Sixième semaine à Madagascar

Lundi 6 mai 2019 :

M’étant très bien reposé ce week-end, je démarre cette semaine avec beaucoup d’entrain. Mais, me présentant pour prendre mon service du matin, la responsable de la maison me rétorque que je suis libre pour la matinée. Bien… ce n’était pas tout à fait ce que j’avais prévu. Mais quoi qu’il en soit, je ne vais pas rester sans rien faire. Alors, je mets à profit ce temps pour faire du ménage, des recherches sur Internet, et pratiquer le malgache.

La journée se poursuit normalement. À midi, nous avons la messe, suivie du repas.

L’après-midi, je vais aux Terreaux de l’espoir. Arrivé sur place, je rencontre des jeunes qui sont venus depuis la Réunion. Ils sont là pour faire un stage. Ils sont très sympathiques, mais je n’ai pas beaucoup de temps à leur consacrer pour l’instant. Il me faut voir Francisco pour savoir ce que je dois faire aujourd’hui. Après quelques minutes de recherche, je trouve Francisco chez lui. Il n’a pas encore mangé. Nous prenons le temps de discuter quelques minutes. Il n’y a pas beaucoup de travail aujourd’hui. Mais je peux tout de même aider à la serre. Il y a des tomates à ramasser, et le responsable de la serre est en vacances. Alors, je me mets à la tâche avec plaisir. Cela me fait beaucoup de bien de faire un peu de travail physique. Mais je suis surpris, c’est assez difficile de travailler dans une serre. Il y fait vraiment très chaud. Je ne bouge pas énormément, et pourtant je transpire comme si j’avais couru sur des kilomètres. Je ne suis pas seul à ramasser les tomates. Avec moi, il y a Narindra, le responsable de l’exploitation agricole. Il parle assez bien français, et tout en travaillant nous discutons. Il est vraiment très gentil avec moi. Il m’explique tout ce que je dois faire et comment le faire sans énoncer le moindre reproche quand je fais une erreur.

Au bout de quelques heures, nous en avons fini avec les tomates. Je retourne voir Francisco, qui est en train de récupérer le miel d’une des deux ruches de l’orphelinat. Il est vrai que j’avais oublié de vous en parler, il y a deux ruches ici. Elles servent principalement pour la consommation de l’orphelinat. Cependant, une partie du miel est tout de même vendue à l’extérieur. C’est la première fois que j’assiste à une récolte de miel. Il y a des abeilles partout. C’est assez impressionnant. La récupération du miel terminé Francisco m’en donne un peu à goûter. Il est délicieux. Je remercie chaleureusement Francisco et retourne voir les jeunes qui sont venus depuis la Réunion. Nous discutons un peu, et déjà le bus qui ramène les enfants de l’école arrive. Il est déjà six heures du soir. Je n’ai pas vu le temps passer cette après-midi. Il fait déjà presque nuit. Je salue Claire et Francisco, et profite du bus qui vient d’arriver pour rentrer en centre-ville.

Arrivé à la communauté, il est déjà l’heure du repas. Après ce dernier, nous devrions avoir un temps de FRAT. Mais pas cette semaine. Ce n’est pas bien grave, cette journée a déjà été bien remplie.

Mardi 7 mai 2019 :

Comme tous les mardis, nous avons DESERT ce matin. Je profite de ce temps pour prier et me reposer. Mais, ce matin, en plus du désert, j’ai rendez-vous à l’ESSVA pour savoir si je pourrai y donner des cours. Je m’y rends vers 9h30. Monsieur Nelson, le directeur de l’établissement, me reçoit très chaleureusement. Il me présente le directeur de la filière électromécanique. Nous discutons un petit quart d’heure, et à peine ai-je terminé de me présenter que l’on me propose de donner un cours. En fait, on me propose de commencer par un exposé. Vendredi matin, je donnerai mon premier enseignement à l’université. Mais je n’en connais pas encore le contenu. Ce dernier ne me sera donné que demain matin. Pour tout vous dire, je suis très inquiet. Je ne me sens pas très à l’aise à l’idée d’enseigner à l’université. Mais, comme je suis aussi ici pour affronter mes craintes, et prendre un peu plus confiance en moi, je me lance avec plaisir, et Dieu pourvoira.

Après cet entretien, je rentre à la communauté et profite des quelques heures qu’il me reste pour prier. Cela me fait beaucoup de bien de prier. J’en ai vraiment besoin ici. La misère de ce peuple pèse sur mon cœur. Alors, je trouve ma consolation dans mon Dieu.

Comme tous les mardis, le désert se termine avec un repas très simple : des nouilles chinoises. C’est chaque fois le même repas. Et pour tout vous dire, le mardi midi je ne mange pas à ma faim. Mais cela est très important pour le temps de DESERT.

Le DESERT se termine et l’après-midi commence. Aujourd’hui, je serai en cuisine. J’aime bien préparer le repas, mais c’est toujours très difficile de supporter la fumée du feu de bois. Je ne peux malheureusement pas y faire grand-chose. Il faudrait complètement refaire les cheminées. Et nous manquons d’argent pour faire ces travaux. Je prends mon mal en patience. J’essaie de relativiser. Il y a bien des personnes qui vivent cela tous les jours ici. Moi, ce n’est que de temps en temps.

La nuit est déjà tombée lorsque sonne 18 heures. C’est l’heure du groupe de prière du mardi. Nous nous rendons tous à la chapelle et chantons avec allégresse. Les chants ici, sont presque toujours accompagnés de danse. Cela me fait du bien, et je découvre une autre façon de prier.

Mercredi 8 mai 2019 :

Ce matin, je retourne à l’ESSVA pour prendre connaissance du contenu de l’exposé que je vais faire vendredi. Arrivé à l’université, monsieur Nelson me reçoit très chaleureusement. Il est assis à son bureau. Ce dernier ne fait pas plus d’un mètre de large. À bien y réfléchir, la pièce est très simple pour un directeur d’université. Monsieur Nelson n’a même pas la chance d’être seul dans son bureau. D’autres personnes travaillent dans la même pièce. Heureusement, c’est très silencieux. L’ambiance a l’air assez studieuse ici.

Le responsable de l’université m’offre une chaise et me propose de m’asseoir. Je ne suis pas fatigué, mais j’accepte bien volontiers. En quelques minutes, il m’explique ce qu’il attend de moi. Il s’agit de préparer un exposé sur les moteurs électriques. Il veut que je présente, aux élèves de deuxième année, le fonctionnement des moteurs électriques, leur montage, leurs différentes pièces, et que j’indique les différents types de problèmes que l’on peut rencontrer. Je suis aux anges. C’est tout à fait dans mes cordes. Mais, cela va me demander pas mal de temps pour préparer cet exposé. Je remets cette question à plus tard, et salue très aimablement monsieur Nelson.

De retour à la communauté, je prends mon temps de service. Je fais le ménage pour préparer les salles de classe pour cette après-midi. Puis, je vais au potager, où l’on a bien besoin d’aide pour retirer toutes les mauvaises herbes.

Midi sonne, c’est l’heure de la messe.

