Troisième semaine à Madagascar

Il commence à m’être difficile de trouver des choses à raconter. De fait, ce qui, au début, était vraiment spécial, finit par devenir normal. Je m’habitue à la culture et la manière de vivre du pays. Il y a encore beaucoup de choses qui me surprennent. Mais de manière générale, ce qui m’apparaissait au début exceptionnel commence à devenir routinier.

Mais je prends tout de même le temps d’écrire. L’exercice me semble toujours important. Alors, comme je continue à vouloir vous narrer mes journées ici, à Madagascar, je continue bien volontiers mes articles.

Lundi 15 avril 2019 :

Comme prévu, je vais à la préfecture ce matin. Je prends le Starex, une voiture de la communauté, avec Laure-Elise. En chemin, nous faisons quelques courses au supermarché le plus proche. Je suis assez surpris. Le supermarché, bien que beaucoup plus petit qu’en France, propose vraiment de tout. On y trouve, d’ailleurs, quelques grandes marques françaises. Mais pour les produits que l’on trouve en Europe, c’est le même prix que chez nous, voire plus cher encore.

À la préfecture, je dépose mes papiers pour l’inscription au registre des étrangers. Comme je l’ai fait remarquer dans mon article précédent, il me manque un document. Je leur propose de le ramener jeudi. Ils acceptent sans difficulté.

La matinée est déjà finie. Les démarches administratives ont pris beaucoup de temps. À Madagascar, tout prend du temps. Il va me falloir apprendre à être patient.

Début de l’après-midi et départ pour l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Vous vous souvenez sûrement que j’avais évoqué deux possibilités pour me rendre aux Terreaux de l’espoir. La première était le bus et la seconde était le vélo. La semaine dernière, je ne m’étais pas décidé, mais c’est désormais chose faite. Je prendrai le bus.

Je me rends à pied jusqu’à l’arrêt de bus. Je sais que je dois prendre le bus numéro 11 et je sais dans quel sens. Mais je ne sais pas exactement comment cela se passe. J’essaie de discuter avec les Malgaches qui sont présents. Ils ne parlent pas très bien français. La discussion est laborieuse, mais je finis plus ou moins par les comprendre. Ils me confirment que je suis bel et bien au bon endroit et que j’attends le bon bus.

Le bus arrive. En France, on appellerait cela un minibus, mais ici c’est bel et bien un bus. Il y a toujours deux personnes par bus. Un conducteur et un caissier. Le caissier se trouve à l’arrière du bus, c’est par là que je monte. Je paye les 400 ARI qui sont nécessaires pour le trajet. Cela ne fait que 0,10 €, mais c’est déjà beaucoup d’argent pour la population. Pour ce que l’on peut appeler un « SMIC » cela représente 10 % du salaire journalier. Tout le monde ne peut pas se déplacer en bus. J’ai l’impression que cela surprend beaucoup les gens de voir un vazaha (un étranger) monter dans un bus malgache. D’habitude, les vazaha utilisent des voitures, ou plutôt des 4×4.

La route n’est pas mauvaise ici. C’est une des routes les mieux entretenues que j’ai vues jusqu’à présent. Je n’ai pas encore beaucoup de points de repère et ne suis pas certain de reconnaître l’endroit où je dois descendre. Mais, j’ai de la chance. Apparemment je dois simplement descendre au terminus. Nous arrivons en vue d’une petite gargote à côté de laquelle attendent deux autres bus. Aucun doute possible, c’est bien là où je dois descendre. Je reconnais les champs à côté de moi. Il va me falloir les traverser pour me rendre à l’orphelinat.

Il me faut encore 15 bonnes minutes de marche pour rejoindre les Terreaux de l’espoir. À mon arrivée, je discute un peu avec Francisco. Il me présente au responsable de l’exploitation agricole. J’ai beaucoup de questions à poser. Je prends des notes, elles me seront utiles plus tard. Je passe près de deux heures à récolter des informations sur la ferme, les vaches, les poules. Comment sont vendus les produits ? Comment sont-ils empaquetés ? Où sont-ils vendus ? Etc.…

La discussion avec le responsable de l’exploitation a duré un certain temps et il ne me reste déjà plus beaucoup de temps à passer dans l’orphelinat. Il est temps d’aller voir Claire, la responsable administrative de l’exploitation. Nous discutons des problématiques financières de l’orphelinat. J’essaierai de voir ce qu’il est possible de faire de ce côté.

Il est temps de rentrer, et Claire a justement besoin de raccompagner un des jeunes de l’orphelinat en centre-ville. Alors, sans hésitation, je monte avec elle. En moins de 15 minutes, je rentre ainsi à la Communauté du chemin neuf.

La soirée se passe normalement. Nous avons repas, suivi de FRAT. Je ne peux pas vous parler de ce qui se dit durant la FRAT. Il est important que cela reste privé.

Mardi 16 avril 2019 :

Ce matin, je ne sais pas vraiment pourquoi, quand je me suis levé, j’ai commencé par regarder les informations sur mon téléphone portable. Ce n’est pas dans mes habitudes. Et c’est là que j’ai découvert, stupéfait, comme tout le monde, j’imagine, les images de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flamme. Vous imaginez mon choc, alors que nous sommes aujourd’hui le deuxième jour de la semaine sainte. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes humaines. Je ne suis pas vraiment inquiet pour la cathédrale. Je sais que nous la reconstruirons.

Je pense encore aux images de l’incendie quand je vais à la cathédrale d’Antsirabe, pour la messe du matin. La messe débute à 9h00. Mais, nous sommes arrivés avec une bonne demi-heure d’avance pour être sûrs d’avoir des places. En effet, en moins de 15 minutes la cathédrale est complètement remplie. À 9h07, la cérémonie commence. Elle ne se terminera qu’à 11h30. Ce fut une très belle cérémonie.

L’après-midi, rien d’exceptionnel. On a besoin de moi à la maison, alors je fais le ménage. Il faut ranger et nettoyer les classes des enfants. Je m’y attelle avec Angéla, une stagiaire de la communauté. Après avoir nettoyé les salles de classe, nous passons à la bibliothèque. Puis nous rangeons et nettoyons la grande salle commune.

Mercredi 17 avril 2019 :

Aujourd’hui, rien de spécial n’est prévu. Ce matin, ce sera ménage avec Angéla et Jean Bosco, deux jeunes de la communauté. Jean Bosco se prépare à être prêtre. Dans peu de temps, il sera diacre. Tous ensemble nous nettoyons les sanitaires, les vitres de la chapelle et le sol de la chapelle. Mais avant que nous en ayons fini, Laure-Elise m’appelle parce que je dois rencontrer le directeur de l’ESSVA. Cette dernière est une université qui se situe juste à côté de la maison de la communauté. En tant qu’ingénieur, il m’est possible de donner des cours à l’université. Et il est courant que les jeunes au service de la communauté, qui en ont les capacités, donnent des cours à l’université.

La rencontre dure une petite heure durant laquelle le directeur de l’ESSVA me présente le cursus des premières années. Je suis assez surpris, le cursus est très similaire au système français. En fait, il est calqué dessus. Comme c’est actuellement les vacances, le responsable de la filière qui pourrait m’intéresser n’est pas là actuellement. Je le rencontrerai vendredi 26 avril, à la rentrée scolaire.

L’après-midi, je suis de nouveau à la cuisine. Un nouvel orage éclate. Il est plus fort que tous ceux que j’ai connus à Madagascar. Il y a beaucoup d’orages ces temps-ci. C’est parce que c’est la saison des pluies. Elle devrait durer jusque juin. Je ne suis pas près de voir les orages s’arrêter…

J’aurais voulu pouvoir apprécier le coucher de soleil ce soir, mais l’orage bat toujours son plein. Les coupures d’électricité se succèdent les unes aux autres. Cela commence à devenir une routine.

Ce soir, nous accueillons de nombreuses personnes de la communauté qui viennent pour la retraite pascale. Ces cinq prochains jours vont être très chargés. Désormais, mais juste pour la durée du week-end, je ne serai plus seul dans ma chambre.

La journée se termine sur un bon repas où je découvre avec stupeur les oranges du coin. Je vous laisse admirer la couleur…

Jeudi 18 avril 2019 :

Vous vous souvenez peut-être, vous avoir dit que je devais retourner aujourd’hui à la préfecture pour déposer un document. Mais malheureusement, ce document n’est pas encore arrivé. Alors, ce matin, je retourne aux Terreaux de l’espoir. Je discute avec le responsable, et j’essaie de faire une liste claire de toutes les actions que je dois entreprendre. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire.

Après deux bonnes heures sur place, je suis surpris de voir arriver Charlotte. Je l’avais rencontrée lors du trail, il y a de cela une dizaine de jours. Elle est accompagnée par une personne qui m’est inconnue. Nous nous saluons très aimablement. J’apprends que j’ai affaire au directeur de l’ASJA. C’est une autre université, plus loin sur la nationale 7. C’est une université réputée dans le pays. Elle a l’avantage d’être particulièrement abordable, avec des tarifs d’inscription très intéressants. Elle est tenue par des religieux. Nous prenons le temps de discuter tous ensemble. J’en profite pour demander s’il me sera possible de passer à l’ASJA pour discuter avec des professeurs spécialistes en agriculture. Le directeur accepte bien volontiers. Il faudra que je les appelle pour prendre rendez-vous.

