Neuvième semaine à Madagascar

Lundi 27 mai 2019 :

Aujourd’hui, c’est le jour des élections à Madagascar. Le peuple se rassemble pour élire ses députés. Depuis plusieurs semaines déjà, nous entendons la propagande politique partout dans les rues. Vous êtes peut-être surpris de me voir parler de propagande. Mais ici, c’est le mot officiel. Les partis font leur propagande, pour être élus. Pour ceux qui ne le savent pas, le terme propagande était autrefois employé en France pour désigner ce que nous appelons aujourd’hui la communication. C’est après la Seconde Guerre mondiale, et l’usage qu’en ont fait les dictateurs européens, qu’il a pris une connotation péjorative.

Du fait des élections, la journée est fériée. Aussi, les enfants de l’orphelinat des Terreaux de l’espoir ne sont pas à l’école. Sachant cela, depuis une semaine, j’ai décidé de passer la journée entière avec eux.

Arrivant à l’orphelinat, je trouve les enfants affairés à différentes tâches pour les occuper. Certains font la cuisine, d’autres s’occupent de ranger du bois et d’autres encore font le ménage. Je discute brièvement avec l’équipe d’encadrement. Il se trouve qu’ils profitent de cette matinée pour clarifier nombre de points avec Claire et Francisco. Ils sont très heureux que je sois là de très bonne heure, car je vais pouvoir encadrer les enfants, le temps qu’ils aient fini.

J’accepte avec joie, et commence par m’occuper des enfants qui ramassent le bois. Il y a à peu près 5 ou 6 m³ de bois à rentrer sous le hangar. Mon aide ne sera pas de trop, car nombre d’entre eux sont très jeunes. Mais pour l’instant, ils n’ont pas encore vraiment commencé à ranger le bois. Ils profitent du beau temps, pour danser et chanter un peu avant de se mettre réellement à l’ouvrage. Je me présente rapidement, ils ne me connaissent pas encore. Certains d’entre eux m’ont déjà croisé, mais la plupart ne savent pas pourquoi je suis là. Je leur explique la raison de ma présence, et les assure que je vais les aider pour ramasser le bois. Ils semblent tous ravis. Alors, je commence par donner l’exemple en me mettant immédiatement au travail. Au début, tous les enfants ne travaillent pas. Mais après 10 bonnes minutes, personne ne reste à rien faire. Nous sommes une quinzaine, et le travail va assez vite. En moins de 45 minutes, nous venons à bout du tas de bois.

Cette opération terminée, je m’occupe d’aider les enfants qui sont à la cuisine. Une des animatrices s’est libérée pour s’occuper des plus jeunes enfants qui aidaient pour ranger le bois. Je fais de mon mieux pour travailler le plus vite possible, et permettre aux enfants d’aller jouer un peu. Je ne suis pas encore très à l’aise, je ne les connais pratiquement pas. J’essaie d’échanger quelques mots avec ceux présents à la découpe des tomates. Mais eux non plus ne sont pas très à l’aise avec moi. Ils parlent entre eux en malgache, et ne m’adressent pas la parole. Ce n’est pas bien grave, il faut laisser du temps pour que la confiance s’installe. Nous travaillons avec ardeur, et en moins d’une heure la cuisine est terminée. Tous les enfants peuvent désormais aller jouer.

Jusqu’à midi, je reste à observer que tout se passe bien. J’ai l’impression d’être surveillant à l’école. Bien qu’ici, tous les enfants ne sont pas rassemblés dans la même cour. Ils vagabondent à droite et à gauche, tout autour de l’orphelinat, et s’amusent entre eux. Je suis étonné de voir à quel point les enfants peuvent imaginer des jeux assez idiots, et potentiellement dangereux. Il faut les garder à l’œil pour qu’ils ne fassent pas de bêtise.

Le repas arrive, et je le partage avec tout le monde. La salle à manger n’est pas bien grande, et il y a beaucoup de bruit ici. Quelques souvenirs me reviennent doucement. Tout cela me rappelle le temps passé à la cantine à l’école. Là aussi, il y avait beaucoup de bruit, mais il y avait bien plus d’enfants. Ici non plus les enfants ne sont pas toujours calmes, mais je me souviens combien j’étais comme eux.

L’après-midi est plus simple, les enfants répètent le spectacle qu’ils ont prévu pour la kermesse de l’école. Cette dernière aura lieu ce samedi. Malheureusement, je ne pense pas être présent. J’aurais probablement beaucoup d’autres choses à faire. Quoi qu’il en soit, je peux admirer leur adresse, et leur dextérité. Certains dansent avec des cerceaux ou des bâtons, d’autres jonglent avec des balles, des boîtes, des cercles ou d’autres objets plus exotiques encore. Tout cela est très beau, et je pense qu’ils auront beaucoup de succès.

Moi, je surveille qu’un accident n’arrive pas. À plusieurs reprises, j’interviens sur de petits bobos sans grande importance. Mais j’interviens toujours prestement. Il ne faut pas prendre de risque. Et les petits ont si vite fait de se faire mal.

Il est presque l’heure du départ, et l’équipe d’animations et moi avons une petite idée. Je souhaite parler aux plus âgés d’entre eux de leur avenir. Ils vont bientôt commencer la vie active, et n’ont jamais tellement réfléchi à ce qu’ils voulaient faire, ou plus simplement à ce qu’ils pouvaient faire. Ils se mettent beaucoup de barrières, qui n’ont pas de raison d’être. Aussi, en leur donnant des exemples j’arrive petit à petit à leur faire comprendre qu’ils peuvent faire plus que ce qu’ils imaginent. Ils se voient souvent faire des métiers qu’ils ont déjà vu faire par des personnes de leur entourage. Mais c’est trop peu. Il faut qu’ils voient plus grand, plus loin. Ici, ils ont la possibilité de faire des études. Mais trop peu cherchent à en bénéficier.

Ils me remercient de cette intervention et de mon partage. Je crois que j’en ai touché plusieurs, c’est déjà ça. Mais d’ici quelques mois, il faudra sûrement que j’en reparle avec eux. Le temps efface souvent ce genre de souvenirs, si l’on n’insiste pas.

Mardi 28 mai 2019 :

Ce matin, je suis assez stressé. De 10 heures à 12 heures, je vais donner mon deuxième cours à l’université. J’ai beau être prêt, et savoir que je vais enseigner quelque chose que je maîtrise parfaitement, j’ai peur que mon cours soit mal compris par mes élèves. Mais de toute façon, stressé ou pas, il me faut enseigner.

Après l’office du matin, je profite du peu de temps que j’ai pour relire mon cours. Je suis surpris de trouver quelques fautes, et prends le temps de les corriger. Je travaille, et ne vois pas le temps passer. Heureusement, à 9h35, j’ai le sursaut d’esprit de regarder l’heure. Il est temps de partir. Je ferme mon ordinateur en quatrième vitesse, et descends les escaliers. Je salue mes camarades, et les préviens que je pars pour l’université. Après cinq minutes de marche, arrivé là-bas, je me mets en quête d’un câble HDMI. Je n’en ai pas, et il m’en faut impérativement un pour me connecter au rétroprojecteur. Ce n’est pas chose aisée, je vais d’un bureau à l’autre, rencontrant plusieurs professeurs, pour finir par revenir à l’intendance, ou l’on m’en donne enfin un. En fait, il n’y a qu’un seul câble HDMI dans toute l’université. Maintenant, je vais pouvoir débuter mon cours.

À mes élèves, j’enseigne les calculs de durée de vie de roulement. Ils buttent un peu sur les mathématiques. Je n’ai pas mis assez d’accent sur les exercices, et trop sur la théorie. Il faudra que je corrige cela, pour mon prochain enseignement.

Quoi qu’il en soit, le cours se passe bien. Mais, m’étant rendu compte des faiblesses de ce dernier, je demande au directeur de l’université si l’on peut reporter mon enseignement de demain à la semaine prochaine. Celui-ci accepte sans difficulté. Il est déjà très content de me voir donner des leçons.

