Il commence à m’être difficile de trouver des choses à raconter. De fait, ce qui, au début, était vraiment spécial, finit par devenir normal. Je m’habitue à la culture et la manière de vivre du pays. Il y a encore beaucoup de choses qui me surprennent. Mais de manière générale, ce qui m’apparaissait au début exceptionnel commence à devenir routinier.
Mais je prends tout de même le temps d’écrire. L’exercice me semble toujours important. Alors, comme je continue à vouloir vous narrer mes journées ici, à Madagascar, je continue bien volontiers mes articles.
Lundi 15 avril 2019 :
Comme prévu, je vais à la préfecture ce matin. Je prends le Starex, une voiture de la communauté, avec Laure-Elise. En chemin, nous faisons quelques courses au supermarché le plus proche. Je suis assez surpris. Le supermarché, bien que beaucoup plus petit qu’en France, propose vraiment de tout. On y trouve, d’ailleurs, quelques grandes marques françaises. Mais pour les produits que l’on trouve en Europe, c’est le même prix que chez nous, voire plus cher encore.
À la préfecture, je dépose mes papiers pour l’inscription au registre des étrangers. Comme je l’ai fait remarquer dans mon article précédent, il me manque un document. Je leur propose de le ramener jeudi. Ils acceptent sans difficulté.
La matinée est déjà finie. Les démarches administratives ont pris beaucoup de temps. À Madagascar, tout prend du temps. Il va me falloir apprendre à être patient.
Début de l’après-midi et départ pour l’orphelinat des Terreaux de l’espoir. Vous vous souvenez sûrement que j’avais évoqué deux possibilités pour me rendre aux Terreaux de l’espoir. La première était le bus et la seconde était le vélo. La semaine dernière, je ne m’étais pas décidé, mais c’est désormais chose faite. Je prendrai le bus.
Je me rends à pied jusqu’à l’arrêt de bus. Je sais que je dois prendre le bus numéro 11 et je sais dans quel sens. Mais je ne sais pas exactement comment cela se passe. J’essaie de discuter avec les Malgaches qui sont présents. Ils ne parlent pas très bien français. La discussion est laborieuse, mais je finis plus ou moins par les comprendre. Ils me confirment que je suis bel et bien au bon endroit et que j’attends le bon bus.
Le bus arrive. En France, on appellerait cela un minibus, mais ici c’est bel et bien un bus. Il y a toujours deux personnes par bus. Un conducteur et un caissier. Le caissier se trouve à l’arrière du bus, c’est par là que je monte. Je paye les 400 ARI qui sont nécessaires pour le trajet. Cela ne fait que 0,10 €, mais c’est déjà beaucoup d’argent pour la population. Pour ce que l’on peut appeler un « SMIC » cela représente 10 % du salaire journalier. Tout le monde ne peut pas se déplacer en bus. J’ai l’impression que cela surprend beaucoup les gens de voir un vazaha (un étranger) monter dans un bus malgache. D’habitude, les vazaha utilisent des voitures, ou plutôt des 4×4.

La route n’est pas mauvaise ici. C’est une des routes les mieux entretenues que j’ai vues jusqu’à présent. Je n’ai pas encore beaucoup de points de repère et ne suis pas certain de reconnaître l’endroit où je dois descendre. Mais, j’ai de la chance. Apparemment je dois simplement descendre au terminus. Nous arrivons en vue d’une petite gargote à côté de laquelle attendent deux autres bus. Aucun doute possible, c’est bien là où je dois descendre. Je reconnais les champs à côté de moi. Il va me falloir les traverser pour me rendre à l’orphelinat.
Il me faut encore 15 bonnes minutes de marche pour rejoindre les Terreaux de l’espoir. À mon arrivée, je discute un peu avec Francisco. Il me présente au responsable de l’exploitation agricole. J’ai beaucoup de questions à poser. Je prends des notes, elles me seront utiles plus tard. Je passe près de deux heures à récolter des informations sur la ferme, les vaches, les poules. Comment sont vendus les produits ? Comment sont-ils empaquetés ? Où sont-ils vendus ? Etc.…
La discussion avec le responsable de l’exploitation a duré un certain temps et il ne me reste déjà plus beaucoup de temps à passer dans l’orphelinat. Il est temps d’aller voir Claire, la responsable administrative de l’exploitation. Nous discutons des problématiques financières de l’orphelinat. J’essaierai de voir ce qu’il est possible de faire de ce côté.