L’heure tourne et déjà il me faut rentrer pour le repas de midi.

Après avoir mangé, je participe au dernier ramassage de riz séché de la saison. Il n’y en a pas beaucoup aujourd’hui, car c’est la dernière récolte. À peine 600 kg de riz. J’en profite pour faire une photo, je pense que c’est la dernière fois que je peux participer au stockage du riz.

L’après-midi, nous nous préparons pour le week-end pascal. Nous avons beaucoup de travail. En effet, nous serons plus d’une centaine ce week-end. Il faut faire rentrer tout le monde dans les bâtiments. Alors, comme tout le monde est logé à la même enseigne, je ne serai pas seul dans ma chambre. Je profite du temps qu’il me reste pour faire les derniers préparatifs. Puis, nous accueillons les retraitants qui viennent pour le week-end.

Le soir se rapproche, c’est l’heure du repas. Mais, ce soir, c’est particulier. Nous commençons par une messe tous attablés autour d’une grande table centrale (c’est pour célébrer la scène). La célébration est superbe, les chants sont beaux, l’assemblée est enthousiaste et tout se passe sans accrocs. Arrive enfin le lavement des pieds. J’ai déjà participé à d’autres lavements des pieds. D’habitude, le prêtre lave les pieds de quelques fidèles. Mais aujourd’hui, nous allons tous nous laver les pieds les uns aux autres. C’est un magnifique moment qui m’émeut beaucoup. Quand vient mon tour, je ne sais pas trop comment me comporter. Je suis venu pour donner tout ce que je peux à ce peuple et voici que c’est ce peuple qui me lave les pieds. Je ne connais pas la personne qui me lave les pieds, et elle non plus ne me connaît pas. Mais c’est un très beau moment. Après cela, c’est mon tour de lui laver les pieds. Je fais de mon mieux, c’est la première fois que je fais cela. Je suis assez ému. Je crois que je n’oublierai pas cette expérience de sitôt.

La messe se termine et nous partageons enfin ce repas tant attendu. Afin de pleinement célébrer la Scène, nous mangeons autour de la table où nous avions dit la messe.

Ce fut vraiment une très belle soirée qui m’a beaucoup réchauffé le cœur. Je ne regrette pas les instants passés ici.

Je n’ai pas beaucoup de temps durant la retraite pascale pour vous écrire tout ce qui se passe. Je serai donc plus concis qu’à mon habitude sur les prochains jours.

Vendredi 19 avril 2019 :

La journée est rythmée par l’office, la messe et le chemin de croix. Ce dernier, le chemin de croix, est un moment particulièrement touchant. Aux différentes stations ont été prévues différentes actions pour mieux nous faire entrer dans la passion du Christ. L’acte qui m’a probablement le plus touché fut d’avoir à écrire sur un petit bout de papier les noms des personnes pour lesquelles je voulais prier en cet instant. Nous avons écrit ces intentions de prière à la première station du chemin de croix. Et arrivés à la 11e station, nous avons brûlé ces petits bouts de papier. Pour moi, ce fut un geste très significatif. J’ai pu, ainsi, porter dans mon cœur chaque personne pour qui je voulais prier pendant ce chemin de croix.

Samedi 20 avril 2019 :

Comme à notre habitude, la matinée débute avec un office. Il est tout de suite suivie d’un temps de chant, de louange et d’enseignement.

Ensuite, nous avons un temps de prière personnelle où chacun peut se retrouver face à Dieu pour méditer sur la mort du Christ. Pour nous, les catholiques, ce jour est un jour de deuil. C’est le jour où Jésus est prisonnier de la mort. Demain, il ressuscitera.

Alors, ce midi, nous partageons un repas en silence. Chacun fait de son mieux, pour ne pas gêner son frère, ou sa sœur, dans ce temps de cœur à cœur avec Dieu.

Les temps de prière, de partage et d’enseignement se succèdent sans interruption.

C’est le temps de la réconciliation. Autrefois, on appelait cela la confession. Cela faisait un certain temps que je ne m’étais pas confessé et j’en avais grandement besoin. J’ai souvent tendance à repousser la date de la confession. Je ne sais pas pourquoi, après tout, à chaque fois, j’en sors très heureux.

Les heures passent et la veillée pascale approche. Il fait nuit noire quand nous débutons la veillée autour du feu pascale. Un instant assez magique, comme chaque année.

La soirée fut magnifique. Je suis très surpris de voir que les catéchumènes, qui vont être baptisés aujourd’hui, sont habillés en robes et en costumes de mariés. Pour moi, c’est assez original. Mais c’est surtout très beau.

La veillée se termine. Nous chantons et dansons, durant une bonne demi-heure, juste après la fin de la messe. Tout le monde est joyeux. Tout le monde s’amuse. Et l’on voudrait bien que cela dure encore. Mais il est temps d’aller dormir.

Dimanche 21 avril 2019 :

Ce matin, je me lève avec mal à la tête. J’ai le nez qui commence à couler. Je crois que j’ai attrapé un petit rhume. J’espère qu’il ne durera pas bien longtemps.

La matinée est similaire à celle d’hier. Un office à 7h30, suivi du petit déjeuner, puis d’un temps de louanges et d’enseignement. J’ai beaucoup aimé l’enseignement de ce jour. C’est Laure-Elise qui s’en est chargée et son intervention m’a beaucoup touché. Je ressens une grande paix dans mon cœur. Je ne regrette pas ce week-end pascal.

Ce midi, nous avons messe, comme chaque dimanche. Elle est suivie du repas, que nous partageons dans l’herbe, à l’extérieur de la chapelle. Tout le monde discute. Tout le monde profite du temps magnifique que nous avons aujourd’hui.

Il est 15 heures, et il est temps de dire au revoir à tous les retraitants. Chacun retourne chez soi, après ces trois jours passés ensemble.

Après le départ de tout le monde, nous discutons avec Clémence pour aller en centre-ville et profiter de la fête. Or, je ne vous ai pas dit. Oui, il y a la fête en centre-ville. La fête de la bière ! C’est comme cela que l’on fête Pâques ici.

À 16h30, nous partons pour la foire. Nous y allons à pied, car nous accompagnons six petites filles du voisinage et nous ne pouvons pas payer le bus pour tout le monde. Il nous faut une petite demi-heure pour joindre le centre-ville. Arrivés sur place, c’est la cohue. Nous nous serrons les uns contre les autres. Nous essayons de louvoyer à l’intérieur de la marée humaine qui se presse autour de nous. La foire ressemble un peu à ce que l’on peut voir en France. Mais il n’y a aucun manège aussi perfectionné que chez nous. Les filles veulent tout de même faire un tour de roue, comme nous leur avions promis. Je cherche lesdits manèges. Je m’attends à trouver de grandes roues. Mais voilà que je tombe sur une série de petites roues, de 8 m de diamètre environ, qui ont à peu près la même structure que les grandes roues que l’on peut trouver en France. C’est cela que les filles veulent faire. Les roues sont entassées les unes à côté des autres. Elles tournent beaucoup plus vite que les grandes roues que nous avons en France. Mais ce qui m’étonne le plus ce n’est pas cela. C’est que… voyez-vous… elles ne sont pas mises en branle par un moteur d’aucune sorte. C’est à la seule force des bras qu’on les fait tourner. Trois, quatre ou cinq hommes s’affairent à mettre en mouvement ces grands objets. Plusieurs hommes sont en bas à tirer sur la structure, alors qu’un autre a grimpé sur une échelle et s’est positionné au milieu de la roue. Il appuie avec ses pieds, et ses mains, sur les rayons de la roue pour démarrer le mouvement. Et soudain, leste comme un cabri, il saute légèrement, marche sur un rayon, et saisit à deux mains le cadre extérieur de la roue. À 5 m au-dessus du sol il cherche à faire contrepoids. Il se laisse suspendre pour que la roue tourne aussi vite que possible. Je suis éberlué. Je sais bien qu’ici la notion de sécurité n’est pas la même qu’en France. Mais là, j’avoue que j’aurais eu du mal à le croire si je ne l’avais pas vu. Je me demande s’il y a souvent des accidents avec ces roues. Enfin, quoi qu’il en soit, et pour le temps que j’ai passé dans cette foire, il n’y a pas eu d’accidents.

Après ce tour de manège, il est déjà très tard. Il nous faut rentrer.

Trois quarts d’heure plus tard nous sommes de retour à la communauté. Je me sens très fatigué. J’ai toujours mal à la tête. Je crois que mon rhume ne fait que commencer…

Deuxième semaine à Madagascar

Lundi 8 avril 2019 :

Aujourd’hui, je dois m’occuper de mes papiers. Je dois faire certifier conformes les photocopies de mon visa, de mon passeport et de mes déclarations sur l’honneur, que j’ai faites récemment. Ces formalités administratives doivent normalement être faites à la mairie. Mais actuellement, la mairie est en grève. Les employés n’ont pas été payés depuis 10 mois, d’après ce qui est marqué sur leurs affiches. Il paraît que c’est assez courant ici…

Nous devons aller dans une autre mairie, dans une autre ville. Je pars avec Clémence. Elle aussi doit faire certifier conforme un document. Nous sommes accompagnés par Éric, un ami de la communauté, qui conduit la voiture. Le trajet se déroule sans encombre. À destination, nous allons faire les formalités administratives sans grandes difficultés. À la sortie des bureaux, nous avons les doigts marqués par l’encre rouge que nous avons utilisée pour donner nos empreintes.