À mon retour à la maison, je prends mon repas. On me questionne, rapidement, pour savoir si mon enseignement s’est bien déroulé. J’explique la situation, et ils semblent contents pour moi.

Heureusement pour moi, cet après-midi sera plus calme. Je vais faire de la cuisine et du ménage. Cela me reposera un peu, je suis très épuisé depuis ce week-end. Je pense que je m’inquiète trop, et n’arrive pas à lâcher prise. Peut-être que je ne prie pas assez.

Le soir arrive, et c’est avec plaisir que je retrouve la soirée de prière. Cette ambiance festive, où chacun chante et danse, repose profondément mon âme.

À ce temps de louange, suis le temps du repas. Et à ce dernier suit le temps du repos.

Mercredi 29 mai 2019 :

Nouveau jour, nouveau défi. Aujourd’hui, je suis chargé de régler les problèmes liés à la connexion Internet de la communauté. Nous avons récemment changé le routeur installé dans le foyer des étudiants, et il nous faut le configurer. Laure-Elise me fait très gentiment faire le tour de l’installation informatique. Il y a beaucoup de choses à retenir, aussi je prends des notes. Mais ce qu’elle me demande ne me semble pas au-dessus de mes capacités. À vrai dire, je pense même que ce sera assez simple. La configuration du routeur ne devrait pas prendre 10 minutes.

Aussi, c’est plein de confiance que je me rends, avec mon ordinateur, dans la salle informatique du foyer. J’essaie de me connecter au réseau, pour configurer le routeur, mais rien ne fonctionne. La connexion ne veut pas s’établir. Il me faudra près d’une heure, et avoir vérifié toute l’installation du réseau, pour enfin arriver à me connecter. Il y avait probablement un faux contact quelque part.

Ainsi, je peux enfin me connecter au routeur, mais là encore, je rencontre des difficultés. Il m’est impossible d’accéder au programme de configuration du routeur. Je ne vais pas entrer dans les détails, quelque peu techniques de cette fin de matinée, mais je n’arriverai finalement à configurer le routeur qu’à l’heure du repas. J’avoue que je me suis énervé une ou deux fois. L’informatique, malheureusement, cela énerve assez souvent. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi la solution est aussi compliquée. Quoi qu’il en soit, le mot de passe doit être changé tous les mois, et compte tenu de la complexité de la manœuvre il ne sera pas possible au communautaire de l’effectuer. Il va falloir que je trouve une solution.

Nous prenons le repas de midi en vitesse, car nous accueillons les élèves du soutien scolaire cet après-midi. Cette semaine est un peu spéciale, l’une des écoles n’est pas présente. Alors, nous passons l’après-midi à faire de l’évangélisation en leur faisant regarder un film en français.

Jeudi 30 mai 2019 :

Aujourd’hui rien. Enfin… presque rien. Je m’étais promis de ne pas commencer un article sur ma journée ainsi, mais je dois bien me rendre à l’évidence, je n’ai presque rien fait aujourd’hui. Oh… il y a bien eu ce repas au restaurant, ce midi, où nous avons fêté l’anniversaire de Blaise. D’ailleurs, ce dernier s’en va ce soir pour Tananarive avec sœur Laure-Elise. Nous serons sans prêtre pour les trois prochains jours.

Quant au repas, il fut délicieux. Pour ma part, j’avais pris du canard à la malgache. Je dois reconnaître que j’ai beaucoup apprécié ce plat. Mais pour en revenir à ce qui me préoccupe aujourd’hui, oui je n’ai rien fait. Comme nous sommes aujourd’hui le jour de l’Ascension, nous n’avions rien de réellement prévu. Pas même de service pour la maison. Aussi, j’en ai profité pour me distraire en lisant la majeure partie de la journée.

Mais, le soir arrivant, j’ai éprouvé une grande tristesse. Je viens de me rendre compte que dans le fond, je n’ai rien fait de ma journée. J’ai l’impression d’avoir passé une journée de vanité. Comme il m’arrivait souvent d’en passer à Nancy, quand j’étais seul dans mon appartement. Cela me fait prendre conscience, combien il m’est important de me sentir utile. Et que même dans les petites choses du quotidien, alors que je n’ai pas vraiment l’impression de faire grand-chose, je fais tout de même infiniment plus que lorsque je ne pense qu’à moi durant toute la journée.

Le soir arrive, il est temps de se coucher. J’espère que je retiendrai la leçon, et que je n’irai plus me coucher en ayant un tel sentiment d’inutilité.

Vendredi 31 mai 2019 :

Pas question de flemmarder aujourd’hui. Ce matin, bien qu’étonnamment fatigué, je me lève avec entrain. Je descends, prends mon petit-déjeuner en quatrième vitesse, et me rends à l’office. Je suis très heureux de pouvoir prier ce matin, mais je ne me sens vraiment pas très bien. Je ne comprends pas pourquoi je suis si fatigué. Lorsque je sors de l’office, je ressens l’appel impérieux de mes intestins. Je cours aux w.c., et m’exécute en un temps record. De toute évidence, j’ai la diarrhée.

Bien que n’allant pas très bien, je décide tout de même de me rendre aux Terreaux de l’espoir. Je n’y suis pas allé hier, parce que nous fêtions l’anniversaire de Blaise. Mais, il n’est pas question de me défiler aujourd’hui. Aussi, je prends mes affaires, et m’en vais d’un pas décidé vers l’arrêt de bus le plus proche.

Le trajet se passe bien. Mais mon ventre me fait toujours souffrir. À l’arrivée à l’orphelinat, je discute très brièvement avec Claire, et m’en vais immédiatement aux toilettes. Mes intestins se tordent dans tous les sens. C’est dans cet état, fort désagréable, que je travaille toute la matinée à la serre. Rien d’extraordinaire à faire ce matin dans cette dernière, mais tout de même un peu de travail utile. Le gros avantage avec le travail manuel, c’est qu’on a le vif sentiment d’avancer dans ce que l’on fait. Je ne peux vraiment pas dire que j’ai le même sentiment avec le travail intellectuel.

Mais les aléas de mon état m’empêchent de profiter pleinement du moment.

Je dis au revoir à Claire, et rentre à la communauté du chemin neuf. Il est 12h50, quand j’arrive enfin. Tout le monde est attablé, et mange avec plaisir. On me fait une place, et m’invite à m’asseoir. Je me force très légèrement à manger, je n’ai pas très faim dans les circonstances actuelles. Mais je veux prendre du riz, je pense que cela pourra m’aider à arrêter la diarrhée. Fort heureusement, je n’ai pas à me forcer beaucoup pour manger aujourd’hui. Le repas est vraiment délicieux.

Ce dernier se terminant, je vais me reposer dans ma chambre avant de prendre mon temps de service, pour l’après-midi.

Une heure passe, et il est temps de me lever. Je descends rejoindre tout le monde à la cuisine. Nous allons préparer des poissons frits pour ce soir. Je me mets à l’écaillage, et extirpe les tripes de ces poissons. Il est très important de procéder à cette opération si l’on ne veut pas avoir un goût étrange dans la bouche durant le repas.

La cuisine se termine assez vite, et il est temps de passer à la deuxième partie du service. Rock, Odon et moi allons arroser le jardin. Ce n’est pas une entreprise très compliquée, et un seul d’entre nous aurait suffi. Mais nous apprécions de passer du temps ensemble, et discutons bien volontiers, jusqu’à voir le soleil passer derrière les montagnes qui bordent l’horizon.

Samedi 1er juin 2019 :

Ce matin, je ne me sens vraiment pas très bien. Malgré le long repos dont j’ai profité, j’éprouve une grande fatigue à mon réveil. J’ai toujours ces coliques qui me travaillent les intestins. Je ne sais pas vraiment ce que je vais pouvoir faire aujourd’hui. Il y a soutien scolaire ce matin, et n’étant vraiment pas dans mon état, je demande à mes camarades de m’excuser. Je m’en retourne vers mon lit, et y passe la majeure partie de ce début de journée.