Il est temps de rentrer, et Claire a justement besoin de raccompagner un des jeunes de l’orphelinat en centre-ville. Alors, sans hésitation, je monte avec elle. En moins de 15 minutes, je rentre ainsi à la Communauté du chemin neuf.
La soirée se passe normalement. Nous avons repas, suivi de FRAT. Je ne peux pas vous parler de ce qui se dit durant la FRAT. Il est important que cela reste privé.
Mardi 16 avril 2019 :
Ce matin, je ne sais pas vraiment pourquoi, quand je me suis levé, j’ai commencé par regarder les informations sur mon téléphone portable. Ce n’est pas dans mes habitudes. Et c’est là que j’ai découvert, stupéfait, comme tout le monde, j’imagine, les images de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flamme. Vous imaginez mon choc, alors que nous sommes aujourd’hui le deuxième jour de la semaine sainte. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes humaines. Je ne suis pas vraiment inquiet pour la cathédrale. Je sais que nous la reconstruirons.
Je pense encore aux images de l’incendie quand je vais à la cathédrale d’Antsirabe, pour la messe du matin. La messe débute à 9h00. Mais, nous sommes arrivés avec une bonne demi-heure d’avance pour être sûrs d’avoir des places. En effet, en moins de 15 minutes la cathédrale est complètement remplie. À 9h07, la cérémonie commence. Elle ne se terminera qu’à 11h30. Ce fut une très belle cérémonie.
L’après-midi, rien d’exceptionnel. On a besoin de moi à la maison, alors je fais le ménage. Il faut ranger et nettoyer les classes des enfants. Je m’y attelle avec Angéla, une stagiaire de la communauté. Après avoir nettoyé les salles de classe, nous passons à la bibliothèque. Puis nous rangeons et nettoyons la grande salle commune.
Mercredi 17 avril 2019 :
Aujourd’hui, rien de spécial n’est prévu. Ce matin, ce sera ménage avec Angéla et Jean Bosco, deux jeunes de la communauté. Jean Bosco se prépare à être prêtre. Dans peu de temps, il sera diacre. Tous ensemble nous nettoyons les sanitaires, les vitres de la chapelle et le sol de la chapelle. Mais avant que nous en ayons fini, Laure-Elise m’appelle parce que je dois rencontrer le directeur de l’ESSVA. Cette dernière est une université qui se situe juste à côté de la maison de la communauté. En tant qu’ingénieur, il m’est possible de donner des cours à l’université. Et il est courant que les jeunes au service de la communauté, qui en ont les capacités, donnent des cours à l’université.
La rencontre dure une petite heure durant laquelle le directeur de l’ESSVA me présente le cursus des premières années. Je suis assez surpris, le cursus est très similaire au système français. En fait, il est calqué dessus. Comme c’est actuellement les vacances, le responsable de la filière qui pourrait m’intéresser n’est pas là actuellement. Je le rencontrerai vendredi 26 avril, à la rentrée scolaire.
L’après-midi, je suis de nouveau à la cuisine. Un nouvel orage éclate. Il est plus fort que tous ceux que j’ai connus à Madagascar. Il y a beaucoup d’orages ces temps-ci. C’est parce que c’est la saison des pluies. Elle devrait durer jusque juin. Je ne suis pas près de voir les orages s’arrêter…
J’aurais voulu pouvoir apprécier le coucher de soleil ce soir, mais l’orage bat toujours son plein. Les coupures d’électricité se succèdent les unes aux autres. Cela commence à devenir une routine.
Ce soir, nous accueillons de nombreuses personnes de la communauté qui viennent pour la retraite pascale. Ces cinq prochains jours vont être très chargés. Désormais, mais juste pour la durée du week-end, je ne serai plus seul dans ma chambre.
La journée se termine sur un bon repas où je découvre avec stupeur les oranges du coin. Je vous laisse admirer la couleur…

Jeudi 18 avril 2019 :
Vous vous souvenez peut-être, vous avoir dit que je devais retourner aujourd’hui à la préfecture pour déposer un document. Mais malheureusement, ce document n’est pas encore arrivé. Alors, ce matin, je retourne aux Terreaux de l’espoir. Je discute avec le responsable, et j’essaie de faire une liste claire de toutes les actions que je dois entreprendre. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire.
