Quatrième semaine à Madagascar

Lundi 22 avril 2019 :

C’est une mauvaise journée qui s’annonce. Je suis encore plus malade qu’hier. Je passe la matinée à me reposer, en espérant aller mieux cet après-midi.

À midi, je prends mon repas avec tout le monde, mais je suis complètement dans le brouillard. Je suis obligé de faire répéter ce que l’on me dit deux ou trois fois pour comprendre. Tout le monde est très gentil avec moi et fait de son mieux pour m’aider.

L’après-midi, je me force à travailler un peu. Je fais des recherches sur Internet sur la rotation des cultures. En France, c’est une chose basique dans le domaine agricole. Cependant, la rotation des cultures n’est que rarement pratiquée à Madagascar. Je fais de mon mieux pour chercher des informations sur Internet, mais je ne suis pas vraiment en état de réfléchir. Et j’ai encore plus de mal à assimiler des connaissances. Il faudra que je revienne sur ce sujet plus tard.

Le soir arrive et je me couche de bonne heure. J’espère aller mieux demain.

Mardi 23 avril 2019 :

Aujourd’hui, c’est décidé, je me repose. Hier, j’ai essayé de travailler un peu l’après-midi, mais je pense que c’était une très mauvaise idée. Je me sens encore plus malade aujourd’hui, et j’ai bien besoin de rester au lit.

Je n’ai pas grand-chose à raconter pour ce jour. En effet, vous décrire une journée passée dans mon lit ne me semble pas la plus intéressante des distractions. Je me demande tout de même comment j’ai bien pu faire pour attraper ce rhume, alors qu’ici c’est l’été. Enfin bon… ce n’est pas très important. L’important, c’est que je m’en remette le plus vite possible.

Le soir arrive et avec lui le dîner. Je mange avec tout le monde et Yvonne me propose de me préparer une inhalation ainsi qu’une infusion. J’accepte avec joie, je pense que cela me fera beaucoup de bien.

J’ai terminé le repas et attends un peu à l’écart, pour ne pas contaminer tout le monde. Yvonne arrive bientôt avec un gros faitout qu’elle pose sur la chaise juste devant moi. C’est pour mon inhalation. Je fais de grands yeux. Ici, on ne plaisante pas avec les inhalations. Je me dis qu’un simple bol aurait suffi. Mais bon, à Madagascar fais comme les Malgaches…

Je mets ma tête sous les draps et respire à pleins poumons. Le faitout a une inertie colossale et la chaleur dégagée est à la limite du supportable. Je fais quelques efforts pour garder la tête le plus longtemps possible sous les draps et inhaler le plus de vapeurs d’eucalyptus possible. Puis, après quelques minutes, j’arrête l’inhalation.

Yvonne revient bientôt avec un grand sourire. Elle m’apporte une infusion de gingembre et de miel. J’accepte, très gentiment, le breuvage. Et j’en prends immédiatement quelques gorgées. C’est très bon, mais cela me brûle la gorge. Je crois qu’elle a un petit peu forcé sur le gingembre… mais je pense que cette infusion me fera beaucoup de bien.

Mercredi 24 avril 2019 :

Aujourd’hui, je me sens déjà mieux. Je ne suis pas encore complètement rétabli, mais je sens déjà une nette amélioration. Je sais que je dois encore me reposer le plus possible. Mais, je dois impérativement apporter les derniers papiers à la préfecture.

À 10 heures, je pars avec Jean Bosco. Nous prenons le bus pour gagner du temps. Mais, erreur, ce n’était pas la bonne ligne de bus ! Nous perdons ainsi beaucoup de temps. Quand nous arrivons enfin à la préfecture je me rends compte que j’ai oublié mes papiers à la communauté. Quel imbécile ! C’est moi tout craché ! Tant pis, il me faudra revenir cet après-midi. Pour l’instant, il faut rentrer à la communauté. Nous décidons de revenir à pied, ça me fera du bien de marcher un peu. Arrivés à la communauté, après 50 minutes de marche, il est l’heure du repas.

