lits d’hôpitaux qui sont prêts pour le dispensaire. C’est 1 de plus que ce qui était demandé. Alors, pour aujourd’hui, cela ira.

À six heures arrive le dernier bus. Je le prends sans hésiter pour rentrer à la communauté. J’ai juste eu le temps de dire au revoir à Claire et Francisco. J’espère qu’ils ne seront pas trop dégoûtés par les problèmes avec les lits d’hôpitaux.

Mardi 14 mai 2019 :

Le mardi est probablement la journée la plus calme de toute la semaine. Chaque fois, le temps de DESERT nous accorde un repos bien agréable. Et comme à l’accoutumée, ce mardi ne fait pas exception. Je peux me lever plus tard ce matin, et passer plus de temps à me reposer.

À 8h30, il y a l’office. Normalement, à neuf heures je prends le temps de prier un peu. Mais pas aujourd’hui. J’ai promis à un élève du foyer de regarder son mémoire. Il est en fin de troisième année d’études à l’ESSVA. Je l’attends, comme convenu, à la bibliothèque. Il a un peu de retard. Mais cela m’importe peu. J’ai beaucoup de plaisir à le voir arriver.

Nous discutons durant 1h30 sur son mémoire. Je prends le temps de corriger les fautes de tournures de phrases, ainsi que les fautes d’orthographe et de grammaire que je vois. Il y en a beaucoup, ce n’est pas très étonnant. C’est un Malgache qui rédige, et je ne peux pas m’attendre à ce qu’il n’y ait pas de fautes de français. Quoi qu’il en soit, je suis très surpris par la qualité globale de son écrit. En fait, il écrit beaucoup mieux français qu’il ne le parle.

À 11 heures, nous nous disons au revoir. Je l’assure que je l’aiderai à avancer quand il en aura besoin. Pour moi, il est temps d’aller à l’adoration.

À midi, nous avons notre repas. Comme à l’accoutumée, ce dernier est pris en silence. C’est très reposant, et je pense que toute la communauté en a grand besoin.

L’après-midi, je participe à la découpe du bois, et travaille un peu en cuisine. Mais tout cela n’est pas bien long. En quelques heures, tout est fini, et il me reste tout de même plus d’une heure avant la fin de la journée de travail. Je profite du temps dont je dispose pour écrire un peu, lire, et faire des recherches sur Internet.

Il est difficile de trouver des informations sur Madagascar par Internet. La majeure partie des sites, qui y sont consacrés, s’occupent de tourisme. Les informations techniques, notamment sur l’agriculture, se font rares. Il faudra, probablement, que je retourne à l’ASJA pour avoir des informations concrètes. Je cherche notamment à savoir s’il est possible de faire faire des analyses de sol ici. Tant pis pour les recherches, au moins je ne reste pas à rien faire.

Ce soir, nous avons la messe. Normalement, nous devrions l’avoir le midi. Mais, père Blaise n’étant pas disponible, elle a été reportée à ce soir.

Mercredi 15 mai 2019 :

Il est de ces jours où je ne trouve rien à vous dire. Ces journées, qui sont tellement banales, que l’on aimerait bien noter, comme Louis XVI en son temps : « aujourd’hui rien ». Et pourtant, je prends la plume. Non parce que j’ai quelque chose à dire, mais parce que, dans le fond, il n’existe pas de journée sans importance. Alors je cherche ce qui mérite d’être écrit.

Nos ancêtres, eux, écrivaient sur les faits de leur temps les grands actes des puissants. On trouve encore, dans ces textes du passé : les actes de loi, les actes de guerre, les témoignages des grandes fêtes et tout autre fait sortant du commun. À voir tout cela, je me rends bien compte que nos ancêtres écrivaient le témoignage de la marche du monde. Mais de la vie de l’homme commun, qu’écrivait-ils ? On trouve difficilement, dans leurs écrits, des traces de la vie de chaque jour. Si bien qu’il est difficile aux historiens de savoir comment vivaient nos ancêtres. C’est comme si la vie de l’homme ne méritait pas d’être racontée. Mais qu’est-ce que la vie du monde, sans la vie de l’homme ? L’histoire d’un sourire ne vaut-elle pas mieux que l’histoire d’une guerre ? Mon cœur balance. J’ai trop souvent l’impression que l’homme s’acharne à ruminer ses malheurs. Mais que fait-il du bonheur ? Si vite il est passé, si vite il oublie. Perdu à jamais dans les flots de l’histoire.

Alors, bien que ne sachant quoi dire, j’écris. Non pas ce qui mérite d’être écrit, car je ne sais ce qui mérite d’être écrit, mais parce que j’ai fait serment de raconter ma vie de chaque jour ici. Afin de ne pas vous laisser sans nouvelles de moi.