L’après-midi arrive, et avec elle débute le soutien scolaire. Aujourd’hui, encore une fois, j’ai les cinquièmes et sixièmes. Mais cette fois-ci, nous allons faire des mathématiques. C’est très différent du cours de français dont je commence à avoir l’habitude. Lorsque je donne des cours de français, il me suffit de faire quelques exercices, et comme ils sont à peu près tous du même niveau, ils finissent presque tous en même temps. Mais pour les mathématiques, les niveaux sont très variables. Les trois filles du premier rang n’ont aucune difficulté avec la géométrie, ou le calcul. J’ai beau leur donner des exercices, elles les finissent en quelques minutes. Alors, voyant qu’elles n’ont aucun problème en mathématique, je leur demande dans quelle matière elles ont des difficultés. Elles me répondent que c’est le français le plus dur. Alors, je leur donne des verbes à conjuguer. Pour les autres membres de la classe, les exercices de mathématiques sont beaucoup plus laborieux. J’ai commencé par quelques exercices de géométrie simple : Les angles de deux droites qui se coupent, la géométrie des triangles, et quelques calculs de fractions. La plupart font des erreurs. À chaque fois, il me faut expliquer longuement pour que les élèves comprennent. Cela exige beaucoup de concentration, car je dois passer en permanence d’un élève à un autre sans perdre le fil de mes explications. Heureusement, cela ne me dérange pas de me répéter. Mais très vite, voyant que certaines notions ne sont pas acquises pour l’ensemble de la classe, je donne des explications au tableau pour que tous apprennent.

Le soutien scolaire se poursuit ainsi durant deux heures. Je suis très content de ce cours de mathématiques, qui m’a permis de faire quelque chose de différent de ces cinq dernières semaines. J’ai pris beaucoup de plaisir à enseigner les mathématiques. J’ai toujours aimé cette matière, car elle suit des règles logiques et systémiques.

Il est cinq heures quand nous arrêtons les cours. Il me reste encore un peu de temps, alors je le mets à profit pour préparer mon exposé sur les moteurs électriques. Je n’ai aucun support de cours. Il faut que je m’en crée un. Je me rends vite compte que cela est beaucoup plus compliqué que prévu. Je vais avoir beaucoup à faire pour préparer ce cours.

Les heures passent et le repas arrive. Lorsqu’arrive le dessert, j’ai une petite surprise avec ma banane. Je vous laisse admirer.

Dès que le repas est terminé, je cours me remettre à l’ouvrage. Je prépare un PowerPoint pour les élèves. Il me faut trouver de nombreuses photos pour illustrer mes propos. Heureusement que je suis compétent pour parler des moteurs électriques. Je ne sais pas comment j’aurais fait pour me préparer si j’avais eu un sujet sur lequel j’étais moins compétent. Quoi qu’il en soit, je n’arrête de travailler qu’à 10 heures du soir. Malgré le temps que j’y ai consacré, il me reste encore beaucoup à faire pour que ce cours soit complet.

Jeudi 9 mai 2019 :

Comme chaque jeudi, je dois aller aux Terreaux de l’espoir. Ma mission m’y oblige. Mais, comme vous le savez sûrement, j’avais prévu de passer la journée entière à l’orphelinat. Cependant, j’ai vraiment trop à faire pour préparer mon cours de demain. Alors, cette après-midi, je rentrerai à la communauté du chemin neuf pour travailler mon exposé.

Les trajets en bus, que je prends pour aller aux terreaux de l’espoir, sont devenus une véritable routine. Mais aujourd’hui, j’ai une nouvelle petite surprise. Il y a, dans chaque minibus, 22 places. Mais, en rabattant les sièges complémentaires entre les rangées, on peut atteindre 27 places. Enfin… ça, c’est quand il y a des sièges rabattables. Mais aujourd’hui, je découvre qu’il n’est pas nécessaire qu’il y ait des sièges rabattables. Dans le minibus où je me trouve, on met des planches entre deux sièges pour que les passagers s’assoient dessus. J’ai la fesse droite qui repose à moitié sur une planche de bois durant la majeure partie de transport. Je ne me plains pas. Je vous assure qu’ici on apprend vraiment à ne pas se plaindre. La vie me paraît tellement dure pour les hommes et femmes, ici, que j’apprend à ne pas me plaindre.

Arrivé à l’orphelinat, je me mets au travail. Je vais à la serre et je taille les plants de tomates. Il faut les débarrasser des gousses superflues pour donner toute la force possible aux tomates. C’est un travail laborieux, et assez difficile pour le dos. Je passe la majeure partie de mon temps accroupi. Un employé de la ferme me demande s’il peut prendre une photo avec moi.

Après quelques heures, j’arrête mon travail avec de sérieuses douleurs dans les lombaires. Heureusement que je ne fais pas cela tous les jours. Il faudra, tout de même, que je prévois un peu plus de sport pour me préparer à ce type de travaux physiques.

De retour à la communauté, je peux assister à la messe. Demain, et les jours suivants, nous n’aurons pas de messe à la chapelle de la communauté. Père Blaise, retourne à Tananarive pour assister à une réunion des aumôniers de Madagascar. Il nous faudra faire sans lui.

L’après-midi, je la consacre tout entière à travailler mon exposé pour demain. J’espère que les élèves seront heureux de celui-ci. Je réalise à quel point un élève ne se rends pas compte du temps que peut passer un professeur à préparer son cours. C’est bien utile de prendre conscience de la difficulté du travail des autres.

À 19 heures, j’ai enfin terminé. Il me reste bien quelques corrections orthographiques à faire, mais rien qui ne peut attendre demain matin. Et heureusement, car ce soir nous avons groupe de prière pour le père Henri. C’est le prêtre qui s’est occupé de moi pour me faire venir à Madagascar. Je lui dois d’avoir reçu mon visa pour Madagascar récemment. Sans lui, je serai probablement toujours coincé en France. Père Henri est actuellement à l’hôpital, en France, entre la vie et la mort. Il n’arrive pas à se remettre de l’opération qu’il vient de subir. Alors, toute la communauté s’est réunie pour prier pour son prompt rétablissement.

Vendredi 10 mai 2019 :

Comme presque tous les jours, la journée débute par un office. Je chante avec beaucoup de joie. Les chants malgaches débordent d’allégresse. C’est un vrai plaisir de suivre les célébrations ici.

Après ce temps de prière, je prends mon petit-déjeuner. 1h30 sont nécessaires pour finir de préparer mon exposé. Ce n’est pas du luxe, il y a vraiment beaucoup de choses à corriger. Mais je suis assez content du résultat final.

À 9h30, je pars pour l’université. Mon exposé n’est qu’à 10 heures, mais je préfère être en avance. Et, j’ai bien raison. Il y a bien un projecteur dans la salle de cours, mais il n’y a pas de câble HDMI. Seul est présent un câble VGA, et je n’ai pas le port adapté sur mon ordinateur. Il nous faut bien 20 minutes pour trouver un câble HDMI à l’université. Mais étant arrivé très en avance, je peux, finalement, commencer le cours sans trop de retard.