Nous profitons du peu de temps qu’il nous reste pour faire un tour sur le marché. Ce dernier ressemble beaucoup à un marché en France. Mais il y a moins de choix et, de toute évidence, les vendeurs sont très pauvres. En tout cas, la majeure partie d’entre eux le sont. Éric est content de nous faire faire le tour du marché. Il nous achète 500 g de goyaves pour nous faire plaisir. C’est la première fois que je goûte ce fruit. Il est très savoureux. Je remercie Éric de sa gentillesse et nous continuons notre chemin. Je suis un peu gêné que ce soit Éric qui nous ait payé ces fruits. Mais je ne pouvais pas me les payer moi-même. Je n’ai pas encore de monnaie malgache. Après avoir fait le tour des petits vendeurs, nous essayons de trouver le marché aux zébus. Mais, il semble qu’il soit fermé aujourd’hui. Tant pis, ce sera peut-être pour une autre fois.

Nous retournons à la voiture et il est désormais temps de partir pour Antsirabe. C’est de nouveau la route, bondée de monde. Débordante de pousse-pousses et de taxis-brousse remplis à craquer, couverte de charrettes tractées par des zébus, quand elles ne sont pas tirées à la seule force des bras. Bref, c’est la cohue. Ici, j’ai toujours un peu peur que nous blessions quelqu’un sur la route, voire pire. Le danger est bien réel. À cause du manque de sécurité, il y a souvent des accidents et ils sont généralement très graves. Mais après une petite demi-heure à zigzaguer dans tous les sens, nous arrivons sans encombre à Antsirabe.

Avant de revenir à la maison de la communauté, nous prenons le temps de passer au bureau de change pour que je puisse avoir quelques devises malgaches. Nous nous arrêtons. J’essaie d’ouvrir la porte, comme à mon habitude. Mais tout à coup… CRAC ! La poignée me reste entre les mains. Je me confonds en excuses auprès d’Éric. Je ne pensais vraiment pas que je pouvais casser la poignée. Éric le prend très bien. Il me dit que ce n’est pas grave et que l’on s’en occupera plus tard.

Je change les euros que j’avais en poche contre l’équivalent en monnaie malgache. Pour un seul billet en euros, on me rend une liasse de billets en ariary. Ici, un euro vaut 4 000 ariarys. Je suis payé en coupure de 5 000 et 10 000.

Après cela, nous rentrons à la maison pour le repas. Il est midi.

Le repas se termine et, aujourd’hui encore, il y a du riz séché qui nous attend pour être rangé. Nous nous attelons à la tâche et, en tout, nous rentrons un peu plus d’une tonne de riz. Nous sommes une dizaine à y travailler et cela va assez vite.

L’après-midi, je la passe à la cuisine. Je n’ai pas encore débuté ma vraie mission à Madagascar. Celle-ci aura lieu à l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Apparemment, ils ont besoin de moi pour travailler à l’autofinancement de l’orphelinat. Normalement, si tout va bien, je commencerai jeudi. J’ai vraiment hâte. Mais je pense qu’il faut que je laisse les choses prendre leur temps, pour que je m’habitue au pays.

La préparation du dîner se passe bien. Ce soir, ce seront des carottes avec du riz et de la viande de zébus. Si vous vous demandez quelle est le goût de la viande de zébu ? Et bien… personnellement, je ne vois aucune différence avec le bœuf.

Je suis assez surpris, car, aujourd’hui, nous n’avons pas tellement de fumée à l’intérieur de la cuisine. J’essaierai de voir, à l’avenir, si je peux faire quelque chose pour ce problème de retour de fumée. Mais je pense qu’il me faudra revoir complètement la conception des cheminées.

Normalement, ce soir nous avons FRAT. Mais compte tenu de la fatigue générale, après ce week-end à accueillir les jeunes, nous aurons repos.

Mardi 9 avril 2019 :

Ce matin, j’ai DÉSERT. Pour ceux qui ne sont pas de la communauté, le DÉSERT c’est une demi-journée de temps consacré à Dieu par semaine. Durant ce temps, nous nous recueillons, nous prenons le temps de prier et de méditer. C’est un temps de paix très important pour la communauté. Ici, le DÉSERT a lieu tous les mardis.

À midi, je vais à la messe. Le prêtre de la communauté, père Blaise, est un tout petit peu en retard au début de la messe. Il était au téléphone avec un membre de sa famille. Ce dernier vient de lui annoncer que sa mère est actuellement inconsciente à l’hôpital. Nous prions tous pour elle, et nous espérons qu’elle se remettra sans difficulté. Malheureusement, après la messe, nous apprenons qu’elle vient de décéder. C’est la tristesse dans la communauté. Ici, tout le monde, ou presque, la connaissait. La mère de Blaise était une figure importante du renouveau charismatique à Madagascar. Beaucoup de personnes la pleureront.

Ce soudain décès va remettre en cause le planning de la semaine. Mais pour l’heure, nous suivons le programme établi. Je travaille à la cuisine, comme il était prévu. Ce soir, nous aurons riz, pommes de terre et viandes. On ne mange pas beaucoup de viande ici. C’est un produit de luxe et peu de personnes peuvent se permettre d’en acheter. À Madagascar, 95 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Même nous, dans la communauté, qui sommes plutôt riches pour le pays, nous ne nous permettons pas de manger de grandes quantités de viande.

Le soir arrive et, avec lui, les annonces pour la semaine à venir. Tout le monde ne pourra pas aller aux condoléances et à l’enterrement. La communauté n’en a pas les moyens. Nous ferons deux groupes. Le premier ira aux condoléances. Le second à l’enterrement. Pour ma part, je ne sais pas encore dans quel groupe je serai. Je ne sais même pas si je serai invité. En effet, je ne connais pas Blaise depuis bien longtemps, et encore moins sa mère. Il me semble légitime que ce soient les amis de longue date qui viennent en priorité.

Mercredi 10 avril 2019 :

Père Blaise étant absent, il n’y aura pas de messe aujourd’hui. Il a rejoint sa famille hier après-midi. Le groupe qui doit aller aux condoléances se prépare à partir à sept heures du matin. À 8h30, tout le monde est parti.

Il était prévu que j’aille à la rizière ce matin pour participer à la dernière récolte de riz de l’été. Mais avec tous ces événements, et comme presque tout le monde est parti pour les condoléances, il n’y aura pas de récolte de riz aujourd’hui. Elle aura probablement lieu samedi. Tant pis, je verrai la récolte du riz plus tard.

Comme il y a très peu de services à faire ce matin, je me retrouve encore en cuisine. Je passe une bonne partie de la matinée à trier le riz. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait couramment en France… Mais ici, c’est tous les jours. Trier le riz est une opération indispensable qui a deux objectifs. D’abord, retirer tous les grains dont la cosse n’a pas été retirée lors du décorticage. Ensuite, retirer les éventuelles graines d’autres plantes qui se seraient glissées parmi les grains de riz.

Après avoir trié le riz, je m’occupe des oignons et des tomates. Rien d’extraordinaire, mais c’est aussi cela la vie en communauté : faire toutes choses, grandes ou petites, avec amour.