Quelques heures plus tard, me sentant un peu mieux, je descends et demande ce que je peux faire pour aider. Les enfants sont déjà partis, et l’on a bien besoin d’un peu de ménage. J’accepte avec joie, et aide à nettoyer les salles de classe. En moins d’une demi-heure, tout est en ordre. Tables et chaises sont à leur place, tandis que la poussière et les détritus ont déserté les lieux. Je n’aurais pas fait grand-chose ce matin, mais je suis tout de même content d’avoir été utile.

À midi, nous avons messe, suivie du repas. Ce dernier est savoureux. Le prêtre, un Vazah qui est resté avec nous pour ce midi, nous le fait remarquer. Il me dit que nous avons bien de la chance de manger aussi bien à la communauté. Je pense qu’il a raison, et après tout, je suis assez rarement conscient de ce que j’ai. Je juge toujours par comparaison, et il est bon de me rappeler qu’ailleurs d’autres n’ont pas ma chance.

Après le repas, je passe l’après-midi à me détendre. Non que je n’aie pas de travail, mais je me sens assez peu en état de l’accomplir. Mon ventre me travaille toujours. Je me demande si les médicaments que je prends sont les bons. J’en profite pour descendre à l’armoire à pharmacie, et regarder la notice. J’ouvre délicatement la boîte, et déplie le petit papier sur lequel sont écrites les prescriptions d’emploi : « pour lutter contre la constipation ». Je tremble intérieurement, fait des yeux énormes, et sens monter en moi une flopée de jurons tout contre moi-même. Je n’arrive pas à croire que je me sois trompé de médicaments. Comment ai-je pu être aussi bête ? J’étais tellement certain qu’il s’agissait du bon médicament, que je n’ai pas pris le temps de vérifier la notice. Enfin bon, à ces premiers sentiments négatifs, suit un rire très naturel. Il vaut mieux ne pas trop se prendre au sérieux, et faire preuve d’un peu d’humilité. Il me suffit de passer au bon médicament, et tout devrait rentrer dans l’ordre d’ici quelques jours.

Le soir arrive, et avec lui l’adoration, suivie du repas. J’y revois avec plaisir Laure-Elise et Blaise qui viennent de rentrer de leur séjour à Tananarive. Nous rigolons tous de ma mésaventure, et espérons que je récupère au plus vite.

Dimanche 2 juin 2019 :

À mon lever du lit, je suis agréablement surpris. Mon ventre a cessé de me travailler. Les médicaments de la veille ont dû faire leur effet. Il faudra tout même que je pense à en reprendre, pour être certain qu’il n’y ait pas de rechute.

Nous allons fêter, ce midi, les 10 ans de sacerdoce de Blaise. Il y aura beaucoup de monde. Aussi, il y a beaucoup de choses à préparer. Je m’attelle à la cuisine, coupe plusieurs kilos de tomates et autant d’oignons. Je prépare les tables, et les chaises dans la salle commune au rez-de-jardin. Rock, Clémence et Odon sont tous à travailler avec moi. Nous n’avons pas trop de toute la matinée pour préparer la fête. Mais à 11h30, nous sommes enfin prêts. C’est le cœur plein de joie que je m’en vais à la messe. Je suis satisfait du travail accompli, et suis certain que tout se passera bien.

La messe est très agréable, Blaise fait plusieurs blagues durant son homélie. Cela me fait beaucoup rire. C’est toujours agréable qu’un prêtre mette un peu d’humour dans son prêche. Dommage que ce soit si rare.

La messe sitôt finie, nous nous rassemblons tous pour partager notre repas. Les plats sont prêts à être dégustés. Après un petit discours de Francisco, pour honorer les 10 ans de sacerdoce de Blaise, nous passons à table. Nous commençons par un copieux apéritif. Celui-ci est accompagné de nombreux alcools qui sont, pour la plupart, nouveaux pour moi. Ici, on a l’habitude de consommer beaucoup d’alcools arrangés. J’essaie plusieurs d’entre eux, et les trouve tous très bons. Mais très vite, il me faut arrêter. Je sens déjà que j’ai la tête lourde. Je pense que je suis assez sensible à l’alcool. Il ne m’en faut pas beaucoup pour me donner envie de dormir. Mais j’ai toujours les idées claires.

Après ces amuse-gueules, nous passons au cœur du repas, et en profitons durant plus de deux heures.

À ce délicieux repas succèdent quelques danses. Mais pour ma part, je suis très fatigué. Mes intestins recommencent à me jouer des tours. Je pense que j’ai trop mangé. Alors, je retourne dans ma chambre, prends un peu de temps pour vous raconter ma journée, et me repose jusqu’au soir.

C’est sur cette superbe journée, cette merveilleuse fête, que se termine cette neuvième semaine à Madagascar. J’espère que vous ne vous lasser pas de me lire, car sachez que moi je ne me lasse pas de vous écrire.

Huitième semaine à Madagascar

Lundi 20 mai 2019 :

Ce matin, si le levé fut très facile, j’ai éprouvé une grande difficulté à passer l’épreuve de la douche. J’avais pratiquement oublié qu’à Tananarive, nous n’avions pas d’eau chaude au lever du soleil. En tout cas, on peut dire que cela m’a réveillé. Je me demande si l’on finit par s’habituer aux douches froides de bon matin. Mais, je vous avoue, bien volontiers, que je n’ai pas envie de satisfaire à ma curiosité. Roch, le nouveau jet, s’est lui aussi levé de très bonne heure ce matin. Nous partageons notre petit déjeuner ensemble, car nous devons aller tous les deux au ministère des Affaires étrangères. Moi, pour y déposer ma demande de visa en bonne et due forme. Roch, parce qu’il y a eu une erreur sur la date de retour sur son visa. La dame de l’aéroport s’est trompée de douze jours sur le jour de son retour en France.

Il est sept heures, quand nous montons dans la voiture et quittons la communauté. Nous serpentons dans les innombrables ruelles de Tananarive. Montons et descendons assez de fois pour me retourner l’estomac. Mais je tiens le coup. On me dit que la ville est bâtie sur 11 collines, mais aujourd’hui, j’aurais plutôt parié sur une centaine.

Après une heure de route, et une autre heure de bouchon, nous arrivons enfin au ministère. L’endroit est assez austère, et je suis très surpris par l’état des bâtiments.

J’entre et me présente pour mon rendez-vous. Et à ma grande surprise, la personne qui devait me recevoir est absente aujourd’hui. J’avais normalement rendez-vous avec un membre de la direction du service des affaires étrangères. J’avoue ne pas très bien comprendre comment il a pu me donner rendez-vous un jour de congé. Mais c’est une erreur comme tout le monde peut en faire. Heureusement, une autre personne va me prendre à sa place. Il me faut simplement attendre une petite heure pour être reçu. Après cela, les formalités sont remplies en moins de trente minutes. On me demande de vérifier les informations administratives sur mon compte. Puis, on prend mes empreintes digitales et une photo de moi pour les archives. Mon dossier, enfin dument rempli, je peux quitter l’établissement.

Pour Roch, les choses sont plus compliquées. Étendre sa période de séjour à Madagascar risque de lui demander beaucoup de temps. Il lui faudra une dizaine de papiers administratifs pour prolonger son séjour de seulement deux semaines. Compte tenu des démarches nécessaires, il lui faudra, malheureusement, revenir dans quelques semaines pour faire sa demande.

Nous rentrons à la communauté, et arrivons pour le repas de midi.

Nous prenons un peu de repos, avant notre temps de service. Cette fois-ci, je m’occuperai de trier le riz avec Roch. Il est comme moi quand je suis arrivé, tout est nouveau pour lui. Alors, je lui montre comment il faut procéder. Ce n’est pas bien difficile, mais lui et moi sommes un peu trop scrupuleux, et nous n’avançons pas bien vite dans notre tâche. Lorsque le soleil se couche, nous n’avons fait que la moitié de ce qui était prévu. Mais ce n’est pas très grave, nous en avons fait bien assez pour aujourd’hui et demain. Nous apprendrons ensemble à être plus efficaces.