L’enseignement se passe assez bien, mais les élèves ne me posent aucune question. Il est très difficile de les faire participer. Je me souviens qu’en France, c’était également assez dur de nous faire participer. Mais, je ne me souviens pas que c’était aussi difficile qu’ici. Alors, je m’inquiète. Serait-ce à cause de moi ? Mon cours est-il réellement intéressant ? Ces questions m’embrouillent la tête. Elles ne sont pas propices à améliorer le cours. Alors, je les remets à plus tard. Je me contente de faire de mon mieux, et espère que cela ira.

Ces deux heures ont filé à toute allure. Le temps passe beaucoup plus vite que ce à quoi je m’attendais. Mais, je suis très satisfait du résultat général du cours. Je suis tout particulièrement heureux de ma maîtrise du temps. L’exposé que j’avais préparé dure précisément deux heures. C’est toujours un exercice assez délicat de maîtriser son temps de parole.

Le cours se terminant, je demande aux élèves s’ils ont des questions. Ils n’en ont aucune. Je m’attendais tout même à en avoir quelques-unes. Je suis sûr que certains passages de mon cours n’étaient pas très clairs pour eux. Tant pis, on ne peut pas toujours avoir la satisfaction de recevoir des autres ce que l’on attend d’eux. À la sortie du cours, je prends le temps de saluer chaque élève individuellement. C’est important de leur montrer que je les respecte. J’aurais probablement l’occasion de leur donner d’autres enseignements.

Je rentre à la Communauté du Chemin Neuf. Il est l’heure du repas.

L’après-midi, je travaille à la cuisine. Rien de très extraordinaire, mais c’est bien la première fois que je prépare du poisson frit. Enfin… ce n’est pas moi qui vais le faire frire. Moi, je me contente de l’écailler et de l’évider. C’est Angela, qui est beaucoup plus compétente que moi, qui est chargée de faire frire les poissons. Elle s’y prend très bien. En moins d’une heure, tous les poissons sont cuits.

Le soir arrive, et à 18 heures nous avons adoration. Dès le début de l’adoration, sœur Laure-Elise vient nous annoncer que le père Henri est en train de vivre ses dernières heures. Plusieurs personnes se mettent à pleurer dans la salle. C’est la tristesse dans la communauté. Alors, nous accompagnons ce moment en prolongeant le temps de l’adoration jusque tard dans la soirée. C’est une façon, pour nous, d’être présent auprès du père Henri pour ses derniers instants parmi nous.

Pour moi, qui connaissais très peu le père Henri, la douleur est beaucoup moins grande. Je ne l’avais vu que trois ou quatre fois. Je suis bien obligé de reconnaître que je ne sens pas mon cœur particulièrement étreint à l’idée de son décès tout proche. Je crois fermement qu’il ira auprès de l’éternel et que nous nous reverrons un jour. Mais ce qui me retourne le cœur, c’est de voir toutes ces personnes si profondément affectées par la perte d’un être si cher. Pour beaucoup d’entre elles, le père Henri était comme un père. Alors, moi aussi je pleure. Je pleure sur la souffrance de mes frères et sœurs. Je pleure, parce que je vois combien ils l’aimaient. Je pleure, car les mots ne suffisent plus à exprimer ma peine.

Samedi 11 mai 2019 :

Normalement, nous devrions avoir soutien scolaire ce matin. Mais compte tenu des événements récents, plusieurs personnes ne sont pas en état d’assurer l’enseignement aux élèves. Alors, il n’y aura pas de soutien scolaire aujourd’hui. Comme il n’est pas possible de prévenir les élèves, nous les recevons et les rassemblons pour un temps de prière. Le soutien scolaire n’existerait pas sans le père Henri. Alors, nous pensons qu’il est bon que les élèves prennent un temps de recueillement. Et de plus, nous ne pouvons pas simplement les renvoyer chez eux en leur fermant la porte au nez.

À 11 heures, nous avons la messe. Il n’a pas fallu bien longtemps pour trouver un prêtre remplaçant le père Blaise. Etant donné les circonstances, l’église d’Antsirabe s’est rendue disponible pour nous aider. Oh… ce n’est peut-être pas grand-chose pour le diocèse, mais sans ce prêtre, nous ne pourrions avoir de messe en ce jour.

L’après-midi arrivant, nous devons penser au repas du soir. Je travaille avec Clémence à faire des pizzas. Nous devons en préparer pour 10 personnes. Clémence fait la pâte, alors que je fais la sauce tomate. J’ai un peu peur de rater ma sauce. Je n’ai jamais fait de sauce tomate. Mais Clémence me rassure. Alors je me mets à la tâche, je vais faire de mon mieux. Après une heure de préparation, et 20 minutes de cuisson, la sauce tomate est enfin prête. Je suis très satisfait du résultat. Clémence aussi a fini de faire sa partie. Alors nous étalons la pâte. Mais nous avons mal estimé les proportions. Il y a beaucoup trop de pâte par rapport à la quantité de sauce tomate. Qu’à cela ne tienne, les poivrons et la moutarde feront le reste.

Il nous faut presque toute l’après-midi pour préparer les pizzas. Et quand vient enfin l’heure du repas, nous sommes ravis de pouvoir passer à la dégustation. Tout le monde trouve la pizza délicieuse. C’est un succès, et je suis enchanté.

Dimanche 12 mai 2019 :

Beaucoup de personnes vont venir aujourd’hui. Elles sont là pour présenter leurs condoléances à la communauté. Alors, nous employons cette matinée à préparer de quoi les accueillir. Nous travaillons principalement au repas de ce midi. Il doit y en avoir pour tout le monde. Il y a beaucoup de carottes à couper et j’y participe activement. Une fois cela fini, je passe à la mise en place des parasols, des chaises, et des tables.

Je n’ai pas le loisir de m’ennuyer, et déjà sonne l’heure de la messe. Étant dans ma chambre, à l’heure de l’appel, je dois me précipiter pour ne pas être en retard. Heureusement, quand j’arrive, le prêtre n’est pas encore là. Je ne vais rien manquer de la célébration.

C’est une très belle messe. Tout le monde chante. Ici, tout le monde chante toujours. Lorsque la messe se termine, et que je prends enfin le temps de regarder mon téléphone, je constate qu’il est déjà 13h45. La messe a duré plus de 1h40. Je suis très étonné. Je n’ai pas vu le temps passer.

L’après-midi est plus calme, je prends le temps de me reposer, et de lire. Je ne fais rien d’extraordinaire, mais comme disait mon grand-père : « pour se reposer il faut s’ennuyer ». Alors, je m’ennuie, et je laisse le temps au temps.

Cinquième semaine à Madagascar

Mes très chers amis, comme vous avez pu le constater, je n’ai rien publié depuis plusieurs semaines sur mon blog. Rassurez-vous, il ne m’est rien arrivé de fâcheux, et je n’ai pas abandonné mon projet d’article quotidien. Simplement, mes parents étaient indisponibles ces dernières semaines. Or, c’est à eux que je dois de vous fournir des articles sans trop de fautes… Sachant que beaucoup d’entre vous sont sensibles au respect de la langue française je ne me suis senti la force de faire une publication, sans avoir été relu au préalable.