Ce matin, me lever est vraiment difficile. J’éprouve une grande fatigue ces temps-ci. Je pense que je manque vraiment de sommeil. J’ai beau me dire qu’il faut me reposer, j’ai du mal à m’y forcer. Je me demande souvent si les autres ont cette difficulté. Il m’a toujours été difficile de dormir. Mon sommeil n’est guère réparateur et je n’en connais pas la cause. Mais l’office est à sept heures, alors, en forme ou pas, il faut me lever.

À 8h30, je débute mon service. Il y a du bois à couper. J’aide Jackson, comme je le peux, dans cette tâche. Nous avons des quantités de longues bûches, savamment empilées, sous un hangar. Il nous faut les couper en petits morceaux, pour les faire entrer dans les poils pour la cuisson. Heureusement, nous n’utilisons ni hache ni scie. Nous avons une machine pour cela. Couper le bois fait beaucoup de poussières, alors il nous faut nous équiper pour nous protéger le visage, afin de ne pas en respirer. Moi, je me charge de faire passer le bois à Jackson. Mais très vite, il me dit qu’il se débrouillera tout seul pour la suite. C’est vrai que je ne suis pas très utile ici. Alors, je m’en vais à la cuisine et j’aide à couper les légumes pour le repas du midi. Je travaille ainsi, jusqu’à ce que retentisse la sonnerie qui nous appelle à la messe.

Comme à notre habitude, elle est suivie du repas de midi. Nous mangeons tous à notre faim. Il est rare que je n’aie pas assez à manger ici. Sauf le mardi, qui est jour du DESERT. Mais cela fait partie intégrante de ce temps de prière.

Quoi qu’il en soit, l’après-midi arrive, et avec elle un nouveau temps de service. Normalement, nous devrions avoir soutien scolaire. Mais avec le décès du père Henri, et tout ce qu’il y a à préparer pour ce week-end, le soutien scolaire a été annulé. Je me contenterai de couper des légumes tout l’après-midi.

Le soir arrive et nous nous retrouvons pour partager un bon repas. J’aimerais éprouver de la fierté pour avoir participé à la préparation du repas, mais ce n’est pas le cas. Je ne comprends pas pourquoi quand je fais quelque chose pour les autres, je n’en éprouve que rarement de la satisfaction. Je repense souvent aux raisons de ma venue ici. Je voulais, entre autres, donner du sens à ma vie. Mais je n’ai pas l’impression d’en trouver beaucoup actuellement. Peut-être que je me trompe de but. Père Blaise, lui, m’appelle simplement à me laisser pénétrer par la vie de tous les jours ici. Tout est utile, dit-il, qu’on le voie ou pas.

Jeudi 16 mai 2019 :

J’ai demandé, hier, au père Blaise, si nous pouvions aller aujourd’hui à la rizière. Bien que j’aie déjà passé plus de six semaines ici, je n’ai toujours pas vu la rizière de la communauté. J’aimerais vraiment la voir. Père Blaise avait l’air ravi que je lui en fasse la demande. Je ne l’avais jamais vu avec un aussi grand sourire. Il est fils d’agriculteurs, et s’occuper de la rizière lui plaît beaucoup. Je pense qu’il est ravi de voir quelqu’un d’autre s’y intéresser.

Nous partons d’assez bonne heure et nous prenons la voiture, car la rizière est assez loin. Il nous faut presque une demi-heure pour nous rendre sur place. À mon arrivée, je découvre qu’il n’y a pas que du riz sur place. Ici, quand on parle de rizières, c’est un peu comme quand on parle de fermes en France. Il y a des vaches, des cochons, des lapins, des poules, un large potager et enfin la rizière à proprement parler. Père Blaise est ravi de me montrer tout cela. Il rayonne intérieurement. Je ne lui connaissais pas une telle joie. Il m’explique tout ce qu’il y a à savoir sur l’élevage et la culture des légumes ici. Il me présente les enjeux, et les difficultés. Je discute avec lui longuement sur le sujet.

Puis il nous faut partir. Nous devons acheter des plants de pommes de terre pour le potager. Nous faisons le tour des marchés des environs, mais nous ne trouvons pas de plants de pommes de terre en suffisamment grande quantité. Nous sommes arrivés trop tard, tous les vendeurs se sont déjà séparés du gros de leurs stocks.

Finalement, après plus d’une heure de recherche infructueuse, nous trouvons un fournisseur. Mais, ce dernier ne pourra nous livrer que lundi. C’est déjà bien, nous aurions pu ne rien trouver du tout.

Nous rentrons à la communauté, et arrivons à temps pour la messe de midi.