Après le repas de midi, c’est soutien scolaire. Mais comme nous sommes seulement cinq, nous allons avoir beaucoup de mal à faire cours. D’autant que seulement trois d’entre nous parlent malgache. En effet, nous accueillons plus de 100 élèves pour le soutien scolaire. Ces élèves sont de presque tous les niveaux. Les plus jeunes sont en 12e (notre grande section de maternelle en France) alors que les plus âgés sont en 3e. Avec seulement cinq professeurs, nous n’allons pas pouvoir enseigner sur autant de niveaux à la fois. Il nous faut trouver une solution, car nous devons tout de même encadrer les élèves cet après-midi. Nous nous mettons rapidement d’accord pour faire des jeux avec les élèves. De toute façon, nous n’avons pas vraiment d’autre choix. Nous commençons par un épervier. Vous vous souvenez sûrement de ce jeu. Il est assez populaire en France. Si vous avez oublié voici un petit rappel des règles : Tout le monde est épervier, à l’exception d’une personne qui est chasseur ; les Eperviers doivent passer de l’autre côté du terrain de jeu tandis que le chasseur tente de les attraper ; au fur et à mesure du jeu les éperviers attrapés deviennent chasseurs et forment une longue chaîne pour attraper les éperviers, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul épervier. L’idée initiale de ce jeu nous a tous séduits, mais l’application s’est révélée laborieuse. Nous avions trop de joueurs sur un trop petit terrain. Les chasseurs sont rapidement devenus trop nombreux et les éperviers ont tenté de quitter le terrain pour les éviter. Moi, j’étais à l’écart, et je surveillais simplement au cas où il y aurait un problème. Et soudain, alors que les éperviers font une énième sortie, l’un des élèves dérape sur le sol. Son genou heurte violemment la terre et son torse s’affale contre le muret de pierre juste devant lui. Je vois l’accident se produire et je me précipite de mon mieux. Je zigzague entre les dizaines d’élèves qui arrivent de toutes parts depuis l’autre côté du terrain de jeu. Déjà, un autre élève essaie de relever son petit camarade qui vient de tomber. Le blessé semble ne pas avoir trop mal, mais je veux m’en assurer. J’arrive enfin près de lui et regarde sa jambe. Il a une vilaine écorchure, mais rien de bien grave. De toute évidence, il est courageux. Il a mal, mais ne se plaint pas. Il ne crie pas, ne verse pas de larme. Je lui fais signe de rester assis et je me dépêche d’aller voir Clémence. Je lui dis ce qu’il vient d’arriver, car elle n’a rien vu de là où elle était. Il faut désinfecter la plaie du petit. Clémence va s’en occuper. Elle sait où est l’infirmerie, ce qui n’est pas mon cas. Tout finit bien pour le petit. Finalement, bien plus de peur que de mal. Mais, j’avoue que je ne me suis pas senti très à l’aise. Voir un enfant se faire mal c’est pour moi une nouveauté et un choc. Je me suis aussi rendu compte que ne pas savoir où était l’infirmerie était quand même très problématique lorsque l’on assume des fonctions d’encadrement. Il faudra que je pense à demander ce type d’information à l’avenir.

En dehors de cet événement, le reste de l’après-midi se passe sans problème. Nous continuons avec quelques jeux, mais il y a vraiment trop d’élèves, et trop peu de place. Finalement, nous prenons la décision de faire monter les élèves dans la salle commune. Là, nous commençons à faire des danses tous ensemble. Nous chantons joyeusement. Nous envoyons les élèves en petits groupes faire des prestations. Tout le monde s’amuse.

Les aiguilles de l’horloge tournent à toute allure et déjà le soleil nous fait signe que la journée touche à sa fin. Il va être temps de renvoyer les élèves chez eux.

Tous les jeunes semblent très contents de l’après-midi qu’ils ont passé avec nous. Chacun rentre chez soi. Moi, après toute cette agitation, je prends le temps de lire un peu. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour lire ces derniers jours et ces quelques minutes de repos me procurent beaucoup de plaisir.

La journée se termine. Je repense à mes responsabilités d’encadrement des élèves. Je crains qu’à l’avenir il arrive un accident plus grave encore que celui d’aujourd’hui. Il faudra que j’en discute avec mes collègues pour savoir comment réagir face à des situations semblables.

Jeudi 11 avril 2019 :

Je me lève ce matin avec enthousiasme. En effet, aujourd’hui, je vais aller à l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Je vais enfin découvrir le lieu de ma première mission. Claire, la responsable administrative de l’orphelinat, vient me chercher en 4×4. Sur le trajet, elle en profite pour m’expliquer qu’il me faudra prendre le bus, ou venir en vélo, pour rejoindre l’orphelinat. Je ne sais pas encore si je prendrai l’une ou l’autre solution. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. En bus, je voyagerai avec le peuple et connaîtrai leur situation de tous les jours. En vélo, je connaîtrai ce que vit une autre partie de la population, car beaucoup de personnes utilisent ce moyen de transport. De plus, cela me fera faire du sport, mais il y aura moins de relations humaines. Je fais tourner cette réflexion quelques minutes dans ma tête puis, n’arrivant pas à me décider, je la remets à plus tard.

Le trajet continu et nous finissons par sortir de la route goudronnée pour prendre un chemin de terre. Il est en très mauvais état. La saison des pluies, cumulée aux nombreux camions qui prennent cette voie, ont fait de ce chemin de terre un nid à ornières. À chaque mètre nous montons et descendons de près de 20 cm. Claire avance prudemment avec son 4×4. Les 200 m que dure la voie me semblent interminables. Et dire que ça va être comme ça chaque semaine… mais bon, il y a des routes encore bien pires à Madagascar. Et au moins, ici, avec le peu de monde qu’il y a, on ne risque pas d’écraser quelqu’un.

Enfin, nous arrivons à l’orphelinat. Dès mon arrivée je suis très surpris par la qualité des locaux. L’orphelinat est vraiment en très bon état. Ici, on a la chance de bénéficier de beaucoup de financement venant de l’étranger. Tout particulièrement de la Réunion. Ce n’est pas très étonnant quand on sait que l’orphelinat des Terreaux de l’espoir est tenu par une association réunionnaise.

Je suis tout heureux de rencontrer les membres de l’association et les employés sur place. Claire me présente à ses enfants et me fait faire le tour de la propriété. Elle me montre les locaux où vivent les orphelins. Je suis surpris. Il n’y a personne dans les locaux. J’en demande l’explication à Claire qui me répond tout naturellement qu’ils sont actuellement à l’école. Suis-je bête ? Nous sommes jeudi et il est 10 heures du matin, bien sûr que les enfants sont à l’école. À quoi pouvais-je bien penser ?

Le tour de la propriété continue. Claire me fait visiter les dortoirs, la bibliothèque, la salle pour la transformation du lait, la cuisine et la boulangerie. Après cela, c’est au tour de Francisco, le mari de Claire, de me faire visiter la ferme. Nous faisons le tour des installations. Nous commençons par les poules. Elles sont réparties en deux lots, celles qui sont pour la viande et celles qui sont là pour pondre. Il y a des poules de tout âge parmi celles qui sont faites pour la viande. Tandis que les poules pondeuses sont toutes du même âge. Il y a plus de 600 poules ici. En plus de ces deux lots de poules, il y a une petite basse-cour qui contient dindons, oies, canards et poules en liberté. Ça, c’est pour la consommation de l’orphelinat me dit Francisco. Ensuite, je visite l’étable des vaches. Ce sont toutes des vaches laitières, mais elles ne sont pas nombreuses. Seulement cinq vaches vivent ici. Francisco m’explique que les vaches sont traites à la main. C’est assez laborieux et Francisco réfléchit à l’achat d’une machine à traire des vaches. Nous prenons le temps de parler un peu à propos de ces beaux animaux. Puis, nous nous dirigeons vers les cultures. Francisco me fait faire le tour des champs et des serres. Francisco est très fier de ses serres. Il y cultive des tomates, environ 10 tonnes par an. Il m’explique les enjeux de l’exploitation agricole. Il me parle de ses différentes idées pour l’avenir. De mon côté, Je réfléchis à tout cela. Mon travail, ici, consistera à améliorer l’autofinancement de l’orphelinat. Et cela passera essentiellement par l’amélioration des rendements de la ferme. Il me faudra prendre du temps pour y réfléchir.

La matinée se termine et je dis au revoir à Claire et Francisco. Il me faut rentrer à la Communauté du chemin neuf pour le repas de midi.

L’après-midi, je vais remplir des papiers administratifs à la gendarmerie. Il me faut faire une fiche 33. C’est un papier pour me déclarer en tant que résidant dans le pays. Le commissaire nous reçoit très aimablement et signe les documents sans difficulté. La fiche 33 me servira à la Préfecture la semaine prochaine.

Après cette formalité administrative, nous allons faire un tour à Socota. C’est une des plus grosses entreprises de la ville. Elle fait dans l’agroalimentaire et envoie des conserves de légumes à l’international. Mais aujourd’hui, ils nous ont demandé de venir. Il semble qu’ils aient un surplus de haricots verts et de poireaux. Alors, plutôt que de les jeter, et bien que la loi ne les y oblige en rien, ils décident de les offrir à différentes associations caritatives de la ville. Nous faisons partie des heureux élus et acceptons avec joie. Ce seront 46 kg de poireaux, et plus de 50 kg de haricots verts, que nous rapporterons aujourd’hui. Cela va nous permettre de nourrir beaucoup de monde, et notamment des gens du voisinage.

À notre retour à la communauté, tout le monde est heureux de nous voir avec toute cette nourriture.

Le soir arrive et il reste encore quelques petites choses à faire avant la fin de la journée. Je m’applique à les faire avec joie, malgré la fatigue de la journée.

Le soleil se couche enfin à l’horizon et le ciel prend des couleurs sublimes. Je reste un instant à contempler le spectacle de la nature dans tout son éclat. C’est si beau.

Vendredi 12 avril 2019 :

Aujourd’hui, c’est l’enterrement de la mère de Blaise. Comme je m’y attendais, je ne suis pas convié. Je ne suis pas un proche de la famille et il n’y a pas vraiment beaucoup de place dans les voitures. Aujourd’hui encore, nous serons peu nombreux à la maison.

La matinée, nous la passons à préparer les poireaux et à équeuter les haricots verts que nous avons reçus hier. Il y avait tellement de légumes que nous avons fini bien plus tard que d’habitude.

Je prends mon repas et je profite de la pause de midi pour faire une petite sieste. Je suis assez fatigué et j’ai besoin de récupérer.