La journée va sur sa fin. À l’approche du coucher du soleil, Michou et Nadia nous annoncent le programme de la journée de demain. Pour arriver avant midi à Antsirabe, il nous faudra partir de très bonne heure. Ce n’est pas vraiment la meilleure nouvelle de la journée, vu l’heure qu’il est cela ne me laissera même pas huit heures de sommeil. Ce n’est pas bien grave, juste une petite difficulté de plus. Je suis content de voir, comment, en quelques mois, j’ai déjà beaucoup progressé sur ce point. J’arrive de plus en plus facilement, à ne pas voir les problèmes comme des obstacles, mais comme des passages à franchir. Je râle moins, mais je râle toujours. Je me demande si un jour j’arrêterai de râler. Si seulement je pouvais y parvenir, la vie serait tellement plus belle.

Mardi 21 mai 2019 :

Levé à cinq heures du matin, je me prépare pour le départ. Il me faut rejoindre la gare routière, et prendre le car de sept heures. Je prends ma douche en vitesse, me lave le visage, range toutes mes affaires et prends mon petit déjeuner. Il est 5h50 quand Roch, Modeste et moi rejoignons la voiture de Michou pour le départ. Il conduit habilement et évite, de nombreuses fois, des passants peu attentifs à la circulation. Bien qu’étant pressés, nous devons nous arrêter quelques minutes pour vérifier que l’un de nos pneus n’est pas crevé. Mais après une brève vérification, tout va bien. Aussi, nous repartons sur les chapeaux de roue. Il nous faut rattraper le temps perdu. Mais pas d’inquiétude, à cette heure-ci il n’y a presque aucun bouchon. La circulation dans Tananarive est excellente.

Il est 6h40, quand nous arrivons enfin à la gare routière. Nous disons au revoir à Michou et Modeste. Ils nous souhaitent le meilleur pour notre mission JET. Nous les remercions humblement.

À sept heures, le taxi-brousse démarre. Le trajet est beaucoup moins pénible que la dernière fois. Ce taxi brousse à des sièges avec un dossier bien plus élevé. Cette fois-ci, les appui-têtes ne me rentrent pas dans les épaules. Et au moins, je ne m’ennuie pas. Avec Roch, nous passons la majeure partie de notre trajet à discuter. On ne peut pas vraiment dire que nous respectons le silence du DESERT du mardi matin.

En à peine quatre heures, nous sommes arrivés à Antsirabe. Nous prenons le bus pour rejoindre la communauté. Il est à peine 11 heures lorsque nous arrivons enfin à destination. Sœur Adrienne nous reçoit très aimablement. Je montre à Roch sa chambre et lui fait faire, très rapidement, le tour de la maison.

Nous avons à peine le temps de profiter de quelques minutes d’adoration, avant le repas de midi. Puis, je me remets au travail. Il me faut finir de préparer mon cours sur les calculs de durée de vie de roulements. Alors, j’y consacre tout l’après-midi. Au passage, j’en ai profité pour prévenir le directeur de l’université que je ne serai pas disponible avant vendredi.

Lorsque le soir arrive, j’ai pratiquement fini de préparer mon cours. Il me reste à corriger la grammaire et l’orthographe, et à rédiger quelques exercices pour les élèves.

Mercredi 22 mai 2019 :  CE NIVEAU

La journée commence bien. Sœur Adrienne, la responsable de la maison, me laisse terminer la préparation de mon enseignement. Je la remercie chaleureusement, et me remets à l’ouvrage.

Il ne me faut pas beaucoup de temps, pour corriger la grammaire et l’orthographe. Par contre, la préparation des exercices est beaucoup plus laborieuse que ce que j’aurais cru. Rédiger des équations sur un PowerPoint demande beaucoup de temps. Lorsque la matinée s’achève enfin, je n’ai pas encore tout à fait fini. Qu’à cela ne tienne, je terminerai ce soir.

J’assiste à la messe, et prends mon repas avec empressement. Cet après-midi, nous débutons le soutien scolaire à 14 heures. Je profite du peu de temps de pause pour finir de rédiger mes exercices. Mais déjà, la cloche sonne. Je dois aller rejoindre les autres membres de la communauté pour le soutien scolaire.

Aujourd’hui, nous n’avons qu’une centaine d’élèves. Comme à notre habitude, nous les accueillons en leur demandant de se laver les mains. Puis, nous chantons avec eux et nous dansons. Moi, je fais de mon mieux, et je danse comme chacun. Mais je me sens vraiment ridicule. Si vous voyiez les danses que nous faisons avec les enfants, vous rigoleriez bien. Mais je ne danse pas pour moi, je danse pour eux. Pour leur donner de la joie, et qu’eux aussi n’aient pas honte de danser.

Après ces quelques minutes de détente, les élèves sont répartis par classe et l’enseignement commence. Aujourd’hui, je suis avec Odon et Roch. Ce dernier ne sait pas très bien comment se déroule le soutien scolaire. Odon lui explique, du mieux qu’il peut, et nous essayons de nous répartir les tâches. Après discussion, nous décidons de faire de la physique. Alors, comme je suis le plus calé sur le sujet, c’est moi qui donnerai les explications. Roch parcourt l’ensemble du cahier de cours, et cherche les points à aborder pour faire réviser les élèves. Grâce à lui, je ne perds pas de temps en recherche entre deux explications. Odon, comme à son habitude, se charge de la traduction. Et ce n’est pas un luxe aujourd’hui. Les élèves ne sont qu’en sixième, et ils apprennent déjà des notions de physique assez complexes. Tous les mots du cours sont en français. Roch est très surpris qu’on demande à ces enfants d’apprendre tant de nouvelles notions en français, alors que les bases de la langue sont encore mal maîtrisées. Je suis comme lui, je pense qu’il serait plus utile aux élèves de pratiquer le français avant de voir des notions aussi complexes. Mais ce n’est pas moi qui fais le programme. Au passage, j’en profite pour faire le plus d’explications de Français possible. Par exemple : comme nous voyons les circuits électriques, j’en profite pour donner l’explication du mot « circuit », de façon générale et pas uniquement dans le cadre du courant électrique. Je procède ainsi chaque fois que c’est possible. Les élèves sont assez attentifs, mais ils ne participent pas beaucoup aujourd’hui. Le manque de maîtrise du français se fait clairement sentir.

Nous continuons ainsi durant deux heures, après quoi nous nous rendons tous à la chapelle pour prier et chanter ensemble. Cela ne dure pas très longtemps, mais tous les enfants semblent heureux d’être là. Ici, je n’ai pas l’impression qu’il faut beaucoup pousser les élèves pour qu’ils aillent à l’école. Je crois que chacun est conscient de l’utilité de cette dernière. Et pour beaucoup d’entre eux, rester à la maison signifie probablement travailler. Alors, de toute façon, il vaut mieux qu’ils soient avec nous.

L’après-midi se termine, mais il me reste encore un peu de temps avant le repas du soir. Je le mets à profit pour terminer la préparation de mon cours. Je pense être prêt pour vendredi, si jamais le directeur de la filière me le demande.

Jeudi 23 mai 2019 :

Ce matin, je dois préparer le petit déjeuner des étudiants. Alors, je me lève à 5h30. Je me douche et m’habille en vitesse. Cela étant fait, je prépare tout ce qu’il faut pour le petit déjeuner. Beurre, sucre, confiture, eau chaude et pain. À 6h10, tout est prêt. Les étudiants n’arrivant qu’à 6h30, je pense avoir vu un peu large au niveau du temps. La prochaine fois, je pourrai me lever à 5h40.

Après l’office du matin, et le petit déjeuner, je pars pour l’orphelinat des terreaux de l’espoir. Cette fois-ci, j’y vais pour toute la journée. Je pense que cela m’aidera à être plus efficace dans mon travail.

Arrivé à destination, je prends le temps de discuter avec Claire. Elle me confie qu’il faudrait s’occuper de la plantation de bananiers. Il semble qu’ils ne donnent vraiment pas grand-chose. J’accepte avec joie, et vais voir ce qui se passe.