Les articles des trois dernières semaines vont donc être très bientôt mis en ligne.

Je vous souhaite, à tous, une excellente lecture.

Lundi 29 avril 2019 :

Père Blaise est revenu à la communauté. Vous vous souvenez sûrement de lui. C’est le prêtre qui a perdu sa mère récemment. Il devra repartir chez lui, cet après-midi, pour aller chercher son père. Ce dernier se morfond de la perte de son épouse. J’espère que Blaise arrivera à le convaincre de venir passer cinq jours à la communauté.

Pour ma part, toute ma matinée est consacrée à faire des recherches sur l’agriculture à Madagascar, et je passe l’après-midi à l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Je discute avec le responsable de l’exploitation sur le projet de plantation d’ananas. C’est un projet très intéressant, mais je ne suis pas absolument certain que les ananas poussent sur les hauts plateaux, à plus de 1500 m d’altitude. Nous allons devoir sagement réfléchir à la question. Comme Francisco et Claire sont absents, j’en profite pour aller faire un tour à l’ASJA, l’université la plus proche, pour voir si je peux avoir accès à la bibliothèque. Il me faut une bonne vingtaine de minutes pour rejoindre l’université. Arrivé là-bas, le concierge me fait faire le tour des bâtiments et me montre bien volontiers la bibliothèque. C’est une très belle université. On y trouve tout ce qu’il faut. Pour ma part, je constate que je pourrais trouver ici les livres qui m’intéressent. Cependant, il se fait tard, et la bibliothèque va bientôt fermer. Alors, je salue la bibliothécaire, et rentre à la communauté du Chemin Neuf.

Avec le bus, il ne faut qu’une petite demi-heure pour rentrer à la communauté. Arrivé là, je me rends compte qu’il y a encore eu une coupure de courant. Mais ce n’est pas comme d’habitude. Normalement, ce style de coupure de courant ne se produit que par temps d’orage. Mais là, c’est nouveau. C’est bien la sixième coupure de courant depuis ce matin, et il n’y a pas l’ombre d’un nuage dans le ciel. En fait, ce sont les plombs qui n’arrêtent pas de sauter. Je fais le tour des compteurs électriques pour essayer de voir ce qui ne fonctionne pas. Deux compteurs semblent avoir disjoncté. Le compteur principal, à l’entrée de la communauté, et le compteur de la maison communautaire. J’essaie de les redémarrer, à plusieurs reprises, mais les plombs sautent constamment.

Je suis à deux doigts de me résigner, quand je vois Éric qui me fait des signes de la main. Il pense avoir la solution au problème de coupure de courant. Il y a actuellement des travaux, qui dégagent énormément de poussières, dans une des pièces du foyer étudiant. Pour me convaincre, il m’amène dans la pièce et me montre l’étendue des dégâts. On vient d’abattre un mur. Des quantités de fils électriques trainent sur le sol, et ce dernier est recouvert de plus d’un centimètre de poussière. Cela pourrait expliquer que le compteur général saute constamment ; cependant, je ne comprends pas pourquoi le disjoncteur de la maison communautaire saute lui aussi. Cela impliquerait que notre compteur soit relié à cette pièce, qui est dans un bâtiment séparé. Mais… comme les coupures de courant ont commencé avec les travaux, il est possible qu’il y ait un lien. Pour ne pas perdre de temps, j’aimerais m’occuper immédiatement du problème de poussière, mais il est déjà très tard. Alors, Éric et moi remettons cela à demain.

Mardi 30 avril 2019 :

Ce matin, nous avons DESERT. Ce n’est donc pas le moment de faire les réparations électriques. J’en profite pour aller faire un tour à la bibliothèque de l’ASJA. Je fouille un peu dans les différents livres sur l’agriculture, ce qui me permet d’en trouver un très intéressant sur les différentes cultures des hauts plateaux de Madagascar. Je profite de la fin de la matinée pour prendre des notes avant de rentrer à la communauté. Elles me seront utiles plus tard.

Cet après-midi, je suis au service. Je suis chargé de faire la cuisine. Ce soir, nous aurons : carottes, pommes de terre, courgettes et chouchoutes. Ces dernières sont des sortes de courgettes, mais plus grosses, et leur goût est plus doux. Les chouchoutes sont délicieuses, mais les éplucher est un véritable calvaire. Elles sont couvertes de petits piquants et je regrette de ne pas avoir un gant épais pour les saisir.

Avant la fin de la journée, je prends le temps d’aller faire du nettoyage dans la pièce en travaux. Je m’assure que les câbles électriques ne trainent plus dans la poussière, et qu’ils sont tous bien protégés. Je passe un bon coup de balai et j’espère que cela suffira. En effet, quand je remets le compteur en route tout se passe pour le mieux. Il ne disjoncte plus. J’espère que le problème est définitivement réglé.

Mercredi 1er mai 2019 :

À mon réveil, je veux allumer la lumière. Mais, malgré mon insistance sur le bouton, rien ne se passe. Les plombs ont encore sauté. Je descends pour voir ce qu’il s’est passé, et rencontre sur mon chemin le père Blaise. Il vient de trouver la solution à notre problème de courant. Il semble que La bouilloire de la cuisine aurait un gros problème électrique. Rien à voir avec les travaux entrepris dans le bâtiment voisin. Désormais, il ne faudra plus brancher cette bouilloire.

Sitôt le problème électrique réglé, une nouvelle difficulté apparait. Nous n’avons plus Internet. Notre routeur est désormais hors service. Père Blaise vient d’en commander un depuis la France, mais il mettra beaucoup de temps pour arriver. Nous allons rester sans internet durant un certain temps.

Les heures passent et le temps du service arrive. Ce matin, j’irai faire du rangement et préparer les salles de classe. Avec Odon et Angela, nous nous attelons à la tâche. Nous nettoyons le sol, rangeons les tables, déplaçons les bancs, et mettons en place les différentes affaires pour les salles de classe. Désormais, nous pouvons de nouveau accueillir les élèves qui arriveront la semaine prochaine.

L’après-midi arrive et Odon a besoin de mon aide. Son frère, Gaston, a fait la liste de tout ce dont il avait besoin pour son élevage de porcs. Il souhaite me rencontrer de nouveau. C’est avec plaisir que je retourne voir Gaston chez lui. Nous discutons, et je me rends compte que l’affaire semble un peu moins rentable qu’il n’y paraissait initialement. Il y a encore quelques points à éclaircir, notamment quelle race de porcs acheter. Je demande à Gaston de prendre le temps d’éclaircir les dernières zones d’ombre de son projet. Entretemps, je me chargerai d’aller voir les banques pour connaître les types de crédit auquel Gaston est éligible.

15h30, je viens de dire au revoir à Gaston. Avec Odon, nous allons en centre-ville faire le tour des banques. Mais bien évidemment, elles sont toutes fermées aujourd’hui. Et oui, ici aussi c’est la fête du Travail… youpiiii… Enfin bon, j’aurais pu y penser. Cette promenade aura au moins eu l’intérêt de me faire marcher. Quoi qu’il en soit, il est maintenant temps de rentrer à la communauté du Chemin neuf. Je retournerai voir les banques demain.