En début d’après-midi, je prends 1h30 pour dormir. Après cela, je décide de retourner à la préfecture. Avec mes papiers cette fois-ci. Jean Bosco désire m’accompagner, et j’accepte avec joie. À trois heures, nous sommes partis. Nous prenons à nouveau le bus, mais cette fois-ci nous faisons attention à prendre la bonne ligne. À cette heure-ci, les bus sont complètement surchargés. Nous nous serrons les uns contre les autres. Déjà que les bus malgaches n’offrent pas de sièges à ma mesure… je n’ai vraiment pas beaucoup de place. Heureusement, cela ne dure pas bien longtemps. En 15 minutes, nous sommes rendus à destination.

Je rentre dans la préfecture pour donner les derniers papiers nécessaires. Mais, curieusement, on me demande encore une dernière petite modification. Pourquoi lorsque vous demandez à une personne de la fonction publique ce qu’il faut faire, il n’y en a pas deux qui vous répondent la même chose ? Enfin bon, je m’exécute bien volontiers. En moins de 10 minutes, tout est réglé et nous pouvons rentrer à la communauté.

La fin de l’après-midi, je la passe avec Jean Bosco. Il a vraiment besoin de discuter. Demain, il part pour retourner dans sa famille. Il souhaite prendre du temps pour réfléchir sur sa vie et son avenir. Je fais de mon mieux pour l’aider et espère qu’il trouvera sa voie. Ici, il nous manquera.

Ce soir encore, je me couche tôt. Je prévois 10 heures de sommeil. J’espère que cela me permettra de me remettre complètement de mon rhume.

Jeudi 25 avril 2019 :

Cette nuit, j’ai dormi comme un loir. Je ne me souviens pas avoir rêvé, je sens que le sommeil a été très réparateur. Je suis en pleine forme. Mon rhume n’est pas encore complètement parti, mais je me sens plein d’énergie pour travailler.

Mais d’abord, c’est petits déjeuner. Aujourd’hui, Clémence et Héloïse ont fait des crêpes pour tout le monde. Dieu les bénisse ! Je prends deux crêpes que je sucre et mange avec appétit. Elles sont délicieuses. Elles me rappellent un peu la France. Ce n’est pas courant d’avoir ce type de petit déjeuner ici. Généralement, nous avons la chance d’avoir une sorte de pain que l’on mange avec du beurre et de la confiture. Mais c’est uniquement parce qu’il y a des Français ici. Les Malgaches, eux, prennent du riz au petit déjeuner.

L’heure tourne et le temps du service arrive. Normalement, je devrais aller à l’orphelinat ce matin. Mais, compte tenu du fait que je ne souhaite pas aggraver mon état, et que je désire finir de récupérer, je décide de rester à la communauté et de travailler sur ordinateur. Je commence par faire un plan de l’exploitation agricole. En effet, ils n’ont pas de plan pour leur domaine. Je me demande bien comment font-ils pour s’organiser. Mais, c’est vrai qu’avec seulement 2 ha de terres ils peuvent peut-être se débrouiller à l’instinct. Mais moi, j’ai vraiment besoin d’un plan. Avec ce dernier, il me sera plus facile de réfléchir sur les projets d’avenir des différentes cultures et de définir leur lieu d’implantation. Je m’attelle à la tâche. J’utilise Google Maps, pour prendre les mesures, et je redessine l’ensemble au propre, en noir et blanc. Je suis assez content du résultat. Mais il me faudra en discuter avec Claire et Francisco pour être sûr que je n’ai pas fait d’erreur. Après avoir fini le plan, il me reste une bonne heure avant le repas de midi. Je prends le temps pour faire des recherches sur les abreuvoirs automatiques pour les vaches. J’en avais déjà faites plusieurs, et les recherches d’aujourd’hui me confirment qu’il n’y a vraiment pas de tels abreuvoirs pour bovins, à Madagascar. Il va falloir les faire venir de l’étranger, probablement de France.

Midi sonne et nous allons manger tous ensemble. Seules Clémence et Héloïse sont absentes, car elles sont allées manger chez Éric, un membre de la communauté qui habite dans le quartier.