Au bout du terrain, il y a une centaine de pieds de bananiers entourés de hautes herbes. La zone semble laissée à l’abandon. J’arpente, précautionneusement, les allées qui séparent les bananiers. La plupart d’entre eux ne portent pas le moindre signe d’un début de régime de bananes. Mais il y en a, tout de même quelques-uns, qui ont donné du fruit. Les bananes sont petites, et encore toutes vertes, c’est une variété de bananes naines. Mais je me demande pourquoi la majeure partie des bananiers n’ont rien donné. Le sol n’est probablement pas mauvais pour faire pousser des bananes. Aussi, je pense que le problème ne vient pas de là. Il y a probablement eu un manque d’entretien de cette pépinière, et peut-être aussi un manque d’arrosage. Il faudra que je consacre un peu de temps à étudier la culture des bananes, afin de mieux comprendre l’origine du problème.

Mon inspection effectuée, je retourne voir Narindra, pour voir ce que je peux faire pour aider. Je le cherche quelques minutes, avant de le trouver enfin dans l’une des serres. Il m’accueille avec le sourire, comme à son habitude, et je lui rends la pareille. Nous discutons un peu, pour lister tout ce qu’il y a à faire. Ils sont en train de s’occuper des pieds de tomates. Ils en ont déjà coupé quatre rangées, qu’il nous faut remplacer par de nouveaux pieds. Cela va prendre plusieurs jours, et pour l’instant il serait bien de dégager la zone, car tous les plants, une fois coupés, ont été laissés en place. Je vais m’occuper de cela. J’entasse les pieds de tomates par brassée. Puis, je les transporte jusqu’à une fosse pour les y jeter. La matinée se terminant, je n’ai même pas pu venir à bout de ce travail.

Francisco n’est pas là aujourd’hui, mais Claire m’accueille bien volontiers chez elle pour prendre mon repas. Je la remercie très aimablement de son accueil. Elle est seule à la maison, avec son fils, qui n’a pas deux ans. Ce dernier met beaucoup d’animation à notre repas. Vous savez surement, comment les tout petits réclament beaucoup d’attention…

L’après-midi, je retourne à la serre, et je termine mon travail de déblayage. Cela étant fait, je ramasse de petits tuyaux qui sont sur le sol, et qui nous servent à alimenter au goutte-à-goutte les plants de tomates. C’est un système qui vient de France. En fait, toute la serre vient de France. À Madagascar, personne ne fabrique ce type d’équipement. C’est une grande chance, pour l’orphelinat, de posséder un appareillage aussi perfectionné. Quoi qu’il en soit, ces petits tuyaux doivent être nettoyés et désinfectés. Je me mets au travail avec ardeur, et y consacre le restant de mon après-midi.

Le soir venant, je fais mon compte rendu à Claire, et lui dis au revoir.

Je rentre à la communauté pour la nuit. M’étant levé de si bonne heure, j’ai bien besoin de repos. Encore quelques minutes passées sur mon lit et j’accueille le sommeil comme une grâce.

Vendredi 24 mai 2019 :

À mon lever du lit, je n’ai pas la tête à travailler. Cette dernière me semble sur le point d’éclater, et mon ventre fait de multiples caprices. Alors, sitôt sorti du lit, je me précipite aux toilettes. J’espère que ce n’est rien de grave. J’ai déjà été malade il y a quelques semaines, et je n’ai pas envie que cela recommence.

Hier soir, j’ai reçu un mail du directeur de l’université. Il semblait ravi. En effet, j’ai accepté sa demande de donner un cours mardi prochain. Mais, il souhaite que je donne un cours supplémentaire mercredi. Cet enseignement sera sur les différents types de transmission mécanique. C’est dans mes cordes, mais cela va me faire beaucoup de travail ce week-end. J’ai hésité à refuser, mais je pense que c’est un bon défi à relever. Alors, je me mets à l’ouvrage.

Je passe donc la matinée à faire des recherches sur Internet, allant de mon ordinateur aux toilettes les plus proches avec une triste régularité. Je ne vais vraiment pas bien…

Lorsque midi arrive, je n’ai aucun appétit. J’aimerais bien m’excuser et quitter la table. Mais comme nous recevons des invités, je fais bonne figure.

Le repas terminé, je pars me coucher sans autre explication à mes camarades. En fait, je n’ai même pas pensé à les prévenir que j’allai dormir un peu. Je ne prends pas même le temps de mettre mon réveil en marche. Je crois que j’ai besoin de rester au lit un bon moment.

Il est quatre heures passées, quand je me réveille enfin. La majeure partie de cet après-midi est derrière moi, et je n’ai presque plus mal au ventre et à la tête. Le problème n’était probablement que passager, mais j’ai tout de même eu raison de me reposer.

Je prends le temps d’expliquer la situation à la maîtresse de maison, qui me comprend très bien et me dit qu’il vaut mieux que je retourne me reposer pour être pleinement rétabli. Mais moi, j’estime avoir vraiment trop de travail pour prolonger mon repos.

Je retourne à la préparation de mon cours, et m’y consacre jusqu’à l’heure du repas. J’aurais bien voulu continuer mon travail après ce dernier. Mais il faut me rendre à l’évidence, je ne suis vraiment pas en état. Aussi, plutôt que de faire des bêtises, je retourne dans mon lit me nourrir des rêves qui passent.

Samedi 25 mai 2019 :

Les contrées oniriques s’estompent, et je retourne au monde réel. Il me faut me motiver pour me lever ce matin. Mais je n’ai mal ni au ventre ni à la tête. Mais alors pourquoi est-ce que j’ai tant de difficultés à me lever ? Ah… oui… je me souviens… j’ai soutien scolaire ce matin, et je vais passer le reste de mon week-end à préparer mes cours. On ne peut pas vraiment dire que je trouve tout cela très motivant… Tant pis, on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut.

Lorsqu’arrive huit heures, nous accueillons les élèves pour le soutien scolaire. Aujourd’hui, j’aurais les cinquièmes. Ils sont très sages, mais ne manifestent pas beaucoup d’enthousiasme. J’aimerais tellement avoir plus d’interaction avec eux. Peut-être que le problème vient de la façon dont je m’y prends. Rock, qui enseigne de l’autre côté de la classe aux sixièmes, ne semble pas avoir les mêmes difficultés. Il n’enseigne pas du tout de même façon que moi. Je pense que je suis trop « scolaire ». Il faudra que j’en discute avec lui, pour voir ses méthodes et devenir un meilleur enseignant. Mais pour l’instant, je continue comme je peux.

Puisque je me suis aperçu que mes élèves maîtrisaient les verbes du premier et deuxième groupe, je m’attelle à ceux du troisième groupe. Nous en avons pour toute la matinée, mais je vois bien que certains élèves sont moins investis que d’autres. Je ne sais pas encore comment m’y prendre avec eux. J’ai tant de progrès à faire.

À 10 heures, la cloche retentit enfin. Il est temps de dire au revoir aux élèves. Je les remercie de leur attention, j’essaie de leur donner quelques petits conseils pour travailler chez eux. Mais malheureusement, je me doute que pour beaucoup d’entre eux c’est chose impossible. La plupart n’ont même pas de quoi s’acheter du papier pour écrire. Quand on ne l’a pas vu, on a du mal à s’imaginer la misère qui règne ici.

Normalement, je devrais me mettre au service pour le reste de la matinée. Mais j’en suis dispensé, car j’ai des cours à préparer. Je travaille sans m’arrêter, si ce n’est pour le repas de midi, et je reprends immédiatement après, jusque 17 heures. J’ai besoin d’une pause, après une semaine de travail, je commence à ressentir une sérieuse fatigue intellectuelle. Or, j’ai besoin de mon cerveau pour pouvoir structurer mon cours. Tant pis, je finirai demain matin. Je profite du temps qu’il me reste avant le repas, pour me détendre un peu. Et lorsque celui-ci arrive enfin, je savoure le délicieux plat que nous ont préparé Clémence et Roch.