Après deux bonnes heures sur place, je suis surpris de voir arriver Charlotte. Je l’avais rencontrée lors du trail, il y a de cela une dizaine de jours. Elle est accompagnée par une personne qui m’est inconnue. Nous nous saluons très aimablement. J’apprends que j’ai affaire au directeur de l’ASJA. C’est une autre université, plus loin sur la nationale 7. C’est une université réputée dans le pays. Elle a l’avantage d’être particulièrement abordable, avec des tarifs d’inscription très intéressants. Elle est tenue par des religieux. Nous prenons le temps de discuter tous ensemble. J’en profite pour demander s’il me sera possible de passer à l’ASJA pour discuter avec des professeurs spécialistes en agriculture. Le directeur accepte bien volontiers. Il faudra que je les appelle pour prendre rendez-vous.
L’heure tourne et déjà il me faut rentrer pour le repas de midi.
Après avoir mangé, je participe au dernier ramassage de riz séché de la saison. Il n’y en a pas beaucoup aujourd’hui, car c’est la dernière récolte. À peine 600 kg de riz. J’en profite pour faire une photo, je pense que c’est la dernière fois que je peux participer au stockage du riz.

L’après-midi, nous nous préparons pour le week-end pascal. Nous avons beaucoup de travail. En effet, nous serons plus d’une centaine ce week-end. Il faut faire rentrer tout le monde dans les bâtiments. Alors, comme tout le monde est logé à la même enseigne, je ne serai pas seul dans ma chambre. Je profite du temps qu’il me reste pour faire les derniers préparatifs. Puis, nous accueillons les retraitants qui viennent pour le week-end.
Le soir se rapproche, c’est l’heure du repas. Mais, ce soir, c’est particulier. Nous commençons par une messe tous attablés autour d’une grande table centrale (c’est pour célébrer la scène). La célébration est superbe, les chants sont beaux, l’assemblée est enthousiaste et tout se passe sans accrocs. Arrive enfin le lavement des pieds. J’ai déjà participé à d’autres lavements des pieds. D’habitude, le prêtre lave les pieds de quelques fidèles. Mais aujourd’hui, nous allons tous nous laver les pieds les uns aux autres. C’est un magnifique moment qui m’émeut beaucoup. Quand vient mon tour, je ne sais pas trop comment me comporter. Je suis venu pour donner tout ce que je peux à ce peuple et voici que c’est ce peuple qui me lave les pieds. Je ne connais pas la personne qui me lave les pieds, et elle non plus ne me connaît pas. Mais c’est un très beau moment. Après cela, c’est mon tour de lui laver les pieds. Je fais de mon mieux, c’est la première fois que je fais cela. Je suis assez ému. Je crois que je n’oublierai pas cette expérience de sitôt.
La messe se termine et nous partageons enfin ce repas tant attendu. Afin de pleinement célébrer la Scène, nous mangeons autour de la table où nous avions dit la messe.

Ce fut vraiment une très belle soirée qui m’a beaucoup réchauffé le cœur. Je ne regrette pas les instants passés ici.
Je n’ai pas beaucoup de temps durant la retraite pascale pour vous écrire tout ce qui se passe. Je serai donc plus concis qu’à mon habitude sur les prochains jours.
Vendredi 19 avril 2019 :
La journée est rythmée par l’office, la messe et le chemin de croix. Ce dernier, le chemin de croix, est un moment particulièrement touchant. Aux différentes stations ont été prévues différentes actions pour mieux nous faire entrer dans la passion du Christ. L’acte qui m’a probablement le plus touché fut d’avoir à écrire sur un petit bout de papier les noms des personnes pour lesquelles je voulais prier en cet instant. Nous avons écrit ces intentions de prière à la première station du chemin de croix. Et arrivés à la 11e station, nous avons brûlé ces petits bouts de papier. Pour moi, ce fut un geste très significatif. J’ai pu, ainsi, porter dans mon cœur chaque personne pour qui je voulais prier pendant ce chemin de croix.
Samedi 20 avril 2019 :
Comme à notre habitude, la matinée débute avec un office. Il est tout de suite suivie d’un temps de chant, de louange et d’enseignement.
Ensuite, nous avons un temps de prière personnelle où chacun peut se retrouver face à Dieu pour méditer sur la mort du Christ. Pour nous, les catholiques, ce jour est un jour de deuil. C’est le jour où Jésus est prisonnier de la mort. Demain, il ressuscitera.
Alors, ce midi, nous partageons un repas en silence. Chacun fait de son mieux, pour ne pas gêner son frère, ou sa sœur, dans ce temps de cœur à cœur avec Dieu.
Les temps de prière, de partage et d’enseignement se succèdent sans interruption.
C’est le temps de la réconciliation. Autrefois, on appelait cela la confession. Cela faisait un certain temps que je ne m’étais pas confessé et j’en avais grandement besoin. J’ai souvent tendance à repousser la date de la confession. Je ne sais pas pourquoi, après tout, à chaque fois, j’en sors très heureux.