Le début de l’après-midi je le passe à aider comme je peux. Arrivé cinq heures, je vais acheter du crédit pour mon téléphone en ville. Nous sortons avec Clémence et Odon, un des stagiaires de la communauté. Nous avons vite fait de trouver un revendeur pour acheter des crédits pour mon forfait téléphonique. Nous profitons qu’il fait encore jour pour faire un petit tour dans la ville. Nous rencontrons plusieurs enfants du soutien scolaire. Ils ne me connaissent pas encore très bien alors ils ne me saluent pas. Mais tous disent bonjour à Clémence. Je me dis que, peut-être, dans trois mois ils me salueront mois aussi.

Il se fait tard. Il est temps de rentrer. Sur le chemin du retour nous rencontrons quelques jeunes qui jouent au baby-foot. Immédiatement, Clémence se fait interpeller par l’un d’entre eux. De toute évidence, il la connaît. Il l’invite à faire une partie de baby-foot en pleine rue. Clémence accepte avec joie et joue quelques minutes avec eux. Mais bientôt, la lumière déclinante du soleil ne permet plus de voir la balle. Il n’y a pas d’éclairage électrique dans cette ruelle. Après tout, c’est juste un chemin de terre ici… Et de toute façon, il n’y a pas beaucoup d’éclairage public à Antsirabe. Il nous faut partir. Nous disons au revoir aux jeunes, en regrettant de ne pas pouvoir rester plus longtemps, et rentrons finalement à la communauté.

Les minutes s’écoulent et bientôt il fait nuit noire. Ici, bien que nous sommes dans une ville de plus de 300 000 habitants, on voit distinctement les étoiles du ciel. Il fait encore assez bon à cette période de l’année malgré l’heure tardive. Je prends le temps d’apprécier l’instant. Mais, bientôt, la cloche retentit. Il est temps de passer à table, et de se préparer pour une nouvelle journée.

Samedi 13 avril 2019 :

Des puces, voilà ce que c’est ! Fichu parasite ! Depuis quatre jours déjà, j’ai des petits boutons qui apparaissent partout. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait de piqûres de moustiques. Mais je vois très peu de moustiques dans les environs. Et franchement, cela ne ressemble pas tellement à des piqûres de moustiques. Alors j’en ai discuté avec Laure-Élise, une religieuse de la communauté. Nous pensons qu’il doit s’agir de piqûres de puces. Aussi, ce matin c’est le grand nettoyage. Tous les vêtements partent à la machine à laver. Les draps et couvertures sont mis dehors sur l’herbe. Et je passe le matelas et le coussin de mon lit à la bombe insecticide. J’espère que ces petits parasites ne reviendront pas pour m’embêter. Ce n’est pas que cela est insupportable, mais tout de même, c’est assez pénible. Je comprends un peu mieux ce que vivent les enfants du voisinage. Eux, ont des puces et des poux à longueur de temps.

Une fois la lessive finie, je l’étends sur l’herbe pour la faire sécher. Au soleil, il ne faut que quelques heures pour que tout soit sec.

Mon service de la matinée je le passe à couper les poireaux que nous avons préparés hier. Nous profitons du fait que nous avons beaucoup trop de poireaux pour nous-mêmes pour en donner aux femmes du voisinage. Ça fait toujours du bien de partager.

L’après-midi arrive et avec elle le temps de faire la cuisine. Avec Odon, nous avions prévu de préparer un plat à base de mouton. Mais Jackson, un autre membre de la communauté, n’a pas trouvé de mouton ce matin. Nous n’avons que de la viande de zébu. Alors, nous adaptons un peu la recette et espérons que ce sera délicieux.

Après la cuisine, je retourne m’occuper des puces. Ici, pour les éloigner, on utilise un répulsif naturel : l’eucalyptus. Je fais bouillir de l’eau. J’y mets quelques feuilles d’eucalyptus avec leurs branches. Je laisse le tout reposer durant quelques minutes. Puis, je répands l’infusion sur le sol de ma chambre. J’astique avec la serpillière histoire que l’ensemble soit propre et que l’infusion d’eucalyptus aille bien jusque dans les coins. Désormais, les puces devraient me laisser tranquille.

La cloche sonne, on nous appelle à table. Je descends dans la salle à manger et m’assieds avec les autres. La table est déjà prête. Je goutte enfin le plat que nous avons préparé cette après-midi. En effet, c’est vraiment délicieux. Tout le monde se demande d’où vient la recette, si elle est française ou malgache. Mais je dirais que ce fut un mélange des deux.

Dimanche 14 avril 2019 :

Aujourd’hui, c’est la fête des rameaux. Mais ici, il n’y a pas de buis. Alors, nous coupons quelques branches aux buissons du jardin avant d’aller à la messe. Avec Laure-Elise nous marchons durant 20 bonnes minutes pour aller à la messe de huit heures. Nous avons choisi cette messe, car c’est la seule en français. Cela me fera du bien d’avoir une messe dans une langue que je peux comprendre. L’église est pleine à craquer et certaines personnes sont obligées de rester debout. Je souris légèrement. On ne peut pas vraiment dire que cela se passe ainsi en France. Généralement nous avons toujours beaucoup de place, même au premier rang…

Au moins, je ne suis pas dépaysé. Cette messe ressemble trait pour trait à une messe française, bien qu’elle soit célébrée par un prêtre malgache. Mais très honnêtement, je regrette l’allégresse des chants Malgaches. Je sens qu’il me sera difficile de me réhabituer aux messes françaises une fois de retour dans mon pays.

Après un peu plus d’une heure, la messe se termine. Nous disons au revoir à tout le monde et rentrons à la communauté.

L’après-midi arrive et je ne sais pas trop ce que je vais faire maintenant. Peut-être me reposer ? Peut-être aller me balader un petit peu ? Ah ! Si ! je me souviens. J’ai quelque chose que je dois faire impérativement. Demain, je dois aller à la préfecture pour faire des démarches administratives. Je commence à en avoir sérieusement ras le bol de tous ces papiers, mais il me faut absolument les faire. Alors, je passe le début de l’après-midi avec Laure-Elise pour m’organiser. Nous trions les documents pour être sûrs de tout avoir pour demain. Certains doivent être photocopiés. D’autres sont manquants et il nous faudra les donner plus tard à la préfecture. J’espère que la préfecture comprendra et sera patiente. Laure-Elise m’est d’une grande aide pour ce travail. Il me faut encore remplir quelques documents et ce sera fini. Je pourrai enfin profiter de mon dimanche.

Mais alors que je viens juste de finir mes papiers, et que je peux souffler un peu, un flash lumineux vient éclairer la pièce où je me trouve. Je regarde autour de moi et me demande ce qu’il se passe. Peut-être avons-nous eu une nouvelle coupure de courant ? Peut-être quelqu’un est-il entré dans la pièce et a joué avec l’interrupteur ? Mais la réponse ne tarde pas à venir. Un puissant bruit sourd et rocailleux parvient à mes oreilles. C’est le tonnerre ! Suivi de près par le bruit de milliers de gouttes d’eau qui viennent s’écraser contre la fenêtre. Et comme si le ciel voulait donner raison à ma première interrogation, voilà la coupure de courant qui arrive… Elle durera encore durant plus d’une heure. Je regarde par la fenêtre et lâche un soupir. C’est raté pour sortir cet après-midi.

Le week-end touche à sa fin. Demain commence une nouvelle semaine et ma deuxième journée aux Terreaux de l’espoir. Je m’endors sereinement en repensant à ma journée passée.

Conclusion de cette deuxième semaine :

Chers parrains, parents et amis. Comme vous le voyez, j’ai conservé le style de la première semaine. Les quelques rares retours que j’ai eus étaient très positifs. Alors je pense que je vais continuer comme cela. À y regarder de plus près mon blog manque cruellement de photos… J’essaierai de régler ce problème dans mes prochains articles.

N’hésitez pas à me laisser des commentaires.

Je vous remercie encore de votre soutien.

À la semaine prochaine.

Première semaine à Madagascar

Lundi 1er avril 2019 :

Le départ pour Madagascar fut un peu sportif. Arrivé à Lyon Perrache, la gare routière d’où je devais partir en car pour l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, j’apprends que le bus à 40 minutes de retard. Les minutes sont longues, et il me faut attendre patiemment, avec tous mes bagages, que le car arrive enfin. Mais je ne suis pas inquiet, de toute façon j’ai plus de six heures d’attente prévue à l’aéroport à Paris. Alors je prends mon mal en patience. Le temps passe et 10 heures sonnent quand le car arrive enfin. Le chauffeur descend précipitamment et commence à nous dire : « Attendez ! Attendez ! Nous ne savons pas si nous allons pouvoir repartir ! ». Le car a eu un problème technique et nous avons besoin de l’autorisation de FLIXBUS pour pouvoir repartir. Finalement, après 20 minutes d’attente, l’employeur donne son accord pour le départ du car. Nous pouvons enfin embarquer et partir pour l’aéroport.