Jeudi 2 mai 2019 :

Il fait de plus en plus frais le matin. Désormais, il me faut sortir avec un pull au lever du jour. Mais, pour l’instant, cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense que je m’habituerai sans difficulté au froid. Mais il est assez surprenant qu’il fasse si froid le matin et si chaud en cours de journée.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui c’est jeudi. Et, comme tous les jeudis matin, je vais aux Terreaux de l’espoir. Je prends le bus pour me rendre à l’orphelinat. C’est devenu une vraie routine de prendre le bus, mais je ne connais pas encore tout le réseau de la ville.

À l’orphelinat, je rencontre Claire et Francisco. Je prends le temps de discuter avec ce dernier sur mes recherches sur internet, tout particulièrement sur les plans d’ananas. Francisco est très content de mes recherches. Mais pour l’instant, il y a plus urgent. Une douzaine de jeunes arrive de la Réunion aujourd’hui, pour aider Claire et Francisco. Ils vont faire du carrelage durant les deux prochaines semaines. Ce matin, nous préparons les locaux pour les accueillir. Les chambres sont déjà faites, mais il reste pas mal de choses à ranger et la table à préparer. Francisco a, de plus, besoin de mon aide pour changer une lampe et l’applique murale qui va avec. Je m’attèle à la tâche et fais de mon mieux. Mais nous avons à peine fini cela qu’il est déjà midi. Il me faut quitter l’orphelinat et dire au revoir à Claire et Francisco. Décidément, ces demi-journées sont vraiment trop courtes pour pouvoir travailler convenablement. Je vais demander à la communauté du Chemin neuf si je peux prolonger mon temps de travail à l’orphelinat, pour faire des journées entières.

L’après-midi, je dois aller voir les banques. J’en ai repéré une, hier, qui s’appelle Micro Cred. J’imagine qu’elle fait des microcrédits… alors, c’est la première banque que je visite. Il y a beaucoup de monde attend à l’intérieur. Je fais la queue, comme chacun, et les heures passent… l’attente me semble interminable. Mais qu’importe, il me faut ces informations. Gaston en a impérativement besoin. Une jeune femme finit par m’appeler, mon tour arrive enfin. J’explique la raison de ma présence, et demande des informations sur les différents types de crédit proposés par la banque. Je me rends vite compte que pour Gaston, nous avons vu un peu trop grand… La banque demande de beaucoup de garanties. J’aurais dû m’y attendre. Or, Gaston ne dispose pas de garanties suffisantes dans l’état actuel des choses. Il peut quand même envisager un crédit salarié. C’est pour le moment la meilleure option. Je me demande si les autres banques sont aussi exigeantes. À mon avis, c’est probablement le cas. Je remercie très aimablement la femme qui m’a donné toutes ces informations. Je lui souhaite une excellente journée, avant de me retirer. Il me reste moins d’une heure avant de devoir rentrer à la communauté du Chemin neuf. Je la mets à profit pour essayer de rencontrer d’autres banques. Cependant, il est très tard, et la plupart des banques sont fermées. La BNI est tout de même ouverte. Je leur pose les mêmes questions. Il semble que ce soit la même chose que pour Micro Cred. Je ne vais pas m’attarder plus longtemps. Et de toute façon, les dernières banques sont en train de fermer pour la nuit. Alors, relativement déçu de ces quelques visites, je rentre à la communauté. Il va me falloir expliquer cela Odon et Gaston.

Vendredi 3 mai 2019 :

Ce matin, je dois faire des courses. Il me faut impérativement de nouvelles chaussures. Celles que j’ai achetées avant de partir à Madagascar sont complètement fichues. Elles étaient, de toute évidence, de très mauvaise qualité. Alors, espérant trouver chaussure à mon pied, j’accompagne Jackson faire le marché.

Jackson est très gentil, il prend vraiment à cœur de trouver de nouvelles chaussures pour moi. Sur le chemin du marché, nous nous arrêtons de nombreuses fois pour voir divers marchands de chaussures. Ici, la plupart des chaussures en vente ont déjà été utilisées. Ce sont des chaussures d’occasion… un concept que je ne croyais pas possible. Mais ici, c’est monnaie courante. Je n’ai pas l’habitude de porter les chaussures de quelqu’un d’autre. Je prends sur moi, et essaie les paires de chaussures qu’on me présente. Mais aucune ne me convient, mes pieds sont beaucoup trop grands. Je fais du 45-46 et les plus grandes chaussures s’arrêtent à 44. Aussi, nous continuons notre route jusqu’au marché en espérant trouver notre bonheur là-bas.

Arrivé au marché, un homme s’approche de la voiture et commence à discuter avec Jackson. C’est notre porteur. Il va faire les courses à notre place pendant que, nous cherchons de nouvelles chaussures pour moi. Je ne savais pas qu’il y avait des gens faisant ce type de métier à Madagascar. J’avais bien vu des porteurs, mais je n’imaginais pas qu’il était possible de leur confier de l’argent pour faire les courses à votre place. Enfin bon, il faut quand même avoir une grande confiance pour confier ce travail à quelqu’un. Il pourrait simplement partir avec l’argent… Quoi qu’il en soit, cela va beaucoup m’aider. Grâce à lui, j’aurais tout mon temps pour chercher des chaussures avec Jackson.

J’entre dans le marché. C’est un véritable labyrinthe. On trouve de tout ici, des légumes, de la viande, des poissons, des chaussures, des vêtements, des jouets, des objets de toutes sortes.… Mais moi, j’ai beau chercher, je ne trouve aucune chaussure à ma pointure… Alors, Jackson et moi pensons qu’il est temps d’essayer des magasins de meilleure qualité. Nous finissons rapidement les courses et retrouvons notre porteur au parking.

Nous reprenons la voiture et sur le chemin du retour nous nous arrêtons dans un magasin qui s’appelle Aigle d’or. Ils font de très belles chaussures, mais au même prix qu’en. Tant pis, je ne suis pas là pour faire des affaires, je suis là pour ne pas avoir mal aux pieds. J’essaie la seule paire à ma taille dans le magasin. Elle me va parfaitement bien. Et je la trouve très confortable. En tout cas, beaucoup plus confortable que toutes celles que j’ai essayées jusqu’à présent. Si je commence à avoir mal aux pieds, mon séjour à Madagascar risque d’être extrêmement pénible. Il me faut de bonnes chaussures. Aussi, je les achète sans hésitation.

De retour à la communauté, j’apprends que c’est Odon et moi sommes chargés de préparer la messe. Nous devons sélectionner les chants et préparer la lecture des textes. En une demi-heure, tout est prêt. Et heureusement, car déjà midi sonne. C’est le début de la messe.

Le temps passe et l’après-midi arrive. On me charge de faire la cuisine. En deux heures, tout est prêt pour le soir. Alors, je profite des dernières heures de l’après-midi pour me reposer un peu.

Le dîner arrive et tout le monde est content de voir arriver la fin de semaine. Demain, le soutien scolaire reprend. Je me couche de bonne heure pour être au mieux de ma forme pour les élèves.