Les heures passent et la veillée pascale approche. Il fait nuit noire quand nous débutons la veillée autour du feu pascale. Un instant assez magique, comme chaque année.
La soirée fut magnifique. Je suis très surpris de voir que les catéchumènes, qui vont être baptisés aujourd’hui, sont habillés en robes et en costumes de mariés. Pour moi, c’est assez original. Mais c’est surtout très beau.

La veillée se termine. Nous chantons et dansons, durant une bonne demi-heure, juste après la fin de la messe. Tout le monde est joyeux. Tout le monde s’amuse. Et l’on voudrait bien que cela dure encore. Mais il est temps d’aller dormir.
Dimanche 21 avril 2019 :
Ce matin, je me lève avec mal à la tête. J’ai le nez qui commence à couler. Je crois que j’ai attrapé un petit rhume. J’espère qu’il ne durera pas bien longtemps.
La matinée est similaire à celle d’hier. Un office à 7h30, suivi du petit déjeuner, puis d’un temps de louanges et d’enseignement. J’ai beaucoup aimé l’enseignement de ce jour. C’est Laure-Elise qui s’en est chargée et son intervention m’a beaucoup touché. Je ressens une grande paix dans mon cœur. Je ne regrette pas ce week-end pascal.
Ce midi, nous avons messe, comme chaque dimanche. Elle est suivie du repas, que nous partageons dans l’herbe, à l’extérieur de la chapelle. Tout le monde discute. Tout le monde profite du temps magnifique que nous avons aujourd’hui.
Il est 15 heures, et il est temps de dire au revoir à tous les retraitants. Chacun retourne chez soi, après ces trois jours passés ensemble.
Après le départ de tout le monde, nous discutons avec Clémence pour aller en centre-ville et profiter de la fête. Or, je ne vous ai pas dit. Oui, il y a la fête en centre-ville. La fête de la bière ! C’est comme cela que l’on fête Pâques ici.
À 16h30, nous partons pour la foire. Nous y allons à pied, car nous accompagnons six petites filles du voisinage et nous ne pouvons pas payer le bus pour tout le monde. Il nous faut une petite demi-heure pour joindre le centre-ville. Arrivés sur place, c’est la cohue. Nous nous serrons les uns contre les autres. Nous essayons de louvoyer à l’intérieur de la marée humaine qui se presse autour de nous. La foire ressemble un peu à ce que l’on peut voir en France. Mais il n’y a aucun manège aussi perfectionné que chez nous. Les filles veulent tout de même faire un tour de roue, comme nous leur avions promis. Je cherche lesdits manèges. Je m’attends à trouver de grandes roues. Mais voilà que je tombe sur une série de petites roues, de 8 m de diamètre environ, qui ont à peu près la même structure que les grandes roues que l’on peut trouver en France. C’est cela que les filles veulent faire. Les roues sont entassées les unes à côté des autres. Elles tournent beaucoup plus vite que les grandes roues que nous avons en France. Mais ce qui m’étonne le plus ce n’est pas cela. C’est que… voyez-vous… elles ne sont pas mises en branle par un moteur d’aucune sorte. C’est à la seule force des bras qu’on les fait tourner. Trois, quatre ou cinq hommes s’affairent à mettre en mouvement ces grands objets. Plusieurs hommes sont en bas à tirer sur la structure, alors qu’un autre a grimpé sur une échelle et s’est positionné au milieu de la roue. Il appuie avec ses pieds, et ses mains, sur les rayons de la roue pour démarrer le mouvement. Et soudain, leste comme un cabri, il saute légèrement, marche sur un rayon, et saisit à deux mains le cadre extérieur de la roue. À 5 m au-dessus du sol il cherche à faire contrepoids. Il se laisse suspendre pour que la roue tourne aussi vite que possible. Je suis éberlué. Je sais bien qu’ici la notion de sécurité n’est pas la même qu’en France. Mais là, j’avoue que j’aurais eu du mal à le croire si je ne l’avais pas vu. Je me demande s’il y a souvent des accidents avec ces roues. Enfin, quoi qu’il en soit, et pour le temps que j’ai passé dans cette foire, il n’y a pas eu d’accidents.
Après ce tour de manège, il est déjà très tard. Il nous faut rentrer.
Trois quarts d’heure plus tard nous sommes de retour à la communauté. Je me sens très fatigué. J’ai toujours mal à la tête. Je crois que mon rhume ne fait que commencer…