Mardi 2 avril 2019 :

Les heures s’écoulent lentement. Je fais de mon mieux pour trouver le sommeil malgré mon voisin de derrière qui discute au téléphone. À mon réveil, à trois heures du matin, j’apprends que nous avons eu des complications sur la route et que nous aurons encore plus de retard que prévu. Mais quelle importance, j’ai tellement de temps devant moi. Finalement, grâce aux efforts de nos conducteurs qui ont rogné sur leur temps de pause pour nous faire arriver à temps, nous arrivons enfin à l’aéroport à 5h15. Soit avec seulement 1h15 de retard sur l’horaire initialement prévu !

C’est la première fois que je viens à Roissy-Charles-de-Gaulle par le car. Je découvre qu’il faut encore un peu de trajet avant d’arriver enfin au terminal où je vais pouvoir attendre mon avion. Heureusement que j’ai autant d’avance sur l’horaire d’embarquement, puisque le départ est prévu à 10h40. Finalement, j’arrive à 5h45 au terminal 2E, où je vais pouvoir prendre mon avion.

Je suis très en avance sur l’heure d’ouverture des guichets d’Air France, et je ne suis pas le seul. Une femme malgache et son époux sont là à attendre. J’en profite pour faire connaissance et discuter avec eux. La femme n’est pas allée à Madagascar depuis bien des années c’est l’occasion pour elle de revoir son père. Elle part seule, sans son époux. Elle a avec elle une poussette bien emballée dans un sac en plastique. Cette poussette, c’est pour sa petite nièce. Mais cette poussette, en plus de leurs bagages classiques, va au-delà de ce qu’ils peuvent normalement transporter. Or, il se trouve que moi aussi j’ai une poussette. Je dois l’apporter pour une petite fille qui est actuellement très malade. Moi, je suis très loin d’avoir atteint la charge maximale de ce que je peux prendre pour mon vol. La femme malgache me demande gentiment si je peux prendre sa poussette avec la mienne et bien évidemment je réponds oui. Nous emballons ensemble les poussettes et le bagage sera à mon nom.

Les heures passent et il est désormais temps d’embarquer. Le vol se passe très bien. Du ciel, j’ai l’occasion de voir des contrées que je n’ai jamais vues auparavant. Nous survolons très brièvement la botte de l’Italie. Puis c’est l’Égypte, le Nil, le Sahara. Je pense apercevoir du ciel quelques Grands Lacs en dessous de moi, mais déjà le soleil se couche à l’horizon. Bientôt je n’y verrai plus rien. Je ne pourrai pas voir Madagascar depuis le ciel…. dommage.

Notre atterrissage se passe dans la nuit la plus totale. Il est 22h15 à l’heure locale.

À ma descente, il faut encore remplir des papiers. Il me faut plus d’une heure pour finalement atteindre le hall des bagages. Je retrouve le colis, avec les poussettes empaquetées, et je rends sa poussette à sa propriétaire. Nous nous séparons et nous souhaitons réciproquement un excellent séjour à Madagascar.

Mercredi 3 avril 2019 :

À ma sortie de l’aéroport, je suis accueilli par deux membres de la communauté du chemin neuf, Michou et Diary. Ils me conduisent très gentiment jusqu’à la maison en voiture. Il fait nuit noire et déjà je découvre les routes de Tananarive. Ici, apparemment, on ne connaît pas l’ennui des routes droites. Tananarive étant construite sur 12 collines les routes serpentent, montent, descendent avec une irrégularité prodigieuse. Cela a son charme, mais il faut avouer que la circulation est assez difficile. Je n’ose imaginer ce que c’est en journée lorsqu’il y a beaucoup de monde.

À l’arrivée, je prends le temps de me doucher. J’en avais grandement besoin après ces 24 heures de voyage. Et, à ma grande surprise, l’eau est froide. C’est normal, dans la maison le chauffage de l’eau est assuré par le soleil, et vu l’heure qu’il est… Mais Dieu sait que cette douche m’a fait du bien.

À mon réveil, je suis sorti sur la terrasse et j’ai pu découvrir la splendide vue qui s’offrait à mes yeux.

Je prends le temps d’aller manger un morceau, c’est le petit déjeuner. Je rencontre les membres de la communauté qui m’accueillent très chaleureusement. Mais, dans les discussions, j’apprends que la petite fille pour laquelle j’avais apporté la poussette est décédée la veille à l’hôpital. Je fais une prière pour elle dans mon cœur. Je savais que comme elle était très malade elle pouvait potentiellement mourir, mais cela fait toujours un choc de l’apprendre. La poussette, elle, ne sera pas perdue. Ici, il y aura toujours quelqu’un qui en aura besoin.

Le matin, c’est repos pour moi, je viens juste d’arriver. On me fait faire le tour de la maison. On me présente aux différentes personnes que je n’ai pas encore rencontrées. Puis, je prends enfin un peu de temps pour me reposer.

L’après-midi, on me propose d’aller participer au soutien scolaire dans l’école d’à côté. Je suis un peu inquiet. Je ne parle pas le malgache et je viens tout juste d’arriver. Mais, bien entendu, j’accepte avec joie. La communauté, à Tananarive, fait du soutien scolaire pour les enfants des tailleurs de pierre de la carrière. C’est une école primaire, les classes vont de la douzième à la septième. La douzième correspond à notre grande section de maternelle et la septième correspond à notre CM2. On me donne les enfants de 11e et l’on m’explique qu’ils sont encore un peu petits pour que l’on commence réellement le soutien scolaire avec de « vraies leçons ». Dans cette classe, on se contente de leur faire faire du coloriage, du dessin, et un peu de lecture.

En fait, nous donnons déjà beaucoup à ces enfants en étant simplement présents avec eux et en leur permettant de jouer un peu, de se délasser et de penser à autre chose que les difficultés du quotidien. Dans leur famille, il y a souvent de nombreux problèmes. Les parents peuvent être violents ou absents. Et même lorsque tout va bien les familles sont trop pauvres pour acheter des crayons de couleur à leurs enfants.

Je fais de mon mieux. Je ne comprends pas ce qu’ils me disent, et c’est réciproque. Mais avec quelques gestes, on peut faire comprendre beaucoup de choses :

                – Non, ne mets pas ces crayons dans ta bouche.

                – Pas de violence.

                – Non, c’est deux crayons de couleur par personne et pas plus.

                – Etc.…

Finalement, ils sont très sages. Je n’ai pas grand-chose à faire pour les tenir alors je prends le temps de colorier avec eux. Une des petites filles profite de ce que je suis en train de tailler un crayon pour un autre enfant pour griffonner sur mon coloriage. Elle semble s’appliquer de son mieux. Ses petits doigts enserrent un crayon marron-beige et appuient avec vigueur pour imprimer la couleur sur le papier. Le résultat est assez curieux. Mon coloriage vient de s’enrichir d’un petit gribouillis marron-beige dans un endroit pour le moins inattendu. La petite fille me regarde et me sourit. Je regarde mon dessin et je me dis que quelque part la vie ça ressemble beaucoup à cela. On est là, tranquillement avec son dessin et quelqu’un arrive et fait un petit gribouillis dessus. Maintenant, c’est à moi de choisir les bons crayons de couleur pour arranger tout cela. Et peut-être ce gribouillis me permettra-t-il de faire quelque chose de beaucoup plus beau que ce que j’avais initialement prévu ?

Le soir arrive et il est temps de quitter les enfants. Je ne suis pas sûr d’avoir été très utile pour eux, mais ce premier échange aura été très utile pour moi.

Jeudi 4 avril 2019 :

Je me lève à 6h15 et il y a beaucoup à faire. Je prépare mes affaires, car il me faut partir pour Antsirabe aujourd’hui. Puis, c’est le petit déjeuner et à 7 heures c’est la messe. Surprise, elle est en français ! C’est exceptionnel ici, car d’habitude elle est en malgache bien évidemment.

Au retour de la messe, c’est le départ. Je monte dans la voiture de Michou et nous traversons une bonne partie de Tananarive pour atteindre une gare routière d’où je pourrai prendre un bus pour Antsirabe. En effet, la circulation est encore pire de jour. Il me faut pratiquement deux heures pour faire quelques kilomètres et atteindre la gare routière.  Le bus part à 11 heures. Il a l’air d’être particulièrement en bon état.

À 11 heures, j’embarque enfin. À y regarder de plus près, notre bus est particulièrement luxueux pour le pays. L’état de la route, de la circulation, ainsi que le nombre considérable de personnes qui marchent le long du chemin ralentissent sensiblement le bus. Il faut plus de trois heures pour rallier Antsirabe pour seulement 170km.

À l’arrivée, je prends le temps de manger et je fais connaissance avec mes hôtes sur place. Comme toujours, les Malgaches font honneur à leur réputation en m’accueillant très chaleureusement.

Je passe l’après-midi avec Laure-Elise (une sœur de la communauté, d’origine française, qui est ici depuis trois ans) pour préparer mes papiers pour le renouvellement de mon visa. En effet, mon visa est un visa de long séjour d’un mois transformable, et il a besoin d’être prolongé pour les cinq prochains mois.