Après le repas, je suis très fatigué et décide d’aller dormir un peu. Une heure et demie plus tard, je me réveille. Je crois que j’ai vraiment besoin de dormir. Je pense que mon rhume me fatigue encore un peu.

Je reprends mes recherches l’après-midi. Je ne vais pas entrer dans le détail, car je ne suis pas certain de pouvoir parler de tout ce que je fais pour les Terreaux de l’espoir. Mais je fais des recherches sur divers fruits et légumes de Madagascar, leur méthode de culture, leur lieu d’implantation, etc.…

Le soir arrive, et avec lui le dîner. Tout le monde est là. Claire et Héloïse ont pris le temps de préparer des cookies dont elles sont très fières. Je les goute bien volontiers. En effet, ils sont délicieux.

Ce soir encore je suis très fatigué. Je me couche avec bonheur en espérant que mon rhume sera définitivement terminé demain.

Vendredi 26 avril 2019 :

Je n’ai pas grand-chose à raconter pour ce jour. J’étais allé à la préfecture mercredi. Mais, aujourd’hui, un doute m’habite. Je ne suis pas certain d’avoir reçu tous les papiers et de savoir ce qu’il faut faire avec. Alors, ce matin, je retourne à la préfecture pour leur demander des informations. Je ne suis pas encore très à l’aise avec les trajets de bus. Il n’y a pas de carte, ici, indiquant ces derniers. Aussi, afin d’éviter de me perdre, je décide de me rendre à la préfecture à pied.

Arrivé à destination, les employés de la préfecture me confirment que j’ai bien tous les documents nécessaires et que je dois les envoyer au ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, à Tananarive. Ayant reçu les informations souhaitées je rentre à la communauté.

Je profite du reste de la matinée pour faire des recherches sur Internet toujours sur le même sujet qu’hier.

Après le repas, je pars pour l’ESSVA. C’est l’université juste à côté de la communauté. J’ai rendez-vous avec le directeur de la filière électromécanique pour voir avec lui si je peux donner des cours. Mais arrivé sur place, on m’informe que le directeur de la filière est absent. Il fait actuellement une sortie avec ses élèves. Je suis très déçu. Mais, de toute façon, il me faudra faire avec. Je prends le numéro du directeur auprès de la secrétaire. Comme cela, je pourrai le contacter personnellement et prendre rendez-vous en bonne et due forme. Cela m’évitera, à l’avenir, de me retrouver tout seul à mon entretien…

Je rentre à la communauté et passe le reste de ma journée à faire des recherches sur les différentes cultures possibles à Madagascar.

Samedi 27 avril 2019 :

Ce matin, j’apprends que demain nous allons célébrer un mariage ici, dans la maison de la communauté. Nous allons tous faire de notre mieux pour préparer les lieux. Angéla, Odon et Moi préparons la chapelle. Je remets les rideaux en place, je prépare la décoration, et tous ensemble nous nettoyons le sol. Apparemment, nous serons plus de 200 pour ce mariage. Cela va faire beaucoup de monde, surtout quand on sait que les mariés sont pauvres. Enfin bon, ici c’est comme cela, on célèbre la vie chaque fois que l’on peut, même si cela coûte beaucoup d’argent.

L’après-midi, je vais voir le frère d’Odon. Cela fait plus d’une semaine qu’il souhaite me rencontrer, mais étant malade je n’ai pu le voir plus tôt. Il n’habite pas très loin, alors je m’y rends à pied accompagné d’Odon. Les rues sont étroites et faites de chemins de terre. C’est vraiment très pauvre par ici. Nous sommes toujours en ville lorsque Odon m’amène devant un petit portail par lequel il me fait entrer. Je suis dans la cour de la maison. Celle-ci est assez spacieuse, mais la maison est très petite. J’entre dans une petite pièce au rez-de-chaussée qui doit faire 2,50 m sur 2,50 m. C’est là que vit le frère d’Odon avec sa femme et leur unique enfant. J’aimerais vous dire que c’est simple ici, mais non, c’est pauvre. Le frère d’Odon est professeur, il gagne plus que le salaire moyen. Et pourtant, c’est ici qu’il vit. Pour compléter ses fins de mois, il élève des cochons. Deux cochons pour être exact. Ils sont à l’extérieur, dans un petit enclos juste pour eux. Le frère d’Odon s’appelle Gaston. Lorsque des Français viennent passer du temps avec la communauté, Gaston demande à son frère de les amener chez lui. Ainsi, il peut améliorer son français en le parlant un peu avec nous. Il fait cela, car il est professeur de français. En plus, il enseigne l’histoire, la géographie, les sciences et vie de la terre, et la philosophie. Sur les trois établissements dans lesquels il enseigne, seuls deux le paient actuellement. Il espère que le troisième lui paiera les mois en retard bientôt.