Dimanche 26 mai 2019 :

Aujourd’hui, pas question de traîner au lit. La matinée commence sur les chapeaux de roue. Je me lève, prends un petit déjeuner rapide, et me mets immédiatement à la tâche. Il me faut finir mon cours ce matin. Je n’aurai pas de temps à lui consacrer en début de semaine.

Alors je travaille de mon mieux. Je rassemble le résultat de mes recherches de ces derniers jours, et je passe tout par écrit. J’ai décidé de diviser mon cours en plusieurs PowerPoints. L’ensemble de mon travail dépasse la centaine de slides. Je ne les présenterai surement pas tous. Lorsqu’arrive enfin la messe, j’ai terminé la préparation de mon cours. Enfin ! Je vais pouvoir me reposer.

Me reposer… peut-être pas. Je ne vous en ai peut-être jamais parlé, mais je consacre toujours une partie importante de mon dimanche après-midi, à relire mes écrits de la semaine. Ce n’est pas que cela m’enchante, mais il faut le faire. Heureusement, avec le temps et la pratique, écrire me prend de moins en moins de temps. Aujourd’hui, je n’y aurai pas consacré plus d’une heure et demie.

Cette semaine se termine sur ce week-end, plutôt chargé. Je vous laisse en souvenir, cette photo, prise aujourd’hui, depuis ma chambre.

Septième semaine à Madagascar

Lundi 13 mai 2019 :

Une nouvelle semaine débute à Madagascar. Elle s’annonce superbe, comme toutes les autres jusqu’à présent. Mais j’avoue avoir beaucoup de difficultés à me faire au climat des hauts plateaux. Ici, nous sommes à plus de 1500 m d’altitude. Alors, bien qu’il fasse soleil tous les jours, il fait souvent très frais. Et le matin, il fait souvent si froid qu’il m’est difficile de sortir de mon lit. En effet, nous n’avons pas de chauffage ici. Aussi, en plein jour il fait très bon, mais à la nuit tombée la maison se rafraîchit. Je pense que l’hiver risque d’être difficile. Mais, je laisse cette pensée pour plus tard. Alors, tant bien que mal, je me lève et vais me doucher. Heureusement, nous avons encore de l’eau chaude. Cela me fait beaucoup de bien, et je trouve dans cette douche matinale la vigueur nécessaire pour démarrer cette journée.

Je descends pour prendre mon petit déjeuner et assister à l’office du matin. Cela me fait toujours du bien de prier. Et ces temps-ci, la communauté en a grand besoin. Le départ du père Henri laisse un grand vide, et une douleur toujours palpable dans le cœur des gens. Chacun fait comme il peut, mais on sent bien que les caractères sont ébranlés. Les Malgaches manifestent assez peu leurs émotions. Mais quand la douleur se fait grande, eux aussi montrent des signes de changement. Alors moi, je fais ce que je peux pour consoler. Parfois un mot, parfois un sourire, et souvent un silence fraternel.

Après avoir assisté à l’office du matin, je prends petit déjeuner. Puis, c’est le moment de prendre mon service. Aujourd’hui, je suis affecté au nettoyage des toiles d’araignées. Je passe une tête de loup dans toute la maison, et balaie tous les sols. J’y consacre toute la matinée.

À la messe succède le repas de midi. Après ce dernier, je vais à l’ESSVA pour rencontrer le directeur de l’université et savoir s’il a eu des retours sur mon exposé de vendredi. En quelques minutes, je rejoins l’université. Mais à ma grande surprise, les élèves ne sont pas présents. Ils sont partis pour une journée d’étude à l’extérieur. Je me présente tout de même au directeur de l’université pour lui faire part de mes questions. Il est très touché de ma venue, et m’assure qu’il me tiendra informé, le cas échéant, par mail.

Aussitôt cet entretien terminé, je fonce au terreau de l’espoir. J’ai déjà perdu beaucoup de temps cet après-midi. Je vais être en retard. Mais cela ne dérange pas Claire et Francisco, les responsables de l’orphelinat. Ils m’accueillent avec joie et ne font aucun commentaire sur l’heure d’arrivé. La relation au travail est vraiment très différente ici. Mais peut-être agissent-ils ainsi parce que je suis bénévole ?

Francisco a reçu, il y a deux semaines, des lits d’hôpitaux par un container venant de la réunion. Il doit en préparer deux pour demain, car un dispensaire en a besoin. Malheureusement, les lits d’hôpitaux sont arrivés en pièces détachées et il faut les remonter. Et de plus, plusieurs moteurs ne sont plus en état de marche. Soit, parce qu’il n’y a pas la télécommande correspondante. Soit, parce que le moteur électrique est définitivement fichu. Aussi, tout cet après-midi, je la passe à aider Francisco à rendre opérationnels les différents lits d’hôpitaux. Mais c’est tout de même malheureux :  plusieurs des lits d’hôpitaux sont bons à jeter à la poubelle. Francisco est triste, il me partage ses difficultés. Souvent, lui et son épouse ont l’impression de servir de poubelle. On leur envoie du matériel, mais on ne vérifie pas s’il fonctionne correctement. On se dit souvent que là-bas, à Madagascar, les gens sont débrouillards et pourront réparer les choses. Mais si l’on peut relativement facilement se débrouiller pour tout ce qui est métallique, il n’est généralement pas possible de réparer du matériel électronique. Il n’y a pas les équipements nécessaires ici.

En effet, c’est bien dommage d’avoir tant de lits d’hôpitaux non fonctionnels. Mais après un après-midi à faire des réparations, nous avons tout de même trois lits d’hôpitaux qui sont prêts pour le dispensaire. C’est 1 de plus que ce qui était demandé. Alors, pour aujourd’hui, cela ira.

À six heures arrive le dernier bus. Je le prends sans hésiter pour rentrer à la communauté. J’ai juste eu le temps de dire au revoir à Claire et Francisco. J’espère qu’ils ne seront pas trop dégoûtés par les problèmes avec les lits d’hôpitaux.

Mardi 14 mai 2019 :

Le mardi est probablement la journée la plus calme de toute la semaine. Chaque fois, le temps de DESERT nous accorde un repos bien agréable. Et comme à l’accoutumée, ce mardi ne fait pas exception. Je peux me lever plus tard ce matin, et passer plus de temps à me reposer.

À 8h30, il y a l’office. Normalement, à neuf heures je prends le temps de prier un peu. Mais pas aujourd’hui. J’ai promis à un élève du foyer de regarder son mémoire. Il est en fin de troisième année d’études à l’ESSVA. Je l’attends, comme convenu, à la bibliothèque. Il a un peu de retard. Mais cela m’importe peu. J’ai beaucoup de plaisir à le voir arriver.

Nous discutons durant 1h30 sur son mémoire. Je prends le temps de corriger les fautes de tournures de phrases, ainsi que les fautes d’orthographe et de grammaire que je vois. Il y en a beaucoup, ce n’est pas très étonnant. C’est un Malgache qui rédige, et je ne peux pas m’attendre à ce qu’il n’y ait pas de fautes de français. Quoi qu’il en soit, je suis très surpris par la qualité globale de son écrit. En fait, il écrit beaucoup mieux français qu’il ne le parle.

À 11 heures, nous nous disons au revoir. Je l’assure que je l’aiderai à avancer quand il en aura besoin. Pour moi, il est temps d’aller à l’adoration.

À midi, nous avons notre repas. Comme à l’accoutumée, ce dernier est pris en silence. C’est très reposant, et je pense que toute la communauté en a grand besoin.

L’après-midi, je participe à la découpe du bois, et travaille un peu en cuisine. Mais tout cela n’est pas bien long. En quelques heures, tout est fini, et il me reste tout de même plus d’une heure avant la fin de la journée de travail. Je profite du temps dont je dispose pour écrire un peu, lire, et faire des recherches sur Internet.