Samedi 4 mai 2019 :

Je me lève tôt ce matin. Je prends quelques minutes pour apprécier le temps qu’il fait. Le ciel est dégagé. Il y a très peu de nuages à l’horizon. C’est une belle journée qui s’annonce à Antsirabe. la température a beau être de plus en plus fraîche, le temps est splendide presque tous les jours. Aujourd’hui, cela va faire une semaine que nous n’avons pas eu d’orage, et je ne vais pas m’en plaindre.

La cloche retentit, il est huit heures, les élèves arrivent pour le soutien scolaire. Ils prennent le temps de se laver les mains. C’est une obligation avant d’entrer en salle de classe. Puis, ils se mettent tous en rang devant la grande salle commune. Nous profitons de leur rassemblement pour débuter la journée par quelques chants. C’est pour les mettre de bonne humeur et leur permettre de mieux travailler.

Chacun prend sa classe avec lui. Odon et moi, nous avons les sixièmes et les cinquièmes. Nous montons dans la grande salle commune où trois classes ont été réparties. Nous avons le petit coin à gauche, avec un tableau et quelques craies. Aujourd’hui encore, je vais faire de la conjugaison. Comme ils sont un peu plus âgés que les élèves vu la dernière fois, ils n’ont aucune difficulté avec les verbes du premier groupe. Mais ils ne maîtrisent toujours pas les verbes du deuxième et troisième groupe. Alors, ce sont ces verbes que je décide d’étudier, aujourd’hui, avec eux.

Deux heures plus tard, nous arrêtons la classe. Les élèves étaient très calmes. Je suis content du cours d’aujourd’hui. Mais je devrai travailler davantage mes cours avant de les donner. Je crains d’avoir fait une erreur sur la conjugaison d’un des verbes. Tant pis, rien ne sert de se lamenter, il faudra simplement faire mieux la prochaine fois.

Nous passons le reste de la matinée à cuisiner pour le repas de midi.

Les heures passent et je n’ai pas le temps de me reposer. Odon a besoin de moi. Je dois aller voir son frère Gaston pour lui expliquer le résultat de mes recherches en matière de crédit. Mais avant cela, il me faut faire quelques courses. Je repasse au marché pour acheter du dentifrice et du shampooing. Le trajet, jusqu’au marché, me demande bien une demi-heure. Arrivé là, je suis assez surpris, le shampooing et le dentifrice sont assez chers. Certes, cela ne coûte que la moitié de ce que j’aurais payé en France, mais pour un Malgache, cela me semble hors de prix. Je pense qu’ils doivent monter les prix spécialement pour moi, qui suis vazaha (étranger). Ce n’est pas bien grave, j’ai largement assez d’argent pour payer, mais je vais devoir apprendre à négocier. Pour l’instant, je ne maîtrise pas assez la langue malgache pour me le permettre. Mais j’espère y arriver d’ici un mois. Entre le déplacement, et la recherche des produits au marché, deux bonnes heures se sont écoulées pour faire les courses. Il est désormais temps d’aller voir Gaston chez lui.

Je retourne dans les petites rues de terre qui mène chez Gaston. Je commence à connaître le chemin. Aujourd’hui, il n’y a pas grand monde dans les rues. Chacun semble être rentré chez soi pour profiter du week-end. J’essaie de ne pas trop penser à la misère que je vois autour de moi. C’est assez dur d’être ici et de ne pouvoir aider tout le monde. Quoi qu’il en soit, après quelques minutes, j’arrive enfin chez Gaston. Il me reçoit très aimablement avec son épouse. Nous discutons durant plusieurs heures sur les différents types de crédits disponibles. Bien évidemment, Gaston ne peut fournir aucune garantie aux banques. Même le crédit salarié semble ne pas être possible. Il va falloir essayer de trouver une banque proposant des crédits sans garanties… je ne suis pas certain de trouver cela ici. Mais je vais tout de même essayer. Je crois que Gaston en a vraiment besoin. Son épouse et lui ont deux enfants en bas âge. J’aimerais qu’ils puissent grandir dans de bonnes conditions. Je ne peux pas aider tout le monde, mais peut-être qu’eux je peux les aider.

Le soleil commence à baisser à l’horizon, il est temps de rentrer. Je salue Gaston, et son épouse, et leur promets de revenir avec des nouvelles. Qu’elles soient bonnes ou qu’elles soient mauvaises.

De retour à la communauté, je me rends compte que cette journée m’a beaucoup fatigué. Je ferai tout mon possible pour me reposer dimanche.

Dimanche 5 mai 2019 :

Aujourd’hui, c’est décidé, je me repose. Alors, je n’ai pas grand-chose à raconter. Je flemmarde quelques heures dans mon lit, je lis un bon livre, et il est déjà l’heure de la messe.

Je me lève et me dépêche de me laver et m’habiller. Je cours pour ne pas être en retard à la messe. J’arrive juste à temps, la messe commence. Aujourd’hui, nous avons un baptême. C’est jour de fête ! Après la messe, nous nous retrouvons tous dans la grande salle commune pour partager notre repas. Nous sommes plus de 50 personnes. Mes voisins de table ne parlent pas très bien français, alors j’ai beaucoup de mal à communiquer. J’arrive tout de même à prendre un selfie avec l’un d’entre eux.

Ils sont tous ravis de voir mon téléphone et me posent beaucoup de questions à son sujet. Ils me demandent combien je l’ai payé… cela me gêne un peu de répondre à cette question. Mais qu’importe, pour leur faire plaisir je leur réponds. Ils sont très surpris du prix et me disent que c’est beaucoup trop cher. C’est vrai qu’aucun d’entre eux n’est capable de se payer un téléphone portable à ce prix… Ils aiment beaucoup parler de téléphone portable, et de nouvelles technologies. En fait, c’est comme chez nous. Sauf qu’ici, rares sont ceux qui peuvent s’en payer.

Le repas terminé, tout le monde danse. Alors, moi aussi je danse… mais pas très bien. Je profite de quelques minutes de pause pour discuter avec le nouveau baptisé. Il est très content de voir un vazaha à son baptême. Il est comme tous les Malgaches, il aime beaucoup voir et discuter avec les étrangers. Les Malgaches sont vraiment très accueillants, du moment qu’on leur témoigne du respect.

Les danses se terminent et tout le monde se dit au revoir. Moi, je vais profiter de l’après-midi pour continuer à me détendre. Je prends mon ordinateur et décide d’appeler un ami avec qui je n’ai pas discuté depuis très longtemps. Nous parlons quelques heures puis nous nous séparons. Cette discussion m’a fait beaucoup de bien.

Je termine l’après-midi en lisant un peu, puis il est temps d’aller manger. La journée a été bonne et j’ai réussi à me reposer. Pour la première fois depuis que je suis arrivé à Madagascar, j’ai l’impression d’avoir atteint mon objectif de la journée. Il faut dire que l’objectif de ce jour n’était pas bien difficile à atteindre…

Quatrième semaine à Madagascar

Lundi 22 avril 2019 :

C’est une mauvaise journée qui s’annonce. Je suis encore plus malade qu’hier. Je passe la matinée à me reposer, en espérant aller mieux cet après-midi.