L’après-midi, je la passe encore à la cuisine. Il y a bien des choses à préparer. Mais moi, comme à mon habitude, je coupe les légumes. C’est à peu près tout ce que je peux faire ici. Je suis parfois triste de ne pas pouvoir me rendre plus utile, mais ce n’est pas à moi de mesurer l’utilité de mes actes. Moi, je dois juste apprendre à y mettre le plus d’amour possible. Et Dieu pourvoira au reste.

Vendredi 17 mai 2019 :

Aujourd’hui, nous allons accueillir beaucoup de monde pour la cérémonie d’enterrement du père Henri. Cette dernière se tient en France, à l’abbaye des Dombes. Elle aura lieu samedi, à 15 heures. Cependant, vous imaginez bien que tous les Malgaches ne peuvent pas se rendre en France, pour assister à la cérémonie. Alors, nous allons organiser une célébration à la même heure, samedi. En conséquence, nous avons beaucoup de travail, pour accueillir tant de monde. Mais moi, j’en suis dispensé. J’ai reçu hier soir, un mail du directeur de l’ESSVA me demandant, si je le voulais bien, de donner un nouveau cours, cette fois-ci sur le calcul de durée de vie des roulements. Ce cours aurait lieu mardi, ou mercredi prochain. Malheureusement, il me faut décliner cette demande. Ou tout du moins, la reporter. En effet, je ne serai pas là dimanche, lundi et mardi. Il me faut me rendre à Tananarive pour remettre mon dossier au ministère, pour ma demande de visa. Je n’aurais pas le temps de préparer le cours.

Mais, j’ai tout de même expliqué la situation à la responsable de la maison. Elle m’a dit que la maison pouvait se débrouiller sans moi, et que ma priorité était de travailler sur mon prochain cours. Alors, j’y consacre toute la journée. Je fais des recherches sur Internet, et prépare mon PowerPoint. C’est fou le travail que cela peut demander de préparer un cours. Je ne compte plus les fois où je me suis relu, changeant de multiples fois la structure de mon enseignement afin qu’elle soit le plus claire possible. Que faut-il aborder en premier ? Comment faut-il l’aborder ? Est-il nécessaire que je mette un petit exercice à la fin de chaque partie ou pas ? Oui, je crois que sur ce dernier point c’est indispensable. Cela obligera les élèves à participer, et à rester présents tout au long du cours.

Le soir arrivant, je suis assez content du travail accompli, mais il me reste encore beaucoup à faire pour que mon cours soit vraiment digne de ce nom. Je verrais bien si je peux y consacrer du temps ce week-end.

Compte tenu des circonstances, ce soir nous avons une veillée funèbre pour le père Henri. C’est la première fois que j’assiste à une veillée funèbre. C’est très beau. Je me laisse bercer par les chants, et j’écoute attentivement les témoignages de ces hommes et femmes qui l’ont connu. Il y a des moments, où tout ce que l’on peut faire, c’est d’être présent avec ses frères et sœurs.

Après deux heures de veillée funèbre, on propose à ceux qui le souhaitent de rester, et aux autres de retourner dormir. Je fais partie de ceux qui choisissent la deuxième option. Je tombe littéralement de sommeil. J’ai même failli m’endormir à deux reprises durant la veillée. Alors, je m’en retourne dans ma chambre pour retrouver le repos de la nuit.

Samedi 18 mai 2019 :

Encore une belle journée qui s’annonce à Madagascar. Le ciel est dégagé jusqu’à l’horizon, pas le moindre nuage en vue. À sept heures, nous devrions avoir le petit déjeuner, mais il y a beaucoup de retardataires. Nombre de participants ont préféré profiter de ce samedi matin pour dormir quelques heures de plus. La veillée funèbre a été très longue.

Le petit déjeuner est très simple : café et pain sec. Pour ma part, c’est insuffisant pour un petit déjeuner, mais je fais avec. J’ai déjà perdu un peu de poids à Madagascar, et cela me va très bien. Je ne suis pas très étonné que les Malgaches ne soient pas bien gros.

La matinée est consacrée au repos, à la détente, et à la préparation du repas de ce midi. Père Blaise a acheté un zébu vivant pour l’occasion. Il vient juste d’être abattu. Une dizaine de personnes s’affaire à le dépecer en contrebas, juste à côté du potager. De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois la carcasse de l’animal. C’est la première fois que je vois un animal en train d’être dépecer. On ne peut vraiment pas dire que ce soit beau. Mais ce sera très nourrissant. En tout, il y en aura pour plus de 120 kg de viande.