Mais moi, je suis surtout touché par la pauvreté ici. Alors, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment l’on pourrait améliorer cet élevage de cochons. Je lui pose beaucoup de questions sur le sujet. Il manque cruellement d’informations. Je ne suis pas sûr qu’il ait jamais essayé de calculer pour savoir si un tel élevage était rentable. Je vais faire de mon mieux pour l’encadrer et voir si nous pouvons obtenir un crédit pour agrandir sa porcherie.

Les heures passent et il est temps de nous quitter. Je dis au revoir à Gaston et le remercie chaleureusement de son accueil.

Rencontrer Gaston m’a profondément ému. C’est un homme travailleur qui fait tout ce qu’il peut pour améliorer sa. Je ferai tout mon possible pour l’aider.

Dimanche 28 avril 2019 :

Je prends tout mon temps pour me réveiller ce matin, je n’ai vraiment pas envie de sortir de mon lit. J’aimerais bien prendre le temps de me reposer, de paresser un petit peu. Mais non, il faut se lever. Car ce dimanche est jour de fête. Aujourd’hui, nous célébrons le mariage de Roland et Sarah. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est en plus le dimanche de la miséricorde. C’est un dimanche spécial pour les catholiques du monde entier. Alors, pour que tout aille pour le mieux, tout le monde s’active.

À 10h30, les préparatifs sont faits et l’on peut commencer la messe. Elle ne se terminera qu’après deux belles heures de célébration.

À la messe, succèdent les chants de joie, et le repas. Cela va être une magnifique journée.

Tout le monde mange dans la grande salle et discute. Le repas va durer trois heures. Et à cinq heures il est temps pour tout le monde de se dire au revoir.

4 commentaires sur “Quatrième semaine à Madagascar

  1. coucou Loïc !

    J’espère que tu as pu te rétablir complètement pour poursuivre ta tâche !
    tu crois que tu pourras nous partager des photos des projets que tu vas lancer quand ce sera avancé ? c’est intéressant je trouve !

    Je t’embrasse
    prends soin de toi

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  2. Merci loic pour tes récits, je les lis avec empressement afin d’avoir de tes nouvelles et de mieux comprendre la vie la bas. Je sens a tes récits que tu vis ces moments tres intensément et que tu y trouves et y délivre beaucoup d’amour et de bonheur. A bientot de te lire, Pierre

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  3. coucou,Loic!merci de tout ce temps que tu prends pour nous raconter ta vie à Madagascar.Nous continuons à te rester bien unis pendant notre lectio mensuelle.J’ai vécu une magnifique semaine sainte à Assise avec notre fraternité franciscaine,à la Pentecote fiançailles d’ une de nos petites- filles,ordination sacerdotale de notre petit-fils Thibaut le 29 juin,première messe le10 aout,mariage d’une autre petite-fille le 31 Aout.Bref,la vie ordinaire de grands-parents qui seront en octobre une troisième fois arrière grands-parents……Je T’embrasse.Isabelle

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    1. Bonjour Isabelle,
      Merci infiniment pour ton commentaire. Je suis très heureux d’avoir de vos nouvelle. Je vois qu’il y a de beaux événements qui se préparent. J’espère que tout se passera bien, surtout pour l’accouchement.
      Je vous embrasse de tous mon cœur. Et merci de passer le bonjour au groupe de prière et à votre cher époux.

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