À midi, je prends mon repas avec tout le monde, mais je suis complètement dans le brouillard. Je suis obligé de faire répéter ce que l’on me dit deux ou trois fois pour comprendre. Tout le monde est très gentil avec moi et fait de son mieux pour m’aider.

L’après-midi, je me force à travailler un peu. Je fais des recherches sur Internet sur la rotation des cultures. En France, c’est une chose basique dans le domaine agricole. Cependant, la rotation des cultures n’est que rarement pratiquée à Madagascar. Je fais de mon mieux pour chercher des informations sur Internet, mais je ne suis pas vraiment en état de réfléchir. Et j’ai encore plus de mal à assimiler des connaissances. Il faudra que je revienne sur ce sujet plus tard.

Le soir arrive et je me couche de bonne heure. J’espère aller mieux demain.

Mardi 23 avril 2019 :

Aujourd’hui, c’est décidé, je me repose. Hier, j’ai essayé de travailler un peu l’après-midi, mais je pense que c’était une très mauvaise idée. Je me sens encore plus malade aujourd’hui, et j’ai bien besoin de rester au lit.

Je n’ai pas grand-chose à raconter pour ce jour. En effet, vous décrire une journée passée dans mon lit ne me semble pas la plus intéressante des distractions. Je me demande tout de même comment j’ai bien pu faire pour attraper ce rhume, alors qu’ici c’est l’été. Enfin bon… ce n’est pas très important. L’important, c’est que je m’en remette le plus vite possible.

Le soir arrive et avec lui le dîner. Je mange avec tout le monde et Yvonne me propose de me préparer une inhalation ainsi qu’une infusion. J’accepte avec joie, je pense que cela me fera beaucoup de bien.

J’ai terminé le repas et attends un peu à l’écart, pour ne pas contaminer tout le monde. Yvonne arrive bientôt avec un gros faitout qu’elle pose sur la chaise juste devant moi. C’est pour mon inhalation. Je fais de grands yeux. Ici, on ne plaisante pas avec les inhalations. Je me dis qu’un simple bol aurait suffi. Mais bon, à Madagascar fais comme les Malgaches…

Je mets ma tête sous les draps et respire à pleins poumons. Le faitout a une inertie colossale et la chaleur dégagée est à la limite du supportable. Je fais quelques efforts pour garder la tête le plus longtemps possible sous les draps et inhaler le plus de vapeurs d’eucalyptus possible. Puis, après quelques minutes, j’arrête l’inhalation.

Yvonne revient bientôt avec un grand sourire. Elle m’apporte une infusion de gingembre et de miel. J’accepte, très gentiment, le breuvage. Et j’en prends immédiatement quelques gorgées. C’est très bon, mais cela me brûle la gorge. Je crois qu’elle a un petit peu forcé sur le gingembre… mais je pense que cette infusion me fera beaucoup de bien.

Mercredi 24 avril 2019 :

Aujourd’hui, je me sens déjà mieux. Je ne suis pas encore complètement rétabli, mais je sens déjà une nette amélioration. Je sais que je dois encore me reposer le plus possible. Mais, je dois impérativement apporter les derniers papiers à la préfecture.

À 10 heures, je pars avec Jean Bosco. Nous prenons le bus pour gagner du temps. Mais, erreur, ce n’était pas la bonne ligne de bus ! Nous perdons ainsi beaucoup de temps. Quand nous arrivons enfin à la préfecture je me rends compte que j’ai oublié mes papiers à la communauté. Quel imbécile ! C’est moi tout craché ! Tant pis, il me faudra revenir cet après-midi. Pour l’instant, il faut rentrer à la communauté. Nous décidons de revenir à pied, ça me fera du bien de marcher un peu. Arrivés à la communauté, après 50 minutes de marche, il est l’heure du repas.

En début d’après-midi, je prends 1h30 pour dormir. Après cela, je décide de retourner à la préfecture. Avec mes papiers cette fois-ci. Jean Bosco désire m’accompagner, et j’accepte avec joie. À trois heures, nous sommes partis. Nous prenons à nouveau le bus, mais cette fois-ci nous faisons attention à prendre la bonne ligne. À cette heure-ci, les bus sont complètement surchargés. Nous nous serrons les uns contre les autres. Déjà que les bus malgaches n’offrent pas de sièges à ma mesure… je n’ai vraiment pas beaucoup de place. Heureusement, cela ne dure pas bien longtemps. En 15 minutes, nous sommes rendus à destination.

Je rentre dans la préfecture pour donner les derniers papiers nécessaires. Mais, curieusement, on me demande encore une dernière petite modification. Pourquoi lorsque vous demandez à une personne de la fonction publique ce qu’il faut faire, il n’y en a pas deux qui vous répondent la même chose ? Enfin bon, je m’exécute bien volontiers. En moins de 10 minutes, tout est réglé et nous pouvons rentrer à la communauté.

La fin de l’après-midi, je la passe avec Jean Bosco. Il a vraiment besoin de discuter. Demain, il part pour retourner dans sa famille. Il souhaite prendre du temps pour réfléchir sur sa vie et son avenir. Je fais de mon mieux pour l’aider et espère qu’il trouvera sa voie. Ici, il nous manquera.

Ce soir encore, je me couche tôt. Je prévois 10 heures de sommeil. J’espère que cela me permettra de me remettre complètement de mon rhume.

Jeudi 25 avril 2019 :

Cette nuit, j’ai dormi comme un loir. Je ne me souviens pas avoir rêvé, je sens que le sommeil a été très réparateur. Je suis en pleine forme. Mon rhume n’est pas encore complètement parti, mais je me sens plein d’énergie pour travailler.

Mais d’abord, c’est petits déjeuner. Aujourd’hui, Clémence et Héloïse ont fait des crêpes pour tout le monde. Dieu les bénisse ! Je prends deux crêpes que je sucre et mange avec appétit. Elles sont délicieuses. Elles me rappellent un peu la France. Ce n’est pas courant d’avoir ce type de petit déjeuner ici. Généralement, nous avons la chance d’avoir une sorte de pain que l’on mange avec du beurre et de la confiture. Mais c’est uniquement parce qu’il y a des Français ici. Les Malgaches, eux, prennent du riz au petit déjeuner.

L’heure tourne et le temps du service arrive. Normalement, je devrais aller à l’orphelinat ce matin. Mais, compte tenu du fait que je ne souhaite pas aggraver mon état, et que je désire finir de récupérer, je décide de rester à la communauté et de travailler sur ordinateur. Je commence par faire un plan de l’exploitation agricole. En effet, ils n’ont pas de plan pour leur domaine. Je me demande bien comment font-ils pour s’organiser. Mais, c’est vrai qu’avec seulement 2 ha de terres ils peuvent peut-être se débrouiller à l’instinct. Mais moi, j’ai vraiment besoin d’un plan. Avec ce dernier, il me sera plus facile de réfléchir sur les projets d’avenir des différentes cultures et de définir leur lieu d’implantation. Je m’attelle à la tâche. J’utilise Google Maps, pour prendre les mesures, et je redessine l’ensemble au propre, en noir et blanc. Je suis assez content du résultat. Mais il me faudra en discuter avec Claire et Francisco pour être sûr que je n’ai pas fait d’erreur. Après avoir fini le plan, il me reste une bonne heure avant le repas de midi. Je prends le temps pour faire des recherches sur les abreuvoirs automatiques pour les vaches. J’en avais déjà faites plusieurs, et les recherches d’aujourd’hui me confirment qu’il n’y a vraiment pas de tels abreuvoirs pour bovins, à Madagascar. Il va falloir les faire venir de l’étranger, probablement de France.