Je commence tout juste à essayer de parler un petit peu malgache avec des mots comme bonjour, merci, au revoir. Il faudra beaucoup de temps pour maîtriser cette langue qui, bien que beaucoup plus simple que le français, a pour difficultés que la forme orale des mots ne ressemble pas à la forme écrite. Mais je ne vais pas me plaindre, le français est bien plus difficile que malgache.

Vendredi 5 avril 2019 :

Le jour se lève. Je suis un peu fatigué. Je n’ai pas très bien dormi durant la nuit. J’ai l’habitude de mal dormir. Depuis des années je ne dors pas très bien. Il faudra un peu de temps pour m’habituer à mon nouveau logement. L’habitat est très simple, pour un Français, mais si je fais une comparaison par rapport au reste de la population je me rends compte que je fais clairement partie des riches. En fait, il ne faut pas grand-chose pour faire partie des riches ici. Si vous avez une voiture, même un tombeau roulant, vous faites déjà partie des 5 % les plus riches.

 À 6h30, je vais à la messe. Puis, c’est petit déjeuner. Il y a du riz et du poisson pour le petit déjeuner, mais pour les Vaza, comme moi, il y a du pain et du beurre.

À 8h30, c’est le début du service, mais pas pour moi, en tout cas pas aujourd’hui. Je passe une partie de la matinée avec Laure-Elise pour mes papiers pour l’établissement de mon visa long séjour. Ensuite, je suis accompagné par Jean-Claude pour aller m’inscrire au registre d’État civil de l’arrondissement. Nous allons acheter du lait. Puis, nous revenons pour récupérer les papiers qui ont été demandés un peu plus tôt à l’établissement. Nous allons faire des photocopies, quatre pour le visa et quatre pour le passeport.

À midi, nous avons le chemin de croix, suivi du repas.

Nous profitons de la pause entre le repas et le début du service à 15 heures pour aller ramasser le riz qui a été mis à sécher. Nous remplissons de nombreux sacs avec le riz et nous les chargeons dans un container pour les mettre en sécurité. Chaque sac pèse environ 80 kg. Il m’est très dur de les soulever. Je suis d’autant plus surpris de voir les Malgaches, qui font une à deux têtes de moins que moi, les soulever aussi bien voire mieux que moi. Les Malgaches ne sont peut-être pas très grands, mais ils sont très costauds pour leur taille.

L’après-midi, nous cuisinons avec les autres personnes au service. Ce soir, ce sera riz, haricots et omelette. La cuisine se fait au feu de bois. Mais il semble que les cheminées des fourneaux ne tirent pas assez. En moins d’une minute, la pièce est complètement enfumée. La fumée de feu de bois s’insinue partout. Elle brûle la gorge, attaque mes yeux et me donne envie de pleurer. C’est insupportable ! Avec les autres Malgaches, nous allons dehors aussi souvent que possible pour rendre l’expérience plus supportable. Ma mère ne serait pas contente si elle apprenait que je dois faire la cuisine dans ces conditions. Mais qu’importe, je suis venu pour connaître leur vie pour la partager avec eux.

Finalement, la cuisine est finie assez tôt. À cinq heures, nous en avons terminé.

Pendant que nous faisions la cuisine, un orage a éclaté. Heureusement que nous avions rentré le riz sinon il serait complètement trempé. C’est encore la saison des pluies et l’orage est puissant. Des trombes d’eau tombent au-dehors. On a du mal à voir à plus d’une centaine de mètres. Et soudain. Vlam ! C’est la coupure de courant. Nous finissons la cuisine sans lumière. Il faudra attendre 19h30 pour que l’électricité revienne enfin de manière stable.

Nous terminons notre repas. Les autres membres de la communauté se retrouvent pour une préparation ce soir. Je ne suis pas concerné. Je profite de ce temps disponible pour me consacrer à la rédaction de ce journal que j’espère tenir à jour aussi régulièrement que possible.

Samedi 6 avril 2019 :

Le soleil se lève à l’horizon et c’est une magnifique journée qui s’annonce. De toute façon, qu’il pleuve, qu’il vante, qu’il fasse brouillard ou fasse soleil, c’est toujours magnifique ici.

La journée commence sur les chapeaux de roue. Nous recevons, ce matin, les enfants du soutien scolaire. Je vais pour la première fois de ma vie donner un cours. Yipiii !!! Les élèves se rassemblent à la demande des encadrants devant les salles de classe. Chaque classe est en rang et attend les instructions. On commence par quelques chansons et une petite prière. Ensuite, c’est le moment de me présenter. Je suis assez mal à l’aise. Je ne suis pas certain que les enfants se soient rendus compte que je suis mal à l’aise. Mais de toute façon, à l’aise ou pas, il me faudra faire cours. On m’attribue trois autres personnes pour m’aider. Il vaut mieux être nombreux pour faire du soutien scolaire et j’ai besoin de quelqu’un pour me faire la traduction auprès des enfants. Et, surprises, aujourd’hui nous avons cours de français ! On ne peut pas vraiment dire que c’est ma matière préférée… Tant pis, il faudra faire avec. Les enfants sont là et attendent que je leur donne quelque chose à faire. Je regarde le cahier de cours d’une élève afin de savoir à peu près où ils en sont. Ils sont en classe de septième. Cela correspond à notre CM2. Ils vont bientôt passer un examen pour savoir s’ils pourront passer en sixième. Je vois qu’ils ont étudié la conjugaison des quatre temps de l’indicatif assez récemment. Je pense que la conjugaison est un des éléments les plus complexes du français alors je vais leur faire travailler cela aujourd’hui. Je leur donne trois verbes du premier groupe à conjuguer au présent, à l’imparfait, au futur et au passé composé de l’indicatif. Les meilleurs de la classe, qui sont curieusement tous au premier rang, ne tardent pas à finir les exercices que je leur ai donnés. Les autres, notamment ceux qui sont au fond de la classe, mettent beaucoup plus de temps. Je passe entre les rangées et essaie de corriger et d’expliquer du mieux que je peux avec un collègue pour traduire en Malgache. Après plus d’une heure passée sur le sujet, je donne une correction au tableau.

Après ces exercices de conjugaison, nous passons à un exercice d’expression orale. Vous connaissez sûrement la petite phrase : « un chasseur sachant chasser sans son chien est un bon chasseur ». Eh bien, je la fais répéter à tout le monde. Chacun passe individuellement au tableau. J’essaie de leur faire répéter lorsqu’ils ont des difficultés. Le plus difficile à passer est le premier. C’est un élève qui semble avoir beaucoup de difficultés. Après trois répétitions assez difficiles, moi et mon collègue décidons de passer à un autre élève. Il faudra que je fasse attention à cet élève lors des prochaines séances. Il a besoin de plus de soutien que les autres. Finalement, tous les élèves passeront à l’expression orale.

 Il ne reste plus beaucoup de temps avant la fin de la séance. Alors je décide de faire un exercice relativement rapide. Je sais que le verbe « être » est assez difficile en français. Je leur demande donc de me le conjuguer au présent de l’indicatif. Ils y arrivent sans problème. Ils ont probablement déjà beaucoup travaillé ce verbe. Je leur demande alors, chacun leur tour, d’utiliser le verbe être et de formuler une phrase avec. L’exercice est plus long que ce que j’aurais cru. Je pense que la plupart des élèves sont tout à fait capables de faire cet exercice sans difficulté, mais je crois que j’en impressionne plus d’un. Je suis un nouveau professeur, je suis blanc, et je suis particulièrement grand. Avec mes 1,85m je dépasse de 20 à 30 cm la plupart des professeurs malgaches. Finalement, nous arrivons au bout de l’exercice. Tous les élèves sont passés et je suis relativement satisfait de cette première séance de cours. J’ai même été surpris par l’un des meilleurs élèves de la classe. Lorsque je leur ai demandé de formuler une phrase avec le verbe « être » voici celle qu’il m’a formulée : « Vous êtes têtus ! ». Cela m’a fait sourire, et a beaucoup fait rigoler mes collègues. Oui, parfois je peux être assez têtu…

Après la séance de cours, les élèves sont rentrés chez eux. Nous nous sommes alors mis à la préparation du week-end 14 –18. En effet, ce week-end la communauté accueille des jeunes de 14 à 18 ans pour leur faire découvrir, ou approfondir la foi chrétienne. Le nom de ces week-ends est : « Une vie pour aimer ».

Le restant de la journée je l’ai passé à faire un certain nombre de choses pour la préparation du week-end, l’encadrement des jeunes et la préparation du repas du lendemain.

Dimanche 7 avril 2019 :

Ce dimanche est beaucoup plus détendu que le reste de la semaine. Nous partons toute la matinée pour accompagner Clémence, une autre jeune Française partie en mission depuis trois mois, à un trail. Ce trail a pour but de rassembler de l’argent pour une œuvre caritative luttant contre la faim à Madagascar. Il y a plus d’un millier de coureurs inscrits. La plupart d’entre eux sont des personnes très aisées de Madagascar. Pour se rendre sur le lieu du trail, il faut un moyen de transport. Ce n’est pas donné à tout le monde. Pour ce déplacement, nous accompagnons aussi des membres de l’orphelinat des « Terreaux de l’espoir ». D’ailleurs, c’est dans cet orphelinat que se tiendra la majeure partie de ma mission à Madagascar.