Il est difficile de trouver des informations sur Madagascar par Internet. La majeure partie des sites, qui y sont consacrés, s’occupent de tourisme. Les informations techniques, notamment sur l’agriculture, se font rares. Il faudra, probablement, que je retourne à l’ASJA pour avoir des informations concrètes. Je cherche notamment à savoir s’il est possible de faire faire des analyses de sol ici. Tant pis pour les recherches, au moins je ne reste pas à rien faire.

Ce soir, nous avons la messe. Normalement, nous devrions l’avoir le midi. Mais, père Blaise n’étant pas disponible, elle a été reportée à ce soir.

Mercredi 15 mai 2019 :

Il est de ces jours où je ne trouve rien à vous dire. Ces journées, qui sont tellement banales, que l’on aimerait bien noter, comme Louis XVI en son temps : « aujourd’hui rien ». Et pourtant, je prends la plume. Non parce que j’ai quelque chose à dire, mais parce que, dans le fond, il n’existe pas de journée sans importance. Alors je cherche ce qui mérite d’être écrit.

Nos ancêtres, eux, écrivaient sur les faits de leur temps les grands actes des puissants. On trouve encore, dans ces textes du passé : les actes de loi, les actes de guerre, les témoignages des grandes fêtes et tout autre fait sortant du commun. À voir tout cela, je me rends bien compte que nos ancêtres écrivaient le témoignage de la marche du monde. Mais de la vie de l’homme commun, qu’écrivait-ils ? On trouve difficilement, dans leurs écrits, des traces de la vie de chaque jour. Si bien qu’il est difficile aux historiens de savoir comment vivaient nos ancêtres. C’est comme si la vie de l’homme ne méritait pas d’être racontée. Mais qu’est-ce que la vie du monde, sans la vie de l’homme ? L’histoire d’un sourire ne vaut-elle pas mieux que l’histoire d’une guerre ? Mon cœur balance. J’ai trop souvent l’impression que l’homme s’acharne à ruminer ses malheurs. Mais que fait-il du bonheur ? Si vite il est passé, si vite il oublie. Perdu à jamais dans les flots de l’histoire.

Alors, bien que ne sachant quoi dire, j’écris. Non pas ce qui mérite d’être écrit, car je ne sais ce qui mérite d’être écrit, mais parce que j’ai fait serment de raconter ma vie de chaque jour ici. Afin de ne pas vous laisser sans nouvelles de moi.

Ce matin, me lever est vraiment difficile. J’éprouve une grande fatigue ces temps-ci. Je pense que je manque vraiment de sommeil. J’ai beau me dire qu’il faut me reposer, j’ai du mal à m’y forcer. Je me demande souvent si les autres ont cette difficulté. Il m’a toujours été difficile de dormir. Mon sommeil n’est guère réparateur et je n’en connais pas la cause. Mais l’office est à sept heures, alors, en forme ou pas, il faut me lever.

À 8h30, je débute mon service. Il y a du bois à couper. J’aide Jackson, comme je le peux, dans cette tâche. Nous avons des quantités de longues bûches, savamment empilées, sous un hangar. Il nous faut les couper en petits morceaux, pour les faire entrer dans les poils pour la cuisson. Heureusement, nous n’utilisons ni hache ni scie. Nous avons une machine pour cela. Couper le bois fait beaucoup de poussières, alors il nous faut nous équiper pour nous protéger le visage, afin de ne pas en respirer. Moi, je me charge de faire passer le bois à Jackson. Mais très vite, il me dit qu’il se débrouillera tout seul pour la suite. C’est vrai que je ne suis pas très utile ici. Alors, je m’en vais à la cuisine et j’aide à couper les légumes pour le repas du midi. Je travaille ainsi, jusqu’à ce que retentisse la sonnerie qui nous appelle à la messe.

Comme à notre habitude, elle est suivie du repas de midi. Nous mangeons tous à notre faim. Il est rare que je n’aie pas assez à manger ici. Sauf le mardi, qui est jour du DESERT. Mais cela fait partie intégrante de ce temps de prière.

Quoi qu’il en soit, l’après-midi arrive, et avec elle un nouveau temps de service. Normalement, nous devrions avoir soutien scolaire. Mais avec le décès du père Henri, et tout ce qu’il y a à préparer pour ce week-end, le soutien scolaire a été annulé. Je me contenterai de couper des légumes tout l’après-midi.

Le soir arrive et nous nous retrouvons pour partager un bon repas. J’aimerais éprouver de la fierté pour avoir participé à la préparation du repas, mais ce n’est pas le cas. Je ne comprends pas pourquoi quand je fais quelque chose pour les autres, je n’en éprouve que rarement de la satisfaction. Je repense souvent aux raisons de ma venue ici. Je voulais, entre autres, donner du sens à ma vie. Mais je n’ai pas l’impression d’en trouver beaucoup actuellement. Peut-être que je me trompe de but. Père Blaise, lui, m’appelle simplement à me laisser pénétrer par la vie de tous les jours ici. Tout est utile, dit-il, qu’on le voie ou pas.

Jeudi 16 mai 2019 :

J’ai demandé, hier, au père Blaise, si nous pouvions aller aujourd’hui à la rizière. Bien que j’aie déjà passé plus de six semaines ici, je n’ai toujours pas vu la rizière de la communauté. J’aimerais vraiment la voir. Père Blaise avait l’air ravi que je lui en fasse la demande. Je ne l’avais jamais vu avec un aussi grand sourire. Il est fils d’agriculteurs, et s’occuper de la rizière lui plaît beaucoup. Je pense qu’il est ravi de voir quelqu’un d’autre s’y intéresser.

Nous partons d’assez bonne heure et nous prenons la voiture, car la rizière est assez loin. Il nous faut presque une demi-heure pour nous rendre sur place. À mon arrivée, je découvre qu’il n’y a pas que du riz sur place. Ici, quand on parle de rizières, c’est un peu comme quand on parle de fermes en France. Il y a des vaches, des cochons, des lapins, des poules, un large potager et enfin la rizière à proprement parler. Père Blaise est ravi de me montrer tout cela. Il rayonne intérieurement. Je ne lui connaissais pas une telle joie. Il m’explique tout ce qu’il y a à savoir sur l’élevage et la culture des légumes ici. Il me présente les enjeux, et les difficultés. Je discute avec lui longuement sur le sujet.

Puis il nous faut partir. Nous devons acheter des plants de pommes de terre pour le potager. Nous faisons le tour des marchés des environs, mais nous ne trouvons pas de plants de pommes de terre en suffisamment grande quantité. Nous sommes arrivés trop tard, tous les vendeurs se sont déjà séparés du gros de leurs stocks.

Finalement, après plus d’une heure de recherche infructueuse, nous trouvons un fournisseur. Mais, ce dernier ne pourra nous livrer que lundi. C’est déjà bien, nous aurions pu ne rien trouver du tout.

Nous rentrons à la communauté, et arrivons à temps pour la messe de midi.

L’après-midi, je la passe encore à la cuisine. Il y a bien des choses à préparer. Mais moi, comme à mon habitude, je coupe les légumes. C’est à peu près tout ce que je peux faire ici. Je suis parfois triste de ne pas pouvoir me rendre plus utile, mais ce n’est pas à moi de mesurer l’utilité de mes actes. Moi, je dois juste apprendre à y mettre le plus d’amour possible. Et Dieu pourvoira au reste.

Vendredi 17 mai 2019 :

Aujourd’hui, nous allons accueillir beaucoup de monde pour la cérémonie d’enterrement du père Henri. Cette dernière se tient en France, à l’abbaye des Dombes. Elle aura lieu samedi, à 15 heures. Cependant, vous imaginez bien que tous les Malgaches ne peuvent pas se rendre en France, pour assister à la cérémonie. Alors, nous allons organiser une célébration à la même heure, samedi. En conséquence, nous avons beaucoup de travail, pour accueillir tant de monde. Mais moi, j’en suis dispensé. J’ai reçu hier soir, un mail du directeur de l’ESSVA me demandant, si je le voulais bien, de donner un nouveau cours, cette fois-ci sur le calcul de durée de vie des roulements. Ce cours aurait lieu mardi, ou mercredi prochain. Malheureusement, il me faut décliner cette demande. Ou tout du moins, la reporter. En effet, je ne serai pas là dimanche, lundi et mardi. Il me faut me rendre à Tananarive pour remettre mon dossier au ministère, pour ma demande de visa. Je n’aurais pas le temps de préparer le cours.