Arrive enfin le repas de midi. Pour ce dernier, nous nous installons tous dans l’herbe. Enfin… presque tous. Certains, plus rapides que les autres, ont réussi à trouver de la place sur le muret de la grande cour. Il y a vraiment beaucoup de monde à nourrir. Plus d’une centaine de personnes sont rassemblées. Peut-être même que nous dépassons les 200 personnes.

À 14 heures, c’est enfin l’heure de la messe. La célébration est magnifique. Il n’y avait pas assez de place pour tout le monde dans la chapelle. Aussi, nous avons préféré la faire en plein air.

La célébration débute par une petite biographie du père Henri. J’écoute attentivement, c’est très instructif. C’était vraiment un homme remarquable. Peu de personnes pourront dire avoir une vie aussi remplie le jour de leur mort. Je rends grâce au seigneur de m’avoir permis de connaître cet homme en ce monde.

Il est 16 heures quand se termine la cérémonie. Désormais, afin d’être en communion de prière avec la cérémonie qui se tient en France, chacun peut, s’il le souhaite, suivre la retransmission audiovisuelle en direct. La communauté a prévu plusieurs salles à cet effet.

Les personnes assemblées prient et chantent durant des heures. Nous suivons la retransmission avec beaucoup d’attention. C’est l’heure du recueillement pour chacun.

Le soleil se couche à l’horizon, mais la cérémonie n’est pas encore finie. Encore deux petites heures et le père Henri sera définitivement enterré à l’abbaye des Dombes.

Il est presque 20 heures lorsque la cérémonie se termine enfin. Nous avons vécu aujourd’hui un après-midi entier de prière. Aucun de nous n’est près de l’oublier de sitôt.

Dimanche 19 mai 2019 :

Pour moi, comme vous le savez, c’est aujourd’hui le jour du départ pour Tananarive. Mais à mon grand regret, je ne connais pas l’heure de départ prévu. Enfin… à supposer qu’il y ait quoi que ce soit de prévu. Je ne suis pas très confiant, sur l’organisation ici. En conséquence, j’ai pris mes précautions. Je me suis débrouillé pour être prêt avant sept heures, afin d’être certain de ne pas rater le départ. Mais j’avais de la marge. À sept heures, presque personne n’avait fini de prendre le petit déjeuner. Finalement, nous ne partirons pas avant 8h30 du matin. Je me dois de vous faire des excuses pour avoir médit de l’organisation. Tout était très bien préparé. Il fallait simplement savoir à qui poser la question. Et comme j’ai interrogé une dizaine de personnes, sans recevoir de réponse, j’avais fini par douter de l’organisation. Cela m’apprendra à faire davantage confiance. Tout du moins je l’espère.

Le trajet se passe bien. En tout cas, il se passe mieux que lorsque je suis venu à Antsirabe depuis Tananarive. Je n’ai pratiquement pas peur. Il y a bien eu des moments où j’ai cru que nous allions écraser un passant. Mais à la dernière seconde, manœuvrant habilement, le chauffeur a évité la catastrophe. Il s’en est fallu de peu. Mais les conducteurs malgaches ont l’habitude. Après trois bonnes heures de route, nous arrivons enfin à Tananarive. Il est presque l’heure du repas. Et après avoir salué toute la maisonnée, je passe enfin à table.

Je profite de ce dimanche après-midi pour me reposer, j’en ai bien besoin. Je lis un peu pour me détendre. Je profite du beau temps qu’il fait pour respirer l’air pur sur la terrasse. Cela fait du bien de se reposer de la semaine. Dans quelques heures, nous accueillerons le nouveau JET (jeune à l’étranger, comme moi) qui arrive depuis la France. Il vient là pour un court séjour de deux mois et demi. C’est ce que l’on appelle un mini JET.

Je lis sur mon lit, et je découvre avec joie le livre que mes parents m’ont offert sur John Henry Newman, quand on frappe à la porte. Je me lève et vais ouvrir. Michou est là, avec le nouveau JET à ses côtés. Ce dernier s’appelle Roch. Il partagera ma chambre aujourd’hui et demain, avant que nous rentrions mardi, à Antsirabe. Je fais visiter les environs à Roch. Puis, nous discutons ensemble jusqu’à l’heure de l’office du soir.

C’est sur cette rencontre que se termine la semaine. Elle fut bien riche en enseignements, et tous les événements récents m’ont permis de mieux entrer dans la vie à Madagascar. Cette vie faite de relations humaines, si riches et si fortes. Je commence enfin à me faire au pays. Désormais, je ne souffre plus de l’éloignement d’avec la France. Cette patrie qui est si chère à mon cœur.

Quand je te reviendrai, douce France, je t’aimerai plus qu’au jour de mon départ. Car si je t’ai quitté, ce n’est que pour mieux te revenir, plus fort et plus apte à te servir.