Moi, je suis là pour soutenir tout le monde et me promener. Alors, je profite. Je pars avec Laure-Elise et Modeste faire un tour des environs. J’en profite pour faire quelques photos dont voici la plus belle.

Lorsque nous revenons à la piste de course, nous retrouvons Clémence qui a fait une très belle performance. Elle est revenue bien plus tôt que ce que nous pensions. Nous avons manqué son arrivée. Quel dommage !

Les jeunes de l’orphelinat ont, eux aussi, fait une très belle performance.

Tout le monde se félicite.

Pour le repas, nous décidons d’aller pique-niquer à l’écart. Cette fois-ci, Clémence nous accompagne. Nous retournons dans les collines et profitons d’un coin d’herbe à l’ombre pour prendre notre repas.

La sortie se termine, il nous faut rentrer.

Le reste de la journée, je l’ai passé à mettre en forme mon compte rendu de la semaine.

Conclusion de cette première semaine :

Je pense beaucoup à vous tous qui attendez de mes nouvelles régulièrement. J’espère pouvoir vous en donner le plus possible et le plus régulièrement possible. Je ne sais pas si la forme que j’ai adoptée est la meilleure. Elle me demande beaucoup de travail et, pour vous, cela fait beaucoup de choses à lire. Je verrai avec le temps si je ferai évoluer la forme de mes nouvelles vers quelque chose de plus accessible, de plus simple.

N’hésitez pas à me laisser en commentaire ce que vous pensez de la forme et du fond de ces nouvelles.

Je vous remercie encore de votre soutien. À la prochaine.

Avant le grand départ !

Chers parents, parrains et amis, cela fait maintenant trois mois que j’ai quitté Nancy et je crois qu’il était temps de vous donner de mes nouvelles. Comme certains d’entre vous le savent déjà je suis, malheureusement, toujours en France. Il se trouve que les formalités administratives ont, en effet, pris beaucoup de retard. Mais rassurez-vous, car cette attente interminable touche à sa fin. Je pars demain, mardi, par le vol de 10h40 à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle.

Il me faut, tout de même, vous expliquer quelque peu ce qu’il s’est passé. En premier lieu, nous avons eu du mal à obtenir l’autorisation d’emploi bénévole auprès des autorités malgaches. La nouvelle ministre du Travail et des Lois sociales de Madagascar avait bloqué les autorisations d’emploi bénévole, le temps qu’elle se familiarise avec son nouveau poste. Puis, ce fut pour le visa qu’il me fallut attendre quatre longues semaines. Mais lundi dernier, alors que j’étais justement en déplacement à l’ambassade de Madagascar à Paris pour avoir des nouvelles sur l’avancement de mon visa, nous avons reçu à Lyon mon passeport avec le visa dûment signé à l’intérieur. Vous imaginez, je le crois, ma joie de pouvoir enfin partir pour ce projet qui me tient tant à cœur. Bien que je fusse encore à Paris, alors que le visa arrivait enfin à Lyon, je ne regrette pas ce déplacement. J’ai, en effet, pu revoir rapidement mes parents qui étaient venus spécialement pour l’occasion. De plus, j’ai eu le temps de rendre visite à ma marraine et son époux qui m’ont accueilli chaleureusement pour la nuit, malgré le fait que je ne les ai prévenus que le jour même de ma venue. J’ai enfin pu revoir mon ami Élie, et sa fiancée, que je n’avais pas vus depuis bien longtemps.

Au-delà des informations essentielles que je voulais absolument vous faire partager, je souhaitais aussi vous parler un peu de mon expérience de ces trois derniers mois dans la communauté du Chemin Neuf à Lyon. Je suis parti le 7 janvier et je devais initialement passer trois semaines dans la communauté… Finalement, ce seront 12 longues et merveilleuses semaines que j’aurais passées au sein de la communauté à Lyon. Ici, j’étais au service. Je faisais le ménage, la cuisine, ainsi que de nombreux travaux comme par exemple : la peinture des toilettes, le remplacement des vitres cassées, le transport des encombrants à la déchetterie, etc.… Cela ne me dérangeait pas d’être au service et de faire tous ces petits travaux. Toutes ces activités manuelles m’ont beaucoup aidé à développer du goût pour les choses simples. Et après six années passées en bureau d’études à travailler sur des documents, à lire des milliers de pages de spécifications, à réaliser des plans à la pelle et à faire des calculs pas toujours très utiles, je crois que j’avais bien besoin d’un peu de travail manuel pour me changer les idées.

Oui, ce temps au sein de la communauté fut vraiment très agréable. Oh, je ne dirai pas qu’il s’agissait de vacances, je pense même que j’ai beaucoup travaillé. Peut-être même plus que lorsque je travaillais en bureau d’études. Mais la relation au travail était tellement différente. Travailler avec des personnes que l’on côtoie du matin au soir, avec qui on prend ses petits déjeuners, ses déjeuners et ses dîners, c’est tellement différent. Pour arriver à vivre ensemble, la communauté consacre beaucoup de temps à la relation entre les personnes. Toutes les deux semaines, nous avions une réunion de FRAT. Lors de cette réunion nous avions la possibilité de dire ce que nous avions sur le cœur, comment nous avions ressenti ces dernières semaines passées ensemble. Il y avait aussi les temps de réconciliation. Durant ces moments nous prenions le temps d’aller voir les personnes que nous pensions avoir blessées pour prendre le temps d’en parler avec elles et de leur demander pardon si besoin était. Tous ces moments consacrés à la relation m’ont beaucoup appris. Je sens mon cœur se dilater et je pense que dans quelques mois je serai une personne encore bien meilleure qu’aujourd’hui.

Il m’est difficile de vous donner un exemple de journée « typique » dans la communauté. Mais j’aimerais tellement vous faire partager ce que j’ai vécu ces 12 dernières semaines que je vais faire de mon mieux pour vous décrire un exemple de journée dans la communauté du Chemin Neuf à Lyon :

Levée aux alentours de sept heures (ça, ce n’était pas trop dur). Se préparer pour l’office du matin à 7h30 (oh… cet office-là je n’y suis pas allé très souvent…). Puis petit déjeuner avec les jeunes aux services et les membres de la communauté. Enfin, début du travail à neuve heure pétante. Nous commençons toujours par une petite prière ensemble après quoi chaque personne au service reçoit son travail à faire pour le matin. À midi, tout le monde s’arrête et nous allons tous ensemble à la messe qui se termine à 12h45. Après la messe, c’est le temps du repas. Il dure, à peu près, jusqu’à 13h30 et est suivi de la vaisselle en communauté (pas de lave-vaisselle ici, de l’huile de coude et des sourires c’est bien suffisant). En fonction du jour de la semaine nous avons quartier libre, ou activité, jusqu’à 14h30 ou 15h00. Puis nous reprenons le travail, comme matin, avec le petit temps de prière en commun. Nous arrêtons en général vers 18 heures. Ensuite, nous avons temps libre jusqu’à 18h45, heure à laquelle commence l’adoration (pour ceux qui ne connaissent pas l’adoration est, pour les catholiques, un temps consacré à l’adoration de l’eucharistie qui est présentée dans ce que l’on appelle un ostensoir). L’adoration se termine à 19h30 (personnellement, je prenais généralement 30 minutes par jour pour l’adoration). Ensuite, nous partageons un repas ensemble jusqu’à 20h30. Repas bien évidemment suivi de la vaisselle communautaire. Puis nous avons temps libre, en général, jusqu’au lendemain matin.

Si vous faites un petit calcul des heures cela nous donne, finalement, assez peu d’heures de travail à proprement parler. Cependant, cela est sans compter le travail le samedi matin, et les différents services que l’on peut rendre aux autres personnes durant la journée. La réelle difficulté, dans cette organisation, est plutôt d’accepter les nombreux temps communautaires. Il faut en effet ajouter aux moments communautaires dont j’ai parlé plus haut : la soirée de prière du mardi soir, la soirée FRAT le jeudi soir une semaine sur deux, les temps de jeu, ou de sport, en communauté que je me forçais parfois à partager de façon à pouvoir entretenir de bonnes relations avec les autres. Cela me laissait, finalement, assez peu de temps pour moi-même (en tout cas beaucoup moins que ce que j’avais lorsque j’étais à Nancy seule dans mon appartement) et ce n’était pas plus mal. J’ai beaucoup appris, ainsi, à consacrer plus de temps aux autres et moins à moi-même.

Je voulais, enfin, remercier tous les membres de la communauté qui m’ont accueilli si chaleureusement et si gentiment durant ces 12 dernières semaines. En leur hommage, et pour que chacun se souvienne un peu du temps partagé ensemble, voici ci-dessous un repas partagé et une photo de groupe de la communauté (hélas, tout le monde n’est pas présent sur la photo de groupe).

Il est temps de vous dire au revoir pour aujourd’hui, et merci de m’avoir lu jusqu’à.

Que vous soyez des parents, des parrains ou des amis, je vous serre tous contre mon cœur, je vous garde dans mes prières et je vous assure que je vous tiendrai informé du reste de mes aventures à Madagascar.

Loïc Laval.