Mais, j’ai tout de même expliqué la situation à la responsable de la maison. Elle m’a dit que la maison pouvait se débrouiller sans moi, et que ma priorité était de travailler sur mon prochain cours. Alors, j’y consacre toute la journée. Je fais des recherches sur Internet, et prépare mon PowerPoint. C’est fou le travail que cela peut demander de préparer un cours. Je ne compte plus les fois où je me suis relu, changeant de multiples fois la structure de mon enseignement afin qu’elle soit le plus claire possible. Que faut-il aborder en premier ? Comment faut-il l’aborder ? Est-il nécessaire que je mette un petit exercice à la fin de chaque partie ou pas ? Oui, je crois que sur ce dernier point c’est indispensable. Cela obligera les élèves à participer, et à rester présents tout au long du cours.

Le soir arrivant, je suis assez content du travail accompli, mais il me reste encore beaucoup à faire pour que mon cours soit vraiment digne de ce nom. Je verrais bien si je peux y consacrer du temps ce week-end.

Compte tenu des circonstances, ce soir nous avons une veillée funèbre pour le père Henri. C’est la première fois que j’assiste à une veillée funèbre. C’est très beau. Je me laisse bercer par les chants, et j’écoute attentivement les témoignages de ces hommes et femmes qui l’ont connu. Il y a des moments, où tout ce que l’on peut faire, c’est d’être présent avec ses frères et sœurs.

Après deux heures de veillée funèbre, on propose à ceux qui le souhaitent de rester, et aux autres de retourner dormir. Je fais partie de ceux qui choisissent la deuxième option. Je tombe littéralement de sommeil. J’ai même failli m’endormir à deux reprises durant la veillée. Alors, je m’en retourne dans ma chambre pour retrouver le repos de la nuit.

Samedi 18 mai 2019 :

Encore une belle journée qui s’annonce à Madagascar. Le ciel est dégagé jusqu’à l’horizon, pas le moindre nuage en vue. À sept heures, nous devrions avoir le petit déjeuner, mais il y a beaucoup de retardataires. Nombre de participants ont préféré profiter de ce samedi matin pour dormir quelques heures de plus. La veillée funèbre a été très longue.

Le petit déjeuner est très simple : café et pain sec. Pour ma part, c’est insuffisant pour un petit déjeuner, mais je fais avec. J’ai déjà perdu un peu de poids à Madagascar, et cela me va très bien. Je ne suis pas très étonné que les Malgaches ne soient pas bien gros.

La matinée est consacrée au repos, à la détente, et à la préparation du repas de ce midi. Père Blaise a acheté un zébu vivant pour l’occasion. Il vient juste d’être abattu. Une dizaine de personnes s’affaire à le dépecer en contrebas, juste à côté du potager. De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois la carcasse de l’animal. C’est la première fois que je vois un animal en train d’être dépecer. On ne peut vraiment pas dire que ce soit beau. Mais ce sera très nourrissant. En tout, il y en aura pour plus de 120 kg de viande.

Arrive enfin le repas de midi. Pour ce dernier, nous nous installons tous dans l’herbe. Enfin… presque tous. Certains, plus rapides que les autres, ont réussi à trouver de la place sur le muret de la grande cour. Il y a vraiment beaucoup de monde à nourrir. Plus d’une centaine de personnes sont rassemblées. Peut-être même que nous dépassons les 200 personnes.

À 14 heures, c’est enfin l’heure de la messe. La célébration est magnifique. Il n’y avait pas assez de place pour tout le monde dans la chapelle. Aussi, nous avons préféré la faire en plein air.

La célébration débute par une petite biographie du père Henri. J’écoute attentivement, c’est très instructif. C’était vraiment un homme remarquable. Peu de personnes pourront dire avoir une vie aussi remplie le jour de leur mort. Je rends grâce au seigneur de m’avoir permis de connaître cet homme en ce monde.

Il est 16 heures quand se termine la cérémonie. Désormais, afin d’être en communion de prière avec la cérémonie qui se tient en France, chacun peut, s’il le souhaite, suivre la retransmission audiovisuelle en direct. La communauté a prévu plusieurs salles à cet effet.

Les personnes assemblées prient et chantent durant des heures. Nous suivons la retransmission avec beaucoup d’attention. C’est l’heure du recueillement pour chacun.

Le soleil se couche à l’horizon, mais la cérémonie n’est pas encore finie. Encore deux petites heures et le père Henri sera définitivement enterré à l’abbaye des Dombes.

Il est presque 20 heures lorsque la cérémonie se termine enfin. Nous avons vécu aujourd’hui un après-midi entier de prière. Aucun de nous n’est près de l’oublier de sitôt.

Dimanche 19 mai 2019 :

Pour moi, comme vous le savez, c’est aujourd’hui le jour du départ pour Tananarive. Mais à mon grand regret, je ne connais pas l’heure de départ prévu. Enfin… à supposer qu’il y ait quoi que ce soit de prévu. Je ne suis pas très confiant, sur l’organisation ici. En conséquence, j’ai pris mes précautions. Je me suis débrouillé pour être prêt avant sept heures, afin d’être certain de ne pas rater le départ. Mais j’avais de la marge. À sept heures, presque personne n’avait fini de prendre le petit déjeuner. Finalement, nous ne partirons pas avant 8h30 du matin. Je me dois de vous faire des excuses pour avoir médit de l’organisation. Tout était très bien préparé. Il fallait simplement savoir à qui poser la question. Et comme j’ai interrogé une dizaine de personnes, sans recevoir de réponse, j’avais fini par douter de l’organisation. Cela m’apprendra à faire davantage confiance. Tout du moins je l’espère.

Le trajet se passe bien. En tout cas, il se passe mieux que lorsque je suis venu à Antsirabe depuis Tananarive. Je n’ai pratiquement pas peur. Il y a bien eu des moments où j’ai cru que nous allions écraser un passant. Mais à la dernière seconde, manœuvrant habilement, le chauffeur a évité la catastrophe. Il s’en est fallu de peu. Mais les conducteurs malgaches ont l’habitude. Après trois bonnes heures de route, nous arrivons enfin à Tananarive. Il est presque l’heure du repas. Et après avoir salué toute la maisonnée, je passe enfin à table.

Je profite de ce dimanche après-midi pour me reposer, j’en ai bien besoin. Je lis un peu pour me détendre. Je profite du beau temps qu’il fait pour respirer l’air pur sur la terrasse. Cela fait du bien de se reposer de la semaine. Dans quelques heures, nous accueillerons le nouveau JET (jeune à l’étranger, comme moi) qui arrive depuis la France. Il vient là pour un court séjour de deux mois et demi. C’est ce que l’on appelle un mini JET.

Je lis sur mon lit, et je découvre avec joie le livre que mes parents m’ont offert sur John Henry Newman, quand on frappe à la porte. Je me lève et vais ouvrir. Michou est là, avec le nouveau JET à ses côtés. Ce dernier s’appelle Roch. Il partagera ma chambre aujourd’hui et demain, avant que nous rentrions mardi, à Antsirabe. Je fais visiter les environs à Roch. Puis, nous discutons ensemble jusqu’à l’heure de l’office du soir.

C’est sur cette rencontre que se termine la semaine. Elle fut bien riche en enseignements, et tous les événements récents m’ont permis de mieux entrer dans la vie à Madagascar. Cette vie faite de relations humaines, si riches et si fortes. Je commence enfin à me faire au pays. Désormais, je ne souffre plus de l’éloignement d’avec la France. Cette patrie qui est si chère à mon cœur.

Quand je te reviendrai, douce France, je t’aimerai plus qu’au jour de mon départ. Car si je t’ai quitté, ce n’est que pour mieux te revenir, plus fort et plus apte à te servir.