Midi sonne et nous allons manger tous ensemble. Seules Clémence et Héloïse sont absentes, car elles sont allées manger chez Éric, un membre de la communauté qui habite dans le quartier.

Après le repas, je suis très fatigué et décide d’aller dormir un peu. Une heure et demie plus tard, je me réveille. Je crois que j’ai vraiment besoin de dormir. Je pense que mon rhume me fatigue encore un peu.

Je reprends mes recherches l’après-midi. Je ne vais pas entrer dans le détail, car je ne suis pas certain de pouvoir parler de tout ce que je fais pour les Terreaux de l’espoir. Mais je fais des recherches sur divers fruits et légumes de Madagascar, leur méthode de culture, leur lieu d’implantation, etc.…

Le soir arrive, et avec lui le dîner. Tout le monde est là. Claire et Héloïse ont pris le temps de préparer des cookies dont elles sont très fières. Je les goute bien volontiers. En effet, ils sont délicieux.

Ce soir encore je suis très fatigué. Je me couche avec bonheur en espérant que mon rhume sera définitivement terminé demain.

Vendredi 26 avril 2019 :

Je n’ai pas grand-chose à raconter pour ce jour. J’étais allé à la préfecture mercredi. Mais, aujourd’hui, un doute m’habite. Je ne suis pas certain d’avoir reçu tous les papiers et de savoir ce qu’il faut faire avec. Alors, ce matin, je retourne à la préfecture pour leur demander des informations. Je ne suis pas encore très à l’aise avec les trajets de bus. Il n’y a pas de carte, ici, indiquant ces derniers. Aussi, afin d’éviter de me perdre, je décide de me rendre à la préfecture à pied.

Arrivé à destination, les employés de la préfecture me confirment que j’ai bien tous les documents nécessaires et que je dois les envoyer au ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, à Tananarive. Ayant reçu les informations souhaitées je rentre à la communauté.

Je profite du reste de la matinée pour faire des recherches sur Internet toujours sur le même sujet qu’hier.

Après le repas, je pars pour l’ESSVA. C’est l’université juste à côté de la communauté. J’ai rendez-vous avec le directeur de la filière électromécanique pour voir avec lui si je peux donner des cours. Mais arrivé sur place, on m’informe que le directeur de la filière est absent. Il fait actuellement une sortie avec ses élèves. Je suis très déçu. Mais, de toute façon, il me faudra faire avec. Je prends le numéro du directeur auprès de la secrétaire. Comme cela, je pourrai le contacter personnellement et prendre rendez-vous en bonne et due forme. Cela m’évitera, à l’avenir, de me retrouver tout seul à mon entretien…

Je rentre à la communauté et passe le reste de ma journée à faire des recherches sur les différentes cultures possibles à Madagascar.

Samedi 27 avril 2019 :

Ce matin, j’apprends que demain nous allons célébrer un mariage ici, dans la maison de la communauté. Nous allons tous faire de notre mieux pour préparer les lieux. Angéla, Odon et Moi préparons la chapelle. Je remets les rideaux en place, je prépare la décoration, et tous ensemble nous nettoyons le sol. Apparemment, nous serons plus de 200 pour ce mariage. Cela va faire beaucoup de monde, surtout quand on sait que les mariés sont pauvres. Enfin bon, ici c’est comme cela, on célèbre la vie chaque fois que l’on peut, même si cela coûte beaucoup d’argent.

L’après-midi, je vais voir le frère d’Odon. Cela fait plus d’une semaine qu’il souhaite me rencontrer, mais étant malade je n’ai pu le voir plus tôt. Il n’habite pas très loin, alors je m’y rends à pied accompagné d’Odon. Les rues sont étroites et faites de chemins de terre. C’est vraiment très pauvre par ici. Nous sommes toujours en ville lorsque Odon m’amène devant un petit portail par lequel il me fait entrer. Je suis dans la cour de la maison. Celle-ci est assez spacieuse, mais la maison est très petite. J’entre dans une petite pièce au rez-de-chaussée qui doit faire 2,50 m sur 2,50 m. C’est là que vit le frère d’Odon avec sa femme et leur unique enfant. J’aimerais vous dire que c’est simple ici, mais non, c’est pauvre. Le frère d’Odon est professeur, il gagne plus que le salaire moyen. Et pourtant, c’est ici qu’il vit. Pour compléter ses fins de mois, il élève des cochons. Deux cochons pour être exact. Ils sont à l’extérieur, dans un petit enclos juste pour eux. Le frère d’Odon s’appelle Gaston. Lorsque des Français viennent passer du temps avec la communauté, Gaston demande à son frère de les amener chez lui. Ainsi, il peut améliorer son français en le parlant un peu avec nous. Il fait cela, car il est professeur de français. En plus, il enseigne l’histoire, la géographie, les sciences et vie de la terre, et la philosophie. Sur les trois établissements dans lesquels il enseigne, seuls deux le paient actuellement. Il espère que le troisième lui paiera les mois en retard bientôt.

Mais moi, je suis surtout touché par la pauvreté ici. Alors, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment l’on pourrait améliorer cet élevage de cochons. Je lui pose beaucoup de questions sur le sujet. Il manque cruellement d’informations. Je ne suis pas sûr qu’il ait jamais essayé de calculer pour savoir si un tel élevage était rentable. Je vais faire de mon mieux pour l’encadrer et voir si nous pouvons obtenir un crédit pour agrandir sa porcherie.

Les heures passent et il est temps de nous quitter. Je dis au revoir à Gaston et le remercie chaleureusement de son accueil.

Rencontrer Gaston m’a profondément ému. C’est un homme travailleur qui fait tout ce qu’il peut pour améliorer sa. Je ferai tout mon possible pour l’aider.

Dimanche 28 avril 2019 :

Je prends tout mon temps pour me réveiller ce matin, je n’ai vraiment pas envie de sortir de mon lit. J’aimerais bien prendre le temps de me reposer, de paresser un petit peu. Mais non, il faut se lever. Car ce dimanche est jour de fête. Aujourd’hui, nous célébrons le mariage de Roland et Sarah. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est en plus le dimanche de la miséricorde. C’est un dimanche spécial pour les catholiques du monde entier. Alors, pour que tout aille pour le mieux, tout le monde s’active.

À 10h30, les préparatifs sont faits et l’on peut commencer la messe. Elle ne se terminera qu’après deux belles heures de célébration.

À la messe, succèdent les chants de joie, et le repas. Cela va être une magnifique journée.

Tout le monde mange dans la grande salle et discute. Le repas va durer trois heures. Et à cinq heures il est temps pour tout le monde de se dire au revoir.